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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2002181

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2002181

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2002181
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLE MEIGNEN BENOÎT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2020 et un mémoire enregistré le 19 janvier 2021, la SAS Tapas En Balle, représentée par Me Le Meignen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Mâcon à lui payer la somme de 35 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mâcon une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de résiliation par la commune de Mâcon de la convention d'occupation du domaine public dont elle était titulaire est fondée sur des faits matériellement inexacts et est entachée d'erreur de qualification juridique des faits ainsi que de détournement de pouvoir ;

- en l'absence de motif d'intérêt général, la résiliation est abusive et fautive ;

- si le motif d'intérêt général était reconnu, il y aurait lieu d'écarter la clause de non indemnisation prévue par la convention, qui a un caractère léonin ;

- elle a par suite droit à être indemnisée des préjudices en lien direct avec la résiliation, soit 30 000 euros au titre de son préjudice matériel et 5 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 septembre 2020 et 3 février 2021, la commune de Mâcon, représentée par Me Vivien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de condamner à titre reconventionnel la société Tapas En Balle à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés pour la réalisation d'une nouvelle procédure de publicité et de mise en concurrence ;

3°) de mettre à la charge de la société Tapas En Balle une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés contre la décision de résiliation sont infondés ;

- il n'y a pas lieu d'écarter la clause de non indemnisation prévue par la convention ;

- le préjudice allégué n'est pas justifié par les pièces produites ;

- la commune de Mâcon a été contrainte d'engager des frais de procédure du fait de l'attitude de la société, et est en droit d'en demander le remboursement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La date de clôture de l'instruction a été fixée au 23 février 2021.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Le Meignen représentant la SAS Tapas En Balle et Me Boulieu représentant la commune de Mâcon.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention du 10 juillet 2018, la commune de Mâcon a autorisé la SAS Tapas En Balle à occuper le domaine public situé sur l'esplanade Lamartine à Mâcon pour l'exploitation d'un restaurant dit la " Gloriette nord ", pour une durée de six ans. La commune s'est engagée à prendre en charge des travaux pour un montant total de 47 088 euros TTC, et a accordé à son cocontractant une réduction de la redevance pour occupation du domaine public pour les semaines précédant les travaux ainsi que pendant leur réalisation. Afin de permettre le démarrage du chantier et l'intervention des entreprises, la commune de Mâcon a demandé à l'occupant de vider intégralement les locaux avant le 2 octobre 2018. Le 2 octobre 2018, un agent de la commune a constaté que les locaux n'avaient pas été entièrement vidés, ce qui a provoqué une altercation avec le gérant de la société Tapas En Balle. Cet incident a conduit l'agent à déposer une main courante et le chantier n'a pas débuté. Par courrier du 5 octobre 2018, la société a été informée de l'intention de la commune de Mâcon de résilier la convention pour un motif d'intérêt général, et a été invitée à présenter ses éventuelles observations. Par courrier du 8 novembre 2018, la commune de Mâcon a informé le titulaire que la convention avait pris fin le 4 novembre 2018. Par la présente requête, la société Tapas En Balle demande au tribunal de condamner la commune de Mâcon à lui verser la somme de 35 000 euros en réparation des préjudices que lui aurait causé cette résiliation. La commune conclut, pour sa part, à titre reconventionnel, à ce que la société requérante l'indemnise à hauteur de 3 000 euros des frais qu'elle a été contrainte d'exposer pour organiser la procédure de mise en concurrence préalable à la désignation du nouvel occupant.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le motif de résiliation :

2. Il résulte de l'instruction que la commune de Mâcon a décidé de résilier la convention d'occupation du domaine public accordée à la société requérante pour un motif d'intérêt général tiré de ce que les travaux programmés à partir du 2 octobre 2018 étaient indispensables à la conservation des biens mis à disposition et que la présence de divers matériels dans le restaurant le 2 octobre 2018 ainsi que le comportement agressif du gérant de la société à l'égard de l'agent communal venu vérifier si les locaux avaient été libérés, faisaient obstacle à la réalisation de ces travaux.

3. La société conteste le motif de résiliation comme entaché d'erreur matérielle, et se retranche derrière la circonstance que la commune n'a pas mis à sa disposition un second container pour entreposer une partie du matériel toujours présent dans les locaux le 2 octobre. Toutefois, il est constant que, contrairement à l'engagement pris par la société lors de la réunion du 10 septembre 2018, les locaux n'étaient pas entièrement vidés et libérés le 2 octobre 2018, jour du début des travaux. De même, la société reconnait que son gérant s'est " un peu emporté " le 2 octobre 2018. Par ailleurs, la commune qui avait, gracieusement, mis à disposition de l'occupant un container pour entreposer son matériel, n'avait aucune obligation de lui en fournir un second. En tout état de cause, la société n'apporte aucun élément pour démontrer que cette solution de stockage n'était pas suffisante, ni qu'aucune autre solution n'était envisageable. Enfin, si elle met en doute la réelle intention de la commune de procéder aux travaux, la commune a produit les bons de commande passés en septembre 2018 auprès de différentes entreprises, la circonstance que ces bons de commandes ne soient pas signés des représentants de ces prestataires n'étant pas de nature à faire douter de la réalité de ces commandes.

4. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le motif de résiliation retenu par la commune est entaché d'inexactitude matérielle. Le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit de même être écarté, la nécessité de garantir, malgré l'attitude du gérant de la société, le bon déroulement de travaux indispensables pour assurer, à la veille de l'hiver, la conservation du bâtiment, étant, dans les circonstances de l'espèce, un motif d'intérêt général permettant valablement à la commune de procéder à la résiliation de la convention.

5. Si la société requérante soutient enfin que la décision est entachée de détournement de pouvoir, ses allégations sur ce point sont dénuées de tout commencement de preuve.

En ce qui concerne le droit à indemnité :

6. Si l'autorité domaniale peut mettre fin avant son terme à un contrat portant autorisation d'occupation du domaine public pour un motif d'intérêt général et en l'absence de toute faute de son cocontractant, ce dernier est toutefois en droit d'obtenir réparation du préjudice résultant de cette résiliation unilatérale dès lors qu'aucune stipulation contractuelle n'y fait obstacle. Le cocontractant a droit d'obtenir la réparation du préjudice direct et certain résultant de la résiliation unilatérale du contrat, telle que la perte des bénéfices découlant d'une occupation du domaine conforme aux prescriptions du contrat, mais aussi des dépenses exposées pour l'occupation normale du domaine qui auraient dû être couvertes au terme de cette occupation.

7. En l'espèce, l'article 18.2.1 de la convention dispose que " La présente autorisation pourra également être retirée à tout moment par la Ville, pour des motifs d'intérêt général (notamment conservation et protection du domaine public en cause, considération de police et protection de l'ordre public), sous réserve d'en informer l'occupant par lettre recommandée avec avis de réception un mois avant la date de résiliation effective, sauf urgence, sans versement d'indemnité. ".

8. Si la société requérante demande au tribunal d'écarter l'application de cette disposition, en tant qu'elle exclut toute indemnisation en cas de résiliation pour motif d'intérêt général, dès lors qu'elle remettrait en cause " l'équilibre financier du contrat ", elle n'assortit cette allégation d'aucune démonstration.

9. Au surplus, elle n'établit pas, par les justificatifs produits, qu'elle aurait exposé des dépenses pour l'installation de son activité qui ne pourraient être couvertes par le chiffre d'affaire généré par cette même activité. Si elle produit les factures permettant de justifier du montant du matériel acquis, celui-ci, constitué pour l'essentiel de vaisselles et d'appareils électriques, demeurés dans un état quasiment neuf, pourra être réutilisé ou revendu. Quant à la perte de bénéfices alléguée, les éléments produits se résument à des indications financières du chiffre d'affaire généré par les premiers mois d'activité. L'origine de ces estimations n'est pas précisée, leur sincérité n'est attestée par aucun document comptable, et aucune indication du montant des charges supportées pour cette activité n'est produite. Le montant des bénéfices générés par cette activité ne peut dès lors être apprécié.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de la SAS Tapas En Balle doit être rejetée.

Sur les conclusions reconventionnelles de la commune de Mâcon :

11. La commune de Mâcon demande que la SAS Tapas En Balle l'indemnise, à hauteur de 3 000 euros, des frais qu'elle a été contrainte d'exposer pour organiser la procédure de mise en concurrence préalable à la désignation du nouvel occupant. Toutefois, la commune a choisi de résilier la convention conclue avec la société requérante pour un motif d'intérêt général, et non en raison d'une inexécution fautive de ses obligations. Par ailleurs, la commune ne produit aucun justificatif de nature à établir la réalité des frais engagés pour la sélection et la désignation du nouvel exploitant. Sa demande n'est dès lors justifiée ni dans son principe ni dans son montant, et doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Mâcon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la SAS Tapas En Balle de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS Tapas En Balle une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par la commune de Mâcon et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Tapas En Balle est rejetée.

Article 2 : La société Tapas En Balle versera une somme de 1 300 euros à la commune de Mâcon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Mâcon est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Tapas En Balle et à la commune de Mâcon.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

M-E A

Le président,

O. ROUSSET

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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