jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-1902684 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CMS FRANCIS LEFEBVRE LYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 septembre 2019, 22 octobre 2019, 19 août 2020, 4 novembre 2020, 22 juin 20121, ainsi qu'un mémoire récapitulatif, enregistré le 9 juillet 2021, l'établissement public Voies navigables de France (VNF) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures résultant du mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner in solidum la société Campenon Bernard Centre Est, venant aux droits des sociétés CBR TP puis VCF TP Lyon, et la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, membres du groupement titulaire du marché de travaux, la société BRL Ingénierie, la société Architecte Environnement Infrastructures et la société ISM Ingénierie, membres du groupement titulaire du marché de maîtrise d'œuvre, et la société Metalform, fournisseur, à lui verser la somme totale de 111 404,08 euros HT en réparation des désordres de nature décennale consécutifs au marché de travaux de reconstruction et d'automatisation du barrage d'Auxonne et Tillenay sur la Saône ;
2°) de mettre à la charge in solidum de la société Campenon Bernard Centre Est, de la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, de la société BRL Ingénierie, de la société Architecte Environnement Infrastructures, de la société ISM Ingénierie et de la société Metalform la somme de 13 167 euros au titre des frais d'expertise ;
3°) de mettre à la charge in solidum de la société Campenon Bernard Centre Est, de la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, de la société BRL Ingénierie, de la société Architecte Environnement Infrastructures, de la société ISM Ingénierie et de la société Metalform la somme de 1 760,20 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
VNF soutient que :
- le juge administratif est compétent pour statuer sur les contentieux relatifs à l'engagement de la responsabilité décennale dans le cadre d'un marché public conclu par un établissement public administratif ; il est également compétent pour statuer sur les conclusions du maitre d'ouvrage tendant à l'engagement de la responsabilité solidaire d'un fabricant, que le fournisseur soit in fine qualifié de fabricant ou non ;
- VNF étant maitre d'ouvrage des travaux de reconstruction et d'automatisation du barrage d'Auxonne et Tillenay, la directrice territoriale Rhône Saône de VNF dispose d'un intérêt et de la qualité pour agir ;
- la condition de recevabilité liée à l'obligation d'effectuer une demande préalablement à l'introduction d'un recours indemnitaire ne lui est pas opposable ;
- le délai d'engagement de la responsabilité décennale des constructeurs est parfaitement respecté dès lors que la réception des travaux a été prononcée le 26 octobre 2011 et que sa requête, introduite le 20 septembre 2019, concerne des désordres constatés en 2015 et 2016 ;
- le désordre relatif aux dégradations du béton du radier présente un caractère décennal : contrairement à ce qu'a retenu l'expert judiciaire, les dégradations du béton du radier, qui est un élément indispensable au fonctionnement du barrage, et les fissures liées aux manques de béton, qui créent des infiltrations de nature à compromettre l'étanchéité de l'ouvrage, rendent l'ouvrage impropre à sa destination ; ces manques de béton vont forcément s'aggraver dans le temps, renforçant les risques d'augmentation des infiltrations dans le barrage, de sorte que l'aggravation de ce désordre est inéluctable ;
- le désordre relatif au décollement des parements de rattrapage de longueur présente un caractère décennal : ainsi que l'a retenu l'expert judiciaire, ces décollements provoquent des fissures à l'origine d'infiltrations d'eau qui ont pour effet de dégrader la pile servant à manœuvrer les clapets du barrage qui eux-mêmes servent à retenir l'eau, de sorte qu'ils remettent en cause l'étanchéité du barrage et sont donc de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ; ce désordre ne peut que s'aggraver jusqu'à entraîner le dysfonctionnement total de l'ouvrage ;
- le désordre relatif à la réservation dans le radier présente un caractère décennal : la réservation réalisée laisse apparents les gaines électriques et les tuyaux à air comprimé qui permettent de gérer l'inclinaison des clapets servant à bloquer l'eau ; ainsi que l'a retenu l'expert judiciaire, les canalisations sont ainsi mises à nu et exposées à un risque important de rupture, qui entraînerait l'impossibilité d'actionner les clapets et rendrait l'ouvrage impropre à sa destination ;
- le désordre relatif aux goujons de fixation des clapets présente un caractère décennal : les goujons servent à fixer les clapets, qui sont indispensables au fonctionnement du barrage en ce qu'ils régulent le niveau d'eau ; la rupture de 23 goujons consécutive à une soudure défectueuse, notamment sur la passe n° 2, ne permet plus le maintien des clapets et crée un dysfonctionnement sur le barrage, le rendant impropre à sa destination et compromettant sa solidité ; alors qu'il n'est pas nécessaire que les désordres présentent un caractère général et permanent pour rendre un ouvrage impropre à sa destination, en l'espèce, ce sont 13 goujons qui ont rompu sur la seule passe n° 2, fragilisant fortement cette passe, et à terme le barrage lui-même ; il existe un risque réel d'aggravation des dommages liés aux désordres constatés sur les goujons, dès lors qu'un nombre plus faible de goujons supporte désormais les clapets affectés par ce défaut de soudure ; le fait qu'aucune nouvelle rupture ne se soit produite n'exclut pas le risque de casses des goujons restants, lesquelles engendreraient un dysfonctionnement des clapets et à terme du barrage ;
- la responsabilité décennale des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial, titulaires du marché de travaux, qui ont choisi librement le fabricant et qui ont mis en œuvre des goujons défectueux, est engagée ; ce désordre de nature décennale est également imputable à la société Metalform qui a fourni les goujons affectés d'un défaut de soudure ;
- les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial, membres du groupement titulaire du marché de travaux, et les sociétés BRL Ingenierie, Architecte Environnement Infrastructures et ISM Ingenierie, membres du groupement titulaire du marché de maîtrise d'œuvre sont liées à VNF par un contrat de louage d'ouvrage et ont la qualité de constructeurs ; elle est donc bien fondée à engager leur responsabilité in solidum pour les désordres de nature décennale résultant des erreurs de conception et des malfaçons lors de la réalisation de l'ouvrage ;
- les travaux nécessaires à la réparation des désordres ont été évalués à 66 950 euros HT par l'expert judiciaire ; toutefois, à ce montant s'ajoutent les frais de mise en place de batardeaux nécessaires le temps de la réalisation des travaux, dont le coût, évalué à 44 454,08 euros HT, ne saurait être supporté par le maitre d'ouvrage pour lequel il constitue un préjudice, quand bien même il n'a pas été débattu lors des opérations d'expertise.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2020, 23 avril 2021 et 24 août 2021, la société Metalform, représentée par Me Pousset-Bougère, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) au rejet la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société BRL Ingénierie, de la société Architecte Environnement Infrastructures et de la société ISM Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce que soient mis à la charge de VNF les dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Metalform soutient que :
- le tribunal administratif est incompétent pour connaître de la responsabilité d'un fournisseur de l'un des cocontractants de la personne publique dès lors qu'il ne peut pas être considéré comme locateur d'ouvrage au sens de l'article 1792-1 du code civil ;
- VNF n'est pas recevable à solliciter, pour la première fois dans son mémoire récapitulatif en date du 8 juillet 2021, la responsabilité solidaire de la société Metalform au titre de l'article 1792-4 du code civil ;
- la responsabilité du fabricant ne peut être recherchée par le maitre d'ouvrage, solidairement avec celle du titulaire du marché, que lorsque celui-ci a conçu et produit pour satisfaire à des exigences précises et déterminées à l'avance les éléments à l'origine des désordres ; en l'espèce, elle a la simple qualité de fournisseur dès lors que les clapets qu'elle a fournis constituent de simples fournitures qui ont été installées par la Société VCF TP, et non des ouvrages ou parties d'ouvrages ;
- le désordre invoqué ne revêt pas un caractère décennal : les goujons concernés ont été identifiés par l'expert et ne représentent qu'une très faible proportion de la totalité des goujons, de sorte que le désordre, qui ne peut à lui seul impacter le fonctionnement des clapets, ne porte pas atteinte à la solidité du barrage, ni ne le rend impropre à sa destination ; ce désordre ne peut en aucune manière être considéré comme évolutif, dès lors que tous les goujons concernés par ce problème ont d'ores et déjà été identifiés, qu'aucune nouvelle rupture n'a été référencée par VNF depuis 2017, année durant laquelle seuls quatre goujons ont cédé et que VNF n'établit pas le risque de rupture de nouveaux goujons ;
- à supposer que le caractère décennal du désordre soit retenu, il ne lui est en aucun cas imputable dès lors qu'elle n'a commis aucune faute dans les opérations de soudure et qu'elle s'est bornée à suivre les prescriptions qui lui étaient imposées par la société CBR TP ; ni cette société -qui a validé la méthode de soudure- ni la société Dekra -qui a procédé au contrôle de l'ensemble des soudures- n'ont détecté de défaut de soudure, contrairement à ce qu'a retenu l'expert ; si une erreur a été commise, c'est dans la détermination de la méthode de soudure prescrite par le maître d'œuvre et non dans sa mise en œuvre ; si sa responsabilité devait être engagée, elle devrait être relevée et garantie par les membres du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre, qui a établi la méthode de soudure à laquelle elle s'est conformée ;
- le coût de la pose de batardeaux doit être rejeté dès lors qu'il n'a pas été retenu par l'expert et que VNF ne justifie pas son chiffrage.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 juillet 2020 et 26 mai 2021, la société BRL Ingénierie, représentée par Me De Angelis, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de VNF ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la société Campenon Bernard Centre Est, venant aux droits de CBR TP, venant elle-même aux droits de VCF TP SAS, la société Metalform et la société Dyrhoff Ltd soient condamnées à la relever et garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en tout état de cause, à ce que la somme de 10 000 euros soit mise à la charge de VNF, ou de toute autre partie perdante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société BRL Ingénierie soutient que :
- à titre principal, les désordres invoqués par VNF ne peuvent engager sa responsabilité décennale, dès lors qu'ils ne remplissent pas les critères jurisprudentiels applicables en la matière : la dégradation superficielle du béton du radier n'est pas de nature à porter atteinte à la solidité de l'ouvrage, ni à le rendre impropre à sa destination ; le décollement des parements de rattrapage de longueur constitue un désordre ponctuel et, contrairement à ce qu'a finalement relevé l'expert, ne rend pas l'ouvrage impropre à sa destination, dans la mesure où aucun passage d'eau n'a été constaté sur site ; l'arrachement de blocs de béton au niveau du radier de la passe n°4, mettant à nu une partie de certaines conduites d'air comprimé, ne rend pas l'ouvrage impropre à sa destination, dès lors qu'il s'agit d'un problème ponctuel affectant une seule boite à sable ; la rupture des goujons sur les clapets métalliques n'engage pas la responsabilité décennale des constructeurs, dès lors qu'il constitue un problème ponctuel résultant d'un défaut de fabrication ;
- à titre subsidiaire, les trois premiers désordres sont imputables à un défaut d'exécution lors des travaux de construction et le dernier désordre résulte d'un défaut de fabrication par le fournisseur des goujons ; aucune erreur de conception ni de défaut de surveillance du chantier n'ayant été allégués à l'égard de la maîtrise d'œuvre, elle est bien fondée à solliciter la garantie des sociétés Campenon Bernard Centre est, venant aux droits de CBR TP, venant elle-même aux droits de VCF TP SAS, Metalform, et Dyrhoff Ltd au titre de ces désordres ;
- l'expert judiciaire a évalué les travaux de reprise à la somme de 66 950 euros HT sur la base de devis produits et soumis au contradictoire dans le cadre des opérations d'expertise ; VNF, qui n'a pas contesté ce chiffrage dans le cadre des dires à expert, n'est pas fondé à réclamer une somme supérieure dans le cadre de la présente instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2020, la société Sendin, représentée par Me Kuperman, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de VNF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Sendin soutient que :
- le juge administratif est incompétent pour connaître d'un litige de construction à l'encontre de personnes non liées au maître d'ouvrage ou au titulaire du marché public par un contrat de droit public ; en l'espèce, en sa qualité de sous-traitante agréée du groupement titulaire du marché de travaux, elle est liée à ce groupement par un contrat de droit privé dont seules les juridictions de l'ordre judiciaire peuvent être saisies ;
- si VNF l'a attraite à l'instance, il n'a toutefois formulé aucune demande à son encontre et dirige son action à l'encontre des titulaires des marchés publics de travaux et de maîtrise d'œuvre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 juillet 2020 et 20 mai 2021, la société Campenon Bernard Centre Est, venant aux droits de la société CBR TP puis de la société VCF TP Lyon, et la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, venant aux droits de la société Tournaud, représentées par Me Belluc, concluent, dans le dernier de leurs écritures :
1°) à titre principal, au rejet des demandes formées à leur encontre par VNF ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les condamnations prononcées à leur encontre soient limitées aux coûts de reprise des seuls désordres de nature décennale -et pour la seule part leur incombant- et au rejet du surplus des demandes formées par VNF ;
3°) en tout état de cause, au rejet des appels en garantie formés à leur encontre et à ce que soient mis à la charge de VNF les dépens de l'instance ainsi que la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial soutiennent que :
- conformément aux conclusions de l'expert judiciaire, les dégradations superficielles du béton du radier et la rupture des goujons ne constituent pas des désordres de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ; le maître de l'ouvrage ne démontre pas le caractère certain d'une aggravation future des désordres affectant le béton du radier, de sorte que ces désordres ne présentent pas de caractère décennal ; aucune autre rupture de goujons ne s'est produite depuis les 23, sur 3 220, relevées par l'expert, de sorte que ce nombre restreint, qui ne peut avoir une quelconque incidence sur le fonctionnement des clapets, ne caractérise pas non plus un désordre, y compris futur, de nature décennale ; leur responsabilité sera, en tout état de cause, écartée dès lors que le rapport d'expertise identifie la société Metalform, fournisseur des boulons et réalisateur des soudures défectueuses, comme responsable exclusif de l'apparition du désordre ;
- contrairement à ce qu'a retenu l'expert, les désordres affectant les parements de rattrapage de longueur et de réservation dans le radier ne présentent pas de caractère décennal ; s'agissant des parements, il n'existe aucune certitude d'une aggravation future des désordres de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination dès lors qu'aucune fissure ni aucune infiltration n'ont été constatées par l'expert judiciaire ; s'agissant du désordre affectant la réservation du radier, d'une part, le procédé constructif a été modifié avec l'accord du maitre d'ouvrage et du maitre d'œuvre qui doivent dès lors supporter une part de responsabilité, d'autre part, le seul risque, hypothétique, de rupture des canalisations identifié par l'expert judiciaire résulte d'une mise en œuvre non-conforme aux règles de l'art qui ne peut être assimilée à un désordre de nature décennale ;
- subsidiairement, si la responsabilité décennale des constructeurs devait être retenue pour l'un ou l'autre des désordres invoqués, elles ne pourraient être condamnées qu'au paiement du coût des travaux de reprise évalués par l'expert et dans la limite de leur part de responsabilité ; le coût de mise en place de batardeaux n'est justifié ni dans son principe -sa nécessité pour réparer les seuls désordres affectant le radier et les parements n'étant pas démontrée- ni dans son montant, qui résulte du seul chiffrage de VNF ;
- les conclusions d'appel en garantie formées par la société BRL Ingénierie à l'encontre de la société Campenon Bernard Centre Est au titre de l'ensemble des désordres, qui ne sont motivées ni en fait ni en droit, doivent être rejetées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2021, la société ISM Ingénierie, représentée par la SCP Beziz-Cléon-Charlemagne-Creusvaux, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête de VNF ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que les demandes de VNF qui excèdent l'évaluation de l'expert judiciaire soient rejetées et à ce que la société CBR TP, aux droits de laquelle vient désormais VCF TP, la garantisse pour l'ensemble des désordres et les sociétés Metalform et Dyrhoff Ltd la garantissent pour le désordre relatif à la rupture des soudures des goujons ;
3°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de VNF, ou de toute autre partie perdante, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société ISM Ingénierie soutient que :
- à titre principal, la responsabilité des constructeurs ne peut être retenue qu'à condition de démontrer que les désordres allégués sont de nature à relever de la responsabilité décennale des constructeurs ; en l'espèce, le rapport de l'expertise judiciaire a relevé que les dégradations superficielles du béton du radier n'étaient pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ; si l'expert a finalement considéré que le décollement des parements de rattrapage de longueur relevait de la garantie décennale, aucun dommage n'a été constaté par l'expert et notamment aucun passage d'eau, alors que la réception des travaux est intervenue en 2011, de sorte qu'il s'agit d'un défaut ponctuel relativement mineur ; l'expert a relevé que le désordre lié à la réservation dans le radier était de nature à rendre l'immeuble impropre à sa destination par l'exposition des canalisations à la rupture ; l'expert a indiqué que le faible pourcentage des goujons défectueux, résultant d'un problème ponctuel d'exécution des soudures, n'était pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination ;
- à titre subsidiaire, l'expert judiciaire a évalué le montant des travaux de réparation à partir de devis et le chiffrage a fait l'objet d'une discussion entre les parties, de sorte que VNF, qui n'a pas contesté ce chiffrage, ne peut réclamer une somme supérieure à l'évaluation de l'expert judiciaire ;
- l'expert ne retient pas sa responsabilité pour l'ensemble des désordres constatés, qui sont tous liés à des défauts d'exécution, sans rapport avec la mission de maitrise d'œuvre qui lui avait été confiée ; elle est donc bien fondée à appeler en garantie la société CBR TP aux droits de laquelle vient désormais VCF TP SAS, entreprise titulaire du marché, pour les désordres de dégradations superficielles du béton du radier, de décollement des parements de rattrapage de longueur, de réservation dans le radier et de casses des goujons ; elle est également bien fondée à appeler en garantie la société Metalform, fabricant des pièces litigieuses dont les soudures sont défectueuses, et la société Dyrhoff Ltd, sous-traitant de la société CBR TP.
La procédure a été régulièrement communiquée aux sociétés Architecte Environnement Infrastructures, Etudes techniques lyonnaises et Dyrhoff Ltd, sous-traitants du groupement d'entreprise titulaire du marché de travaux, qui n'ont produit aucune observation.
Vu :
- l'ordonnance du 18 octobre 2016, dans l'instance n° 1602367, par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a ordonné une expertise et désigné M. C A, ingénieur, en qualité d'expert ;
- l'ordonnance du 9 mars 2017, dans l'instance n° 1700130, par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a étendu à la société Metalform les opérations de l'expertise organisée par l'ordonnance n° l602367 du 18 octobre 2016 ;
- l'ordonnance du 28 novembre 2017 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a autorisé M. C A, expert, à recourir à l'Institut de soudure, en qualité de sapiteur ;
- le rapport d'expertise enregistré au greffe le 24 juin 2019 ;
- l'ordonnance du 24 septembre 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Dijon a taxé et liquidé les frais et honoraires dus à l'expert à la somme de 10 842,20 euros TTC et les a mis à la charge de VNF ;
- l'ordonnance du 24 septembre 2019 par laquelle le président du tribunal administratif de Dijon a taxé et liquidé les frais et honoraires dus au sapiteur à la somme de 4 776 euros TTC et les a mis à la charge de VNF ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. D,
- les observations de Me Desmure, représentant la société BRL Ingénierie,
- les observations de Me Jakob, représentant la société Metalform,
- et les observations de Me Saillard, représentant la société ISM Ingénierie.
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement public Voies navigables de France (VNF) a engagé un programme de reconstruction et d'automatisation du barrage d'Auxonne et Tillenay sur la Saône. Dans ce cadre, il a conclu, le 21 février 2006, un contrat de maîtrise d'œuvre avec un groupement solidaire composé de la société BRL Ingénierie, mandataire, de la société Architecte Environnement Infrastructures et de la société ISM Ingénierie. Par un acte d'engagement signé le 26 mars 2009, le marché de travaux a été confié à un groupement solidaire composé de la société CBR TP, mandataire, aux droits de laquelle vient la société Campenon Bernard Centre Est, et de la société Tournaud, aux droits de laquelle vient la société Vinci Construction Maritime et Fluvial. La réception des travaux a été prononcée sans réserve à compter du 25 octobre 2011. En 2015, Voies navigables de France a constaté des désordres affectant le barrage et a saisi, en 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon d'une demande d'expertise en vue de déterminer les causes et conséquences de ces désordres. L'expert désigné par ordonnance du 18 octobre 2016 a rendu son rapport le 24 juin 2019. VNF demande au tribunal, sur le fondement de la responsabilité décennale, de condamner in solidum l'ensemble des constructeurs responsables à réparer les désordres subis à la suite des travaux en litige.
Sur les exceptions d'incompétence de la juridiction administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1792-4 du code civil : " Le fabricant d'un ouvrage, d'une partie d'ouvrage ou d'un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance, est solidairement responsable des obligations mises par les articles 1792, 1792-2 et 1792-3 à la charge du locateur d'ouvrage qui a mis en œuvre, sans modification et conformément aux règles édictées par le fabricant, l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou élément d'équipement considéré () ".
3. Il appartient au juge administratif de statuer sur les conclusions du maître d'ouvrage tendant à l'engagement de la responsabilité solidaire du fabricant sur le fondement de l'article 1792-4 du code civil et de rejeter ces conclusions lorsque la personne mise en cause par le maître d'ouvrage n'a pas, en réalité, cette qualité. Il suit de là que la société Metalform n'est pas fondée à soutenir que le tribunal administratif n'est pas compétent pour statuer sur les conclusions de VNF tendant à l'engagement de sa responsabilité solidaire au titre de la garantie décennale.
4. En second lieu, s'il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs. Il peut, à ce titre, invoquer, notamment, la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires mais ne saurait se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles. En outre, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi-délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination.
5. En l'espèce, il résulte des termes mêmes des écritures de VNF que si la société Sendin, sous-traitante du groupement titulaire du marché de travaux, a été attraite à l'instance, aucune demande de condamnation n'a été formulée à son encontre. Par suite, l'exception d'incompétence soulevée par cette société est sans objet.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
6. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
S'agissant des dégradations du béton du radier :
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que des dégradations superficielles du béton ont été constatées au raccordement entre la partie inclinée et la partie horizontale du radier du barrage. VNF fait valoir que le radier constitue un élément indispensable au fonctionnement du barrage et que les fissures liées aux manques de béton créent des infiltrations de nature à compromettre l'étanchéité de l'ouvrage et à le rendre impropre à sa destination, ces manques risquant en outre de s'aggraver dans le temps. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément technique ni aucun constat matériel à l'appui de ses allégations, alors que l'expert a retenu une simple érosion superficielle du béton du radier lui donnant un aspect irrégulier et granuleux, sans évoquer de fissurations ou d'infiltrations d'eau, ni de risque que ces phénomènes surviennent de manière prévisible dans le futur. Dans ces conditions, ce premier désordre constaté, qui ne peut être regardé comme étant de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ou à compromettre sa solidité, ne présente pas un caractère décennal.
S'agissant du décollement du parement :
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise, qu'un parement en béton de la pile " rive gauche " de la passe n°2 du barrage, réalisé en vue de rattraper les écarts de longueur existant entre les piles du barrage, s'est décollé. Les constructeurs font valoir que ce désordre est ponctuel et mineur dès lors qu'aucun passage d'eau n'a été constaté par l'expert. Toutefois, l'expert a considéré que ce désordre est de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination en remettant en cause l'étanchéité même du barrage dès lors que le décollement constaté provoque des fissures à l'origine d'infiltrations d'eau ayant pour effet de dégrader la pile servant à manœuvrer les clapets du barrage qui eux-mêmes servent à retenir l'eau. Dans ces conditions, VNF est fondé à soutenir que ce désordre relève de la garantie décennale des constructeurs.
S'agissant de la réservation dans le radier :
9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que, dans la passe n°4, un bloc de béton, destiné à recouvrir une réservation pour les gaines électriques et les tuyaux à air comprimé, a été arraché, mettant ainsi à nu les canalisations de cette réservation et les exposant à un risque de rupture. Si les constructeurs estiment que ce risque est seulement hypothétique, ils n'apportent aucun élément technique de nature à contredire les conclusions expertales selon lesquelles cette mise à nu des canalisations les expose dès à présent à une rupture de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination dès lors qu'elles permettent de gérer l'inclinaison des clapets servant à bloquer l'eau du barrage. Dans ces conditions, VNF est fondé à soutenir que ce désordre relève de la garantie décennale des constructeurs.
S'agissant des ruptures de goujons :
10. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise, que des ruptures de goujons de fixation des clapets sont survenues dès 2014 sur les panneaux des passes du barrage. VNF fait valoir que ce désordre est de nature décennale dès lors que les goujons servent à fixer les clapets, qui sont indispensables au fonctionnement du barrage en ce qu'ils régulent le niveau d'eau, que la rupture de 23 goujons consécutive à une soudure défectueuse, notamment 13 sur la seule passe n° 2, ne permet plus le maintien des clapets et crée un dysfonctionnement sur le barrage, le rendant impropre à sa destination, et qu'un tel désordre est nécessairement évolutif. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, le barrage se compose de quatre passes qui comportent chacune huit ou neuf panneaux, que les clapets d'un panneau sont solidaires et que les ruptures de goujons ne concernent pas les pièces de liaison inter-panneaux. D'autre part, l'expertise a recensé que, sur les 3 220 goujons soudés, 23 goujons seulement avaient été cassés -soit environ 0,7%- essentiellement en 2014, dont la moitié concerne la passe n°2, et qu'aucune nouvelle rupture n'a été recensée depuis 2018, attestant ainsi que le désordre relevé ne concerne pas l'ensemble des goujons et n'est pas évolutif. Dans ces conditions, ce désordre n'étant pas, à lui seul, de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination, VNF n'est pas fondé à soutenir que ce désordre relève de la garantie décennale des constructeurs.
11. Il résulte de ce qui précède que seuls les désordres relatifs au décollement des parements et à la réservation dans le radier invoqués par VNF au titre de la garantie décennale sont de nature à engager la responsabilité des constructeurs auxquels ils sont imputables.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres de nature décennale :
12. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
S'agissant du décollement du parement :
13. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le décollement du parement en béton de la pile " rive gauche " de la passe n°2 du barrage a pour origine une exécution défectueuse des travaux en ce que les recharges de béton réalisées pour rattraper les écarts de longueur entre les piles existantes ont été trop faibles à certains endroits ou que le support a été insuffisamment préparé. Il est donc imputable au groupement d'entreprises chargées de l'exécution du chantier. Par ailleurs, ce désordre est également imputable au groupement solidaire de maitrise d'œuvre qui a failli dans ses missions de suivi de l'exécution des travaux et d'assistance aux opérations préalables à la réception de l'ouvrage.
S'agissant de la réservation dans le radier :
14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'au cours de l'exécution du chantier, la société CBR TP a proposé une variante de connexion par emboîtement serti avec joint, proposition qui a été acceptée par le maitre d'ouvrage et la maitrise d'œuvre sous réserve que l'accessibilité à ce raccordement soit préservée en vue d'une éventuelle intervention. La société CBR TP a donc réalisé une réservation dans le béton du radier, enrobé les canalisations dans du sable et rebouché le tout en coulant un béton. L'expert relève que ce béton n'est pas lié au reste du radier par des armatures, ce qui a provoqué son arrachement, et que cette méthode concerne uniquement la passe n°4, réalisée en premier, une autre méthode ayant été utilisée pour les trois passes suivantes. Par suite, ce désordre est imputable au groupement d'entreprises chargées de l'exécution du chantier. Par ailleurs, ce désordre est également imputable au groupement solidaire de maitrise d'œuvre, qui n'a vérifié la conformité de la réalisation de la variante acceptée ni dans le cadre de sa mission de suivi de l'exécution des travaux ni lors de l'assistance du maitre d'ouvrage aux opérations préalables à la réception de l'ouvrage.
15. Il résulte de ce qui précède que VNF est fondé à demander la condamnation in solidum de la société Campenon Bernard Centre Est, de la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, venant respectivement aux droits des sociétés CBR TP et Tournaud, membres du groupement solidaire titulaire du marché de travaux en litige, ainsi que des sociétés BRL Ingénierie, Architecte Environnement Infrastructures et ISM Ingénierie, membres du groupement solidaire titulaire du marché de maitrise d'œuvre.
Sur la réparation du préjudice :
16. Le préjudice subi par le maître de l'ouvrage comprend le coût des mesures propres à remédier aux désordres de nature décennale qui affectent l'ouvrage, incluant le coût des travaux et les coûts de la maîtrise d'œuvre et des autres prestations associées.
17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'expert a respectivement évalué le coût des travaux de reprise du parement et de la réservation du radier à 9 200 euros HT et 1 500 euros HT.
18. En deuxième lieu, si l'expert a estimé que le coût du déplacement des équipes pouvait être évalué à un forfait de 2 500 euros par déplacement -dont le montant n'est en lui-même pas contesté-, pour procéder aux travaux de reprise des quatre désordres qu'il a relevés, il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points 7 à 11 que seuls les désordres relatifs au décollement du parement et à la réservation dans le radier sont de nature décennale et donc imputables aux constructeurs. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 5 000 euros HT.
19. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la pile dont le parement s'est décollé comme la réservation dans le radier sont accessibles, comme ils l'ont été lors des opérations d'expertise, sans mise en place de batardeaux et que seuls les travaux de reprise du désordre relatif aux goujons, dont il a été dit ci-dessus qu'il ne relevait pas de la garantie décennale, nécessitent la mise en place de batardeaux, les autres travaux bénéficiant seulement, de manière indirecte mais non indispensable, de cette mise en place. Dans ces conditions, VNF n'est pas fondé à demander que le coût de mise en place de batardeaux, évalué par ses soins à 44 454,08 euros, soit inclus dans le montant des travaux de reprise à la charge des constructeurs responsables.
20. Il résulte de ce qui précède que VNF est seulement fondé à demander la condamnation in solidum des sociétés Campenon Bernard Centre Est, Vinci Construction Maritime et Fluvial, BRL Ingénierie, Architecte Environnement Infrastructures et ISM Ingénierie à lui verser la somme de totale de 15 700 euros HT en réparation des préjudices subis.
Sur les appels en garantie :
21. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires.
22. En premier lieu, aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre de la société Metalform, l'appel en garantie formé par cette société à l'encontre des sociétés BRL Ingénierie, Architecte Environnement Infrastructures et ISM Ingénierie, membres solidaires du groupement de maîtrise d'œuvre, est dépourvu d'objet et doit être rejeté.
23. En deuxième lieu, le désordre relatif à la rupture des goujons ne présentant pas un caractère décennal et ne donnant lieu à aucune condamnation, l'appel en garantie formé pour ce seul désordre par la société Campenon Bernard Centre Est et la société Vinci Construction Maritime et Fluvial à l'encontre de la société Metalform est dépourvu d'objet et doit être rejeté.
24. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 13 et 14 ci-dessus, les désordres résultent principalement de manquements de la société Campenon Bernard Centre Est et de la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, venant respectivement aux droits des sociétés CBR TP et Tournaud, membres du groupement solidaire titulaire du marché de travaux en litige, et / ou de leurs sous-traitants, qui n'ont pas réalisé les travaux qui leur étaient confiés dans les règles de l'art. Le groupement solidaire de maitrise d'œuvre a également manqué à ses obligations au titre notamment de ses missions d'exécution et d'assistance aux opérations de réception en ne relevant pas ces malfaçons et en ne prêtant pas une vigilance particulière à l'étanchéité de l'ouvrage. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives encourues en fixant à 90 % celle des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial et à 10 % celle du groupement de maitrise d'œuvre. Par suite, les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial sont condamnées à garantir les sociétés BRL Ingénierie et ISM Ingénierie à hauteur de 90% de la condamnation solidaire prononcée à leur encontre.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
25. Par ordonnances du 24 septembre 2019, les frais et honoraires dus à l'expert et au sapiteur ont été taxés et liquidés aux sommes respectives de 10 842,20 euros TTC et 4 776 euros TTC, soit une somme totale de 15 618,20 euros. Dans les circonstances particulières de l'espèce, la charge définitive de ces frais doit être partagée entre les sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial, cotraitants solidaires du groupement titulaire du marché de travaux, à hauteur de 40%, les sociétés BRL Ingénierie, Architecte Environnement Infrastructures et ISM Ingénierie, cotraitants solidaires du groupement titulaire du marché de maitrise d'œuvre, à hauteur de 10%, et VNF, maître d'ouvrage, à hauteur de 50%.
En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :
26. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de VNF qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante vis-à-vis de la société Campenon Bernard Centre Est, de la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, de la société BRL Ingénierie et de la société ISM Ingénierie, le versement des sommes que ces dernières demandant au titre des frais qu'elles ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
27. En deuxième lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de VNF présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.
28. En dernier lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de VNF les sommes que demandent respectivement la société Sendin et la société Metalform au titre de ces mêmes frais ni, en tout état de cause, de faire droit aux conclusions présentées par les sociétés BRL Ingénierie et ISM Ingénierie à l'égard de " tout succombant ".
DECIDE :
Article 1er : La société Campenon Bernard Centre Est, la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, la société BRL Ingénierie, la société Architecte Environnement Infrastructures et la société ISM Ingénierie sont condamnées in solidum à verser à Voies navigables de France une somme de 15 700 euros HT.
Article 2 : La société Campenon Bernard Centre Est et la société Vinci Construction Maritime et Fluvial sont condamnées à garantir les sociétés BRL Ingénierie et ISM Ingénierie à hauteur de 90 % de la condamnation solidaire prononcée à leur encontre à l'article 1er.
Article 3 : Les frais de l'expertise sont définitivement et solidairement mis à la charge des sociétés Campenon Bernard Centre Est et Vinci Construction Maritime et Fluvial à hauteur de 6 247,28 euros.
Article 4 : Les frais de l'expertise sont définitivement et solidairement mis à la charge des sociétés BRL Ingénierie, Architecte Environnement Infrastructures et ISM Ingénierie à hauteur de 1 561,82 euros.
Article 5 : Les frais de l'expertise sont définitivement mis à la charge de Voies navigables de France à hauteur de 7 809,10 euros.
Article 6 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à l'établissement public Voies navigables de France, à la société Metalform, à la société BRL Ingénierie, à la société Sendin, à la société Campenon Bernard Centre Est, à la société Vinci Construction Maritime et Fluvial, à la société ISM Ingénierie, à la société Architecte Environnement Infrastructures, à la société Etudes techniques lyonnaises et à la société Dyrhoff Ltd.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- M. Blacher, premier conseiller,
- Mme Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le rapporteur,
S. BLe président,
L. Boissy
La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026