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Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2601709

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2601709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCASIMIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 10 septembre 2026, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 26 juin 2026 par lequel le maire de la commune de Pietrosella ne s’est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A... B..., relative à une division, en vue de construire sur la parcelle cadastrée AD 556, située lieu-dit « Casacce ».

Il soutient que :
- si les parcelles sont situées en zone AU du plan local d'urbanisme de la commune de Pietrosella qui admet des possibilités de constructions, l’arrêté méconnaît cependant les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l’urbanisme ; en effet, la parcelle en cause s’ouvre sur une vaste zone naturelle et agricole constituant une coupure d’urbanisation au sens du plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) ; en outre, la zone support du projet se situe en deçà de la délimitation des espaces proches du rivage répertoriés par le PADDUC où la constructibilité n’est pas admise en dehors des secteurs urbanisés ;
- les parcelles sont répertoriées en « espaces stratégiques agricoles » dans la cartographie du PADDUC et sont dès lors inconstructibles ;
- enfin, la commune étant engagée dans une procédure de révision de son plan local d'urbanisme, les auteurs du futur plan ont identifié et délimité le secteur concerné comme devant être préservé et préconisent le classement de la parcelle en cause dans un espace préservé, non constructible, le maire de la commune de Pietrosella aurait dû tenir compte de cette démarche et ne pas compromettre les objectifs de protection et de préservation retenus.

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 28 septembre 2026, M. A... B..., représenté par Me Casimiri, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Il soutient que :
- le préfet ne justifie pas de l’urgence de son déféré ;
- le préfet ne justifie pas de la recevabilité du déféré dès lors qu’il n’apporte pas la preuve de la date de réception, par ses services, de la décision attaquée ;
- la parcelle AD 556 se situe dans un ensemble urbanisé et constitue d’ailleurs une « dent creuse » et il n’existe aucune rupture d’urbanisation notamment jusqu’à la mairie de Pietrosella ; la parcelle est d’ailleurs classée comme « constructible » tant sur le plan local d'urbanisme en vigueur qu’au regard du PADDUC ;
- la parcelle est en continuité avec l’espace urbanisé existant et reconnu par le Règlement (PADDUC et PLU) et proposant des services publics ;
- la zone UC contiguë est entièrement construite ;
- la parcelle est desservie par une voie permettant l’accès à une trentaine d’unités d’habitation ;
- la parcelle est desservie par les réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement ;
- le projet n’étend pas le bâti existant au sens de la jurisprudence et ne modifie pas de manière significative la zone urbaine puisqu’il comble une « dent creuse »
- la parcelle ne se situe pas dans un espace stratégique agricole.


Le déféré a été communiqué à la commune de Pietrosella qui n’a pas présenté d’observations.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2601710 tendant à l’annulation de l’arrêté du 26 juin 2026 du maire de la commune de Pietrosella.

Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Saffour, greffière d’audience :
• le rapport de Mme Baux,
• les observations de Me Casmiri, représentant M. B... qui persiste dans ses conclusions et souligne que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud n’apporte pas la preuve de ce que le terrain d’assiette du projet serait en co-visibilité avec la mer et que celui-ci ne fait pas partie des espaces stratégiques agricoles.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 26 juin 2026 par lequel le maire de la commune de Pietrosella ne s’est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A... B..., relative à une division, en vue de construire sur la parcelle cadastrée AD 556, située lieu-dit « Casacce ».

2. Il ressort des pièces versées au débat et notamment du tampon porté sur la décision attaquée que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a joint à sa requête, que cet arrêté n’a été réceptionné par ses services que le 10 juillet 2026. Par suite, le déféré introduit auprès du greffe du tribunal, le 10 septembre suivant, n’est pas tardif. La fin de non-recevoir ainsi opposée pourra être écartée.

3. Aux termes de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l’article L. 554-1 du code de justice administrative : « Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / (…) / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. (…) ».

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que, contrairement à ce que fait valoir le pétitionnaire, la demande présentée par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud contre l’arrêté du 26 juin 2026, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l’article L. 554-1 du code de justice administrative, n’est pas soumise à une condition d’urgence mais est seulement subordonnée à l’existence d’un moyen propre, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. En l’état de l’instruction, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l’urbanisme sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. En revanche, pour l’application des dispositions de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, le troisième moyen n’est pas de nature à faire naître un tel doute. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de cette décision.

6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B... une somme qu’il réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.



O R D O N N E :



Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 26 juin 2026 du maire de la commune de Pietrosella est suspendue.

Article 2 : Les conclusions de M. B... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Pietrosella et à M. A... B....


Fait à Bastia, le 1er octobre 2026.


La juge des référés, La greffière,


Signé
Signé

A. Baux R. Saffour





La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,