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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2003512

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2003512

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2003512
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 décembre 2020 et 7 décembre 2021, la société voyages 2000, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 22 juillet 2020 du 20 octobre 2020 par lesquelles le président du conseil départemental de l'Yonne a opposé la prescription quadriennale sur certaines créances nées du contrat référencé " DSP-03-2006 " et des marchés référencés " A8060ED " et " PF10048ED " ;

2°) de condamner le département de l'Yonne à lui verser les sommes de 297 255,12 euros et 51 600 euros assorties des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Yonne une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société voyages 2000 soutient que :

- les décisions opposant la prescription quadriennale sont entachées d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur d'appréciation ;

- elle a droit au règlement d'une somme de 297 255,12 euros, sur un fondement contractuel, au titre des prestations qu'elle a effectuées dans le cadre du marché A8060ED ;

- elle a droit au règlement d'une somme de 51 600 euros, sur un fondement contractuel, au titre des prestations qu'elle a effectuées dans le cadre du marché PF10048ED.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2021, le département de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que les moyens invoqués par la société voyages 2000 ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 novembre 2021, le président du tribunal administratif de Dijon a prononcé la clôture de l'instruction au 17 décembre 2021.

Par un courrier du 15 février 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la société voyages 2000 tendant à la condamnation du département de l'Yonne, et non de la région Bourgogne Franche-Comté, à lui payer des créances résultant des marchés référencés " PF10048ED ", " A8060ED " et du contrat référencé " DSP-03-2006 " étaient mal dirigées.

Le 15 février 2023, la société voyages 2000 a présenté ses observations à ce courrier du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code des transports ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;

- la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. B,

- et les observations de Me Rothdiener, représentant la société voyages 2000.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 septembre 2006, le département de l'Yonne a confié à la société voyages 2000 une convention de délégation de service public de transports interurbains de voyageurs, référencé " DSP-03-2006 " concernant l'exploitation des lignes 3 (Saint-Fargeau / Toucy / Auxerre), 3 bis (Charny / Auxerre) et 3 ter (Saint Sauveur / Auxerre), initialement conclue pour une durée de huit ans, jusqu'au 31 août 2014 et prolongé d'un an, jusqu'au 31 août 2015, par un avenant n° 4 signé le 8 août 2014. Le 10 juillet 2008, le département de l'Yonne a ensuite conclu, pour une durée de sept ans, avec un groupement d'entreprises constitué notamment de la SARL Transports étaisiens, par ailleurs mandataire du groupement, et de la société voyages 2000, un marché, référencé sous le n° " A8060ED ", ayant pour objet l'exécution de services réguliers de transports publics assurant à titre principal à l'intention des élèves la desserte d'établissements d'enseignement. Dans le cadre de ce marché, la société voyages 2000 assurait le circuit n°426. Enfin, le 29 juillet 2010, le département de l'Yonne a conclu avec la société voyages 2000, pour une durée de cinq ans à compter du 2 septembre 2010, le lot n°8 du marché de services de transports scolaires référencé " PF10048ED " ayant pour objet l'exploitation des circuits 44, 341 et 564 puis du circuit n°143, à compter de novembre 2013, en vertu d'un avenant n°2 signé le 25 février 2015.

2. A la suite de nombreux échanges intervenus entre les parties tant au cours de l'exécution de ces différents contrats qu'après leur achèvement et afin de régler certains désaccords persistants, le département de l'Yonne et la société voyages 2000, durant l'année 2019, se sont rapprochés afin de tenter de régler définitivement les différends financiers qui existaient sur les marchés référencés " A8060ED " et " PF10048ED ". La société a ainsi établi deux projets de protocoles transactionnels d'un montant respectif de 600 euros TTC et de 51 000 euros TTC. Par un courrier du 22 juillet 2020, le président du conseil départemental de l'Yonne a cependant estimé que le montant des sommes que la collectivité devait au titre de ces deux marchés était bien inférieur à celui figurant dans les projets de protocoles et a proposé à la société voyages 2000 un nouveau projet de protocole transactionnel soldant l'exécution financière des marchés " A8060ED " et " PF10048ED " à 12 713,96 euros.

3. Par une décision du 22 juillet 2020 -figurant dans le courrier du 22 juillet 2020 cité au point 2-, le président du conseil départemental de l'Yonne a par ailleurs estimé que les " créances nées des prestations effectuées sur les lignes régulières au titre de l'année 2010/2011 " et que " les créances nées des prestations effectuées sur les circuits spéciaux au titre de la période 2012/2014 " étaient " frappées de prescription quadriennale ". Le 31 août 2020, la société voyages 2000 a exercé un recours gracieux contre cette décision que le président du conseil départemental a rejeté par une décision du 20 octobre 2020.

4. Par un courrier du 26 août 2020, la société voyages 2000 a parallèlement demandé au département de l'Yonne de lui verser une somme de 297 255,12 euros au titre du contrat référencé " DSP-03-2006 " et une somme de 51 600 euros au titre des marchés référencés " A8060ED " et " PF10048ED ". Par une décision du 30 octobre 2020, le département de l'Yonne, tout en rejetant cette demande, a cependant proposé de verser à la société, à titre de règlement transactionnel, une somme de 50 973,47 euros. Le 13 novembre 2020, la société voyages 2000 a fait une contre-offre en proposant de régler le différend financier les opposant au titre du marché " PF10048ED " à hauteur de 58 000 euros TTC tous intérêts compris. Aucun accord n'est ensuite intervenu entre les parties.

5. La société voyages 2000 demande au tribunal, d'une part, d'annuler les décisions des 22 juillet et 20 octobre 2020 analysées au point 3 et, d'autre part, de condamner le département de l'Yonne à lui verser, au principal, des sommes de 297 255,12 euros et de 51 600 euros respectivement au titre des contrats référencés " DSP-03-2006 ", " A8060ED " et " PF10048ED ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du cadre juridique :

6. Aux termes de l'article 1er de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement ; / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

S'agissant du vice d'incompétence :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 3111-1 du code des transports, dans sa rédaction issue de l'article 15 de la loi n° 2015-991 du 7 août 2015 : " Sans préjudice des articles L. 3111-17 et L. 3421-2, les services non urbains, réguliers ou à la demande, sont organisés par la région, à l'exclusion des services de transport spécial des élèves handicapés vers les établissements scolaires. Ils sont assurés, dans les conditions prévues aux articles L. 1221-1 à L. 1221-11, par la région ou par les entreprises publiques ou privées qui ont passé avec elle une convention à durée déterminée () ". En vertu des VI et VII de l'article 15 de cette même loi du 7 août 2015, la région bénéficiaire du transfert de compétences pour l'application de l'article L. 3111-1 du code des transports succède au département dans l'ensemble de ses droits et obligations à l'égard des tiers à compter du 1er janvier 2017 et, pour les prestations de transports scolaires, du 1er septembre 2017. Enfin, le XII de l'article 133 de cette même loi prévoit notamment que : " Sauf dispositions contraires, pour tout transfert de compétence ou délégation de compétence prévu par le code général des collectivités territoriales, la collectivité territoriale ou l'établissement public est substitué de plein droit à l'Etat, à la collectivité ou à l'établissement public dans l'ensemble de ses droits et obligations, dans toutes ses délibérations et tous ses actes () ".

8. Il résulte des dispositions citées au point 7 ainsi que de l'économie générale de la loi du 7 août 2015 que la région est devenue la collectivité territoriale compétente en matière de transport interurbain en lieu et place du département à compter du 1er janvier 2017 ou du 1er septembre 2017 et que les droits et obligations du département se rattachant à cette compétence ont été transférés à l'une ou l'autre de ces dates à la région. Il en va notamment ainsi des créances ou des dettes nées des marchés publics ou des conventions de délégation de service public conclus par les départements et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement contractuel ou juridictionnel devenu définitif, selon les cas, avant le 1er janvier ou le 1er septembre 2017.

9. D'autre part, si les différentes conventions que le département de l'Yonne et la région Bourgogne Franche-Comté ont conclues, au mois de décembre 2016, sur le fondement du III de l'article 114 de la loi du 7 août 2015, ont organisé le régime de responsabilité, entre ces deux collectivités, pour les " évènements " ou les " faits " intervenus, selon les cas, antérieurement au 1er janvier 2017 ou au 1er septembre 2017, ces conventions, qui ne sont par elles-mêmes pas opposables aux tiers, n'ont ni pour objet et ne sauraient avoir pour effet de déroger au régime législatif analysé au point 8.

10. Par conséquent, seule la région Bourgogne Franche-Comté, en 2020 comme à la date du présent jugement, était compétente pour opposer l'exception de prescription quadriennale au titre des contrats mentionnés au point 1.

11. La société requérante est dès lors fondée à soutenir que le département de l'Yonne n'était pas compétent, comme il l'a pourtant fait, pour lui opposer la prescription quadriennale sur certaines des créances afférentes aux contrats référencés " DSP-03-2006 ", " A8060ED " et " PF10048ED ".

12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre ces décisions, la société voyages 2000 est fondée à demander l'annulation des décisions des 22 juillet et 20 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

En ce qui concerne les marchés référencés " PF10048ED " " A8060ED " :

13. Aux termes de l'article II-5-3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) des marchés référencés " PF10048ED " " A8060ED " : " A la fin de chaque année scolaire, le titulaire ou le mandataire adresse un état récapitulatif final indiquant les quantités totales de prestations réellement exécutées (nombre de jours où le service a été assuré). Le Conseil général notifie alors le décompte final aux transporteurs en tenant compte de la variation des prix et de l'application éventuelle des pénalités. Passé un délai de trente jours à compter de cette notification, si le titulaire ne fait pas d'observation, il est réputé par son silence avoir accepté ce montant. Ce dernier paiement est considéré comme paiement définitif ".

14. Si la société requérante soutient que le département ne lui a pas notifié les décomptes finaux des marchés " PF10048ED " " A8060ED " pour soutenir qu'elle a droit au règlement des sommes correspondant à ces marchés, ses conclusions à fin de condamnation sont cependant exclusivement dirigées contre le département de l'Yonne et ne peuvent dès lors qu'être rejetées compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 7 à 10. Il appartiendra seulement à la région Bourgogne-Franche-Comté d'analyser le bien-fondé de ses prétentions mais aussi de déterminer, le cas échéant, si certaines créances nées de ces marchés sont prescrites au regard des stipulations citées au point 13.

En ce qui concerne le contrat référencé " DSP-03-2006 " :

15. En vertu de l'article L. 1411-3 du code de général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable, et du III-6 du " cadre du contrat " de DSP, l'exploitant produit annuellement avant le 1er juin au département un rapport comportant notamment les comptes retraçant la totalité des opérations afférentes à l'exécution de la délégation de service public et une analyse de la qualité de service. Ce rapport est assorti d'une annexe permettant à l'autorité délégante d'apprécier les conditions d'exécution du service public. L'article V-3-2-2 " rémunération annuelle " de ce même " cadre " prévoit, en substance, que lorsque l'exploitant dégage des excédents, il en reverse une partie au département et que, en revanche, lorsque l'exploitation est déficitaire, le département verse au délégataire une somme compensant partiellement le déficit constaté. L'article V 3-3 " mise en œuvre des rémunérations de ce " cadre prévoit que " les sommes dues à l'exploitant par le département font l'objet de règlements mensuels à termes échus. Ces règlements interviendront dans un délai de 45 jours maximum à compter de la réception des factures sous la forme suivante : / facturation de la totalité des abonnements subventionnés, / facturation de 1/12ème de la prévision de Pn sur la base de l'année précédente connue avec régularisation sur le dernier mois de l'année n. / Le règlement du solde ainsi que l'intéressement éventuel au titre de l'année n interviendra dans un délai de 45 jours à compter de la réception de la facture. / Les sommes éventuellement dues au département par l'exploitant font l'objet d'un reversement annuel au titre de l'exercice n au cours du mois de juillet de l'année n+1 ".

16. Si la société requérante soutient qu'elle a droit au règlement des sommes correspondant au contrat référencé " DSP-03-2006 ", ses conclusions à fin de condamnation sont cependant exclusivement dirigées contre le département de l'Yonne et ne peuvent dès lors qu'être rejetées compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 7 à 10. Il appartiendra seulement à la région Bourgogne-Franche-Comté d'analyser le bien-fondé de ses prétentions mais aussi de déterminer, le cas échéant, si certaines créances nées de cette convention de délégation de service public sont prescrites au regard des stipulations contractuelles citées au point 15.

Sur les frais liés au litige :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Yonne la somme que demande la société voyages 2000 au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les décisions du président du conseil départemental de l'Yonne des 22 juillet et 20 octobre 2020 sont annulées.

Article 2 : Les conclusions de la société voyages 2000 sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société voyages 2000 et au département de l'Yonne.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la région Bourgogne Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

L'assesseur le plus ancien,

S. BlacherLe président,

L. ALa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

No 200351

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