jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2100690 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2021 et le 6 mai 2022, la société ERTCM Industries, représentée par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 14 janvier 2021 par laquelle la commune de Varennes-Vauzelles a rejeté la demande d'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de son éviction de l'attribution du marché de modification des tribunes sportives du site des Wagons ;
2°) de condamner la commune de Varennes-Vauzelles à lui verser la somme de 13 849,50 euros en réparation de son préjudice ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Varennes-Vauzelles une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune n'a pas apprécié les offres, s'agissant du critère " coût des travaux ",
conformément aux prescriptions du règlement de la consultation du marché litigieux : en effet, alors que le règlement de la consultation prévoyait que le moins-disant obtiendrait 55 points et que les notes des autres candidats seraient appréciées de la façon suivante : " 50 multiplié par le prix du moins disant / le prix du candidat ", la commune a apprécié les offres de la façon suivante : prix du moins disant / prix du candidat multiplié par 10 ;
- en s'exonérant des prescriptions du règlement de règlement de la consultation pour analyser les offres au regard du critère prix, la commune a méconnu le principe de transparence de la procédure ;
- au surplus, la commune reconnait expressément avoir dérogé à la règle d'attribution de 55 points au moins disant pour pondérer l'ensemble des offres sur 50 points ;
- le " Coût des travaux " a été pondéré à 10 points, alors que la valeur technique de l'offre et le délai d'exécution ont été respectivement pondérés sur 35 points et 15 points.
Par voie de conséquence, la pondération totale n'est donc plus que de 60 points au total et
le poids du critère " Coût des travaux " se trouve de facto manifestement sous-pondéré
par rapport aux autres, en méconnaissance totale des prescriptions du règlement de la
consultation ;
- la méthode de notation finalement retenue par la commune est entachée d'irrégularité, en ce qu'elle a eu pour conséquence d'attribuer la note maximale à la société Royer alors même que sa proposition de prix était supérieure à celle de la société ERTCM Industries: dès lors, elle a eu pour effet de fausser la pondération des critères en neutralisant le critère du prix, lequel se retrouve manifestement sous-pondéré par rapport aux autres ;
- en ne conduisant pas à ce que la meilleure note soit attribuée à l'offre économiquement la plus avantageuse, ladite méthode de notation a méconnu le principe fondamental d'égalité de traitement entre les candidats ;
- sans les irrégularités commises par la commune, l'offre de la société ERTCM Industries aurait été classée première, de sorte qu'elle disposait d'une chance sérieuse d'obtenir le marché en cause ;
- elle a ainsi droit à être indemnisée du préjudice, en l'occurrence, de son manque à gagner qu'elle a subi en raison de l'irrégularité de son éviction, lequel s'élève à la somme de 13 849, 50 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2021, la commune de Varennes-Vauzelles, représentée par Me Thierry, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société ERTCM Industries au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le règlement de consultation est entaché d'une erreur de plume qui a été corrigée lors de l'attribution des notes des candidats ;
- l'existence de cette erreur de plume au sein du règlement de la consultation, n'a eu aucune incidence sur la procédure de passation puisque la commune n'a pas créé de différence de traitement entre les candidats en notant l'ensemble des candidats sur 100 points, tel que l'esprit du règlement de la consultation le prévoyait ;
- la circonstance que la note globale ait été calculée sur 20 points au lieu des 100 points annoncés dans le règlement de consultation n'a eu d'impact ni sur le poids respectif des critères d'analyse des offres, ni sur le rang de classement des offres ;
- contrairement à ce qu'affirme la requérante, aucun juge n'a jamais considéré que l'offre la moins chère devait nécessairement obtenir la meilleure note globale : l'offre économiquement la plus avantageuse est celle dont les caractéristiques sont les plus satisfaisantes au regard de l'ensemble des critères d'analyse et non l'offre dont le prix est le plus faible ;
- la société ERTCM a bien obtenu la note de 10/10 sur le critère du prix, puisque son offre était la moins-disante et l'offre concurrente a obtenu 8,96 points ; la méthode de notation du critère prix a donc bien eu comme résultat de permettre l'attribution de la meilleure note sur ce critère à l'entreprise ayant remis l'offre la moins-disante en parfaite cohérence avec la jurisprudence en la matière ;
- pour regrettables qu'aient été les erreurs commises, il apparait que celles-ci n'ont exercé aucune influence sur le choix de l'attributaire du marché ;
- si le tribunal reconnaissait à la société ERTCM INDUSTRIES un droit à indemnisation, celle-ci ne saurait, en tout état de cause, être supérieure à 3 450, 37 euros.
La clôture de l'instruction a été fixée au 10 juin 2022 par ordonnance du 10 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,
- et les observations de Me Bidault représentant la société ERTCM Industries.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Varennes-Vauzelles a lancé, par un avis d'appel public à la concurrence du 12 juin 2020, une procédure de mise en concurrence pour un marché de travaux ayant pour objet la " modification des tribunes sportives du site des Wagons de Varennes-Vauzelles ". Après analyse des offres, l'entreprise Royer SAS a été retenue comme attributaire du marché. La société ERTCM Industries, qui avait également remis une offre, a été informée par courrier en date du 28 juillet 2020 que son offre n'était pas retenue. Par un courrier en date du 13 novembre 2020, la société ERTCM Industries a formé une réclamation indemnitaire préalable à l'encontre de la commune de Varennes-Vauzelles, sollicitant le versement d'une somme de 13 849, 50 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de son éviction. La commune de Varennes-Vauzelles a rejeté cette demande par un courrier en date du 14 janvier 2021. Par sa requête, la société ERTCM Industries demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner la commune de Varennes-Vauzelles à lui verser une somme de 13 849, 50 euros en réparation de son préjudice.
Sur l'étendue du litige :
2. La décision en date du 14 janvier 2021 par laquelle la commune de Varennes-Vauzelles a rejeté la demande préalable d'indemnisation formée par la société requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de l'intéressée qui, en formulant des conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. En vue d'obtenir réparation de ses droits lésés, le concurrent évincé a ainsi la possibilité de présenter devant le juge du contrat des conclusions indemnitaires, à titre accessoire ou complémentaire à ses conclusions à fin de résiliation ou d'annulation du contrat. Il peut également engager un recours de pleine juridiction distinct, tendant exclusivement à une indemnisation du préjudice subi à raison de l'illégalité de la conclusion du contrat dont il a été évincé.
4. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité. Dans le cas contraire, il a droit en principe au remboursement des frais qu'il a engagés pour présenter son offre. Il convient en outre de rechercher si le candidat irrégulièrement évincé avait des chances sérieuses d'emporter le contrat conclu avec un autre candidat. Si tel est le cas, il a droit à être indemnisé de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre, lesquels n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique.
En ce qui concerne la régularité du marché :
5. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
6. En l'espèce, il résulte de l'article 8-2 du règlement de consultation que les offres des candidats étaient notées sur un total de 100 points, 50 points étant attribués en fonction du coût des travaux, 35 points en fonction de la valeur technique de l'offre, et 15 points en fonction des délais d'exécution. Cet article précisait, s'agissant du coût des travaux, que le moins-disant obtiendrait 55 points, et que les notes des autres candidats seraient appréciées de la façon suivante : " 50 multiplié par le prix du moins disant / le prix du candidat ".
7. La société ERTCM Industries, qui était la moins-disante avec une offre à 69 247,73 euros, alors que la société attributaire proposait une offre à 77 278,00 euros, conteste la note de 10/10 qui lui a été attribuée, en faisant valoir d'une part que cette note ne respecte pas les modalités de notation prévues par le règlement de consultation et d'autre part, que la méthode de notation mise en œuvre est irrégulière en ce qu'elle a conduit à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie.
8. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, le critère du prix a bien été pris en compte à hauteur de 50% de la note finale, comme annoncé par les dispositions précitées du règlement de consultation, la circonstance que la note finale ait été présentée sur 20 points et non sur 100 points étant sans incidence sur l'appréciation de la valeur de chaque offre. La société requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le critère du coût des travaux a été sous-pondéré par rapport aux autres critères et que la méthode de notation mise en œuvre a eu pour effet de neutraliser le critère du prix. Le moyen tiré de ce que la méthode de notation mise en œuvre est irrégulière en ce qu'elle a conduit à ne pas retenir l'offre économiquement la plus avantageuse, en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement entre les candidats, manque en fait et doit, par suite, être écarté.
9. En second lieu, la société requérante se plaint de n'avoir obtenu que 50 points au titre de la valeur de l'offre, et non 55 points comme le prévoyait le règlement de consultation pour l'offre la moins-disante. La commune de Varennes-Vauzelles fait valoir que l'indication selon laquelle " 55 points seront attribués au moins disant " ne peut être regardée que comme procédant d'une erreur de plume, dès lors le critère du prix était noté sur 50 points, représentant la moitié de la note finale. Toutefois, il résulte des termes mêmes du règlement de consultation, lesquels ne sont démentis par aucune autre pièce contractuelle, que la commune de Varennes-Vauzelles a entendu accorder 55 points au candidat le moins-disant. Ainsi, l'erreur de plume alléguée par la collectivité, qui n'est corroborée par aucun élément du dossier, ne résulte pas de l'instruction, et la société requérante est fondée à soutenir que la note qui lui a été attribuée ne respecte pas les modalités prévues par le règlement de consultation du marché.
10. Toutefois, il résulte de l'instruction que si 55 points avaient été attribués à la société ERTCM Industries pour le critère du prix, elle aurait obtenu une note finale de 91/105, soit 86,66/100 ou 17,33/20, inférieure à la note de 17,56/20 obtenue par la société attributaire. Dans ces conditions, la société requérante, qui n'est pas fondée à soutenir que son offre aurait dû être classée en première position, ne disposait pas d'une chance sérieuse d'obtenir le marché en cause et n'a, par suite, subi aucun préjudice du fait de son éviction. Ainsi, nonobstant l'erreur dont est entachée la note attribuée à la société ERTCM Industries, cette dernière ne saurait se prévaloir d'un quelconque droit à indemnisation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société ERTCM Industries n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Varennes-Vauzelles à lui verser une somme de 13 849, 50 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Varennes-Vauzelles, qui n'a pas la qualité de partie perdante, au titre des frais exposés par la société ERTCM Industries et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge la société requérante la somme demandée au même titre par la commune de Varennes-Vauzelles.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société ERTCM Industries est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Varennes-Vauzelles au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société ERTCM Industries et à la commune de Varennes-Vauzelles.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Delespierre, président,
Mme Desseix, première conseillère,
Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
M. DESSEIX
Le président,
N. DELESPIERRELa greffière,
E. HERIQUE
La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026