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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2100730

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2100730

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2100730
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantNORMAND & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 16 mars 2021, 12 janvier et 16 mai 2022, Mme D A, représentée par Me Guitteaud, demande au tribunal :

1°) de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier à lui verser la somme totale de 21 375,60 euros en réparation, d'une part, des préjudices subis par sa défunte mère et, d'autre part, de son préjudice personnel ;

2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient dans le dernier état de ses écritures que :

- sa mère avait été victime de graves négligences en matière d'horaires de lever et de coucher, d'aide à la prise de repas, d'hygiène et de sécurité, ayant conduit à une dégradation de son état de santé lors de sa prise en charge par l'EHPAD des mois d'avril 2017 à 2019 ;

- sa mère a subi une perte de poids et une fracture du tibia ;

- elle est, par suite, fondée à demander la condamnation de l'EHPAD à lui verser les sommes de :

* 10 000 et 5 000 euros, en sa qualité d'ayant droit, au titre respectivement du préjudice moral et des souffrances endurées par sa mère ;

* 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

* 1 375,60 euros en remboursement des frais de séjours facturés.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 4 juin 2021 et 2 février 2022, l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier, représenté par Me Cariou, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- Mme A est irrecevable à contester le titre exécutoire émis à son encontre pour un montant de 1 375,60 euros dès lors que celui-ci n'a pas été contesté dans le délai de recours contentieux et que cette demande n'est pas reprise dans " le dispositif de la requête " ;

- en tout état de cause ce titre exécutoire a été émis à bon droit ;

- par ailleurs, aucun manquement ne lui est imputable, les préjudices allégués ne sont pas caractérisés et ne sont pas le signe d'une quelconque négligence.

Par courrier du 16 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

La clôture immédiate de l'instruction est intervenue le 1er juillet 2022 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hunault,

- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Comte des Floris, représentant l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B d'Angelo a été admise, à l'âge de 95 ans, dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier. Elle y a résidé du 5 avril 2017 au 12 avril 2019, date de son retour à domicile où elle décédera le 26 novembre 2020. Estimant sa prise en charge par l'EHPAD insatisfaisante, le conseil de Mme d'Angelo et de sa fille, Mme D A, a saisi l'établissement d'une demande indemnitaire, rejetée par lettre du 19 janvier 2021. Par la présente requête, Mme A, agissant en son nom et en sa qualité d'ayant droit de sa mère décédée, demande au tribunal de condamner l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier à lui verser la somme totale de 21 375,60 euros en réparation des préjudices qu'elle estime subis tant à titre personnel que par sa défunte mère.

Sur la responsabilité de l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier :

2. Aux termes de l'article L. 311-3 du code de l'action sociale et des familles dans sa version applicable : " L'exercice des droits et libertés individuels est garanti à toute personne prise en charge par des établissements et services sociaux et médico-sociaux. Dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, lui sont assurés : / 1° Le respect de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité, de sa sécurité et de son droit à aller et venir librement ; / () 3° Une prise en charge et un accompagnement individualisé de qualité favorisant son développement, son autonomie et son insertion, adaptés à son âge et à ses besoins () ". Aux termes de son article L. 311-4-1, la personne accueillie dans un EHPAD ou, le cas échéant, son représentant légal, " peut résilier le contrat de séjour par écrit à tout moment. A compter de la notification de sa décision de résiliation au gestionnaire de l'établissement, elle dispose d'un délai de réflexion de quarante-huit heures pendant lequel elle peut retirer cette décision sans avoir à justifier d'un motif. Ce délai de réflexion s'impute sur le délai de préavis qui peut lui être opposé. Le délai de préavis doit être prévu au contrat () ".

3. Mme A soutient que sa mère, " grabataire ", était levée tardivement mais couchée de bonne heure de sorte qu'elle était alitée dans sa chambre de " 17 h l'après-midi à 11 heures du matin ". En outre, il est soutenu que c'est la famille qui assurait notamment l'aide à la prise des repas et l'hygiène corporelle de Mme d'Angelo. Enfin, cette dernière, qui, aux dires de la requérante pesait " 52 kg à son arrivée " à l'EHPAD et " seulement 42 kg au moment de son départ ", a subi une fracture du tibia prise en charge seulement le lendemain. Pour établir ces faits, la requérante produit des attestations de proches, stéréotypées, insuffisamment circonstanciées et établies près d'un an après la fin de la prise en charge de l'EHPAD. Elle produit également deux certificats médicaux dont l'un fait notamment état, cinq jours après la sortie de l'EHPAD de Mme d'Angelo, d'escarres " talonins " et " fessier ", ainsi que " d'un amaigrissement " massif, sans plus de précisions, " avec perte musculaire majeure ".

4. Toutefois, il résulte des éléments de l'instruction et en particulier de l'historique des signatures du personnel soignant qu'en 2017, 2018 et début 2019, Mme B d'Angelo était couchée entre 19 heures et 21 heures et bénéficiait quotidiennement de soins, de la toilette et de multiples déplacements au fauteuil parfois dès 8 ou 9 heures du matin. Si à compter de fin février 2019, elle était effectivement couchée à compter de 17 heures ou 17h30, il résulte du relevé des transmissions médicales que c'est en raison d'un début d'escarres au niveau du " pied droit " et du " sacrum ", qui ont persisté jusqu'à sa sortie de l'EHPAD un mois et demi plus tard, ainsi qu'au demeurant en atteste le certificat médical du 16 avril 2019 produit par la requérante. Cette dernière, ne démontre d'ailleurs par aucune constatation médicale que l'état de santé de sa mère ne justifiait pas alors la décision du personnel soignant de l'EHPAD d'éviter à la patiente des manipulations excessives et de limiter autant que possible les appuis sur les zones cutanées atteintes.

5. Par ailleurs, la circonstance que des proches assuraient, de leur propre initiative, une aide à la prise de repas et certains soins d'hygiène, n'est pas, à elle seule, de nature à révéler des négligences du personnel de l'EHPAD, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, ces soins étaient, en tout état de cause, prodigués régulièrement par l'équipe soignante dont, en outre, aucun élément de l'instruction ne démontre un quelconque manquement dans l'alimentation de Mme d'Angelo. A cet égard et contrairement aux dires de la requérante, le dossier médical de la défunte fait apparaître un poids de " 45kg300 " à son admission à l'EHPAD, le 5 avril 2017, soit une perte de poids globale sur une période de prise en charge de plus de deux ans de 3 kg300. Mme A qui se borne à de simples dénégations, ne produit pas la moindre constatation médicale susceptible de mettre en doute l'exactitude du " poids à l'entrée " dans l'établissement figurant au dossier médical et, au surplus, corroboré par l'indication " perte poids importante " portée sur le formulaire d'entrée intitulé " projet de vie personnalisé ". La requérante n'établit pas davantage l'existence d'un lien de causalité directe et certain entre les négligences alléguées et les pertes de poids épisodiques subies par sa mère notamment entre mars et juillet 2018 jusqu'à atteindre 38,5 kg, alors qu'au cours de cette période Mme d'Angelo souffrait de toux, d'une perte d'appétit, de pathologies buccales et respiratoires, que rien ne permet d'imputer à un manquement de l'EHPAD. La circonstance que cette dernière se trouvait atteinte de " mycoses " ou " d'asthénie majeure " à son retour à domicile à l'âge de 97 ans ne permet pas davantage d'établir les négligences alléguées.

6. Enfin, s'il est constant que le 1er février 2019 au soir, Mme d'Angelo a été victime d'une fracture tibiale, celle-ci est survenue parce qu'elle avait posé un pied au sol alors qu'elle était conduite en fauteuil roulant par une aide-soignante à sa chambre après son diner. Or, la requérante n'apporte la preuve d'aucun manquement ou négligence susceptible d'être imputé à l'EHPAD dans la survenue de ce regrettable accident. En outre, il résulte des transmissions médicales que ce dernier a été signalé le soir même à l'infirmière de garde et que la patiente qui ne présentait pas alors de signe apparent de fracture a fait l'objet d'une surveillance nocturne, avant d'être adressée sans délai au service des urgences au matin du 2 février 2019, sa fille ayant été avisée dès 8h30. La requérante quant à elle n'apporte aucun élément médical susceptible de caractériser l'existence d'une prise en charge médicale tardive et par suite préjudiciable.

7. Il résulte de tout ce qui précède, qu'aucun élément de l'instruction ne permet d'établir que Mme d'Angelo aurait été victime de faits de maltraitance lors de son séjour à l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais liés au litige.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par l'EHPAD sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'EHPAD Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Lamy-Delettrez-Gallois-Lallier.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Nicolas Delespierre, président,

- M. Sébastien Blacher, premier conseiller,

- Mme Karima Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

La rapporteure,

K. Hunault

La greffière,

Le président,

N. Delespierre

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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