mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101046 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LEGI CONSEILS BOURGOGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) MCP Fermetures, représenté par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Legi Conseils Bourgogne, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, et des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2018, et des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 ou 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- eu égard à la brièveté des opérations de vérification, à l'absence de compte rendu écrit des interventions sur place du vérificateur, à la date de la première intervention sur place, antérieure à l'expiration du délai de la mise en demeure de déposer des déclarations de résultat, et à la partialité du vérificateur, qui n'a pas tenu compte, au titre des charges, des rémunérations des gérants, ce vérificateur a privé le contribuable d'un débat oral et contradictoire ;
- la reconstitution de ses bénéfices est viciée dans son principe ou est, à tout le moins, excessivement sommaire, dès lors que le vérificateur n'a pris en compte, au titre des charges, aucune somme au titre de la rémunération des gérants ou de leurs frais de déplacement, ni aucun des débits constatés sur le compte bancaire ne correspondant pas aux factures présentées ;
- certaines des charges considérées comme personnelles par le vérificateur, et dont il a refusé la déduction du bénéfice taxable, en l'espèce des honoraires d'huissiers, constituent des charges professionnelles déductibles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2021, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- il a prononcé le 10 juin 2021 un dégrèvement d'impôt sur les sociétés d'un montant total de 2 809 euros en droits et pénalités ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 30 août 2021 que cette affaire était susceptible, à compter du 11 octobre 2021, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 26 octobre 2021 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B A,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) MCP Fermetures, qui exerce une activité de vente et de pose d'huisseries, n'a déposé aucune de ses déclarations de résultat au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, ni aucune de ses déclarations de chiffre d'affaires au titre de la période correspondante allant du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2018. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale, en l'absence de toute comptabilité, a procédé à la reconstitution de son bénéfice et lui a notifié, par une proposition de rectification en date du 19 avril 2019, selon une procédure de taxation d'office, des cotisations d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 28 juin 2019. Par une décision explicite du 11 février 2021, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement partiel en matière de taxe sur la valeur ajoutée, correspondant à une taxation d'office antérieure au titre des mêmes années, et a rejeté le surplus de la réclamation contentieuse du 21 septembre 2020 de la société. La SARL MCP Fermetures demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2018.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Par une décision du 10 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a prononcé un dégrèvement en matière d'impôt sur les sociétés d'un montant de 864 euros en droits et pénalités au titre de l'exercice clos en 2016, de 686 euros en droits et pénalités au titre de l'exercice clos en 2017, et de 1 259 euros en droits et pénalités au titre de l'exercice clos en 2018. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de la SARL MCP Fermetures dans cette mesure.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
3. Dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une société commerciale a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat, soit avec les mandataires sociaux, soit avec leurs conseils, préposés ou mandataires de droit ou de fait.
4. Il est constant que, faute pour la société requérante d'avoir souscrit dans le délai légal ses déclarations de chiffres d'affaires et ses déclarations de résultat, malgré l'envoi de mises en demeure, demeurées sans réponse, l'administration était en droit de recourir à une procédure de taxation d'office, tant en matière d'impôt sur les sociétés que de taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, les irrégularités qui entacheraient, selon la société requérante, la vérification de comptabilité à laquelle l'administration s'est livrée sont sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition.
5. En tout état de cause, alors qu'il résulte de l'instruction que le vérificateur est intervenu au moins trois fois au cours de la vérification de comptabilité qui s'est déroulée du 14 au 29 mars 2019, la société requérante ne conteste ni que cette procédure de contrôle s'est déroulée dans ses propres locaux, ni qu'elle a donné lieu, comme le soutient l'administration fiscale en défense, à six interventions du vérificateur, les 14, 15, 19, 21, 28 et 29 mars 2019. La SARL MCP Fermetures n'établit pas, par ses seules allégations, que le vérificateur se serait refusé à tout échange avec les représentants de la société, alors que le service produit des échanges de courriels entre le vérificateur et la gérante de nature à établir le contraire. Ni la concentration dans le temps des interventions du vérificateur, ni l'échéance en cours de vérification des mises en demeure de déposer des déclarations, adressées à la société, ni l'absence de comptes rendus écrits de ces interventions, qui ne sont, au demeurant, prescrits par aucune disposition législative ou réglementaire, ne sont de nature à établir que la vérification aurait été conduite dans des conditions qui n'offraient pas à la SARL la possibilité d'un débat oral et contradictoire. Enfin, la société requérante n'établit pas davantage que le vérificateur se serait refusé à débattre avec le contribuable de la prise en compte, dans la reconstitution du bénéfice taxable, de certaines catégories de charges, ni qu'il se serait, ce faisant, montré partial. Par suite, le moyen tiré de l'absence de débat oral et contradictoire doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ", et aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".
7. Il appartient à la SARL MCP Fermetures, qui a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office, dont elle ne conteste pas la régularité, en matière d'impôt sur les sociétés, sur le fondement des articles L. 66 et L. 68 du livre des procédures fiscales, et en matière de taxe sur la valeur ajoutée, sur le fondement du 3° de l'article L. 66 du même livre, d'apporter la preuve de l'exagération de ses bases d'imposition.
8. Après avoir constaté l'absence de toute comptabilité, et pour reconstituer le chiffre d'affaires et le bénéfice taxable de la SARL MCP Fermetures, le vérificateur a procédé, pour chacun des exercices en litige, au dépouillement intégral des factures de ventes et des factures d'achat produites par la société. La ventilation du chiffre d'affaires taxable par taux de taxe sur la valeur ajoutée a été réalisée à l'aide des taux mentionnés sur les factures de ventes. Enfin, les encaissements ont été reconstitués par dépouillement des relevés de compte bancaire de la société et ont également permis de corroborer le chiffre d'affaires réalisé.
9. Pour contester cette reconstitution de chiffre d'affaires et de bénéfices, la société soutient, d'une part, que cette reconstitution est radicalement viciée, à tout le moins, excessivement sommaire, dès lors que le vérificateur aurait refusé de prendre en considération les rémunérations des gérants et leurs frais, notamment de déplacement, et d'autre part, que certaines charges auraient été exclues par le vérificateur, au motif erroné du caractère non professionnel de ces charges.
10. En premier lieu, le moyen tiré de la déductibilité des sommes payées à des études d'huissiers est devenu sans objet en tant qu'il concerne la société civile professionnelle Thouard, dès lors que l'administration y a fait droit à l'occasion du dégrèvement mentionné au point 2 du présent jugement. Pour le surplus, la société requérante ne produit à l'instance aucun justificatif des versements allégués à l'étude d'huissiers Altaneo, dont elle ne mentionne pas même le montant. Elle n'établit dès lors pas le caractère déductible de ces charges.
11. En second lieu, si la société requérante revendique la prise en compte au titre des charges déductibles, d'un montant de 30 000 euros par an correspondant à la rémunération des deux gérants, elle n'établit ni l'existence ni le montant de ces prélèvements, alors que la charge de la preuve lui incombe et que l'administration fiscale fait valoir en défense, sans être contredite, qu'aucun débit de cette nature n'apparaît sur les relevés bancaires de la société et qu'aucun des deux gérants n'a déclaré une quelconque rémunération provenant de la SARL MCP Fermetures sur sa déclaration de revenus. La société n'est pas davantage fondée à soutenir que le vérificateur ne pouvait ignorer l'existence de déplacements pour l'exercice de l'activité, alors que la société ne mentionne pas même le montant ni le mode de calcul des frais de déplacement des gérants qu'il conviendrait de retenir, et qu'il résulte au contraire de l'instruction que le vérificateur a déjà admis la déduction des factures de carburant présentées par la société. S'agissant enfin des sommes portées au débit des comptes bancaires de la société, si cette dernière reproche au vérificateur de ne pas avoir admis en déduction du bénéfice taxable, celles pour lesquelles elle n'a pu présenter de facture, elle n'en mentionne aucune et ne soutient ni n'allègue leur caractère professionnel. Dès lors, en l'absence de tout commencement de justification des charges alléguées, et alors que la charge de la preuve lui incombe, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la reconstitution opérée par l'administration fiscale serait radicalement viciée ou excessivement sommaire au motif de l'absence de prise en compte, même forfaitaire, desdites charges.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL MCP Fermetures n'est fondée à demander la décharge ni des cotisations d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 et restant en litige, ni des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2018, ni des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL MCP Fermetures demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la SARL MCP Fermetures à fin de décharge, à concurrence des dégrèvements prononcés en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL MCP Fermetures est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée MCP Fermetures et au directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
Le rapporteur,
I. A
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026