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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400707

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400707

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400707
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10, 13 et 14 juin 2024, la commune de Calvi, représentée par Me Ribière, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à M. C B de procéder, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, à l'enlèvement des estrades, devantures et pergolas métallisées empiétant sur le domaine public de la commune de Calvi, sous astreinte de 1 000 euros par injonction et par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Calvi demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à M. A B, qui exerce une activité de restauration, de procéder, dans un délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir, à l'enlèvement de deux estrades, de devantures et de pergolas métallisées installées dans l'enceinte de la citadelle.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Aux termes de l'article L. 1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le présent code s'applique aux biens et aux droits, à caractère mobilier ou immobilier, appartenant à l'Etat, aux collectivités territoriales et à leurs groupements, ainsi qu'aux établissements publics. " Aux termes de l'article L. 2111-1 du même code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. " Aux termes de l'article L. 2111-14 : " Le domaine public routier comprend l'ensemble des biens appartenant à une personne publique mentionnée à l'article L. 1 et affectés aux besoins de la circulation terrestre, à l'exception des voies ferrées. "

5. Il résulte de l'instruction que deux terrasses ont été installées, l'une, d'une surface de 12 m², au droit de la parcelle cadastrée section AH n° 55, 26 rue Haute Ville, ou " carrughju monte dell'abondanza ", où est implanté un local commercial à usage de restauration, à l'enseigne " Mi ! ", qui fait face à un parc de stationnement existant sur les parcelles cadastrées n° 631 et 634, et la seconde sur la parcelle n° 633, au droit des parcelles n° 57 et 61. Des éléments d'habillage en bois ont en outre été fixés sur le mur pignon donnant sur l'escalier public, dénommé " carrughju di a cisterna ", séparant les parcelles n° 55 et 57 et permettant d'accéder à la voie publique " carrughju di u filu ". Il ressort des pièces versées au dossier ainsi que des vues aériennes disponibles sur le réseau internet et accessibles tant au juge des référés qu'aux parties, que les deux terrasses sont installées sur des espaces publics ouverts à la circulation terrestre, automobile ou piétonne. Il ne résulte pas de l'instruction que ces espaces, dont la commune de Calvi est propriétaire, n'auraient pas été affectés à l'usage direct du public pour les besoins de la circulation terrestre. Par ailleurs, les éléments d'habillage en bois empiètent sur une partie de l'escalier public, dénommé " carrughju di a cisterna ", également affecté aux besoins de la circulation terrestre. Il suit de là que les terrasses, pergolas et éléments d'habillage en bois ont été installés sur le domaine public routier appartenant à la commune de Calvi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les bastions et remparts de la citadelle seraient intégrés à des circuits de visites touristiques et qu'ils seraient désormais affectés à un service public touristique et culturel communal.

6. Aux termes de l'article L. 116-1 du code de la voirie routière : " La répression des infractions à la police de la conservation du domaine public routier est poursuivie devant la juridiction judiciaire sous réserve des questions préjudicielles relevant de la compétence de la juridiction administrative. "

7. Il résulte de ces dispositions et de ce qui a été indiqué au point 5 que le juge des référés du tribunal administratif est manifestement incompétent pour connaître des conclusions présentées par la commune de Calvi tendant à ce que soit ordonné à l'enlèvement des ouvrages faits sur son domaine public routier. Il suit de là que le litige ressortit à la compétence de la seule juridiction judiciaire. Il y a lieu, dès lors, de rejeter la requête comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE

Article 1er : La requête de la commune de Calvi est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Calvi.

Fait à Bastia, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

M. D

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