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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2001685

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2001685

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2001685
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 10 juillet 2020, 23 novembre 2020, 18 décembre 2020, 19 mars 2021, 22 mars 2021, 6 avril 2021, 6 mai 2021, 25 mai 2021, 12 juillet 2022 et 25 octobre 2022, la communauté d'agglomération du Grand Chalon (CAGC), représentée par la SELARL Cabinet d'Avocats BLT droit public, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner in solidum la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert, la société Soprema entreprises et la société Graglia à lui verser une somme de 493 499,74 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre solidairement à la charge de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert, de la société Soprema entreprises et de la société Graglia les dépens de l'instance, d'un montant de 28 163,13 euros TTC, assortis des intérêts au taux légal, ainsi qu'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CAGC soutient que :

- la responsabilité la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert, la société Soprema entreprises et la société Graglia est engagée, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, pour ce qui concerne une série de désordres constatés sur le site de Champforgeuil ;

- les préjudices qu'elle a subis, et qui correspondent au coût des travaux de reprise, et aux préjudices relatifs à l'interruption de l'utilisation de la plateforme de compactage, s'élèvent à une somme globale de 493 499,74 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2021, la société Graglia, représentée par la SCP Beziz Cleon Charlemagne Creusvaux, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter les conclusions de la CAGC dirigées contre elle et, à défaut, de limiter le montant des prétentions indemnitaires de la CAGC à 263 027,11 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert et la société Soprema entreprises à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la CAGC le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Graglia soutient que :

- les moyens invoqués par la CAGC ne sont pas fondés ;

- elle est fondée à appeler en garantie la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert et la société Soprema entreprises, qui ont toutes commis des fautes dans l'exécution de leurs prestations.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 février 2021, 6 avril 2021 et 7 juillet 2021, la société Soprema entreprises, représentée par Me Broquet, demande au tribunal :

1°) à titre principal de rejeter les conclusions de la CAGC dirigées contre elle et, à défaut, de limiter le montant des présentions indemnitaires de la CAGC à 263 027,11 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les actions en garantie exercées contre elle et de condamner la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert et la société Graglia à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la CAGC, de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert et de la société Graglia le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Soprema entreprises soutient que :

- les moyens invoqués par la CAGC ne sont pas fondés ;

- elle est fondée à appeler en garantie la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert et la société Graglia qui ont toutes commis des fautes dans l'exécution de leurs prestations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2021, l'EURL d'architecture P. Gobert, représentée par la SELARL Cabinet d'Avocats Portalis Associés, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter les conclusions de la CAGC dirigées contre elle ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les actions en garantie exercées contre elle et de condamner la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, la société Soprema entreprises et la société Graglia à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la CAGC le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EURL d'architecture P. Gobert soutient que :

- les moyens invoqués par la CAGC ne sont pas fondés ;

- elle est fondée à appeler en garantie la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, la société Soprema entreprises et la société Graglia qui ont toutes commis des fautes dans l'exécution de leurs prestations.

Le 12 octobre 2021, la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, a été mise en demeure de produire un mémoire en application de l'article L. 612-3 du CJA.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. E,

- et les observations de Me Jourda représentant la communauté d'agglomération du Grand Chalon, de Me Rochette représentant la société Soprema entreprises et de Me Saillard représentant la société Graglia.

Considérant ce qui suit

1. En 2006, la communauté d'agglomération Chalon Val de Bourgogne (CACVB), désormais dénommée communauté d'agglomération du Grand Chalon (CAGC), a décidé de créer une unité de transfert des déchets par voie fluviale, située sur le site de Champforgeuil, en périphérie de l'agglomération chalonnaise, à proximité immédiate du canal du Centre. Le 28 juin 2007, la CACVB a confié la maîtrise d'œuvre de cette opération à un groupement composé de l'EURL d'architecture P. Gobert et de la société Girus, par ailleurs mandataire de ce groupement. L'équipe de maîtrise d'œuvre a alors préparé les marchés de travaux correspondants lesquels ont été divisés en 13 lots. La CACVB a ensuite confié à la société Graglia le lot n°2 des marchés de travaux, concernant des prestations de " maçonnerie-gros-œuvre-revêtements de sol " tandis que le lot n° 5 " couverture-étanchéité " a été confié à la société Soprema entreprises. La réception de l'ouvrage a été prononcée avec effet au 25 juillet 2011.

2. Par une ordonnance n° 1300458 du 15 mai 2013, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a diligenté une expertise relative aux désordres constatés par la CACVB après la réalisation des travaux et a désigné un expert qui a remis son rapport le 9 juin 2018. Une expertise complémentaire a ensuite été ordonnée par une ordonnance n° 1901561 en date du 3 juillet 2019 et le nouvel expert désigné a remis un rapport le 20 octobre 2020.

3. La CAGC demande au tribunal de condamner in solidum la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert, la société Soprema entreprises et la société Graglia à lui verser, au principal, une somme de 493 499,74 euros TTC en réparation de l'ensemble des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des désordres affectant le quai de transfert.

Sur le litige opposant la CAGC aux constructeurs :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité décennale :

4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale du constructeur peut, en particulier, être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent celui-ci impropre à sa destination. La circonstance que les désordres affectant un élément d'équipement fassent obstacle au fonctionnement normal de cet élément n'est pas de nature à engager la responsabilité décennale du constructeur si ces désordres ne rendent pas l'ouvrage lui-même impropre à sa destination. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

5. L'unité de transfert des déchets, créé sur le site de Champforgeuil, a pour objectif de permettre l'acheminement de déchets ménagers, préalablement compactés, transportés dans des caissons étanches sur des barges naviguant sur le canal de la Saône, depuis une unité de transfert située à Champforgueil vers le centre d'enfouissement " SMET 71 " situé à Chagny. A cette fin, l'unité de transfert est organisée autour d'une plateforme de roulement, accueillant des bennes d'ordures ménagères, qui déversent leur contenu dans une trémie placée en position haute depuis un quai de déchargement. Les déchets sont ensuite compactés par un compacteur à poste fixe dans une chambre spécifique et placés dans les caissons étanches.

6. Outre des dysfonctionnements affectant les caissons étanches, qui ne sont pas en cause dans le présent litige, la CAGC a régulièrement constaté, depuis la mise en service de l'unité de transfert, des écoulements des jus des ordures ménagères, appelés " lixiviats ", sur le quai de déchargement et des infiltrations de ces lixiviats -mêlés le cas échéant à des eaux de pluie-, dans le local compacteur et la stagnation de ces jus dans ce même local compacteur. Or il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert, que ces lixiviats, par leur composition chimique, génèrent non seulement des odeurs nauséabondes et, plus généralement, posent des problèmes d'hygiène importants pour le personnel mais ont également pour effet de dégrader les revêtements des enrobés. Ces désordres, qui ont caractère évolutif, sont ainsi de nature à rendre l'ouvrage décrit au point 5 impropre à sa destination et sont donc susceptibles d'engager la responsabilité décennale des constructeurs.

En ce qui concerne l'origine des désordres :

7. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert, que les écoulements de lixiviats et leur stagnation ont essentiellement pour cause le profil de la plateforme de déchargement, dont les pentes initialement prévues n'ont pas été respectées, une épaisseur insuffisante des enrobés mis en œuvre et un problème d'étanchéité du revêtement de la plateforme de déchargement.

En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert, des points 5.4.2 à 5.4.4 de l'" étude projet " réalisée par le BET PMM en août 2017, des relevés topographiques effectués ainsi que des stipulations contractuelles figurant à l'article 2.3 du lot n°5, que la société Soprema entreprises, qui devait notamment assurer la mise en œuvre d'un système d'étanchéité pour une toiture terrasse accessible aux véhicules lourds comprenant un produit de type " étanchéité sous enrobé " et une protection constituée d'une couche de roulement de béton bitumineux compacté à chaud d'une épaisseur minimale de 6 cm ainsi qu'un relevé d'étanchéité assorti devant dépasser de 15 cm au-dessus du revêtement fini, n'a pas exécuté ses prestations dans les règles de l'art et telles qu'elles avaient été contractuellement définies et a ainsi partiellement contribué à l'apparition et à l'aggravation des désordres mentionnés au point 6.

9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des rapports des experts des 9 juin 2018 et 16 octobre 2020 et de l'avenant n°1 notifié le 24 septembre 2010, que la société Graglia, titulaire du lot n°2 " maçonnerie gros-œuvre revêtement de sol ", devait notamment assurer la réalisation des voiles, c'est-à-dire de la superstructure, et qu'au cours de l'exécution du marché, le maître d'ouvrage lui a expressément demandé de réaliser une dalle en béton armé entre le voile contre terre du bâtiment de transfert des déchets et l'enrobé de la plateforme et de réaliser une pente sur la dalle de la plate-forme de déchargement pour l'évacuation des eaux de ruissellement.

10. Or il résulte des rapports des experts, dont les mentions ne sont sur ce point pas sérieusement contestées, que les pentes qui étaient prévues n'ont pas été respectées, que, dans certaines zones, ces pentes n'existent pas ou ont même été réalisées en sens inverse et que, en outre, la dalle réalisée par Graglia dans le cadre du marché initial n'a pas été réalisée dans les règles de l'art dès lors que le maillage des treillis en acier comporte des sections de 8mm tous les 30 cm alors que le marché prévoyait des sections de 12mm tous les 15cm, de sorte que cette dalle n'était pas armée pour supporter un trafic de poids lourds. La société Graglia a ainsi substantiellement contribué à l'apparition et à l'aggravation des désordres mentionnés au point 6.

11. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport des experts et de la répartition financière des éléments de mission figurant dans l'acte d'engagement du groupement de maîtrise d'œuvre, et de ce qui vient d'être dit aux points 6 à 9 que les désordres en litige proviennent également d'un défaut de surveillance caractérisé et sont ainsi imputables aux sociétés Gobert et Girus, les deux co-traitants du groupement de maîtrise d'œuvre.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant du préjudice relatif aux travaux de reprise :

12. Il résulte de l'instruction, et en particulier des rapports des experts des 9 juin 2018 et 16 octobre 2020, du document " étude projet " établi par le BT PMM en août 2017, des différentes pièces relatives aux études préalables et aux marchés des travaux de restructuration des désordres d'infiltration au quai de transfert de déchets, correspondant aux lot n° 1 " maçonnerie - gros-œuvre ", au lot n° 2 " étanchéité " et au lot n° 3 " serrurerie ", ainsi que des différents justificatifs des dépenses produits, que les travaux de reprise nécessaires pour remédier aux désordres constatés se sont élevés à 190 604,70 euros TTC.

S'agissant des préjudices relatifs à l'interruption de l'utilisation de la plateforme de compactage :

13. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'ensemble des documents produits relatifs aux marchés des travaux qui ont été exécutés en 2019, que le site de Champforgeuil a été immobilisé pendant 22 semaines, du 4 mars 2019 au 2 août 2019, en raison des travaux ou des études complémentaires rendus nécessaires pour remédier aux désordres en litige.

14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, qu'en raison de l'immobilisation du site de Champforgeuil, les camions de collecte des ordures ménagères dont la CAGC assure la gestion en régie ont été contraints, au cours de la période d'immobilisation mentionnée au point 13, de transporter les ordures ménagères recueillies en se rendant, non plus sur le site Champforgueil, mais directement sur le site du SMET 71, à Chagny, soit un allongement du parcours de 12 km, que le nombre de tournées hebdomadaires est de 36 et que le prix de revient du km peut être évalué à 3,69 euros TTC. En revanche, il n'apparait pas que ce seul allongement de parcours a été directement à l'origine de vidages supplémentaires pour les camions. Il sera dès lors fait une juste appréciation du préjudice subi par la CAGC à ce titre en l'évaluant à 70 139,52 euros TTC (36 x 3,69 x 12 x 2 x 22).

15. En troisième lieu, si la CAGC soutient que deux agents publics en équivalent temps plein étaient affectés au site de Champforgeuil et que, durant la période au cours de laquelle le site a été immobilisé, la collectivité a versé à ces agents une rémunération, dont le montant global est évalué à 22 559,82 euros TTC, sans travail en contrepartie, elle n'établit cependant pas que cette période d'immobilisation est la cause directe et certaine du préjudice qu'elle allègue avoir subi dès lors qu'en sa qualité d'employeur, il lui appartenait en tout état de cause d'assurer une gestion des ressources humaines tenant compte de cette situation et, notamment, de réaffecter ses agents, même de manière provisoire, à de nouvelles tâches.

16. En quatrième lieu, la CAGC soutient que la société Veolia assure, pour son compte, la collecte des ordures ménagères sur le territoire de seize communes appartenant à la communauté d'agglomération et fait valoir que, compte tenu du mode de collecte ainsi que des opérations de vidage propres aux prestations assurées par la société Veolia, " une partie des tournées a été impactée par la fermeture du quai de transfert " et que, au total, " quatre tournées ont été détournées de leur exutoire initial ", représentant un surcout de 473 euros TTC par semaine, soit 10 406 euros TTC pour les 22 semaines d'immobilisation.

17. Le tribunal, sur le fondement de l'article R. 611-10 du code de justice administrative, a transmis à la CAGC, au moyen de l'application informatique dédiée mentionnée à l'article R. 414-1 du même code, un courrier, daté du 4 octobre 2022, dont il a été accusé réception le 10 octobre 2022, lui demandant notamment de transmettre les " documents pertinents du marché conclu avec la société Veolia " et " la preuve du versement à la société Veolia d'une somme supplémentaire de 10 406 euros TTC, au titre de la période allant du 4 mars 2019 au 2 août 2019, par rapport à la rémunération contractuelle habituelle " et précisant ce qui suit : " le tribunal est réputé avoir épuisé ses pouvoirs d'instruction sur le quantum des préjudices que vous alléguez avoir subis. La formation de jugement, dans sa décision, sera ainsi susceptible de tenir compte de l'absence de réponse à cette lettre ou d'une réponse insuffisante, imprécise ou partielle ".

18. Avant la clôture de l'instruction, intervenue le 3 décembre 2022 à minuit, la CAGC n'a produit aucun élément permettant de justifier le préjudice de 10 406 euros qu'elle allègue avoir subi et n'a par ailleurs pas manifesté une quelconque intention de répondre, sur ce point, à la demande qui lui a été faite. La CAGC est dès lors réputée n'avoir subi, en réalité, aucun préjudice sur ce poste ou avoir renoncé à en demander la réparation.

19. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'analyse de l'acte d'engagement, du CCAP, du CCTP du marché ainsi que du document " révision du marché Mauffrey ", que la CAGC a conclu avec la société Mauffrey, le 5 février 2016 et pour une durée de cinq ans, un marché à prix global et forfaitaire révisable pour assurer le transport des ordures ménagères résiduelles, par caissons, depuis le centre de compactage situé à Champforgeuil et le centre de traitement du SMET 71, situé à Chagny, que le montant mensuel de la rémunération s'élevait, au cours de l'année 2019, à 16 378,10 euros compte tenu de l'application du coefficient de révision et que la collectivité publique a contractuellement été conduite à rémunérer la société Mauffrey, pour un montant de 81 890,50 euros (5 x 16 378,10), alors que la société n'a pourtant pu accomplir aucune prestation au titre de ce marché en raison de l'immobilisation du site de Champforgeuil pendant environ cinq mois entre mars et juillet 2019.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les préjudices subis par la CAGC s'élèvent à une somme globale de 342 634,72 euros (70 139,52 + 190 604,70 +81 890,50).

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :

21. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, la CAGC a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 342 634,72 euros à compter du 10 juillet 2020, date d'enregistrement de sa requête.

22. D'autre part, en application de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

23. La capitalisation des intérêts a été demandée par la CAGC le 23 novembre 2020. A cette date, il n'était pas dû plus d'une année d'intérêts. Dès lors, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 22, il y a seulement lieu de faire droit à cette demande à compter du 10 juillet 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts sur la somme de 342 634,72 euros.

24. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 4 à 23, la CAGC est seulement fondée à demander la condamnation in solidum de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert, de la société Soprema entreprises et de la société Graglia à lui verser une somme de 342 634,72 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 10 juillet 2021, en réparation des préjudices qu'elle a subis au titre des désordres affectant les ouvrages.

Sur les actions en garantie :

En ce qui concerne la détermination des parts de responsabilité :

25. D'une part, compte tenu de l'ensemble de ce qui été dit aux points 4 à 11, il y a en l'espèce lieu de fixer à 50% la part de responsabilité de la société Graglia, à 30% la part de responsabilité de la société Soprema entreprises et à 20% la part de responsabilité du groupement de maîtrise d'œuvre constitué des sociétés Girus et Gobert dans l'apparition et l'aggravation des désordres en litige.

26. D'autre part, compte tenu des fautes commises par le groupement de maîtrise d'œuvre qui procèdent, pour l'essentiel, d'erreurs dans le suivi de l'exécution du chantier, et eu égard aux seuls éléments produits relatifs à la répartition des missions de chaque membre du groupement, à savoir le document de répartition financière des éléments de mission, il y a en l'espèce lieu de considérer que la part de responsabilité de la société Girus dans les fautes commises par l'équipe de maîtrise d'œuvre au titre des désordres en litige est de 70% et celle de l'EURL P. Gobert de 30%. La part de responsabilité de la société Girus au titre des désordres peut ainsi être fixée à 14% (20%x70%) tandis que celle de l'EURL P. Gobert sera fixée à 6% (20%x30%).

En ce qui concerne la détermination des garanties :

27. En premier lieu, compte tenu des parts de responsabilité identifiées aux points 25 et 26, il y a lieu de condamner la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert et la société Graglia à garantir la société Soprema entreprises respectivement à hauteur de 14%, de 6% et de 50% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière.

28. En deuxième lieu, compte tenu des parts de responsabilité identifiées aux points 25 et 26, il y a lieu de condamner la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert et la société Soprema entreprises à garantir la société Graglia respectivement à hauteur de 14%, de 6% et de 30% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière.

29. En dernier lieu, compte tenu des parts de responsabilité identifiées aux points 25 et 26, il y a lieu de condamner la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, la société Soprema entreprises et la société Graglia à garantir l'EURL d'architecture P. Gobert respectivement à hauteur de 14%, de 30% et de 50% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens de l'instance :

S'agissant des frais de l'expertise diligentée dans le dossier n° 1300458 :

30. D'une part, compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus, il y a lieu de mettre définitivement les frais de l'expertise, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 19 308,08 euros TTC par une ordonnance du président du tribunal administratif de Dijon du 18 juillet 2018, à la charge de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert, de la société Soprema entreprises et de la société Graglia.

31. D'autre part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent en principe à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Toutefois, dans le cas où un créancier, notamment dans le cadre d'une action récursoire, réclame à un débiteur le paiement d'une somme d'argent qui correspond, en tout ou partie, au montant de la somme qu'il a, spontanément ou par l'effet d'une décision de justice, payée à un tiers, les intérêts au taux légal dus sur cette somme ne peuvent pas courir, à l'égard de ce débiteur, à une date antérieure à celle à laquelle le créancier a lui-même versé cette somme au tiers concerné.

32. Il résulte de l'instruction, et en particulier des documents " mises à jour de mandats émis ", que la CAGC a réglé à l'expert la somme de 19 308,08 euros le 24 août 2018. Par suite, la CAGC a droit au remboursement de cette somme assortie des intérêts au taux légal afférents à la somme 19 308,08 euros à compter du 10 juillet 2020, date d'enregistrement de sa requête.

S'agissant des frais de l'expertise diligentée dans le dossier n° 1901561 :

33. En premier lieu, compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus et des parties présentes à l'expertise, il y a lieu de mettre définitivement les frais de cette expertise, qui ont été taxés et liquidés la somme de 8 855,05 euros TTC par des ordonnances du vice-président du tribunal administratif de Dijon des 30 octobre 2020 et 5 novembre 2020, à la charge de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert et de la société Graglia.

34. En second lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier des documents " mises à jour de mandats émis ", que la CAGC a réglé à l'expert la somme de 8 855,05 euros le 18 novembre 2020. Par suite, et eu égard à ce qui vient d'être dit au point 31, la CAGC a droit au remboursement de cette somme assortie des intérêts au taux légal afférents à la somme de 8 855,05 euros à compter du 18 novembre 2020, date de son règlement.

S'agissant de la détermination du montant du remboursement des frais des expertises dû par chaque débiteur :

35. Compte tenu de ce que toutes les parties n'ont pas été présentes aux deux expertises et des demandes de la CAGC tendant à ce que les remboursements des frais de ces expertises soient assortis des intérêts moratoires, il y a lieu, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, de fixer le montant que chaque partie devra rembourser à la CAGC au regard de la détermination des parts de responsabilités des participants à l'acte de construire définie aux points 25 et 26 et de leur présence, ou non, aux opérations d'expertise.

36. Tout d'abord, la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, remboursera à la CAGC la somme de 2 703,13 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et la somme de 1 797,58 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020.

37. Ensuite, l'EURL d'architecture P. Gobert remboursera à la CAGC la somme de 1 158,49 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et la somme de 770,39 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020.

38. Par ailleurs, la société Soprema entreprises remboursera à la CAGC la somme de 5 792,42 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020.

39. Enfin, la société Graglia remboursera à la CAGC la somme de 9 654,04 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et la somme de 6 287,08 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020.

En ce qui concerne les frais exposés par les parties et non compris dans les dépens :

40. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la CAGC, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement des sommes que demandent l'EURL d'architecture P. Gobert, la société Soprema entreprises et la société Graglia au titre des frais qu'elles ont respectivement exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

41. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre solidairement à la charge de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert, de la société Soprema entreprises et de la société Graglia le versement, au profit de la CAGC, d'une somme de 2 500 euros au titre de ces mêmes frais.

42. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert et de la société Graglia la somme que demande la société Soprema entreprises au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert, la société Soprema entreprises et la société Graglia sont condamnées in solidum à verser à la communauté d'agglomération du Grand Chalon une somme de 342 634,72 euros TTC. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020. Les intérêts échus à la date du 10 juillet 2021 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Les dépens de l'instance correspondant à l'expertise diligentée dans le dossier n° 1300458, d'un montant total, au principal, de 19 308,08 euros, sont mis à la charge définitive de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert, de la société Soprema entreprises et de la société Graglia.

Article 3 : Les dépens de l'instance correspondant à l'expertise diligentée dans le dossier n° 1901561, d'un montant total, au principal, de 8 855,05 euros, sont mis à la charge définitive de la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, de l'EURL d'architecture P. Gobert et de la société Graglia.

Article 4 : LA SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, versera à la communauté d'agglomération du Grand Chalon la somme de 2 703,13 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et la somme de 1 797,58 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020 au titre des frais des expertises mentionnées aux articles 2 et 3.

Article 5 : L'EURL d'architecture P. Gobert versera à la communauté d'agglomération du Grand Chalon la somme de 1 158,49 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et la somme de 770,39 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020 au titre des frais des expertises mentionnées aux articles 2 et 3.

Article 6 : La société Soprema entreprises versera à la communauté d'agglomération du Grand Chalon la somme de 5 792,42 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 au titre des frais de l'expertise mentionnée à l'article 2.

Article 7 : La société Graglia versera à la communauté d'agglomération du Grand Chalon la somme de 9 654,04 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2020 et la somme de 6 287,08 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 novembre 2020 au titre des frais des expertises mentionnées aux articles 2 et 3.

Article 8 : LA SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, l'EURL d'architecture P. Gobert, la société Soprema entreprises et la société Graglia verseront solidairement à la communauté d'agglomération du Grand Chalon une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : La SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, garantira l'EURL d'architecture P. Gobert à hauteur de 14% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 10 : La société Soprema entreprises garantira l'EURL d'architecture P. Gobert à hauteur de 30% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 11 : La société Graglia garantira l'EURL d'architecture P. Gobert à hauteur de 50% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 12 : La SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, garantira la société Soprema entreprises à hauteur de 14% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 13 : L'EURL d'architecture P. Gobert garantira la société Soprema entreprises à hauteur de 6% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 14 : La société Graglia garantira la société Soprema entreprises à hauteur de 50% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 15 : La SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, garantira la société Graglia à hauteur de 14% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 16 : L'EURL d'architecture P. Gobert garantira la société Graglia à hauteur de 6% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 17 : La société Soprema entreprises garantira la société Graglia à hauteur de 30% des condamnations prononcées à l'encontre de cette dernière au titre des articles 1er et 8.

Article 18 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 19 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération du Grand Chalon, à la SELARL Alliance MJ, agissant en qualité de mandataire ad hoc de la société Girus, à l'EURL d'architecture P. Gobert, à la société Soprema entreprises et la société Graglia.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à M. F B et à M. C D, experts.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

S. BlacherLe président,

L. ALa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de la Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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