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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2401058

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2401058

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2401058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 août et 9 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Giansily, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Etat à lui payer une indemnité provisionnelle de 100 000 euros, augmentée des intérêts à compter du 8 avril 2024, eux-mêmes capitalisés par année, en réparation des préjudices résultant des conséquences de l'accident de service dont il a été victime le 4 juin 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 4 juin 2018, il a subi une grave entorse de la cheville droite, qui a été reconnue comme accident de service ; à la suite de plusieurs rechutes survenues au cours des années 2019 et 2020, son état s'est aggravé et il demeure atteint d'une instabilité chronique de cette cheville ;

- les préjudices dont il est incontestablement fondé à demander réparation sont les suivants :

* frais de l'expertise médicale judiciaire dont il a dû faire l'avance, d'un montant de 900 euros ;

*préjudices esthétique temporaire en raison de l'usage d'une botte orthopédique et de béquilles, pour un montant de 10 000 euros ;

* souffrances endurées, pour un montant de 10 000 euros ;

* déficit fonctionnel temporaire, pour un montant de 5 000 euros ;

* déficit fonctionnel permanent, évalué à 5%, pour un montant de 10 000 euros ;

* préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de continuer la pratique de sports nécessitant des appuis (tennis, squash, sports de balle) pour un montant de 64 100 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête en tant qu'elle tend à la condamnation de l'Etat au paiement d'indemnités d'un montant total de 100 000 euros.

Il fait valoir que :

- le montant des indemnités demandées présente un caractère excessif ;

- l'indemnité réparant le déficit fonctionnel permanent ne peut excéder 5 565 euros ;

- l'indemnité réparant le déficit fonctionnel temporaire ne peut excéder 1 161 euros ;

- l'indemnité réparant le préjudice esthétique temporaire doit être ramené à de plus justes proportions ;

- l'indemnisation des souffrances physiques, évaluées à 1,5 sur une échelle de 7, dont la nature n'est pas précisée, présente un caractère sérieusement contestable et ne saurait excéder une somme de 1 849 euros ;

- le préjudice d'agrément lié à l'impossibilité de continuer à pratiquer certains sports, ne peut excéder 20% de la somme allouée au titre du déficit fonctionnel permanent, soit une somme de 1 133 euros ;

- les frais de l'expertise médicale ayant été mis à la charge de M. B par le président du tribunal, la créance dont il se prévaut à ce titre présente un caractère sérieusement contestable.

Vu :

- l'ordonnance n° 2301631 du 18 janvier 2024 par laquelle le président du tribunal a désigné le docteur A en qualité d'expert ;

- le rapport de l'expert, enregistré le 25 avril 2024 ;

- l'ordonnance du 29 avril 2024 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise à la somme de 900 euros en les mettant à la charge de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une décision en date du 26 août 2024, la présidente du tribunal administratif de Bastia a désigné M. Alfonsi, président honoraire, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Vu :

- le code civil ;

- la code général de la fonction publique ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, surveillant de l'administration pénitentiaire, a été victime d'une grave entorse de la cheville droite le 4 juin 2018, reconnue imputable au service. Il demande au juge des référés de condamner l'Etat à lui payer des indemnités provisionnelles d'un montant de 100 000 euros en réparation des préjudices résultant des conséquences de cet accident et de ses rechutes.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ".

3. Il résulte de l'instruction et, en particulier, des conclusions concordantes du médecin mandaté par l'administration et de l'expert judiciaire, que l'actuelle instabilité douloureuse de la cheville droite de M. B est en relation directe, certaine et exclusive avec l'accident de service du 4 juin 2018, ce que l'administration ne conteste d'ailleurs pas. Il suit de là que le droit de M. B à obtenir réparation des préjudices personnels qui ont résulté de cet accident de service et de ses rechutes présente, dans son principe, un caractère non sérieusement contestable.

4. Le préjudice esthétique temporaire, apprécié par l'expert à 2 sur une échelle de 7, pourra être évalué à la somme de 1 000 euros.

5. Les souffrances physiques, appréciées à 1,5 sur une échelle de 7 par l'expert, qui s'en explique suffisamment, pourront être évaluées à la somme de 2 000 euros.

6. Le préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire, apprécié par l'expert à 25% du 4 juin 2018 au 15 janvier 2019 et à 10 % pour la période du 16 janvier 2019 au 4 juin 2019, pourra être évalué à la somme de 900 euros.

7. Le préjudice résultant du déficit fonctionnel permanent, pour lequel l'expert a fixé un taux de 5%, sera évalué à la somme de 5 500 euros.

8. Le préjudice d'agrément retenu par l'expert, résultant de l'impossibilité de pratiquer les sports nécessitant un appui (tennis, squash, sports de balles) que M. B pratiquait assidûment pourra être indemnisé par une somme de 5 000 euros.

9. S'agissant par ailleurs des frais de l'expertise, qui a été utile à la solution du litige, l'administration ne peut sérieusement se prévaloir de la circonstance qu'ils ont été mis à la charge provisoire de M. B par l'ordonnance susvisée du président du tribunal, de tels frais devant être définitivement supportés par la partie perdante. Par suite, et dès lors qu'il n'est pas contesté que le requérant a effectivement fait l'avance des honoraires dus à l'expert, il y a lieu de condamner l'Etat à lui rembourser la somme de 900 euros correspondant aux frais de l'expertise.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à payer à M. B une indemnité provisionnelle de 15 300 euros.

Sur les intérêts :

11. Il est constant que M. B a adressé une réclamation préalable à l'administration par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du 3 avril 2024. Il est par suite fondé, en vertu des articles 1344-1 et 1343-2 du code civil, à demander que la somme de 15 300 € mentionnée au point 10 ci-dessus soit augmentée des intérêts légaux à compter du 8 avril 2024 et que les intérêts échus soient capitalisés à chaque échéance annuelle pour produire eux-mêmes intérêts.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : L'Etat (ministre de la justice) est condamné à payer à M. B une somme de 15 300 euros. Ladite somme sera augmentée des intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2024, les intérêts échus étant capitalisés à chaque échéance annuelle pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat (ministre de la justice) versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de la justice, garde des Sceaux.

Fait à Bastia, le 17 octobre 2024

Le juge des référés,

signé

J.-F. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des Sceaux, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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