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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2002902

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2002902

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2002902
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantJOLET INGRID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre et 24 novembre 2020, M. A C soumet au tribunal un litige relatif à un paiement indu d'aides sociales d'un montant de 16 847,26 euros.

M. C soutient que l'administration a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2021, le département de

Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que le moyen invoqué par le requérant n'est pas fondé.

Par des mémoires en défense, enregistré les 2 décembre 2020 et 9 novembre 2022, la caisse d'allocations familiales de Saône-et-Loire a présenté ses observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. B a été entendu.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre juridique :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable au revenu de solidarité active :

1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le cadre juridique applicable à l'aide exceptionnelle de fin d'année :

3. L'aide exceptionnelle instituée, au titre de l'année 2017, par le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole notamment pour les allocataires du revenu de solidarité active.

4. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 3 décide de récupérer un paiement indu d'aide exceptionnelle, remettant ainsi en cause un paiement déjà effectué, la personne

concernée qui en conteste le bien-fondé peut directement saisir le juge. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le cadre juridique applicable à la prime d'activité :

5. En vertu des dispositions combinées des articles L. 841-1, L. 843-1, L. 845-2 et L. 845-3 du code de la sécurité sociale, la prime d'activité, qui a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants.

6. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 5 décide de récupérer un paiement indu de prime d'activité, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par cette commission se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur le litige soumis par M. C :

7. A la suite d'un contrôle réalisé par ses services au cours de la période allant de septembre à décembre 2019, la CAF de Saône-et-Loire a notifié à M. C, le 18 août 2020, un paiement indu de " prestations familiales ", d'un montant total de 16 847,96 euros, correspondant à une dette de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 16 202,93 euros au titre de la période du 1er septembre 2017 au 31 juillet 2020, à une dette d'aide exceptionnelle de fin d'année (AEFA) de 152,45 euros au titre de l'année 2017 et à un indu de prime d'activité de 491,88 euros au titre de la période d'avril à décembre 2018. Le 26 août 2020, M. C a exercé le recours contestant le bien-fondé de l'indu de RSA et de l'indu de prime d'activité. Le 3 septembre 2020, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a rejeté le recours relatif à l'indu de RSA. La CAF de Saône-et-Loire a pour sa part implicitement rejeté le recours relatif à l'indu de prime d'activité. Le requérant doit être regardé comme demandant au juge d'annuler cette décision du 3 septembre 2020, la décision implicite de rejet de la CAF de Saône-et-Loire et la décision du 18 août 2020 prise en matière d'AEFA en exerçant son office défini aux points 2, 4 et 6.

En ce qui concerne le litige de RSA :

8. Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". L'article L. 262-9 de ce même code dispose que : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

9. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées au point 8 que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend notamment du demandeur et de son conjoint lorsqu'ils ne sont pas séparés de fait. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, seules les sommes que le conjoint verse au bénéficiaire ou, le cas échéant, les prestations en nature qu'il lui sert, au titre notamment de ses obligations alimentaires, peuvent être prises en compte dans le calcul des ressources de ce dernier.

10. Il résulte tout d'abord de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête établi le 12 juin 2020, dont les mentions ne sont pas contestées, que M. C et Mme D, qui se sont mariés le 25 juin 2005, n'ont engagé depuis lors aucune procédure de divorce. Ensuite, alors que les époux déclarent une résidence commune sur les différents portails de l'administration, Mme D figure non seulement sur les avis de taxe d'habitation et les contrats d'énergie, établis aux deux noms, mais acquitte également l'essentiel des charges courantes du domicile à partir d'un compte joint qu'elle alimente. Par ailleurs, lors de la liquidation de ses droits à la retraite complémentaire, en décembre 2017, Mme D a indiqué que son lieu de résidence était celui de l'adresse commune. Enfin, si M. C a déclaré, lors des opérations de contrôle, être séparé de fait de son épouse depuis 2012 -laquelle serait partie " avec un autre homme "- et a indiqué qu'il ignorait son adresse actuelle -se bornant à mentionner qu'elle résidait " sur la région de Troyes "-, il n'a cependant produit aucun autre élément de nature à considérer qu'en dépit de l'ensemble des éléments objectifs relevés par l'administration, la communauté de vie avec son épouse, tant matérielle qu'affective, aurait réellement cessé depuis 2017. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne le litige d'AEFA :

11. En vertu des articles 1er et 3 du décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017, le bénéfice de l'AEFA accordée au titre de l'année 2017 est réservé aux personnes qui sont allocataires du RSA au cours des mois de novembre ou décembre 2017.

12. Compte tenu de ce qui a été dit au point 10, M. C n'avait pas le droit de bénéficier du versement du RSA au titre des mois de novembre et décembre 2017. Le requérant

n'est donc pas fondé à soutenir que c'est à tort que le directeur de la CAF de Saône-et-Loire lui a réclamé le remboursement de l'AEFA qu'il a perçue au titre de l'année 2017.

En ce qui concerne le litige relatif à la prime d'activité :

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le directeur de la CAF de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation en lui réclamant d'un indu de prime d'activité de 491,88 euros au titre de la période d'avril à décembre 2018.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au département de Saône-et-Loire.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de Saône-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. BLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, et au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

No 20029020

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