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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400637

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400637

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400637
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai 2024 et le 10 juin 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à M. A C d'interrompre sans délai les travaux se déroulant sur le domaine public maritime, sous astreinte d'au moins 2 000 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre à Mme B C d'interrompre sans délai les travaux se déroulant sur le domaine public maritime, sous astreinte d'au moins 2 000 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à M. C de retirer sans délai les ouvrages qu'il a installés sur le domaine public maritime et les matériaux qu'il y a apportés, sous astreinte d'au moins 2 000 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à Mme C de retirer sans délai les ouvrages qu'elle a installés sur le domaine public maritime et les matériaux qu'elle y a apportés, sous astreinte d'au moins 2 000 euros par jour de retard ;

5°) d'autoriser l'État à procéder d'office à l'enlèvement des ouvrages installés et des matériaux apportés sur le domaine public maritime par M. et Mme C dans le cas où ceux-ci n'y auraient pas procédé.

Il soutient que :

- M. et Mme C occupent sans droit ni titre le domaine public maritime et portent atteinte à l'intégrité de celui-ci ;

- la condition d'urgence est remplie ;

- la mesure d'expulsion est utile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, Mme B C, représentée par Me Poletti, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 2 000 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens soulevés par le préfet de la Corse-du-Sud ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, M. A C, représenté par Me Peres, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- la mesure demandée n'est pas utile dès lors que les travaux ont été interrompus, que les ferraillages ont été coupés et que la semelle a été recouverte de sable.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique les observations du représentant du préfet de la Corse-du-Sud, de Me Peres, représentant M. C, et de Me Poletti, représentant Mme C.

Après avoir décidé de différer la clôture de l'instruction au 13 juin 2024 à 15 heures.

Par un mémoire, enregistré le 13 juin 2024, le préfet de la Corse-du-Sud conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme C sont propriétaires indivis de la parcelle cadastrée section BL n° 24, au droit de la plage de Palombaggia, lieudit Rivoli, sur le territoire de la commune de Porto-Vecchio. M. et Mme C ont entrepris des travaux d'installation d'une nouvelle clôture avec semelle en béton d'une longueur d'environ 100 mètres et d'une rampe d'accès à la mer. Un contrôleur commissionné et assermenté de la direction de la mer et du littoral de Corse a constaté les travaux en cours, le 16 mai 2024. Le service de la police municipale a dressé un procès-verbal d'infraction, le 22 mai 2024. Le maire a pris, le même jour, un arrêté mettant M. et Mme C en demeure de cesser immédiatement les travaux, en l'absence de dépôt d'une déclaration préalable. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à M. et Mme C d'interrompre sans délai les travaux, de retirer sans délai les ouvrages réalisés et les matériaux apportés, et d'autoriser l'État à procéder d'office à l'enlèvement de ces ouvrages et de ces matériaux dans le cas où M. et Mme C n'y auraient pas procédé.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. "

3. Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, le maire de Porto-Vecchio, agissant au nom de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, a ordonné l'interruption des travaux, par son arrêté du 22 mai 2024. Il en résulte que la demande tendant à ce que le juge des référés ordonne à M. et Mme C d'interrompre sans délai les travaux est dépourvue d'urgence à la date de la présente ordonnance. Cette demande ne peut dès lors qu'être rejetée.

5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. "

6. Les mesures que le juge des référés peut ordonner sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ont nécessairement un caractère provisoire ou conservatoire. Si tel peut être le cas d'une mesure ordonnant le déplacement ou le démontage d'un ouvrage immobilier, le juge des référés ne saurait ordonner la destruction d'un tel ouvrage.

7. D'une part, il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que les conclusions présentées par le préfet de la Corse-du-Sud tendant à ce que le juge des référés ordonne à M. et Mme C de retirer sans délai les ouvrages immobiliers déjà réalisés, constitués par une semelle en béton et une rampe d'accès, ce qui impliquerait nécessairement leur démolition, ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal de constat dressé le 10 juin 2024 par un commissaire de justice, que le dépôt de matériaux dont la présence avait été relevée le 16 mai 2024, a été retiré de la plage. Il suit de là que les conclusions de la requête tendant à ce que le juge des référés ordonne à M. et Mme C de retirer sans délai les matériaux qu'ils y avaient apportés, sont devenues sans objet en cours d'instance.

9. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 7 et 8 que les conclusions tendant à ce que le juge des référés autorise l'État à procéder d'office à l'enlèvement des ouvrages et des matériaux, dans le cas où M. et Mme C n'y auraient pas procédé, doivent être rejetées.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par le préfet de la Corse-du-Sud tendant à ce qu'il soit ordonné à M. et Mme C de retirer sans délai les matériaux apportés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de Mme C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à M. A C et à Mme B C.

Copie en sera transmise au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Fait à Bastia, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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