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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101264

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101264

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101264
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMANHOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2021, M. B A, représenté par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 29 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande indemnitaire préalable ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant total de 15 000 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu'il estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'Etat a commis une faute en lui refusant le bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté et, par voie de conséquence, en le privant d'un avancement au 4e échelon du grade de major à compter du 1er mars 2012 ;

- il a également commis une faute en refusant, par principe, l'avantage spécifique d'ancienneté aux agents affectés à la circonscription de sécurité publique de Lyon ;

- ce manquement l'a privé d'une chance de pouvoir différer son départ à la retraite afin d'obtenir une meilleure pension ;

- il subit un préjudice financier au titre de la perte de chance de percevoir une meilleure pension de retraite qu'il évalue à 13 000 euros ;

- il subit un préjudice moral évalué à 2 000 euros.

La procédure a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit d'observations en défense malgré un courrier du 4 février 2022 le mettant en demeure sur le fondement de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-715 du 26 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 95-313 du 21 mars 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de Me Manhouli, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, alors major de police, a été admis à faire valoir ses droits à la retraite de manière anticipée le 1er avril 2012 avec une pension liquidée sur la base du troisième échelon de son grade, après avoir été affecté à la circonscription de sécurité publique de Lyon du 1er septembre 1996 au 31 août 2007 puis à la circonscription de sécurité publique de Mâcon du 1er septembre 2007 au 31 mars 2012. Par courrier du 27 octobre 2015, l'intéressé a sollicité le bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté prévu par l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991 susvisée au titre de ces deux affectations, demande que le ministre de l'intérieur a implicitement rejetée. Par un jugement n° 1503572 du 3 mai 2018, le tribunal a annulé cette décision en tant qu'elle porte sur la période du 1er septembre 1996 au 31 août 2007. En exécution de ce jugement, le préfet de la zone de défense et de sécurité Est a procédé, par arrêté du 24 avril 2019, à la reconstitution de la carrière de M. A, qui a été reclassé au quatrième échelon de son grade avec date d'effet au 1er mars 2012. Par une décision du même jour, le ministre de l'intérieur a refusé de procéder à la révision de sa pension de retraite afin que ses droits soient recalculés sur la base du quatrième échelon du grade de major. Le recours contentieux formé par M. A à l'encontre de cette décision ayant été rejeté par un jugement du tribunal n° 1901518 du 12 novembre 2019, l'intéressé a alors demandé à l'Etat, par courrier du 30 décembre 2020, reçu le 31 décembre suivant, l'indemnisation des préjudices qu'il impute aux fautes commises selon lui par le ministre de l'intérieur et qui ont conduit à l'absence de prise en compte de ce reclassement rétroactif au quatrième échelon de son grade pour le calcul de sa pension de retraite. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité totale de 15 000 euros en réparation des préjudices financiers et moraux qu'il estime avoir subis.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 612-3 du code de justice administrative : " Sans préjudice des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 611-8-1, lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti en exécution des articles R. 611-10, R. 611-17 et R. 611-26, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut lui adresser une mise en demeure ". Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'ayant pas répondu à la mise en demeure de produire dont il a accusé réception le 4 février 2022 sur l'application Telerecours, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par M. A. Toutefois, il appartient au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

Sur le principe de la responsabilité de l'Etat :

4. Aux termes de l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991 susvisée, portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " Les fonctionnaires de l'Etat et les militaires de la gendarmerie affectés pendant une durée fixée par décret en Conseil d'Etat dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, ont droit, pour le calcul de l'ancienneté requise au titre de l'avancement d'échelon, à un avantage spécifique d'ancienneté dans des conditions fixées par ce même décret ". Aux termes de l'article 2 du décret du 21 mars 1995 relatif au droit de mutation prioritaire et au droit à l'avantage spécifique d'ancienneté accordés à certains agents de l'Etat affectés dans les quartiers urbains particulièrement difficiles : " Lorsqu'ils justifient de trois ans au moins de services continus accomplis dans un quartier urbain désigné en application de l'article 1er ci-dessus, les fonctionnaires de l'Etat ont droit, pour l'avancement, à une bonification d'ancienneté d'un mois pour chacune de ces trois années et à une bonification d'ancienneté de deux mois par année de service continu accomplie au-delà de la troisième année. / Les années de services ouvrant droit à l'avantage mentionné à l'alinéa précédent sont prises en compte à partir du 1er janvier 1995 pour les fonctionnaires mentionnés au 3° de l'article 1er et, pour les fonctionnaires mentionnés aux 1° et 2° du même article, à partir du 1er janvier 2000. / Les agents civils non titulaires de l'Etat auxquels s'applique un système d'avancement d'échelon sont admis au bénéfice des dispositions du présent article ".

5. Il résulte de l'instruction qu'en application de ces dispositions, M. A a bénéficié, par arrêté du 24 avril 2019, d'un reclassement au 4e échelon du grade de major à compter du 1er mars 2012. En attribuant le bénéfice de l'avantage d'ancienneté à M. A tardivement par l'arrêté du 24 avril 2019, alors que l'intéressé était affecté dans une circonscription de sécurité publique ouvrant droit à ce bénéfice dès le 1er septembre 1996, le ministre de l'intérieur a commis une faute qui engage la responsabilité de l'Etat.

Sur les préjudices :

6. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 15 du code des pensions civiles et militaires de l'Etat : " Aux fins de liquidation de la pension, le montant de celle-ci est calculé en multipliant le pourcentage de liquidation tel qu'il résulte de l'application de l'article L. 13 par le traitement ou la solde soumis à retenue afférents à l'indice correspondant à l'emploi, grade, classe et échelon effectivement détenus depuis six mois au moins par le fonctionnaire ou militaire au moment de la cessation des services valables pour la retraite ou, à défaut, par le traitement ou la solde soumis à retenue afférents à l'emploi, grade, classe et échelon antérieurement occupés d'une manière effective, sauf s'il y a eu rétrogradation par mesure disciplinaire ".

7. M. A soutient que s'il avait été régulièrement reclassé au 4e échelon du grade de major de police dès le 1er mars 2012, il aurait pu prolonger son activité de quatre mois afin de bénéficier de la prise en compte du quatrième échelon de son grade pour la liquidation de sa pension civile de retraite et qu'il n'aurait fait valoir ses droits à la retraite que le 1er septembre 2012 au plus tôt, et non le 1er avril 2012. Il indique, sans être contesté en défense, qu'il aurait atteint l'âge légal de départ à la retraite au 7 octobre 2012. Il ne résulte pas de l'instruction qu'il existait un obstacle à ce qu'il poursuive ses fonctions jusqu'au 1er septembre 2012. Ainsi, la faute commise par l'Etat a privé M. A d'une chance sérieuse de pouvoir bénéficier d'une pension de retraite calculée sur la base du quatrième échelon du grade de major de police en application de l'article L. 15 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant, pour le requérant, de la perte de chance de percevoir une pension de retraite plus élevée, en l'évaluant à la somme de 8 000 euros.

8. Enfin, il résulte de l'instruction que M. A, qui a dû engager des démarches administratives et plusieurs procédures judiciaires afin de faire reconnaître son droit au bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté, a subi un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. A une indemnité de 9 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement, à M. A, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 9 000 (neuf mille) euros en réparation des préjudices dont il a été victime.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 (mille cinq-cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2101264

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