mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101200 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, M. C D, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a rejeté son recours dirigé contre la décision du 28 octobre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 7 833,37 euros ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 7 833,37 euros ;
3°) d'ordonner au département de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département de Saône-et-Loire une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;
- en s'abstenant de saisir la commission de recours amiable de la CAF, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a entaché la décision attaquée d'un vice de procédure ;
- la CAF de Saône-et-Loire a méconnu les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- en estimant qu'il avait commis une fraude ou, à tout le moins, qu'il n'était pas de bonne foi, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation ;
- en refusant de lui accorder le bénéfice d'une remise totale de sa dette de RSA, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le département de
Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le département soutient :
- à titre principal, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 23 février 2021 ont été tardivement présentées et ne sont dès lors pas recevables ;
- à titre subsidiaire, que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. B a été entendu.
Considérant ce qui suit :
Sur le cadre juridique :
1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil départemental peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
4. A l'occasion d'un contrôle effectué en 2020, les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) de Saône-et-Loire ont estimé que la situation de M. D, allocataire du RSA depuis mai 2019, présentait des irrégularités au regard de ses droits à ce revenu. Le 28 octobre 2020, la CAF de Saône-et-Loire a notifié à l'intéressé un paiement indu de RSA de 7 833,37 euros pour la période allant du 1er juin 2019 au 31 octobre 2020. Le 13 novembre 2020, M. D a formé un recours contre cette décision prise le 28 octobre 2020 et a présenté une demande de remise gracieuse de cette dette. Par une décision du 23 février 2021, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a rejeté ce recours et cette demande de remise gracieuse. M. D doit être regardé comme demandant au juge, d'une part, d'annuler la décision du 23 février 2021 rejetant son recours exercé contre la décision de répétition de l'indu de RSA au regard de son office rappelé au point 2 et, d'autre part, d'annuler la décision du 23 février 2021 rejetant sa demande de remise de dette et de lui accorder le bénéfice d'une remise totale de sa dette de RSA au regard de son office défini au point 3.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le département de
Saône-et-Loire :
5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
6. Il résulte de l'instruction que la décision du 23 février 2021 comportait la mention des voies et délais de recours et a été notifiée à M. D le 26 février 2021. Le délai de recours contentieux, déclenché par cette notification, dont le requérant disposait pour contester cette décision a dès lors expiré le mercredi 27 avril 2021 à minuit. Les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 23 février 2021 analysées au point 4, qui n'ont été enregistrées au greffe du tribunal administratif que le 28 avril 2021 à 16h48, au moyen de l'application " télérecours ", sont donc tardives et ne sont par conséquent pas recevables.
En ce qui concerne le litige relatif au bien-fondé du paiement indu de RSA :
7. En premier lieu, par un arrêté n° 2017-DRHRS-3842 du 21 septembre 2017, publié le 10 octobre 2017 au recueil des actes administratifs du département, le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a délégué sa signature à Mme A, cheffe du service intégration sociale et professionnelle à la direction de l'insertion et du logement social, notamment pour signer les décisions relatives aux recours administratifs et aux remises de dettes en matière de RSA. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme A n'était pas compétente pour signer la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
8. En deuxième lieu, en application de l'article L. 262-25 et du 4° de l'article
R. 262-60 du code de l'action sociale et des familles, la convention conclue, en matière de RSA, entre un département et une CAF comporte notamment des stipulations fixant les conditions et les limites dans lesquelles la commission de recours amiable de la CAF rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental. L'article R. 262-89 du même code dispose : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
9. D'une part, l'article 5 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département de Saône-et-Loire et la CAF de Saône-et-Loire pour la période 2018-2022 prévoit que le " recours administratif préalable obligatoire ", en matière de RSA, " n'est pas adressé pour avis à la commission de recours amiable de la CAF ". D'autre part, et surtout, il résulte de l'instruction que la commission a bien été saisie le 10 décembre 2020 et est réputée avoir rendu un avis le 11 janvier 2021 en application du second alinéa de l'article R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles. Le président du conseil départemental de Saône-et-Loire n'a dès lors, en tout état de cause, entaché la décision attaquée d'aucun vice de procédure à ce titre.
10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des mentions figurant dans le rapport d'enquête établi le 21 octobre 2020 et dans le courrier du 7 janvier 2021, que M. D a été mis à même de présenter ses observations avant la décision du 23 février 2021. Le moyen tiré de la violation " des droits de la défense " doit ainsi, en tout état de cause, être écarté.
11. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la décision attaquée aurait été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de la violation des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
13. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête établi le 21 octobre 2020 et de l'analyse des relevés bancaires de l'intéressé sur la période en litige, que M. D a notamment omis de déclarer des ressources d'un montant de 3 550 euros en février 2019, de 2 650 euros en mai 2019, de 990 euros en juillet 2019, de 300 euros en octobre 2019, de 1 050 euros en novembre 2019, de 2 200 euros en janvier 2020, de 1 400 euros en avril 2020 et de 402 euros en juillet 2020. Ensuite, si le requérant soutient que certaines sommes importantes qu'il a perçues correspondent à la cession de trois véhicules, les 30 août 2019, 15 janvier 2020 et 1er avril 2020, il n'en a pas apporté la preuve en se bornant à produire les formulaires Cerfa de cession d'un véhicule d'occasion -lesquels ne comportent aucune mention du prix de vente- et, en tout état de cause, les produits générés par les ventes de véhicules correspondent bien aux ressources mentionnées à l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'une partie des ressources décelées à l'occasion du contrôle, à hauteur de 800 euros, correspond en réalité à une dette, d'un montant de 800 euros, il n'a produit aucun élément probant pour établir la réalité d'une telle dette dès lors que le document " reconnaissance de dette ", rédigé de manière manuscrite, n'a pas de date certaine. Enfin, le requérant n'a produit aucun élément de nature à établir que certaines des sommes que l'administration a considéré comme des ressources, au sens de l'article R. 262-6, n'auraient en réalité pas un tel caractère. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le président du conseil départemental de Saône-et-Loire a commis une erreur d'appréciation en lui réclamant l'indu de RSA en litige.
En ce qui concerne le litige relatif à la remise gracieuse de l'indu de RSA :
14. D'une part, il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 13 que le requérant, de manière répétée et sur une longue période, a omis de déclarer des ressources, représentant souvent plusieurs centaines d'euros -voire plusieurs milliers d'euros certains mois- et, le 2 mars 2020, a répondu au questionnaire que lui avait transmis la CAF le 24 février précédent en indiquant, de manière délibérément erronée, n'avoir perçu aucune ressource au titre des douze mois précédents. Il ne peut dès lors pas être regardé de bonne foi au titre de l'indu de RSA qui lui est réclamé. D'autre part, M. D n'a produit aucun élément de nature à établir qu'il se trouverait actuellement dans un état de précarité tel qu'il justifierait que lui soit accordée une remise de sa dette. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'accorder à l'intéressé la remise de dette qu'il sollicite.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 5 à 14 que M. D n'est ni recevable ni fondé à demander l'annulation de la décision du 23 février 2021. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de décharge et d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, et en tout état de cause, les conclusions aux fins d'injonction et de décharge présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Saône-et-Loire, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande M. D au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au département de Saône-et-Loire.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de Saône-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
L. BLa greffière,
A.Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 21012000
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
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01/06/2026
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01/06/2026