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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2500298

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2500298

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2500298
TypeDécision
PublicationC
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2025, M. A C, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2025 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2025 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Corse-du-Sud et lui a fait obligation de se présenter tous les jours dans les locaux de la police aux frontières à l'aéroport d'Ajaccio ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui restituer la carte de séjour temporaire " travailleur salarié " et de mettre fin aux mesures de signalement dans le système d'information " Schengen ", sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision portant retrait de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de procédure contradictoire ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- le préfet du Finistère ne pouvait légalement rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine pour avis de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est disproportionnée ;

- l'arrêté d'assignation à résidence n'est pas motivé ;

- l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraînera, par voie de conséquence, l'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence ;

- les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'assignation à résidence sont disproportionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2025, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Jan Martin, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail signé le 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 12 mars 2025 à 10h en présence de Mme Saffour, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations Me, représentant M.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 1981, M. C, qui est entré en France le 11 juillet 2024 muni d'un titre de séjour " travailleur saisonnier ", a été placé le 18 février 2025 en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Corse-du-Sud a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par l'arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Corse-du-Sud et lui a fait obligation de se présenter tous les jours dans les locaux de la police aux frontières de l'aéroport d'Ajaccio. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne l'arrêté portant retrait de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". La décision portant retrait de la décision accordant un titre de séjour est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au bénéficiaire du titre de séjour d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

2. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de la décision de retrait de titre de séjour litigieuse, que M. C a été retenu et auditionné le 18 février 2025, a fait l'objet d'une invitation à présenter des observations sur cette mesure à 9h35, a présenté des observations à 13h15 avant que l'arrêté litigieux lui soit notifié le même jour, à 16h. Dès lors, bien qu'un délai de quelques heures se soient écoulé entre l'invitation à présenter des observations et la notification de cette décision et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité un délai supplémentaire afin de présenter des observations complémentaires, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en estimant que M. C était retourné en France, le 12 janvier 2025, sans être muni du contrat et de l'autorisation de travail requis, le préfet de la Corse-du-Sud se serait cru tenu de lui retirer son titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté litigieux n'a pas été pris par le préfet du Finistère et ne porte pas sur un refus de délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En quatrième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, l'arrêté litigieux ne fait pas suite à une demande présentée par M. C au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, cet arrêté n'est pas fondé sur de telles dispositions. Dès lors, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ce que cette décision serait entachée d'un vice de procédure en n'ayant pas été précédée de la consultation de la commission du titre de séjour.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. C se borne à soutenir qu'il " a développé la vie familiale et personnelle en France après plusieurs années de la résidence (), a entamé un parcours de soins, une demande de tutelle concernant ses difficultés, un bail pour obtenir un logement par le bais de l'association ". Or, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est entré en France pour la première fois que le 11 juillet 2024 et n'est pas contesté que son épouse et ses enfants résident au Maroc. Ainsi, le préfet n'ayant pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. Le requérant fait valoir qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public, a séjourné en France de manière régulière, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, a acquis en France une expérience professionnelle et bénéficie d'une promesse d'embauche dans les métiers du maraichage. Néanmoins, eu égard à ce qui a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Ainsi, le moyen tiré de ce que la durée d'un an de cette mesure serait disproportionnée doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation ne peut ainsi qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence serait illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter sans délai le territoire français doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside dans la commune d'Ajaccio, dans laquelle la mesure litigieuse lui fait obligation de se présenter tous les jours dans les locaux de la police aux frontières de l'aéroport, durant 45 jours. Dès lors, en se bornant à soutenir qu'il ne dispose pas d'un permis de conduire et que le transport en commun est " très peu existant ", le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette mesure serait disproportionnée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 18 février 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

J. B

La greffière,

Signé

R. SAFFOUR

La République mande et ordonne préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. SAFFOUR

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