vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2400589 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mai et 2 juillet 2024, M. F E, représenté par Me Felli, demande au tribunal :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale afin de déterminer les préjudices qu'il estime avoir subis à la suite du tir direct de lanceur de balles de défense (LBD) dont il a été victime le 8 mars 2022 lors d'une manifestation à Ajaccio ;
2°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de provision.
Il soutient qu'une expertise est utile pour évaluer les préjudices subis, dans la perspective d'une action en indemnisation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête n'est pas recevable dès lors qu'elle ne peut comporter des conclusions présentées à la fois sur le fondement des articles R. 532-1 et R. 541-1 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse et au préfet de la Corse-du-Sud qui n'ont pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer :
1. Il résulte des dispositions des articles R. 532-2 et R. 541-2 du code de justice administrative que notification des requêtes présentées au juge des référés est immédiatement faite au défendeur éventuel, avec fixation d'un délai de réponse, qu'elles tendent à la prescription d'une mesure d'instruction ou à l'allocation d'une provision. Les articles R. 533-1 et R. 541-3 du même code prévoient tous deux que l'ordonnance du juge des référés, qu'elle décide une mesure d'instruction en application de l'article R. 532-1 ou qu'elle accorde une provision en application de l'article R. 541-1, est susceptible d'appel devant la cour administrative d'appel dans la quinzaine de sa notification. L'article R. 811-1 du code de justice administrative indique toutefois que les ordonnances prises sur le fondement de l'article R. 541-1 sont rendues en premier et dernier ressort lorsque l'obligation dont se prévaut le requérant pour obtenir le bénéfice d'une provision porte sur un litige énuméré du 1° au 12° et notamment lorsque le montant des indemnités demandées n'excède pas le montant déterminé par les articles R. 222-14 et R. 222-15, soit la somme de 10 000 euros. Dans le cas où le montant demandé à titre de provision n'atteint pas cette somme, l'étendue de l'obligation doit être appréciée au vu de ce qui est exposé à l'appui de la demande de provision et, le cas échéant, de l'existence d'une demande corrélative d'expertise. En particulier, quand le requérant a, parallèlement à sa demande de provision, demandé qu'une expertise soit ordonnée afin de déterminer l'étendue de son préjudice, en se réservant de fixer le montant de sa demande au vu du rapport de l'expert, le montant de l'obligation dont il se prévaut pour obtenir une provision ne peut être tenu comme étant inférieur au montant fixé à l'article R. 222-14. Ainsi, dans ce dernier cas, la décision du juge des référés statuant sur la demande de provision est susceptible d'appel.
2. M. E demande au juge des référés de désigner un expert afin d'évaluer les préjudices qu'il a subis du fait du tir de lanceur de balles de défense dont il a été victime le 8 mars 2022 et de condamner le ministre de l'intérieur et des outre-mer à lui verser une somme de 10 000 euros à titre provisionnel à valoir sur l'indemnisation définitive. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que le montant de l'obligation dont se prévaut le requérant pour obtenir une provision de 10 000 euros, ne peut, en raison de l'existence d'une demande corrélative d'expertise, être tenu comme étant inférieur ou égal à 10 000 euros, montant fixé à l'article R. 222-14 du code de justice administrative. Il suit de là que l'appel est la seule voie de recours ouverte contre la présente ordonnance. Ainsi, la demande formée par M. E devant le juge des référés sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative est présentée, instruite, jugée et, le cas échéant, susceptible de recours selon les mêmes règles que celles applicables à la demande qu'elle a présentée sur le fondement de l'article R. 532-1. Ces deux demandes peuvent, dès lors, être présentées simultanément dans une même requête. La fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être écartée.
3. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".
4. Dans la perspective d'une action en responsabilité, la mesure d'expertise sollicitée en vue d'évaluer les préjudices que M. E estime avoir subis à la suite du tir direct de lanceur de balles de défense (LBD) dont il a été victime le 8 mars 2022 lors d'une manifestation à Ajaccio, n'est pas dépourvue d'utilité. Il y a lieu, en conséquence, d'y faire droit et de fixer la mission du collège d'experts comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
Sur la demande de provision :
5. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions, que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
6. En l'espèce, s'il sollicite le versement d'une indemnité provisionnelle d'un montant de 10 000 euros, M. E a sollicité dans la présente requête que soit diligentée une mission d'expertise afin de déterminer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait du tir de lanceur de balles de défense dont il a été victime le 8 mars 2022. Dans ces conditions et dès lors que les pièces produites ne permettent pas d'évaluer et de chiffrer les éventuels préjudices subis, l'existence de la créance dont M. E se prévaut à l'encontre de l'Etat ne peut être regardée comme présentant le caractère non sérieusement contestable exigé par les dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de justice administrative. Par suite, la demande de provision présentée par le requérant qu'il pourra, s'il s'y croit fondé, renouveler après le dépôt du rapport d'expertise, ne peut, en l'état, être accueillie.
O R D O N N E :
Article 1er : Un collège d'experts, composé de M. D C, inscrit sur le tableau des experts auprès de la cour administrative d'appel de Lyon, demeurant 9 rue d'Enghien à Lyon (69002) et de M. A B, inscrit sur le tableau des experts auprès de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, demeurant 3 avenue de Lyon à Cannes (06400), est désigné avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous les documents médicaux utiles à sa mission ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de M. E ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;
2°) décrire l'état de santé actuel de M. E et ses antécédents médicaux ;
3°) préciser l'origine des dommages ou affections dont se plaint M. E et dire s'ils sont en relation directe et certaine avec le tir direct de lanceur de balles de défense (LBD) dont il a été victime le 8 mars 2022 et, le cas échéant, dans quelle proportion (exprimée en pourcentage) ;
4°) dire si l'état de santé de M. E a entraîné une incapacité temporaire partielle et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;
5°) indiquer à quelle date l'état de santé de M. E peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au seul accident du 8 mars 2022 de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé ; dans le cas où cet état de santé ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance ;
6°) donner leur avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique temporaire et permanent, préjudice d'agrément, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance ;
7°) fournir au tribunal, de manière générale, tous éléments susceptibles de lui permettre de statuer sur un éventuel recours en responsabilité.
Les experts disposeront des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Ils pourront se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de leur mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : Les experts accompliront leur mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Ils ne pourront recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : Préalablement à toute opération, les experts prêteront serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de M. E, la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse, le ministre de l'intérieur et des outre-mer et le préfet de la Corse-du-Sud.
Article 5 : Les experts avertiront les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 6 : Les experts déposeront leur rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par les experts aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. Les experts justifieront auprès du tribunal de la date de réception de leur rapport par les parties.
Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F E, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet de la Corse-du-Sud, à M. D C, expert, et à M. A B, expert.
Fait à Bastia, le 19 juillet 2024.
La présidente du tribunal,
Signé
A. Baux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. Mannoni
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026