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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2100548

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2100548

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2100548
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET BERLAND SEVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 février 2021, le 26 janvier 2022 et le 3 mai 2022, le syndicat intercommunal d'assainissement de Senan-Champvallon (SIASC) et la SMACL, assureur du SIASC, représentés par Me Sévin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner in solidum la société Véolia, le cabinet Merlin, la société Clemessy et la société OTV à verser la somme de 299 124,33 euros au SIASC ;

2°) de condamner in solidum la société Véolia, le cabinet Merlin, la société Clemessy et la société OTV à verser la somme de 299 000 euros à la SMACL ;

4°) de mettre solidairement à la charge de la société Véolia, du cabinet Merlin, de la société Clemessy et de la société OTV les dépens de l'instance ainsi que le versement d'une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le SIASC et la SMACL soutiennent que :

- la responsabilité contractuelle de la société Véolia, chargée de l'exploitation de la station d'épuration, est engagée en raison des fautes qu'elle a commises et qui ont été retenues par l'expert judiciaire et, en particulier, l'absence de fonctionnement de l'extracteur d'air, le ré-enclenchement intempestif de l'installation malgré les alarmes et la méconnaissance des procédures d'exploitation et des schémas électriques de l'installation ;

- les responsabilités du cabinet Merlin, maître d'œuvre, et la société OTV, titulaire du marché public de travaux, sont engagées, sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs, en raison de l'absence de zone ATEX -atmosphère explosive- ;

- la responsabilité quasi-délictuelle de la société Clemessy, sous-traitante de la société OTV, est engagée en raison de l'incohérence d'étiquetage du schéma électrique qui a induit Véolia en erreur sur le fonctionnement de l'extracteur d'air ;

- le préjudice du SIASC s'élève à la somme totale de 598 124,33 € et comprend 545 088,00 TTC au titre du préjudice de reconstruction, 8 693,21 euros TTC au titre du coût de gestion de la reconstruction, 22 000 euros au titre du surcoût lié à l'évacuation des boues par camion, 14 343,12 euros TTC au titre de la réparation du clarificateur et 8 000 euros au titre du préjudice de jouissance ;

- la SMACL est subrogée dans les droits du SIASC à hauteur de la somme de 299 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 avril 2021, le 6 octobre 2021 et le 7 avril 2022, la société Clemessy, représentée par Me Jeambon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et, à défaut, de minorer les prétentions indemnitaires du SIASC et de la SMACL ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les actions en garantie dirigées contre elle et de condamner in solidum la société Véolia, le cabinet Merlin et la société OTV à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge du SIASC et de la SMACL le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Clemessy que :

- sa responsabilité n'est pas engagée sur le terrain quasi-délictuel dès lors que, d'une part, les requérants ne démontrent pas que la responsabilité de l'entrepreneur principal ne peut être utilement recherchée, et que, d'autre part, aucune violation de règles ou obligations extérieures au contrat de sous-traitance n'est établie ;

- le lien de causalité entre les manquements qui lui sont reprochés, à les supposer établis, et la survenance de l'explosion fait défaut ;

- l'arrêt du ventilateur résulte d'erreurs de manipulation commises par la société Véolia et non d'incohérences dans sa notice d'utilisation ou d'un mauvais étiquetage des commandes ;

- à supposer qu'elle ait commis une erreur d'étiquetage, ce qui n'est pas avéré, une telle erreur aurait dû être relevée lors des opérations de réception ou au cours de l'exploitation de l'installation par la société Véolia ;

- le ventilateur n'ayant pas une fonction de sécurité mais seulement de traitement des mauvaises odeurs, l'absence de fonctionnement du ventilateur ne peut pas être à l'origine de l'explosion ;

- les préjudices subis par le SIASC sont surévalués ;

- la SMACL ne justifie pas voir versé la somme de 299 000 euros à son assuré ;

- elle est fondée à demander que la société Véolia, de la société OTV et du cabinet Merlin la garantissent intégralement des condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 juillet 2021, le 17 novembre 2021 et le 21 mars 2022, la société Véolia eau-CGE, représentée par Me Coïc, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et, à défaut, de minorer les prétentions indemnitaires du SIASC et de la SMACL ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum le cabinet Merlin, la société OTV et la société Clemessy à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge du SIASC et de la SMACL les dépens de l'instance ainsi que le versement d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Véolia eau-CGE soutient que :

- elle n'a commis aucune faute dans l'exploitation de la station d'épuration ;

- le lien de causalité entre les fautes qui lui sont reprochée et les désordres n'est pas établi ;

- les désordres ayant concouru à l'explosion sont des défauts de conception et de réalisation de l'ouvrage et sont donc imputables aux constructeurs ;

- le SIASC a également joué un rôle important dans la réalisation du dommage ;

- le préjudice que le SIASC allègue avoir subi est surévalué ;

- elle est fondée à demander que la société OTV, la société Clemessy et le cabinet Merlin -sur un fondement quasi-délictuel- et le SIASC -sur un fondement contractuel- la garantissent des condamnations prononcées à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2021, le cabinet d'études Merlin, représenté par Me Balon, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et, à défaut, de minorer les prétentions indemnitaires du SIASC et de la SMACL ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les actions en garantie dirigées contre lui et de condamner in solidum la société Véolia et la société OTV à le garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge du SIASC et de la SMACL " ou de toute partie perdante " le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le cabinet d'études Merlin soutient que :

- ses obligations contractuelles ont été respectées, tant en phase de conception qu'en phase d'exécution des travaux ;

- le sinistre trouve son origine dans les carences de l'exploitant ainsi que dans une erreur, commise par la société Clemessy, dans l'étiquetage des commandes ;

- les demandes indemnitaires du syndicat ne sont pas justifiées, reposent sur des éléments qui n'ont pas été débattus contradictoirement dans le cadre des opérations d'expertise et font double emploi avec l'indemnisation de l'assureur ;

- il est fondé à demander que la société Véolia et la société OTV le garantissent des condamnations prononcées à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2021 et le 22 avril 2022, la société OTV, représentée par la SCP Billebeau-Marinacce, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête et, à défaut, de minorer les prétentions indemnitaires du SIASC et de la SMACL ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les actions en garantie dirigées contre elle et de condamner in solidum la société Véolia, le cabinet Merlin et la société Clemessy à la garantir de l'ensemble des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge du SIASC et de la SMACL " ou de toute partie perdante " le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société OTV soutient que :

- sa responsabilité décennale n'est pas engagée dès lors que ni le rapport d'expertise, qui se borne à émettre des hypothèses, ni aucun autre élément du dossier ne démontre qu'un désordre aurait affecté la construction ;

- les montants réclamés par le syndicat et son assureur ne sont pas justifiés ;

- elle est fondée à demander que le cabinet Merlin, la société Clemessy et la société Véolia la garantissent des condamnations prononcées à son encontre.

Par une ordonnance en date du 22 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Sevin représentant le SIASC et la SMACL,

- et les observations de Me Billebeau représentant la société OTV.

Considérant ce qui suit :

1. En 2004, le syndicat intercommunal d'assainissement de Senan-Champvallon (ci-après SIASC) a décidé de réaliser des travaux de restructuration et d'extension de la station d'épuration de Senan. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée au cabinet d'études Merlin le 23 septembre 2004. Le SIASC a ensuite confié le 29 juin 2006 à la société Malataverne service environnement -aux droits de laquelle vient la société OTV- l'exécution des travaux. La société Clemessy est intervenue en qualité de sous-traitante de la société Malataverne service environnement pour l'installation électrique. Les travaux ont été réceptionnés le 2 août 2007 avec des réserves qui ont été levées le 27 février 2009. Le 19 décembre 2011, le SIASC a confié l'exploitation de la station d'épuration à la société Véolia eau-CGE en vertu d'un marché de prestation de services conclu pour une durée de cinq ans à compter du 1er décembre 2011. Le 12 mai 2016, une explosion s'est produite dans un silo de stockage des boues construit à l'occasion des travaux d'extension réalisés en 2006-2007. Par une ordonnance n° 1700486 du 24 mai 2017, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a diligenté une expertise et désigné un expert, qui a remis son rapport le 23 novembre 2018. Le SIASC et la SMACL, subrogée dans les droits de son assuré, demandent au tribunal de condamner in solidum la société Véolia, le cabinet Merlin, la société Clemessy et la société OTV à leur verser respectivement les somme de 299 124,33 euros et de 299 000 euros.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le 12 mai 2016, un agent de la société Véolia Eau-CGE, chargée de l'exploitation et de la maintenance de la station d'épuration, et un agent de la filiale SEDE - Véolia, spécialisée dans l'analyse et la valorisation des boues d'épuration, se sont rendus dans la station d'épuration de Senan afin de réaliser un prélèvement de boues dans le silo en vue de procéder à des analyses avant leur épandage. Lorsque les agents sont arrivés sur le site, ils ont constaté une coupure d'électricité générale. Lors de la remise sous tension des équipements du silo, une explosion s'est produite au niveau de la dalle béton constituant le toit du silo, laquelle s'est désolidarisée du reste du silo, projetant des éléments de béton tout autour, avant de s'effondrer, détériorant les installations internes.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que cette explosion est la conséquence d'une accumulation de méthane dans le silo, résultant elle-même d'une insuffisance de ventilation de cet équipement. L'expert a estimé que les causes de l'explosion étaient l'absence de zone ATEX à proximité du silo, l'absence de fonctionnement de l'extracteur d'air assurant la ventilation du silo, le réenclenchement intempestif du courant électrique par l'agent de Véolia, sans référence à la procédure d'usage, ainsi que la méconnaissance par Véolia des procédures d'exploitation.

4. En troisième lieu, s'il ressort des réponses de l'expert au dire de la société Véolia que " du matériel ATEX aurait peut-être et sans doute permis d'éviter l'explosion ou d'en limiter les conséquences ", l'expert relève également qu'une zone ATEX n'était pas nécessaire dès lors que le silo n'est pas un espace confiné et qu'il était équipé d'un extracteur d'air afin d'en assurer la ventilation. Dans ces conditions, l'absence de zone ATEX ne peut pas être regardée comme ayant concouru, même partiellement, à la survenue des désordres.

5. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que la ventilation du silo était assurée par un extracteur d'air électrique dont il est constant qu'il ne fonctionnait pas au moment où est survenue l'explosion. L'expert indique par ailleurs que le fonctionnement de l'extracteur n'avait pas seulement pour objet d'assurer la désodorisation des rejets de gaz émis par les boues contenues dans le silo mais qu'il constituait un équipement nécessaire à la sécurité de l'équipement et avait vocation à fonctionner 24h/24 et 365 jours par an.

6. D'une part, si la société Clemessy fait valoir que le ventilateur avait uniquement une fonction de désodorisation et ne constituait pas un équipement de sécurité, il résulte de l'article 4.3 du CCTP que cet équipement avait également vocation à assurer la circulation de l'air dans le silo et ne peut ainsi être regardé comme ayant eu pour seul objet de limiter les mauvaises odeurs, cette fonction étant par ailleurs assurée par la présence d'un filtre à charbon.

7. D'autre part, si l'expert a relevé une incohérence dans les commandes de l'extracteur d'air, l'équipement étant allumé en mode " Manu " et éteint en mode " Auto ", il a toutefois également précisé que l'exploitant ignorait que l'extracteur d'air n'était pas commandé par l'automate de contrôle de la station d'épuration, circonstance dont il était réputé avoir connaissance, dès lors que cet équipement ne figure pas dans le document technique de fonctionnement de l'automate. Si la société Véolia Eau-CGE a pu être induite en erreur sur le fonctionnement de l'extracteur d'air par l'incohérence d'étiquetage des commandes mentionné précédemment, il résulte cependant de l'instruction que le voyant vert de l'extracteur était allumé en mode " Manu ", témoignant du fonctionnement de l'appareil, et éteint en mode " Auto ". Ainsi, en dépit de cette anomalie mineure, et alors que la société Véolia Eau-CGE exploitait l'équipement depuis plusieurs années lors de la survenue du sinistre, cette dernière ne peut pas sérieusement soutenir qu'elle ignorait que l'extracteur d'air cessait de fonctionner lorsque la commande électrique était en mode " Auto ".

8. En dernier lieu, si l'expert n'a pas déterminé précisément l'élément déclencheur de l'explosion, il a toutefois relevé la temporalité entre la remise en service du courant électrique -qualifiée d'intempestive car non conforme à la procédure d'usage- et la survenance de l'explosion, considéré que les conditions d'une auto-déflagration n'étaient pas réunies, estimé improbable un phénomène d'électricité statique et, enfin, exclu la possibilité d'un phénomène météorologique.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que l'accumulation de gaz dans le silo de stockage des boues de la station d'épuration ne résulte pas d'un vice de conception ou d'un défaut dans l'exécution des travaux mais est exclusivement imputable à la mauvaise manipulation de l'extracteur d'air par la société Véolia Eau-CGE et à la remise sous tension de l'équipement sans respect des procédures d'usage. Dans ces conditions, le cabinet Merlin, la société OTV et la société Clemessy sont tout d'abord fondés à soutenir que la garantie décennale des constructeurs n'est pas engagée dès lors que les désordres proviennent d'une cause étrangère à leur intervention et qui ne leur est pas imputable. Ensuite, l'explosion étant sans lien avec la conception ou la construction de l'ouvrage, la société Véolia Eau-CGE n'est pas fondée à soutenir que le SIASC a concouru à la survenue du sinistre en raison des carences de l'assistance à maitrise d'ouvrage et de l'absence de contrôleur technique. Enfin, le SIASC et la SMACL -au titre de son action subrogatoire- sont fondés à rechercher la seule responsabilité contractuelle de l'exploitant, la société Véolia Eau-CGE, à raison de l'explosion survenue le 12 mai 2016.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

10. En premier lieu, le SIASC soutient que le coût de reconstruction du silo s'élève à 545 088 euros et correspond au coût TTC de l'offre acceptée par le syndicat dans le cadre du marché public de travaux de reconstruction.

11. Lorsque le maître d'ouvrage a réalisé les travaux à une date postérieure à la remise du rapport d'expertise, il ne peut en principe demander une actualisation du coût évalué par l'expert que s'il établit avoir été dans l'impossibilité matérielle ou financière d'effectuer ces travaux dans les semaines ayant suivi le dépôt du rapport. En l'espèce, le SIASC n'établit ni même n'allègue avoir été dans l'impossibilité d'initier plus tôt les travaux de reconstruction. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que le chiffrage " préliminaire " du montant des travaux par l'expert n'était pas définitif et, d'autre part, que le syndicat a fait établir, au plus tard en avril 2019 -soit seulement quelques mois après le dépôt du rapport de l'expert en novembre 2018-, une estimation des travaux par l'agence technique départementale de l'Yonne, qui a évalué leur coût à la somme de 378 000 euros TTC. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du coût des travaux de reconstruction du silo en l'évaluant à 378 000 euros.

12. En deuxième lieu, il est constant que, pour évaluer le coût de reconstruction du silo, l'expert n'a pris en compte qu'une estimation du coût des travaux, sans tenir compte des prestations intellectuelles de conception et d'assistance à maitrise d'ouvrage. Le SIASC demande la prise en compte des frais d'assistance à maîtrise d'ouvrage, évalués par l'agence technique départementale de l'Yonne à 2,1% du coût des travaux. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'évaluer ce poste de préjudice à la somme de 7 938 euros.

13. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, depuis l'explosion du silo, le SIASC doit évacuer les boues d'épuration par camion, pour un coût évalué par l'expert à la somme de 1 000 euros par trimestre. Compte tenu du temps écoulé depuis le sinistre, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme, non sérieusement contestée en défense, de 22 000 euros.

14. En quatrième lieu, le syndicat requérant fait valoir qu'il a dû procéder à des travaux de remise en état du clarificateur pour un montant total de 14 343,12 euros. Si l'expert a noté dans son rapport qu'" il pourrait être nécessaire de changer les lames du clarificateur qui aurait reçu des éclats de béton ", il ne résulte pas de l'instruction que les travaux effectués en mai 2020, soit quatre ans après l'explosion, seraient en lien direct avec celle-ci. Dans ces conditions, ce poste de préjudice doit être écarté.

15. En dernier lieu, si le SIASC se prévaut d'un préjudice de jouissance, il n'établit pas avoir subi d'autres troubles que ceux concernant l'enlèvement des boues, lesquels ont déjà été pris en compte au point 13. Ce poste de préjudice doit dès lors être écarté.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 10 à 15 que les préjudices subis par le SIASC s'élèvent à la somme totale de 407 938 euros.

En ce qui concerne les droits respectifs de la SMACL et du SIASC :

S'agissant des droits de la SMACL :

17. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur () ".

18. La subrogation légale instituée par l'article L. 121-12 du code des assurances est subordonnée au seul paiement de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance. Il incombe donc à l'assureur qui entend bénéficier de cette subrogation d'apporter la preuve, par tout moyen, du versement de l'indemnité d'assurance entre les mains de son assuré ou, le cas échéant, directement auprès de tiers au nom et pour le compte de son assuré.

19. La SMACL, dont il résulte de l'instruction qu'elle a versé au SIASC une somme de 299 000 euros au titre du dommage en litige, est fondée à soutenir qu'elle a droit, au titre de son action subrogatoire, à cette somme de 299 000 euros.

S'agissant des droits du SIASC :

20. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 16 et 19, le SIASC est fondé à soutenir que les préjudices qu'il a subis et qui n'ont pas été pris en charge par la SMACL s'élèvent à 108 938 euros (407 938 - 299 000).

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus que le SIASC et la SMACL sont seulement fondés à demander la condamnation de la société Véolia Eau-CGE à leur verser respectivement les sommes de 108 938 euros et 299 000 euros.

Sur les actions en garantie :

22. En premier lieu, aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre des constructeurs, les actions en garantie respectivement présentées par le cabinet Merlin, la société OTV et la société Clemessy sont dépourvues d'objet et doivent être rejetées.

23. En second lieu, aucune faute de nature quasi-délictuelle des constructeurs n'étant caractérisée, les actions en garantie formées par la société Véolia à l'encontre du cabinet Merlin, de la société OTV et de la société Clemessy doivent être rejetés.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

24. Il y a lieu de mettre définitivement à la charge de la société Véolia Eau-CGE les frais d'expertise qui ont été taxés et liquidés à la somme totale de 13 889,96 euros par deux ordonnances du président du tribunal administratif de Dijon du 28 novembre 2018.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SIASC et de la SMACL, qui n'ont pas la qualité de parties tenues aux dépens dans la présente instance, les frais exposés par les autres parties et non compris dans les dépens.

26. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Véolia Eau-CGE une somme globale de 1 500 euros à verser au SIASC et à la SMACL au titre des frais que ces derniers ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Véolia Eau-CGE les sommes que demandent respectivement le cabinet Merlin et la société OTV au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La société Véolia Eau-CGE est condamnée à verser au syndicat intercommunal d'assainissement de Senan-Champvallon une somme de 108 938 euros.

Article 2 : La société Véolia Eau-CGE est condamnée à verser à la SMACL une somme de 299 000 euros.

Article 3 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 13 889,96 euros, sont mis à la charge définitive de la société Véolia Eau-CGE.

Article 4 : La société Véolia Eau-CGE versera au syndicat intercommunal d'assainissement de Senan-Champvallon et à la SMACL une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié au syndicat intercommunal d'assainissement de Senan-Champvallon, à la SMACL, à la société Véolia Eau-CGE, au cabinet Merlin, à la société OTV et à la société Clemessy.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à M. E A, expert et à M. D B, sapiteur.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

M. DesseixLe président,

L. BoissyLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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