jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101366 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL RUELLE-WEBER-GAMBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai et 30 novembre 2021, M. J B, Mme E G, M. I B, et Mme H D épouse B, représentés par la SELARL RGW, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon à verser la somme de 229 046,80 euros à M. B, la somme de 8 227,35 euros à Mme G, la somme de 5 783,79 euros à M. I B et la somme de 3 000 euros à Mme H B, en réparation des préjudices qu'ils ont chacun subis et d'assortir ces différentes sommes des intérêts au taux légal à compter du 2 février 2021 ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Dijon le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- M. J B a été victime d'un défaut de diagnostic fautif, à l'origine d'une perte de chance, évaluée par l'expert à 100%, d'éviter les dommages qu'il a subis ;
- M. J B a subi différents préjudices dont il demande la réparation à hauteur de 1 313,80 euros au titre des " frais divers ", de 1 920 euros pour l'assistance par une tierce personne, de 13 855 euros au titre de la perte de gains professionnels actuelle, de 100 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, de 13 598 euros pour la rénovation de son domicile, de 7 711 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 10 000 euros au titre des souffrances endurées, de 50 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 10 649 euros pour l'aménagement de son véhicule et de 20 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;
- sa compagne, Mme E G, a engagé des frais kilométriques liés à son hospitalisation, pour un montant de 3 227,35 euros, et a subi un préjudice d'affection et des troubles dans les conditions d'existence évalués à 5 000 euros ;
- son père, M. I B, a engagé des frais kilométriques liés à son hospitalisation, d'un montant de 2 783,79 euros, et a subi un préjudice d'affection évalué à 3 000 euros ;
- sa mère, Mme H B, a subi un préjudice d'affection évalué à 3 000 euros.
Par des mémoires, enregistrés les 11 octobre 2021 et 27 septembre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or demande la condamnation du CHU de Dijon à lui rembourser la somme de 119 217, 07 euros au titre des prestations versées et la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021, le CHU de Dijon, représenté par Me Lambert, conclut au rejet de la requête et au rejet des conclusions présentées par la CPAM de la Côte-d'Or.
Le CHU soutient qu'il n'a commis aucune faute dans la prise en charge du patient.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- et les conclusions de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 février 2017, M. J B, alors âgé de 41 ans, a été victime d'un accident ischémique transitoire (AIT) sans séquelle puis, les 26 et 31 août 2017, d'accidents vasculaires cérébraux (AVC) constitués dans le territoire de l'artère cérébelleuse supérieure droite et postéro-inférieure droite et, enfin, le 20 octobre 2017, d'un AVC dans le territoire de l'artère cérébelleuse supérieure gauche, pour lesquels il a été pris en charge au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon. Le 29 mai 2018, lors d'une consultation de suivi au CHU, le neurologue a décelé une anomalie de type " excroissance osseuse " semblant entrer en conflit avec l'artère au niveau de la charnière cranio-rachidienne et a demandé des investigations complémentaires. Finalement, le 3 décembre 2018, la mise en évidence d'une excroissance osseuse au niveau de la charnière cranio-rachidienne a été confirmée et un traitement chirurgical, à visée préventive, a été proposé au patient et réalisé le 13 février 2019. Le 16 mai 2019, M. B a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Dijon afin de solliciter l'organisation d'une expertise médicale. Par une ordonnance n° 1901384 du 3 juillet 2019, le juge des référés a désigné le docteur A, neurologue, qui a rendu son rapport le 22 janvier 2020. M. J B, Mme G, sa compagne, et M. et Mme B, ses parents, demandent au tribunal de condamner le CHU de Dijon à leur verser respectivement les sommes de 229'046,80 euros, 8 227,35 euros, 5 783,79 euros et 3 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert, que l'excroissance osseuse au niveau de la charnière cranio-rachidienne, qui est à l'origine des dissections répétées de l'artère vertébrale droite subies par M. B, était visible sur les images du scanner réalisé dès le 4 février 2017 au CHU de Dijon. Cette anomalie n'a toutefois pas été détectée immédiatement par les équipes médicales et n'a été évoquée pour la première fois qu'à la suite d'une consultation en neurologie, le 29 mai 2018, avec la préconisation de réaliser des investigations radiologiques. M. B a été informé le 4 août 2018 de l'existence de cette excroissance et de son lien avec les accidents vasculaires qu'il a subis. Une intervention chirurgicale pour l'ablation de cette excroissance osseuse lui a été proposée le 3 décembre 2018 et l'intéressé a été opéré de cette malformation le 13 février 2019. M. B estime que ce retard de diagnostic est à l'origine d'une perte de chance d'éviter les trois AVC dont il a été victime à compter du 26 août 2017 et dont il conserve d'importantes séquelles.
4. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise établi par le docteur A et du commentaire de ce rapport -produit en défense- rédigé par le docteur C, neurochirurgien, que M. B était atteint d'une malformation appelée " processus paracondylaire " extrêmement rare, dont la fréquence est évaluée dans différentes études entre 0,1%, et 0,3%, et qui est considérée par les auteurs des études comme asymptomatique, les cas de conflits entre ce processus paracondylaire et l'artère vertébrale étant qualifiés de " rarissimes ". Le docteur A estime que les radiologues qui ont pratiqué les examens dès le 4 février 2017 auraient dû porter leur attention sur l'environnement osseux de l'artère vertébrale dès lors qu'aucune autre cause ne venait expliquer l'accident vasculaire et que si cet examen avait été réalisé, M. B aurait pu bénéficier plus rapidement de l'intervention chirurgicale de résection de l'excroissance osseuse et ainsi éviter la survenue, les 26 aout, 31 août et 20 octobre 2017, de trois nouveaux accidents vasculaires dont il a conservé des séquelles. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport critique du docteur C, que les dissections de l'artère vertébrale par compression extrinsèque sont exceptionnelles et font l'objet de cas cliniques isolés, et que les recommandations de l'ANAES, devenue la HAS, établies en 2004 et complétées en 2018, concernant la prise en charge des AIT et des AVC n'évoquent pas ces cas, qui ne font l'objet d'aucune recommandation particulière. Par ailleurs, la seule indication chirurgicale, selon ces recommandations, concerne des cas spécifiques de sténose athéromateuse de l'artère vertébrale extra-crânienne, exclusivement en cas de récidive d'infarctus cérébral ou d'AIT, ce qui plaide pour une absence d'indication chirurgicale après un premier accident vasculaire. Surtout, il résulte du rapport du docteur A que, parmi les éléments pouvant faire penser à une malformation crânienne et conduire les médecins du CHU à rechercher des anomalies osseuses, l'expert tient compte de la répétition de " plusieurs atteintes de l'artère vertébrale au même endroit " et la circonstance qu'" aucune autre cause ne venait expliquer l'accident vasculaire ". Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la pathologie présentée par M. B constituait un événement extrêmement rare et difficile à diagnostiquer, notamment avant la récidive des accidents vasculaires dont il a été victime, et que la prise en charge dont il a fait l'objet a été consciencieuse et conforme aux données acquises de la science. Dans ces conditions, le délai pris pour établir le diagnostic du lien entre l'anomalie osseuse dont était porteur M. B et les accidents cérébraux dont il a été victime ne saurait être regardé comme fautif alors même que cette anomalie aurait pu être détectée par les équipes médicales dès le 4 février 2017. En outre, compte tenu du fait que ce diagnostic a été rendu possible grâce à la récidive des accidents vasculaires et aux investigations médicales ayant permis d'écarter d'autres causes, il n'est pas possible de considérer qu'une détection précoce de l'anomalie aurait nécessairement conduit à pratiquer plus tôt l'intervention chirurgicale d'ablation de l'excroissance osseuse, de sorte que l'erreur initiale dans la lecture du scanner du 4 février 2017, à supposer même qu'elle puisse être regardée comme fautive, ne présente pas de lien de causalité direct et certain avec les accidents vasculaires dont a été victime M. B les 26 août, 31 août et 20 octobre 2017.
5. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité du CHU de Dijon sur le fondement des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Leurs conclusions à fin de condamnation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions présentées par la CPAM de la Côte d'Or :
6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'en l'absence de tiers responsable, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de la Côte-d'Or.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens de l'instance :
7. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise médicale, taxés et liquidés à la somme de 4 200 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif de Dijon du 23 janvier 2020, pour moitié à la charge définitive du CHU de Dijon et pour moitié à la charge définitive des requérants.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Dijon la somme que demandent les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la CPAM de la Côte-d'Or sont rejetées.
Article 3 : Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 4 200 euros, sont mis à la charge définitive pour moitié du centre hospitalier universitaire de Dijon et pour moitié à la charge des requérants.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. J B, Mme E G, M. I B et Mme H D épouse B, au centre hospitalier universitaire de Dijon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte d'Or.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026