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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400664

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400664

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400664
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS JDV AVOCATS - MAÎTRE DE VALKENAERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, la commune de Vico, représentée par Me Nesa, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert à l'effet de constater les désordres survenus à la suite des travaux de construction de la nouvelle mairie de Vico.

2°) de dire que les frais d'expertise seront supportés par les entreprises requises.

Elle soutient que :

- elle a conclu un marché public pour la réalisation de la mairie de Vico, divisé en dix lots ; les travaux de gros œuvre ont été réceptionnés en juillet 2019 et les réserves levées dans le courant de l'année 2020 ; les premiers désordres sont apparus rapidement ;

- en l'état de l'instruction, elle ignore si ces désordres relèvent de la conception de l'ouvrage ou de l'exécution des travaux, de sorte que la mesure d'expertise, qui portera également sur l'origine des désordres, est utile ;

- du fait des désordres constatés, il y a lieu de mettre en cause le groupement en charge de la maîtrise d'œuvre, ainsi les titulaires des lots 1, 2, 3, 4, 5 et 9 qui sont susceptibles de voir leur responsabilité engagée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juin 2024, la SAS I Maestri, représentée par Me Leandri, conclut à sa mise en hors de cause et à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de la commune de Vico.

Elle soutient que les désordres allégués, qui ont pour origine le défaut de stabilité du bâtiment, n'ont pas pour origine les travaux de peinture et de revêtements de façades qui lui ont été confiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la société Raffalli travaux publics et la société entreprise générale de bâtiment et de travaux publics (EGBTP), représentées par Me Vignon, demandent au juge des référés :

1°) de leur donner acte qu'elles formulent les réserves et protestations d'usage quant au bien-fondé de la mesure sollicitée et de leur mise en cause ;

2°) de leur donner acte que le présent mémoire en défense interrompt tous délais de prescription et de forclusion qui seraient susceptibles de lui être opposés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la SA Axa France Iard, intervenant en qualité d'assureur de la SARL EGEPP, représentée par Me Savelli, demande au juge des référés :

1°) de juger qu'elle émet les plus expresses protestations et réserves sur la demande d'expertise ;

2°) de lui donner acte que son mémoire a pour effet d'interrompre l'ensemble des délais de prescription et de forclusion qui seraient susceptibles de lui être opposés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la SA Axa France Iard, intervenant en qualité d'assureur de la SAS I Maestri, représentée par Me Savelli, demande au juge des référés :

1°) de juger qu'elle émet les plus expresses protestations et réserves sur la demande d'expertise ;

2°) de lui donner acte que son mémoire a pour effet d'interrompre l'ensemble des délais de prescription et de forclusion qui seraient susceptibles de lui être opposés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la SA Axa France Iard, intervenant volontairement en qualité d'assureur de la société Raffalli TP, représentée par Me De Valkenaere, demande au juge des référés :

1°) de recevoir son intervention volontaire en qualité d'assureur de la société Raffalli TP en lieu et place de l'agence générale située à Bastia ;

2°) de recevoir les protestations et réserves d'usage.

La requête a été communiquée au groupement Madotto et associés, à la SARL Sinetic, à l'EURL Marc Serra Ingenierie, à la mutuelle des architectes français, à la SARL Isola 2A, à la SARL Corse cloisons isolation, à la SARL EGEPP, à la société Menuiserie de la Cinarca SMC et à la SA MAAF assurances qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Christine Castany, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La demande d'expertise présentée par la commune de Vico à l'effet de constater les désordres affectant la construction de la nouvelle mairie, d'évaluer les travaux propres à y remédier et de fournir tous éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités éventuelles entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à sa demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur la demande de mise hors de cause de la SAS I Maestri :

3. Le juge des référés peut être saisi de conclusions tendant à ce que l'expertise qu'il lui est demandé de prescrire soit réalisée au contradictoire de toute partie dont la participation est susceptible d'être utile, dès lors que le litige relève au moins partiellement de la juridiction administrative. La présence de la SAS I Maestri, ayant participé aux travaux litigieux, n'étant pas manifestement dépourvue d'utilité, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande de mise hors de cause.

Sur la demande en intervention volontaire de la SA Axa France Iard, intervenante en qualité d'assureur de la société Raffalli TP :

4. La SA Axa France Iard fait valoir qu'elle est l'assureur de la société Raffalli TP. Dès lors, il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de la SA Axa France Iard qui justifie d'un intérêt suffisant en sa qualité d'assureur d'une partie appelée en cause pour participer aux opérations d'expertise.

Sur les réserves exprimées :

5. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions présentées en ce sens par la société Raffalli travaux publics et la société entreprise générale de bâtiment et de travaux publics (EGBTP), par la SA Axa France Iard intervenant en qualité d'assureur de la SARL EGEPP et par la SA Axa France Iard intervenant en qualité d'assureur de la SAS I Maestri ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R.621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires () ".

7. Les dispositions citées au point précédent font obstacle à ce que le juge des référés mette les frais d'expertise à la charge de l'une ou l'autre des parties. Les demandes de la commune de Vico et de la SAS I Maestri relatives à la charge des frais d'expertise sont prématurées et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : L'intervention volontaire de la SA Axa France Iard en qualité d'assureur de la société Raffalli TP est admise.

Article 2 : M. B A, inscrit sur le tableau des experts auprès de la cour administrative d'appel de Marseille, domicilié Chemin San Gaetano, à Bastia (20200), est désigné en qualité d'expert avec pour mission :

1°) de se faire communiquer et de prendre connaissance de l'ensemble des pièces du dossier, ainsi que de tous les documents utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) de se rendre sur les lieux et de procéder à la constatation et au relevé précis de tous les désordres allégués en indiquant leur date d'apparition ;

3°) de donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres, de dire si les dommages sont dus à plusieurs causes, et, dans cette hypothèse, de fournir tous les éléments permettant d'apprécier dans quelles conditions ils sont imputables à chacune d'elles et d'évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;

4°) d'une façon générale, de recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 3 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif. Lors de la première réunion d'expertise, il vérifiera que l'ensemble des parties susceptibles d'être concernées par le litige ont bien été appelées à la cause, afin de permettre que soit sollicitée une éventuelle extension de l'expertise ou une demande de mise hors de cause des parties non concernées, dans le délai imparti par l'article R. 532-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence de la commune de Vico, de la SA Axa France Iard, de la SAS I Maestri, du groupement Madotto et associés, de la SARL Sinetic, de l'EURL Marc Serra Ingenierie, de la mutuelle des architectes français, de la SARL Raffali Travaux Publics, de la SARL EGBTP, de la SARL Isola 2A, de la SARL Corse cloisons isolation, de la SARL EGEPP, de la société Menuiserie de la Cinarca SMC et de la SA MAAF assurances. L'expert avertira les parties quatre jours au moins à l'avance par lettre recommandée des date, heure et lieu auxquels il procèdera aux opérations d'expertise.

Article 5 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance et le notifiera aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 6 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance du président du tribunal.

Article 7 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Vico, à SA Axa France Iard, à la SAS I Maestri, au groupement Madotto et associés, à la SARL Sinetic, à l'EURL Marc Serra Ingenierie, à la mutuelle des architectes français, à la SARL Raffali Travaux Publics, à la SARL EGBTP, à la SARL Isola 2A, à la SARL Corse cloisons isolation, à la SARL EGEPP, à la société Menuiserie de la Cinarca SMC, à la SA MAAF assurances et à M. B A, expert.

Fait à Bastia le 12 juillet 2024

La juge des référés

Signé

C. CASTANY

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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