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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2002683

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2002683

jeudi 31 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2002683
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOIZARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er octobre 2020, 4 octobre 2022 et 10 novembre 2022, Mme E C et M. I K, représentés par le Cabinet d'avocats Serge Beynet, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs D et L B C, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard, son assureur, à verser à Mme C une somme totale de 861 355,46 euros en réparation des préjudices subis à la suite de son accouchement au centre hospitalier de Mâcon le 26 juillet 2017 ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard, son assureur, à verser à l'enfant D B C, représenté par ses parents, une somme provisionnelle de 35 500 euros au titre des préjudices déjà subis et dans l'attente d'une nouvelle expertise ;

3°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard, son assureur, à verser à M. K la somme de 15 000 euros et à l'enfant L B C, représenté par ses parents, la somme de 10 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'il ont subis ;

4°) de dire que l'ensemble des sommes allouées porteront intérêts au taux légal à compter du 18 juin 2020, date leur réclamation préalable ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Mâcon et de la société Axa France Iard, son assureur, la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C et M. K soutiennent que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Mâcon est intégralement engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, tant en ce qui concerne les dommages subis par l'enfant D B C que ceux subis par Mme C ;

- le rapport de l'expertise judiciaire a relevé des manquements de l'établissement hospitalier dans le suivi de la grossesse de Mme C, dans la décision de déclencher l'accouchement par voie basse plutôt que par césarienne, dans le suivi de la phase de travail par la sage-femme et dans la prise en charge de l'hémorragie consécutive à la délivrance ;

- les experts retiennent un lien de causalité direct et certain entre le défaut d'indication du déclenchement de l'accouchement par voie basse et les complications présentées tant par l'enfant D que par Mme C ; ils indiquent logiquement que, pour l'enfant, il n'y a pas de notion de perte de chance, dès lors que l'encéphalopathie ischémique est due à 100% aux erreurs commises pendant le déclenchement et l'accouchement ; en revanche, ils retiennent à tort une perte de chance de 80% pour Mme C en raison du désir de cette dernière d'accoucher par voie basse, alors qu'une macrosomie était cliniquement établie même sans examen biométrique et que la nature de l'information donnée à Mme C sur les risques d'un accouchement par voie basse n'est pas démontrée dans un contexte où ce type d'accouchement était médicalement contre-indiqué et où seule une césarienne devait être réalisée ; la réparation des préjudices de Mme C et de son fils doit donc être intégrale ;

- Mme C est bien fondée à demander, sur la base de l'évaluation des experts, l'indemnisation :

* de ses préjudices patrimoniaux temporaires, soit des dépenses de santé restées à sa charge pour un montant de 476,60 euros, des frais divers (frais de l'expertise judiciaire, frais de médecins-conseils et frais de déplacement) pour un montant de 15 440,90 euros, une perte de gains professionnels avant consolidation pour un montant de 11 744,22 euros et des frais d'assistance par une tierce personne avant consolidation pour un montant total de 125 860 euros ;

* de ses préjudices patrimoniaux permanents, soit une perte de gains professionnels pour un montant de 19 062,89 euros, une incidence professionnelle pour un montant de 70 000 euros et des frais d'assistance par une tierce personne, à titre viager, pour un montant capitalisé de 433 452,10 euros ;

* de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, soit un déficit fonctionnel temporaire total et partiel pour un montant total de 11 318,75 euros, des souffrances endurées pour un montant de 35 000 euros et un préjudice esthétique temporaire pour un montant de 2 000 euros ;

* de ses préjudices extrapatrimoniaux permanents, soit un déficit fonctionnel permanent pour un montant de 80 000 euros, un préjudice esthétique permanent pour un montant de 7 000 euros, un préjudice d'agrément pour un montant de 20 000 euros, un préjudice sexuel pour un montant de 25 000 euros et un préjudice d'établissement pour un montant de 5 000 euros ;

- l'enfant D B C est bien fondé à demander l'indemnisation, à titre provisionnel, de son déficit fonctionnel temporaire total du 27 juillet au 14 août 2017 pour un montant de 500 euros et des souffrances endurées pour un montant de 35 000 euros, ses autres préjudices nécessitant une évaluation par un expert qui sera ultérieurement saisi ;

- M. K et l'enfant L B C sont bien fondés à demander les sommes respectives de 15 000 euros et 10 000 euros au titre des troubles subis dans leurs conditions d'existence du fait des dommages subis par Mme C et l'enfant D.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 30 novembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or -pôle régional de gestion des recours contre tiers- conclut à ce que le centre hospitalier de Mâcon soit condamné à lui verser la somme de 36 081,56 euros en remboursement des débours exposés pour le compte de son assuré social, l'enfant D B C, sous réserve d'autres paiements non connus à ce jour, avec intérêts de droit à compter du jugement, ainsi que la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

La caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or soutient que :

- le rapport de l'expertise ordonnée par le tribunal de grande instance de Mâcon conclut à l'entière responsabilité du centre hospitalier de Mâcon dans la survenance des dommages subis par l'enfant D B C, son assuré social ;

- en l'absence de consolidation de l'état de santé de l'enfant, elle est bien fondée à demander le remboursement de sa créance provisoire au titre des prestations servies, pour un montant de 36 081,56 euros justifié par l'attestation d'imputabilité.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 15 juin 2021, la Mutualité sociale agricole (MSA) Bourgogne, représentée par son directeur en exercice, conclut à ce que le centre hospitalier de Mâcon soit condamné à lui verser la somme de 354 420,22 euros représentant le montant définitif des prestations servies à Mme C, son assurée sociale, la somme de 1 098 euros au titre l'indemnité forfaitaire de gestion et à ce que soit mis à la charge de cet établissement la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

La MSA Bourgogne soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Mâcon est intégralement engagée au regard des manquements relevés par le collège d'experts s'agissant du suivi de grossesse, de la décision de déclenchement de l'accouchement par voie basse et du suivi de l'accouchement et des suites de couches ;

- les complications survenues sont les conséquences directes du choix de la voie d'accouchement et de manière surabondante des manquements commis dans le suivi de l'accouchement ;

- contrairement à ce qu'indiquent les experts, aucune perte de chance ne peut être retenue et la réparation à la charge du centre hospitalier doit être intégrale ;

- sa créance, résultant des débours exposés pour le compte de son assurée et dont elle est bien fondée à demander le remboursement, s'élève à la somme totale de 354 420,22 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 juillet 2021, 19 octobre 2022 et 7 décembre 2022, le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard, son assureur, représentés par Me Boizard, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à ce que leur responsabilité à l'égard de Mme C soit limitée à une perte de chance de 80% et à ce que ses préjudices soient réparés par l'allocation d'une somme totale, à titre principal, de 173 680,11 euros, à titre subsidiaire, de 127 898,56, outre l'allocation d'une rente trimestrielle de 1 314,78 euros pour l'assistance par une tierce personne ;

2°) à ce que leur responsabilité à l'égard de l'enfant D B C soit limitée à une perte de chance de 80% et à ce qu'une provision d'un montant total de 20 000 euros lui soit allouée en l'absence de consolidation ;

3°) à ce que les demandes formées pour M. K et l'enfant L B C soient rejetées et, subsidiairement, à ce qu'une somme de 6 400 euros soit allouée à M. K ;

4°) à ce que les demandes de la MSA soient rejetées, à titre subsidiaire, à ce que sa créance soit limitée à 80% de la créance totale par application du taux de perte de chance et à ce que les demandes relatives aux frais d'hospitalisation au centre hospitalier de Mâcon et à la capitalisation de frais futurs, comprenant la rente d'invalidité soient rejetées et, à titre infiniment subsidiaire, à ce que le montant alloué à la caisse soit limité à 21 490,16 euros ou à défaut à 44 165,77 euros ;

5°) à ce que la demande des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit ramenée à de plus justes proportions et à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens.

Le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard soutiennent que :

* s'agissant du principe de responsabilité :

- l'absence de réalisation d'une biométrie fœtale n'est pas fautive du fait du manque de fiabilité de ce type d'examen pour détecter une macrosomie fœtale et n'est donc à l'origine d'aucune perte de chance ;

- aucun des quatre critères retenus par le collège d'experts ne contre-indiquait formellement le choix d'un accouchement par voie basse, lequel respecte à la fois les recommandations du collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) et la volonté affirmée de la parturiente, dûment informée des avantages et des risques de chaque technique ; les experts ne retiennent, en tout état de cause, qu'une perte de chance ;

- s'ils ne contestent pas que la sage-femme aurait dû appeler plus précocement le gynécologue obstétricien lors du suivi du travail et que la prise en charge de l'hémorragie post-accouchement aurait pu être optimisée, ces manquements sont uniquement à l'origine d'une perte de chance pour la patiente d'éviter l'aggravation de son état ;

- l'information de la patiente sur les risques respectifs d'un accouchement par voie basse et d'une césarienne a été dûment dispensée ;

- conformément aux conclusions expertales et contrairement à ce que soutiennent les requérants, les manquements relevés ont seulement fait perdre une chance à Mme C d'éviter l'aggravation de son état de santé ; le taux de perte de chance de 80% retenu par les experts doit donc s'appliquer à la réparation des dommages ;

- dès lors que l'enfant D aurait également été exposé à une acidose métabolique pendant plusieurs dizaines de minutes même en cas d'accouchement par césarienne, il n'est pas certain qu'il aurait été exempt de toutes séquelles ; seule une perte de chance, également évaluée à 80%, pourra être retenue pour les dommages subis par l'enfant ;

- les préjudices relatifs au besoin futur d'assistance par une tierce personne et à la perte de gains professionnels futurs devront être indemnisés par le versement d'une rente trimestrielle revalorisée, mode de réparation plus protecteur des intérêts des parties qu'une capitalisation ;

* s'agissant des préjudices de Mme C :

- ils s'en remettent à l'appréciation du tribunal quant à la somme restée à charge de la requérante au titre des dépenses de santé actuelles, aux honoraires des médecins conseils et des frais de déplacement, ces postes de préjudices étant soumis au taux de perte de chance ; la demande au titre des frais d'expertise judiciaire relève des dépens et doit être rejetée ; l'indemnisation de la perte de gains professionnels actuels doit prendre en compte le taux de perte de chance et les versements des tiers payeurs ; l'indemnisation du besoin d'assistance par une tierce personne, en particulier l'aide à la parentalité, doit prendre en compte l'indemnisation de la perte de revenus accordée par ailleurs en fonction de la date de reprise théorique de son travail par Mme C, le nombre de jours d'hospitalisation de cette dernière et la contribution de M. B à la garde de ses enfants en l'absence de tout dommage et en l'absence de qualification particulière de l'aide ;

- le besoin permanent en tierce personne a été confirmé par les experts à 2 heures par semaine ; ce poste de préjudice doit être indemnisé par le versement à terme échu d'une rente trimestrielle indexée selon les règles fixées au code de la sécurité sociale ; subsidiairement, en cas de choix d'une capitalisation, le barème dit A établi sur les tables de mortalité INSEE 2014/2016 avec une moyenne de l'indice des prix INSEE hors tabac de 0,93% devra être retenu ; l'indemnisation de la perte de gains professionnels futurs doit prendre en compte la reprise d'activité de l'intéressée après reconversion, le taux de perte de chance et les prestations versées par les tiers payeurs, notamment la pension d'invalidité ; le préjudice d'incidence professionnelle doit prendre en compte la reprise d'activité sans perte de revenus de l'intéressée et le taux de perte de chance ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire doit prendre en compte les taux définis par les experts pour les périodes d'hospitalisation et celles hors hospitalisation ; la demande au titre des souffrances endurées doit être limitée ; il n'existe pas de préjudice esthétique temporaire autonome du même préjudice définitif ; le taux de 25% de déficit fonctionnel permanent constitue un maximum compte tenu de la possibilité d'amélioration de l'état de santé de l'intéressée retenue par les experts ; l'indemnisation du préjudice esthétique définitif, résultant des cicatrices de laparotomie médiane, doit prendre en compte les cicatrices qu'une césarienne aurait générées ; le préjudice d'agrément doit être limité dès lors que l'intéressée a repris la pratique de l'équitation ; l'indemnisation du préjudice sexuel doit prendre en compte la baisse naturelle de la fertilité féminine ; la demande d'indemnisation d'un préjudice d'établissement consécutif à l'infertilité de la requérante fait doublon avec le poste précédent ;

* s'agissant des préjudices de l'enfant D B C :

- le pretium doloris évalué par les experts ne peut donner lieu à une provision supérieure à 20 000 euros ;

- dans l'attente d'une évaluation plus précise aux termes d'un rapport d'expertise à venir, la demande au titre d'un déficit fonctionnel temporaire doit être écartée en l'état ;

* s'agissant des préjudices des victimes indirectes :

- la demande de M. K au titre des troubles dans les conditions d'existence doit être rejetée ; subsidiairement, une somme de 6 400 euros pourra être accordée après application du taux de perte de chance ;

- les troubles dans les conditions d'existence subis par l'enfant L B C ne sont pas établis ;

* s'agissant des demandes de la MSA :

- à titre principal, elles doivent être rejetées dès lors que l'organisme social n'a pas participé aux opérations d'expertise, ni soumis sa créance au débat contradictoire ;

- à titre subsidiaire, le relevé de débours ne permet pas d'exclure les frais relatifs à la période normale d'hospitalisation consécutive à un accouchement ;

- à titre infiniment subsidiaire, la créance de la MSA doit prendre en compte le droit de préférence de la victime ; les frais futurs sont incertains dans leur principe et doivent être remboursés au fur et à mesure de leur justification par la caisse, après application du taux de perte de chance.

Par une ordonnance du 31 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 17 février 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blacher ;

- les conclusions de M. G ;

- les observations de Me Kerzerho, représentant les consorts H ;

- et les observations de Me Boizard, représentant le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 24 août 1981, a été admise au centre hospitalier de Mâcon le 25 juillet 2017, dans la cadre d'une seconde grossesse dont le terme théorique était prévu le 20 juillet 2017. Le 26 juillet, une tentative d'accouchement par voie basse a été initiée. Dans la soirée, des anomalies du tracé du rythme cardiaque fœtal ont conduit à une tentative d'extraction par ventouse puis par forceps. L'enfant est né à 21h50 en état de mort apparente et transféré dans le service de néonatalogie du centre hospitalier universitaire de Dijon jusqu'à son retour au centre hospitalier de Mâcon le 2 août 2017. Au décours de l'accouchement, Mme C a présenté une hémorragie nécessitant des transfusions de produits sanguins, une prise en charge en service de réanimation consécutive à une décompensation cardio-respiratoire, une révision utérine, une hystérectomie d'hémostase et deux interventions chirurgicales par laparotomie pour traiter un hématome rétropéritonéal. Les requérants ont saisi le juge des référés du tribunal de grande instance de Mâcon qui, par ordonnance du 29 janvier 2019, a fait droit à leur demande d'organisation d'une mesure d'expertise judiciaire au contradictoire de l'ensemble des établissements et praticiens intervenus dans la prise en charge de Mme C et de l'enfant D B C dans le cadre du suivi de la grossesse et de l'accouchement. Le rapport d'expertise a été déposé le 18 décembre 2019. La demande indemnitaire présentée par Mme C et M. K le 23 juin 2019 a été implicitement rejetée par le centre hospitalier de Mâcon. Les requérants, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Mâcon et son assureur à réparer les préjudices qu'ils ont subis.

I. Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise judiciaire, que la hauteur utérine a été considérée comme excessive à plusieurs reprises lors des consultations de Mme C au centre hospitalier de Mâcon et pouvait faire suspecter une macrosomie fœtale, qui s'est d'ailleurs vérifiée à l'accouchement avec un nouveau-né pesant 4,6 kg. Toutefois, les experts, tout en relevant l'absence de biométrie fœtale, précisent également que, même si l'échographie pour biométrie avait été réalisée en fin de grossesse, sa sensibilité pour détecter une macrosomie fœtale reste modérée. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à faire valoir un manquement du centre hospitalier dans le suivi de la grossesse de Mme C.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les circonstances particulières propres à la situation de Mme C, soit un utérus cicatriciel résultant d'une césarienne antérieure, un excès important de hauteur utérine, sans confirmation par une biométrie fœtale récente mais dans contexte de terme dépassé de la grossesse, une présentation céphalique haute et mobile et un bassin modérément rétréci sur toute sa hauteur contre-indiquaient la réalisation d'un accouchement par voie basse. Le centre hospitalier de Mâcon fait valoir que le choix d'effectuer un accouchement par voie basse n'était pas contraire aux recommandations pour la pratique clinique élaborées en 2012 par le collège national des gynécologies obstétriciens français (CNGOF). Toutefois, d'une part, si le CNGOF indique que la réalisation d'une tentative d'accouchement par voie basse est l'option à privilégier dans la majorité des cas, il n'exclut pas la réalisation d'un accouchement par césarienne dans des circonstances particulières, relevant également que le rapport bénéfices / risques à court terme est favorable à une tentative par voie basse pour la mère mais à une césarienne pour l'enfant. En outre, le CNGOF précise qu'en cas de suspicion de macrosomie supérieure à 4,5 kg, particulièrement chez les patientes n'ayant jamais accouché par voie vaginale, les chances de succès de la tentative d'accouchement par voie basse sont inférieures à 40 % et l'augmentation du taux de rupture utérine est multipliée par trois, de sorte qu'un accouchement par césarienne est recommandé. En l'espèce, les mesures successives de la hauteur utérine dans un contexte de terme dépassé laissaient soupçonner une macrosomie de sorte que, même en l'absence de réalisation d'une biométrie fœtale éventuellement confirmative, le rapport bénéfices / risques penchait en faveur de la réalisation d'un accouchement par césarienne y compris au regard des critères d'appréciation du CNGOF dont se prévaut le centre hospitalier. D'autre part, il résulte de la littérature médicale de juin 2017 citée dans le rapport d'expertise qui, contrairement à ce qu'indique le centre hospitalier, n'est pas postérieure aux faits en litige, que " les femmes ayant déjà accouché par césarienne présentent un risque accru de rupture de la cicatrice utérine, particulièrement lorsque le travail est déclenché " et que " cet évènement représente une complication grave, conduisant souvent à des résultats négatifs pour la mère et l'enfant, tels qu'une hystérectomie, des lésions de l'appareil génito-urinaire, des transfusions sanguines postpartum pour la mère, et des troubles neurologiques, voire un décès pour l'enfant ", les experts relevant que Mme C a subi en l'espèce l'ensemble des complications listées. Ainsi, alors que Mme C avait bénéficié en 2012 d'un accouchement par césarienne après l'échec de l'épreuve de travail, déjà dans un contexte de terme dépassé et de disproportion foeto-pelvienne et que, en juillet 2017, sont apparues lors de la phase de travail des anomalies du rythme cardiaque fœtal (RCF) évocatrices d'une souffrance fœtale, le centre hospitalier de Mâcon doit être regardé, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme ayant commis une faute en procédant à un accouchement par voie basse, quand bien même il s'agissait du souhait de la parturiente, le choix technique revenant in fine à l'équipe médicale pour la préservation de la santé de la mère et de l'enfant.

5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, et il n'est d'ailleurs pas contesté par le centre hospitalier, que la sage-femme en charge du suivi du travail, face aux anomalies du RCF plus évidentes à compter de 21 heures, et après deux échecs d'expulsion de l'enfant, aurait dû appeler plus rapidement le médecin responsable de l'accouchement, qui a dû procéder en urgence à une tentative, vaine, d'extraction par ventouse puis à l'aide de forceps.

6. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la prise en charge de l'hémorragie de délivrance subie par Mme C à la suite de l'accouchement n'était pas conforme aux règles de l'art dès lors que la décision d'hystérectomie d'hémostase a été prise avec retard, la patiente ayant déjà perdu 2,7 litres de sang. Les experts relèvent que ce retard de prise en charge est sans aucun doute à l'origine de l'arrêt cardio-respiratoire subi par la patiente au cours de la nuit suivante.

7. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à rechercher la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Mâcon.

II. Sur l'évaluation des préjudices :

II.1. En ce qui concerne la perte de chance :

8. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public de santé a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel, déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

9. En premier lieu, les experts ont retenu un taux de perte de chance de 80 % en relevant que la réalisation d'une échographie pour biométrie fœtale en fin de grossesse n'aurait pas nécessairement détecté la macrosomie fœtale et que Mme C a souhaité un accouchement par voie basse même après avoir été informée sur le risque de rupture utérine. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que l'antécédent de la première grossesse comme la mesure de la hauteur utérine constituaient des indices en faveur d'une macrosomie fœtale. D'autre part, au vu du contexte particulier de la grossesse de Mme C tel que rappelé au point 4, la réalisation d'un accouchement par voie basse était contre-indiquée, quel que soit le choix de la parturiente, alors que le choix technique revient finalement à l'équipe médicale. Dans ces conditions, les manquements relevés ci-dessus doivent être regardés comme étant responsables à 100 % des dommages subis par Mme C.

10. En second lieu, compte tenu du tableau clinique que présentait Mme C, lequel devait conduire à la réalisation d'une césarienne, a fortiori lorsque le rythme cardiaque fœtal a commencé à présenter des anomalies, les manquements imputables au centre hospitalier de Mâcon doivent également être regardés comme étant responsables à 100 % des dommages subis par l'enfant D B C.

II.2. En ce qui concerne les préjudices de Mme C :

II.2.1. S'agissant des préjudices patrimoniaux :

II.2.1.1. Quant aux dépenses de santé :

11. Il résulte de l'instruction, notamment des factures produites, que les sommes de 47,90 euros et 38,70 euros sont restées à la charge de la patiente pour des soins de kinésithérapie. Par suite, il lui sera alloué la somme totale de 86,60 euros. En revanche, la somme de 390 euros demandée au titre d'un bilan psychologique réalisé en novembre 2019 n'est justifiée ni dans son principe, ni dans son montant et doit être écartée.

II.2.1.2. Quant aux frais divers :

12. En premier lieu, contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier, les frais d'expertise dont les requérants ont dû s'acquitter dans le cadre de l'instance devant le juge judiciaire constituent un poste de préjudice et non des dépens dans le cadre de la présente instance. Il résulte des justificatifs produits que les requérants ont dû régler la somme totale de 6 000 euros. Cette somme doit leur être remboursée.

13. En deuxième lieu, il résulte des notes d'honoraires produites que Mme C et M. K ont fait appel à des médecins-conseils lors des opérations d'expertise ordonnées par le juge judiciaire. Il suit de là que la somme justifiée de 7 250 euros doit leur être remboursée.

14. En dernier lieu, Mme C justifie avoir effectué des trajets en voiture pour se rendre sur son lieu de formation à une reconversion professionnelle, à des séances de kinésithérapie et à des séances d'orthophonie, tous en lien avec son état de santé, pour un total de 3 896 kilomètres. Compte tenu du barème kilométrique pour un véhicule de 5 chevaux-fiscaux, la requérante peut prétendre à une somme de 2 135 euros. En outre, Mme C produit des tickets de péage pour des trajets à destination de l'hôpital de jour de soins de suite et de réadaptation d'Orcet (Ain) pour un montant total de 21 euros.

II.2.1.3. Quant aux frais liés au handicap :

15. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme C a nécessité l'assistance d'une tierce personne avant la consolidation de son état de santé fixée au 9 septembre 2019. Cette aide non spécialisée, essentiellement sous forme de garde du premier enfant de la requérante, a été évaluée par les experts à 12 heures par jour les jours d'hospitalisation complète et les jours d'hospitalisation de jour, soit 207 jours, pour la période du 3 août 2017 au 20 décembre 2018. Sur cette même période et en dehors des journées d'hospitalisation, soit 265 jours, le besoin a été évalué à 6 heures par jour plus 3 heures d'aide à la parentalité, correspondant à la suppléance de Mme C. Enfin, pour la période du 21 décembre 2018 à la date de consolidation, le besoin a été évalué à 4 heures par jour incluant l'aide à la parentalité. Pour calculer ce préjudice, il y a lieu de prendre en compte l'évolution du montant horaire du salaire minimum sur la période du 3 août 2017 au 9 septembre 2019, augmenté des charges sociales et calculé sur la base de 412 jours par an pour tenir compte des congés payés annuels. Il en sera fait une juste appréciation en allouant la somme de 86 425,14 euros.

16. Pour la période post-consolidation, les experts ont retenu que l'état de Mme C nécessitait à titre viager une assistance, essentiellement apportée par son mari, de 2 heures par semaine. Si les requérants estiment ce besoin à une heure par jour, ils n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause l'évaluation des experts. Pour calculer ce préjudice, il y a lieu de retenir un montant horaire pour une aide non spécialisée de 14 euros, incluant les charges sociales, sur la base de 412 jours par an afin de tenir compte des congés payés annuels. D'une part, au titre des arrérages échus pour la période du 10 septembre 2019 à la date du présent jugement, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant une somme de 6 575 euros. D'autre part, pour la période à échoir, il y a lieu de fixer la rente annuelle à allouer à Mme C à la somme de 1 652 euros, à verser par trimestres échus. Cette rente sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

II.2.1.4. Quant aux pertes de revenus :

17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour la période courant jusqu'à la date de consolidation, Mme C n'a plus été en mesure d'exercer sa profession de monitrice d'équitation, ni aucune autre activité professionnelle. Eu égard à la durée normale d'un congé de maternité, la période indemnisable s'étend du 4 octobre 2017 au 9 septembre 2019. Compte tenu de ses revenus antérieurs, ses revenus théoriques s'élèvent à 30 253,81 euros, sur la période indemnisable. Toutefois, sur cette même période, l'intéressée a perçu des indemnités journalières pour un montant de 17 428,02 euros, une prestation de prévoyance versée par AG2R pour un montant de 934,18 euros et une allocation adulte handicapé (AAH) pour un montant de 2 439,76 euros, versements qui ont tous pour objet de réparer des pertes de revenus. La perte de gains professionnels pour la période avant consolidation s'élève donc à 9 451,85 euros.

18. En second lieu, pour la période post-consolidation, il résulte de l'instruction que Mme C a repris une activité salariée à compter du 31 août 2021 et qu'elle ne déclare plus de perte de gains professionnels à compter de cette date. Ainsi, sur la période indemnisable du 10 septembre 2019 au 30 août 2021, ses revenus théoriques s'élèvent à 30 906,77 euros. Sur cette même période, il résulte de l'instruction que la requérante a perçu des indemnités journalières pour un montant de 2 600,33 euros, une pension d'invalidité dont les arrérage échus s'élèvent à 3 978,45 euros, l'allocation aux adultes handicapés (AAH) d'un montant de 3 142,93 euros, des revenus versés par son employeur notamment pour la prise en charge de sa formation de reconversion professionnelle, ainsi qu'une indemnité de licenciement, pour un montant total de 12 162,66 euros. Dans ces conditions, la perte de gains professionnels pour la période courant de la consolidation à la reprise d'activité professionnelle après reconversion s'élève à 9 022,40 euros.

II.2.1.5. Quant à l'incidence professionnelle :

19. S'il résulte de l'instruction que Mme C a bénéficié d'une formation en vue de sa reconversion professionnelle et qu'elle bénéficie depuis le 31 août 2021 d'un contrat à durée déterminée en qualité d'ATSEM auprès d'une commune, elle a toutefois dû abandonner un " métier passion ". Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'incidence professionnelle en lui allouant la somme de 10 000 euros.

II.2.2. S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

II.2.2.1. Quant au déficit fonctionnel temporaire :

20. Il résulte de l'instruction que Mme C a subi un déficit fonctionnel temporaire total lors de ses hospitalisations du 3 août 2017 au 28 octobre 2017, soit 87 jours, un déficit fonctionnel temporaire partiel à 80% lors de ses hospitalisations de jour, deux à trois jours par semaine pendant la période du 1er décembre 2017 au 20 décembre 2018, soit 120 jours et un déficit fonctionnel temporaire partiel à 50% hors hospitalisations pour la période du 1er décembre 2017 au 9 septembre 2019, soit 528 jours. Dans ces conditions, sur la base d'une indemnisation à hauteur de 16 euros par jour, le montant du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire subi s'élève à la somme de 7 152 euros.

II.2.2.2. Quant aux souffrances endurées :

21. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme C a subi des souffrances physiques et morales évaluées à 5,5/7 du fait de l'hystérectomie, des deux reprises opératoires, d'une période d'arrêt cardio respiratoire, de séjours en réanimation et de périodes de coma. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 18 000 euros.

II.2.2.3. Quant au préjudice esthétique :

22. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme C subit un préjudice esthétique résultant d'une cicatrice de laparotomie médiane sus et sous-ombilicale, chéloïde dans sa partie inférieure. Le préjudice temporaire étant le même que le préjudice définitif, il en sera fait une juste appréciation, globale, en le fixant à la somme de 2 500 euros.

II.2.2.4. Quant au déficit fonctionnel permanent :

23. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'à l'issue de la consolidation de son état, fixée au 9 septembre 2019, Mme C subit un déficit fonctionnel permanent, évalué à 25%, du fait d'une diminution de ses capacités physiques et intellectuelles. Il en sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 47 000 euros.

II.2.2.5. Quant au préjudice d'agrément :

24. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme C subit un préjudice d'agrément notamment lié à l'impossibilité de pratiquer l'équitation alors qu'elle était monitrice d'équitation avant les faits en litige. Il en sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 5 000 euros.

II.2.2.6. Quant au préjudice sexuel :

25. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que si Mme C a pu reprendre une activité sexuelle et que les rapports sont indolores, en revanche, son mari subit une perte de libido du fait des évènements subis par son épouse, élément caractérisant des troubles de nature sexuelle y compris pour la requérante. Il en sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 5 000 euros.

II.2.2.7. Quant au préjudice d'établissement :

26. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme C subit une infertilité définitive du fait de l'hystérectomie. Or l'intéressée n'avait pas renoncé à une troisième grossesse. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'établissement en lui allouant une somme de 5 000 euros.

II.3. En ce qui concerne les préjudices de l'enfant D B C :

27. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que l'état de l'enfant D n'est pas consolidé et nécessitera de nouvelles expertises aux fins de déterminer et de quantifier les préjudices qu'il a subis du fait des conditions de sa naissance. Toutefois, et d'une part, les experts ont évalué un déficit fonctionnel temporaire total du 27 juillet au 14 août 2017, soit 19 jours, dont il sera fait une juste appréciation en allouant une somme de 304 euros. D'autre part, les experts ont estimé que les souffrances endurées par l'enfant pouvaient être évaluées à 5 sur une échelle de 1 à 7 sur la période de réanimation néonatale, soit du 27 juillet au 14 août 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 12 000 euros.

II.4. En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :

28. Il résulte de l'instruction que M. K a subi par ricochet un préjudice notamment psychologique du fait des bouleversements de son mode de vie quotidien résultant des dommages subis par son épouse et par son fils et des handicaps dont ils restent atteints. Par ailleurs, l'enfant L B C a également subi indirectement les dommages affectant sa mère et son frère cadet. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par M. K et par l'enfant L B C en leur allouant respectivement les sommes de 6 000 euros et 3 000 euros.

29. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le centre hospitalier de Mâcon et société Axa France Iard, son assureur, doivent être condamnés à verser à Mme C une somme totale de 226 618,99 euros, outre une rente annuelle de 1 652 euros versée trimestriellement à termes échus, à M. K une somme totale de 6 000 euros, à Mme C et M. K, en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs J et L B C, les sommes respectives de 12 304 euros et 3 000 euros.

III. Sur les intérêts :

30. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

31. Les requérants ont ainsi droit aux intérêts moratoires sur les sommes mentionnées au point 29 à compter du 23 juin 2020, date de réception par le centre hospitalier de Mâcon de leur demande indemnitaire préalable.

IV. Sur les droits des organismes de sécurité sociale :

32. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé () Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie () ".

IV.1. En ce qui concerne la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or :

33. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du relevé de débours et de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil produits à l'instance, que la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or a exposé, pour le compte de l'enfant D B C, des frais hospitaliers pour un montant total de 33 952,68 euros, des frais médicaux pour un montant de 1 795,13 euros et des frais de transport pour un montant de 333,75 euros, soit un total de 36 081,56 euros. Cette somme doit lui être remboursée.

34. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement. () ".

35. Il résulte de ces dispositions que, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal. Par suite, les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Côte-d'Or tendant à ce que les sommes allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.

36. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 visé ci-dessus : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ". Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or peut prétendre au versement de la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

IV.2. En ce qui concerne la mutualité sociale agricole Bourgogne :

37. En premier lieu, et d'une part, il résulte de l'instruction, notamment du relevé de débours et de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil produits à l'instance, lesquels établissent suffisamment le lien de causalité avec les manquements en litige, que la MSA Bourgogne a exposé, pour le compte de Mme C, des frais médicaux et pharmaceutiques pour un montant de 4 484,40 euros, des frais d'hospitalisation pour un montant total de 184 400,79 euros après déduction de la période du 27 juillet au 3 août 2017 relative à la durée normale d'hospitalisation pour un accouchement, des frais de transport pour un montant de 21 989,11 euros et des indemnités journalières versées jusqu'à la date de consolidation pour un montant de 17 428,02 euros.

38. D'autre part, aux termes de l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale : " L'assuré a droit à une pension d'invalidité lorsqu'il présente une invalidité réduisant dans des proportions déterminées sa capacité de travail ou de gain, c'est-à-dire le mettant hors d'état de se procurer un salaire supérieur à une fraction de la rémunération soumise à cotisations et contributions sociales qu'il percevait dans la profession qu'il exerçait avant la date de l'interruption de travail suivie d'invalidité ou la date de la constatation médicale de l'invalidité ". Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par ces dispositions législatives et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du code de la sécurité sociale, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité. Dès lors, le recours exercé par une caisse de sécurité sociale au titre d'une pension d'invalidité ne saurait s'exercer que sur ces deux postes de préjudice.

39. Pour la période post consolidation, il résulte de l'instruction que le versement d'indemnités journalières est justifié à hauteur de 2 600,33 euros et qu'une pension d'invalidité a été versée à Mme C, dont le montant des arrérages échus au 30 août 2021 s'élève à 3 978,45 euros. A compter du 31 août 2021, Mme C ne subit plus la perte de revenus que la pension d'invalidité a pour objet de compenser.

40. Il résulte de ce qui précède que la MSA Bourgogne peut prétendre au remboursement de la somme totale de 234 881,10 euros.

41. En second lieu, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 visé ci-dessus : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ". Par suite, la MSA Bourgogne peut prétendre au versement de la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

V. Sur les frais liés au litige :

42. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Mâcon et de la société Axa France Iard le versement aux requérants d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la mutualité sociale agricole Bourgogne au titre de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : Le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard sont condamnés à verser à Mme C la somme de 226 618,99 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 23 juin 2020, outre une rente annuelle de 1 652 euros versée trimestriellement à termes échus.

Article 2 : Le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard sont condamnés à verser à M. K la somme de 6 000 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 23 juin 2020.

Article 3 : Le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard sont condamnés à verser à Mme C et M. K, en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs J et L B C, les sommes respectives de 12 304 euros et 3 000 euros, majorées des intérêts au taux légal à compter du 23 juin 2020.

Article 4 : Le centre hospitalier de Mâcon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or la somme de 36 081,56 euros ainsi qu'une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Le centre hospitalier de Mâcon est condamné à verser à la mutualité sociale agricole (MSA) Bourgogne la somme de 234 881,10 euros ainsi qu'une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 6 : Le centre hospitalier de Mâcon et la société Axa France Iard verseront à Mme C et à M. K une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à M. I K, au centre hospitalier de Mâcon, à la société Axa France Iard, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or et à la mutualité sociale agricole Bourgogne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2023.

Le rapporteur,

S. BlacherLe président,

L. Boissy

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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