Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2601697
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2601697 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | POLETTI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 9 septembre 2026, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026 par lequel le maire de la commune de Sotta a délivré à Mme B... A... un permis de construire une maison individuelle d’une surface de plancher de 149,8 m2 avec piscine, sur un terrain situé « 299 bis hameau di Cancaraccia », parcelles cadastrées I 632 à 637.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 122-5 du code de l’urbanisme, le projet se situant à plus de 3 km du village ;
- elle méconnaît les dispositions du plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) dès lors que les parcelles en cause relèvent des espaces naturels, sylvicoles et pastoraux qu’il consacre, qui sont par définition, inconstructibles.
Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2026, Mme B... A..., représentée par Me Poletti, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l’Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- compte tenu de sa localisation en limite immédiate d’un secteur artificialisé, de la présence de constructions préexistantes de part et d’autre de l’unité foncière, au demeurant de faible surface, soit 2000 m2, le terrain objet de la demande de permis ne saurait être regardé comme susceptible d’être rattaché aux « systèmes d’exploitation locaux » au sens de l’article L 122-10 du code de l’urbanisme ;
- la seule référence au PADDUC est insuffisante, alors que seules les parcelles classées en ESA supportent une interdiction de construire de principe pour la sauvegarde des activités agricoles ; elle conteste toute potentialité agricole de sa parcelle ;
- le projet est situé dans un secteur comprenant un nombre considérable de constructions, qui ne sont jamais séparées de plus de 80 mètres, critère pour matérialiser une rupture dans la continuité des constructions, qui n’est pas rempli même dans le secteur le moins densément construit de ce lieudit ;
- contrairement aux allégations du préfet, le terrain d’assiette du projet s’inscrit en continuité immédiate d’un « groupe d’habitations existants » au sens de l’article L 122-5 du code de l’urbanisme, tel que précisé à la fois par les prescriptions du PADDUC et la jurisprudence et peu importe qu’il soit distant du cœur du village de Sotta ; en effet, le hameau de Cancaraccia comporte un bâti de plus de 30 constructions, dense, à usage d’habitations, et est entièrement équipé par les réseaux en dehors de l’assainissement ; la compatibilité de ce projet avec la définition du PADDUC, spécifique à la Corse, du « groupe de constructions », alors que le document réglementaire vise une urbanisation en deçà des critères requis pour les villages et hameaux, tel que rappelé ci-avant, est établie ; cet habitat groupé s’est développé de part et d’autre d’une voirie publique qui structure ainsi son organisation avec un maillage organisé autour de cette dernière.
Le déféré a été communiqué à la commune de Sotta qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 septembre 2026 sous le n° 2601698 tendant à l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue en présence de Mme Saffour, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Baux,
- les observations de Me Poletti, représentant Mme A..., présente, qui persiste dans ses conclusions et précise que :
. la commune de Sotta est composée de 32 hameaux ;
. les critères de la Loi Montagne sont remplis dès lors que la construction se fera en continuité d’un hameau, ou à tout le moins d’un groupe de constructions ;
. en l’espèce, « Cancaraccia » est effectivement un hameau dès lors qu’il comporte 30 constructions dont aucune n’est distante de plus de 80 mètres ;
Cette parcelle n’a aucune potentialité agricole, alors au surplus que seuls les espaces stratégiques agricoles sont protégés par le PADDUC.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026, par lequel le maire de la commune de Sotta a délivré à Mme B... A... un permis de construire une maison individuelle d’une surface de plancher de 149,8 m2 avec piscine, sur un terrain situé « 299 bis hameau di Cancaraccia », parcelles cadastrées I 632 à 637.
2. Aux termes de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l’article L. 554-1 du code de justice administrative : « Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / (…) / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. (…) »
3. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 122-5 du code de l’urbanisme, invoqué par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à l’appui de sa demande de suspension est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Enfin, pour l’application des dispositions de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, l’autre moyen de la requête n’est pas de nature à faire naître un tel doute. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026 du maire de la commune de Sotta.
4. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A... la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026 par lequel le maire de la commune de Sotta a délivré à Mme B... A... un permis de construire une maison individuelle, est suspendue.
Article 2 : Les conclusions de Mme A... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sotta et à Mme B... A....
Fait à Bastia, le 1er octobre 2026.
La juge des référés, La greffière,
Signé
Signé
A. Baux R. Saffour
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Par un déféré, enregistré le 9 septembre 2026, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026 par lequel le maire de la commune de Sotta a délivré à Mme B... A... un permis de construire une maison individuelle d’une surface de plancher de 149,8 m2 avec piscine, sur un terrain situé « 299 bis hameau di Cancaraccia », parcelles cadastrées I 632 à 637.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 122-5 du code de l’urbanisme, le projet se situant à plus de 3 km du village ;
- elle méconnaît les dispositions du plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) dès lors que les parcelles en cause relèvent des espaces naturels, sylvicoles et pastoraux qu’il consacre, qui sont par définition, inconstructibles.
Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2026, Mme B... A..., représentée par Me Poletti, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l’Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- compte tenu de sa localisation en limite immédiate d’un secteur artificialisé, de la présence de constructions préexistantes de part et d’autre de l’unité foncière, au demeurant de faible surface, soit 2000 m2, le terrain objet de la demande de permis ne saurait être regardé comme susceptible d’être rattaché aux « systèmes d’exploitation locaux » au sens de l’article L 122-10 du code de l’urbanisme ;
- la seule référence au PADDUC est insuffisante, alors que seules les parcelles classées en ESA supportent une interdiction de construire de principe pour la sauvegarde des activités agricoles ; elle conteste toute potentialité agricole de sa parcelle ;
- le projet est situé dans un secteur comprenant un nombre considérable de constructions, qui ne sont jamais séparées de plus de 80 mètres, critère pour matérialiser une rupture dans la continuité des constructions, qui n’est pas rempli même dans le secteur le moins densément construit de ce lieudit ;
- contrairement aux allégations du préfet, le terrain d’assiette du projet s’inscrit en continuité immédiate d’un « groupe d’habitations existants » au sens de l’article L 122-5 du code de l’urbanisme, tel que précisé à la fois par les prescriptions du PADDUC et la jurisprudence et peu importe qu’il soit distant du cœur du village de Sotta ; en effet, le hameau de Cancaraccia comporte un bâti de plus de 30 constructions, dense, à usage d’habitations, et est entièrement équipé par les réseaux en dehors de l’assainissement ; la compatibilité de ce projet avec la définition du PADDUC, spécifique à la Corse, du « groupe de constructions », alors que le document réglementaire vise une urbanisation en deçà des critères requis pour les villages et hameaux, tel que rappelé ci-avant, est établie ; cet habitat groupé s’est développé de part et d’autre d’une voirie publique qui structure ainsi son organisation avec un maillage organisé autour de cette dernière.
Le déféré a été communiqué à la commune de Sotta qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 9 septembre 2026 sous le n° 2601698 tendant à l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique qui s’est tenue en présence de Mme Saffour, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Baux,
- les observations de Me Poletti, représentant Mme A..., présente, qui persiste dans ses conclusions et précise que :
. la commune de Sotta est composée de 32 hameaux ;
. les critères de la Loi Montagne sont remplis dès lors que la construction se fera en continuité d’un hameau, ou à tout le moins d’un groupe de constructions ;
. en l’espèce, « Cancaraccia » est effectivement un hameau dès lors qu’il comporte 30 constructions dont aucune n’est distante de plus de 80 mètres ;
Cette parcelle n’a aucune potentialité agricole, alors au surplus que seuls les espaces stratégiques agricoles sont protégés par le PADDUC.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026, par lequel le maire de la commune de Sotta a délivré à Mme B... A... un permis de construire une maison individuelle d’une surface de plancher de 149,8 m2 avec piscine, sur un terrain situé « 299 bis hameau di Cancaraccia », parcelles cadastrées I 632 à 637.
2. Aux termes de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l’article L. 554-1 du code de justice administrative : « Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / (…) / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. (…) »
3. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 122-5 du code de l’urbanisme, invoqué par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à l’appui de sa demande de suspension est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Enfin, pour l’application des dispositions de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, l’autre moyen de la requête n’est pas de nature à faire naître un tel doute. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026 du maire de la commune de Sotta.
4. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A... la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 8 juillet 2026 par lequel le maire de la commune de Sotta a délivré à Mme B... A... un permis de construire une maison individuelle, est suspendue.
Article 2 : Les conclusions de Mme A... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sotta et à Mme B... A....
Fait à Bastia, le 1er octobre 2026.
La juge des référés, La greffière,
Signé
Signé
A. Baux R. Saffour
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
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