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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400843

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400843

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400843
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia, statuant en référé sur la demande du préfet de la Corse-du-Sud, a ordonné l'expulsion sans délai de Mme B et de la SARL A Stagnola du domaine public maritime sur la plage de Stagnola (Pietrosella). La solution retenue fait droit à la requête préfectorale, constatant une occupation sans titre de 195 m² par des matelas et parasols, en violation des articles L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques et L. 321-9 du code de l'environnement. Le juge a estimé qu'il y avait urgence, notamment en période estivale, à rétablir l'usage libre et gratuit de la plage. L'injonction d'expulsion et de retrait des ouvrages est assortie d'une astreinte de 2 000 euros par jour de retard.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, le préfet de la Corse-du-Sud demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme C B de retirer sans délai les ouvrages qu'elle a installés sur le domaine public maritime, sous astreinte d'au moins 2 000 euros par jour de retard ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la SARL A Stagnola de retirer sans délai les ouvrages qu'elle a installés sur le domaine public maritime, sous astreinte d'au moins 2 000 euros par jour de retard ;

3°) de l'autoriser à procéder d'office à l'expulsion des occupants sans titre dans le cas où il n'y serait pas procédé.

Le préfet soutient que :

- Mme B et la SARL A Stagnola, dont Mme B est la gérante, occupent sans autorisation le domaine public maritime où elles ont installé 35 matelas et 17 parasols pour une emprise totale de 195 m² ;

- il y a urgence à procéder à leur expulsion pour permettre l'usage libre et gratuit de la plage, particulièrement utile en période estivale.

Le déféré a été communiqué à Mme C B et à la SARL A Stagnola qui n'ont respectivement pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Jan Martin, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 7 août 2024 à 10 heures.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Nicaise, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme D, représentant le préfet de la Corse-du-Sud, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- et celles de Mme B qui indique que l'occupation irrégulière du domaine public maritime résulte d'une erreur.

Considérant ce qui suit :

1. Des contrôleurs assermentés ont constaté le 4 juillet 2024 l'occupation sans autorisation par la SARL A Stagnola, dont Mme B est la gérante, du domaine public maritime, par la présence de 35 matelas et de 17 parasols, pour une emprise de 195 m², sur la plage de Stagnola, dans la commune de Pietrosella. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B et de la SARL A Stagnola du domaine public maritime.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes du I de l'article L. 2124-4 du même code : " L'accès des piétons aux plages et leur usage libre et gratuit par le public sont régis par les dispositions de l'article L. 321-9 du code de l'environnement ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 321-9 du code de l'environnement : " L'accès des piétons aux plages est libre sauf si des motifs justifiés par des raisons de sécurité, de défense nationale ou de protection de l'environnement nécessitent des dispositions particulières. / L'usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages au même titre que leur affectation aux activités de pêche et de cultures marines ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment du constat effectué le 4 juillet 2024 par des contrôleurs assermentés, ainsi que des photographies qui y sont annexées et n'est pas contesté en défense, que Mme B et la SARL A Stagnola ont installé depuis 3 ans, sans autorisation d'occupation du domaine public maritime, 35 matelas et 17 parasols, pour une emprise de 195 m², sur la plage de Stagnola, dans la commune de Pietrosella.

5. Le rétablissement du libre accès des piétons aux plages et du libre et gratuit usage de celles-ci prévus à l'article L. 321-9 du code de l'environnement établit, tout particulièrement en période estivale, l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Pour ce motif, l'expulsion de Mme B et de la SARL A Stagnola de l'emplacement occupé sans autorisation sur la plage de Stagnola dans la commune de Pietrosella présente un caractère utile et urgent.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B et de la SARL A Stagnola de l'emplacement qu'elles occupent sans autorisation sur la plage de Stagnola dans la commune de Pietrosella et le retrait des ouvrages s'y trouvant, avec au besoin l'assistance de la force publique.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir l'injonction prononcée au point précédent d'une astreinte, d'une part, à Mme B, en son nom personnel, et, d'autre part, à la SARL A Stagnola, d'un montant de 2 500 euros chacune, par jour de retard à compter de la notification par tout moyen de la présente ordonnance aux intéressés.

ORDONNE

Article 1er : Il est enjoint à Mme B et à la SARL A Stagnola d'évacuer sans délai l'emplacement qu'elles occupent sans autorisation sur la plage de Stagnola dans la commune de Pietrosella et de retirer les ouvrages qu'elles y ont installés.

Article 2 : L'injonction prononcée à l'article 1er est assortie d'une astreinte de 2 500 euros par jour de retard chacune, à la charge de Mme B et de la SARL A Stagnola, à compter de la notification qui leur sera faite, par tout moyen, de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat pourra procéder d'office à l'enlèvement des ouvrages de Mme B et de la SARL A Stagnola dans le cas où celles-ci n'y auraient pas procédé.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à Mme C B et à la SARL A Stagnola.

Copie en sera transmise au préfet de la Corse-du-Sud.

Fait à Bastia, le 8 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. A

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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