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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101368

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101368

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101368
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET CLAPOT - LETTAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai 2021 et 2 novembre 2022, Mme D E et M. H C, agissant tant en leur nom propre qu'en leur qualité d'ayants droit de leur fille mineure, G C, représentés par Me Lettat-Ouatah, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal :

a) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon à leur verser une somme de 22 635 euros en leur qualité d'ayants droit au titre des préjudices subis par leur fille, G C, et 108 167,68 euros au titre de leurs préjudices en qualité de victimes indirectes ;

b) d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale psychiatrique pour évaluer leurs propres préjudices ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le CHU de Dijon à leur verser une somme de 147 144,97 euros au titre de leurs propres préjudices ;

3°) de mettre à la charge du CHU de Dijon le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- le CHU de Dijon a commis une faute lors de l'accouchement de Mme E qui a été à l'origine directe du décès de G C ;

- les souffrances et le déficit fonctionnel temporaire de G C dont le CHU de Dijon doit assurer la réparation s'élèvent à un montant global 22 635 euros ;

- Mme E et M. C ont subi, en leur qualité de victimes indirectes, un préjudice d'affection, un préjudice d'accompagnement et ont engagé des frais de déplacement qui doivent être globalement réparés par le CHU de Dijon à hauteur de 108 167,68 euros ;

- au titre de ses préjudices propres, Mme E a subi, d'une part, un " syndrome anxio-dépressif " que le CHU doit réparer après évaluation par une expertise judiciaire et, d'autre part, des préjudices directs au titre de l'incidence professionnelle, des dépenses de santé et des frais de déplacement qui devront être réparés par le CHU de Dijon à hauteur de 66 050,15 euros ;

- au titre de ses préjudices propres, M. C a subi, d'une part, un " syndrome anxio-dépressif " que le CHU doit réparer après évaluation par une expertise judiciaire et, d'autre part, des préjudices directs au titre de l'incidence professionnelle, des dépenses de santé et des frais de déplacement qui devront être réparés par le CHU de Dijon à hauteur de 81 094,82 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2021, 4 août 2022, 25 novembre 2022, 2 décembre 2022, 21 décembre 2022 et 13 janvier 2023, le CHU de Dijon, représenté par Me Lambert, demande au tribunal :

1°) à titre principal :

a) de rejeter la demande d'expertise présentée par Mme E et M. C ;

b) de minorer les prétentions indemnitaires des requérants ;

c) de rejeter les demandes présentées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or ;

2°) à titre subsidiaire, de minorer la demande de la CPAM de la Côte-d'Or à hauteur de 16 642,80 euros.

Le CHU de Dijon soutient que :

- si sa responsabilité est engagée, la réparation qui lui incombe, compte tenu du taux de perte de chance retenu par l'expert, doit être limitée à 90 % ;

- les préjudices réclamés par les requérants sont surévalués ;

- les débours exposés par la CPAM de la Côte-d'Or doivent être écartés dès lors qu'il n'existe pas de lien de causalité entre les frais engagés pour G C et Mme E et la faute commise et, à défaut, ces débours sont surévalués.

Par des mémoires, enregistrés les 22 juin 2021, 5 mai 2022, 22 septembre 2022, 5 décembre 2022, 6 décembre 2022 et 11 janvier 2023, la CPAM de la Côte-d'Or, conclut dans le dernier état de ses écritures :

1°) à la condamnation du CHU de Dijon à lui verser une somme de 18 492,00 euros, au titre de la prise en charge hospitalière de son assurée G C, outre la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

2°) à la condamnation du CHU de Dijon à lui verser une somme de 7,72 euros, au titre de la prise en charge des frais pharmaceutiques de son assurée Mme E, outre la somme de 110 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

La CPAM soutient que :

- en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle a droit au remboursement des prestations qu'elle a servies à ses assurées sociales dès lors que celles-ci ont été victimes d'une faute médicale qui engage la responsabilité du CHU de Dijon ;

- les débours qu'elle a exposés et qui sont en lien direct avec la faute commise par le CHU de Dijon s'élèvent à 18 492 euros pour G C et à 7,72 euros pour Mme E.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. F,

- et les observations de Me Horseau, représentant Mme E et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 juin 2018, Mme E, alors assistante spécialisée au service gynécologie-obstétrique au CHU de Dijon, a accouché, au sein de cet établissement, de son premier enfant, G, issu de son union avec M. C, alors médecin généraliste. A la suite de complications survenues lors de l'accouchement, G a été transférée en unité de réanimation néonatale où une encéphalopathie anoxo-ischémique de grade III de Sarnat a été diagnostiquée. G est décédée le 12 juin suivant. Estimant avoir été victimes d'une faute médicale, Mme E et M. C ont alors demandé l'organisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance n° 1802345 du 9 octobre 2018, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon a diligenté l'expertise sollicitée et a désigné un expert qui a remis son rapport le 10 septembre 2019. La demande indemnitaire présentée par Mme E et M. C, le 24 février 2021, a été implicitement rejetée par le CHU de Dijon. Les requérants demandent la condamnation du CHU de Dijon à réparer les différents préjudices subis par eux-mêmes et leur fille G.

Sur les conclusions à fin de condamnation présentées par les requérants :

En ce qui concerne la responsabilité du CHU de Dijon :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Aux termes de l'article R. 4127-8 du même code : " Dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science, le médecin est libre de ses prescriptions qui seront celles qu'il estime les plus appropriées en la circonstance. / Il doit, sans négliger son devoir d'assistance morale, limiter ses prescriptions et ses actes à ce qui est nécessaire à la qualité, à la sécurité et à l'efficacité des soins. / Il doit tenir compte des avantages, des inconvénients et des conséquences des différentes investigations et thérapeutiques possibles ". Enfin, l'article R. 4127-32 de ce code dispose que : " Dès lors qu'il a accepté de répondocteure à une demande, le médecin s'engage à assurer personnellement au patient des soins consciencieux, dévoués et fondés sur les données acquises de la science, en faisant appel, s'il y a lieu, à l'aide de tiers compétents ".

3. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert, que le 6 juin 2018, Mme E, arrivée au terme de sa grossesse, a été hospitalisée à la maternité du CHU de Dijon en unité de pré travail en raison de la survenue de contractions régulières. Le 7 juin 2018 vers 7h07 du matin, face à une stagnation de la dilation de son col utérin avec une présentation postérieure, le docteur B, assistante cheffe de clinique de garde, a décidé de procéder à une rotation manuelle, laquelle a été réalisée conformément aux bonnes pratiques médicales et sans difficulté. L'enregistrement du rythme cardiaque fœtal a ensuite montré un épisode de bradycardie entre 7h14 et 7h28 puis a oscillé entre un rythme normal et un rythme anormal. A 7h40, une procidence du cordon ombilical, complication gravissime et rare empêchant les flux sanguins entre le placenta et le fœtus, résultant de la rotation manuelle effectuée par le docteur B, a été diagnostiquée. Le docteur B a alors tenté un extraction instrumentale qui a échoué. Une césarienne d'urgence a ensuite été pratiquée par le praticien hospitalier, le docteur A. G C est née à 8h12 en état hypotonique d'asphyxie péripartum clinique et biologique. Après avoir été intubée, G C a été transférée en unité de réanimation néonatale où une encéphalopathie anoxo-ischméique de grade III de Sarnat avec des lésions cérébrales étendues a été diagnostiquée. A la suite de réunions pluridisciplinaires les 8 et 12 juin 2016, la levée des thérapeutiques et soins de soutien réanimatoires a été proposée aux parents de G qui n'ont pas manifesté d'opposition. Après l'administration de soins palliatifs, G C est décédée le 12 juin 2018 à 19h40.

4. L'expert souligne, de manière non contestée, que, dès l'établissement du diagnostic de procidence du cordon ombilical, l'attitude classique à adopter aurait été de procéder directement à une césarienne d'urgence et non, comme le docteur B l'a pourtant décidé, de tenter une extraction instrumentale dès lors qu'il s'agissait de la première grossesse de Mme E et que le col utérin de cette dernière n'était pas complètement dilaté. Or, le choix de tenter cette extraction instrumentale a retardé l'accouchement de 17 minutes et ce retard a été à l'origine de l'état de mort apparente de G C à la naissance. Dès lors, en ayant retardé l'accouchement en refusant de procéder en première intention à une césarienne d'urgence, le CHU de Dijon a commis une faute à l'origine du décès de G qui est de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la perte de chance :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. L'expert relève dans son rapport du 10 septembre 2019 sans être contesté par le CHU de Dijon que si G était née vers 7h55 par voie de césarienne d'urgence, soit 17 minutes plus tôt, il existait un risque faible de décès néonatal précoce évalué à 10 %. Il y a dès lors lieu de fixer la perte de chance pour G C d'éviter le décès à 90 %.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

S'agissant des préjudices subis par G C :

7. En premier lieu, G C, au cours de sa brève vie, a subi de très importants soins de réanimation, des convulsions tonico-cloniques de ses quatre membres, une hypotonie globale sévère et des troubles hémodynamiques sans pouvoir être au contact direct de ses parents. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées par G C en les évaluant à une somme de 16 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 14 400 euros.

8. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de G C en l'évaluant, sur la base de 15 euros par jour pendant six jours, à une somme de 90 euros (6x15). Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 81 euros.

S'agissant des préjudices subis par Mme E et M. C :

Quant aux préjudices subis par Mme E et M. C en qualité de victimes indirectes :

9. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par chacun des parents de G en l'évaluant à une somme de 25 000 euros pour chacun d'eux. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 22 500 euros pour chacun.

10. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement supporté par chacun des parents de G en l'évaluant, sur la base de 15 euros par jour pendant six jours, à 90 euros pour chacun d'eux. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 81 euros pour chacun.

11. En dernier lieu, il sera fait une exacte appréciation du préjudice, non contesté par le CHU de Dijon, qui a été exposé par Mme E et de M. C pour se rendre à l'expertise judiciaire en l'évaluant à 186,31 euros.

Quant aux préjudices directs patrimoniaux subis par Mme E :

12. En premier lieu, en raison d'un traumatisme psychologique, n'ayant pu retourner exercer ses fonctions d'assistante en gynécologie-obstétrie spécialisée dans la procréation médicalement assistée au sein du CHU de Dijon auprès de ses collègues présents lors de la faute du CHU de Dijon mentionnée au point 4, Mme E a été contrainte de terminer son assistanat au sein du centre hospitalier d'Auxerre avant d'exercer sa profession en qualité de libérale, sans pouvoir assurer le suivi des grossesses de ses patients et des parcours d'assistance médicale à la procréation. Dès lors, dans les circonstances très particulières de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle en l'évaluant à une somme de 18 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 16 200 euros.

13. En deuxième lieu, les dépenses de santé supportées par Mme E au titre de son suivi psychologique, qui ne sont pas contestées par le CHU de Dijon, s'élèvent à 1 380 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 1 242 euros.

14. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation des frais de déplacement engagés par Mme E pour effectuer des trajets entre sa résidence et le centre hospitalier d'Auxerre et entre sa résidence et son thérapeute, qui ne sont pas contestés par le CHU de Dijon, en les évaluant, sur la base du barème fiscal applicable pour un véhicule de huit chevaux fiscaux, à une somme de 12 009,06 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 10 808,15 euros.

15. En dernier lieu, compte tenu de la gravité de la faute commise par le CHU du Dijon et des lourdes répercussions occasionnées sur l'état psychologique de la requérante, nécessitant une prise en charge psychologique, il sera fait une juste appréciation du préjudice propre à Mme E, relatif au syndrome dépressif réactionnel qu'elle a subi, et qui est distinct du préjudice d'affection, en l'évaluant à une somme de 10 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 9 000 euros.

Quant aux préjudices directs patrimoniaux subis par M. C :

16. En premier lieu, d'une part, si M. C soutient qu'il a subi un manque à gagner au titre de l'exercice de sa profession de médecin généraliste en 2018, il n'apporte aucun élément permettant d'identifier la durée exacte et la cause de son arrêt ainsi que le versement d'indemnité journalière le cas échéant, en dépit des observations présentées par le CHU de Dijon sur ce point. D'autre part, l'intéressé n'apporte aucun document chiffré sur l'année 2022 au titre du prétendu arrêt de l'exercice de sa profession en 2022. Le chef de préjudice concernant la perte de gains professionnels de M. C en 2018 et en 2022 doit dès lors être écarté.

17. En deuxième lieu, il n'est pas établi que la reconversion professionnelle partielle de M. C dans l'agriculture en 2020 et le renoncement à un poste de maître de conférences au département de médecine de la faculté des sciences de la santé de Bourgogne Franche-Comté, au demeurant non documentés, ont directement pour origine la faute commise par le CHU de Dijon et le décès de sa fille. Ce chef de préjudice doit dès lors être écarté.

18. En troisième lieu, les dépenses de santé supportées par M. C au titre de son suivi psychologique, non contestées par le CHU de Dijon, s'élèvent à 324 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 291,60 euros.

19. En quatrième lieu, il sera fait une juste appréciation des frais de déplacement supportés par M. C pour effectuer ses trajets entre son lieu de résidence et son thérapeute, qui ne sont pas contestés par le CHU de Dijon, en les évaluant, sur la base du barème fiscal applicable à un véhicule de six chevaux fiscaux, à 216,36 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 194,72 euros.

20. En dernier lieu, compte tenu de la gravité de la faute commise par le CHU de Dijon et des lourdes répercussions occasionnées sur l'état psychologique du requérant, nécessitant la continuité d'une prise en charge psychologique et psychiatrique, il sera fait une juste appréciation du préjudice propre à M. C, relatif au syndrome dépressif réactionnel qu'il a subi, et qui est distinct du préjudice d'affection, en l'évaluant à une somme de 10 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 9 000 euros.

21. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, le CHU de Dijon doit être condamné à verser une somme de 14 481 euros à Mme E et à M. C, en leur qualité d'ayants droits, une somme de 59 924,31 euros à Mme E et une somme de 32 160,48 euros à M. C.

Sur les conclusions présentées par la CPAM de la Côte-d'Or :

En ce qui concerne les débours :

22. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel ".

23. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier de l'attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil le 5 mai 2022, que la CPAM de la Côte-d'Or a exposé, pour le compte de son assurée, G C, des frais d'hospitalisation en unité de réanimation néonatale d'un montant total de 18 492 euros résultant exclusivement de la faute imputable au CHU de Dijon mentionnée au point 4. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 6, le montant de la réparation que doit assurer le CHU de Dijon s'élève ainsi à 16 642,80 euros.

24. D'autre part, si la CPAM se prévaut d'un montant de remboursement de frais pharmaceutiques de 7,72 euros au profit de Mme E entre le 13 juin 2018 et le 1er mai 2020, elle n'établit pas que ces dépenses présentent un lien direct avec la faute commise par le CHU de Dijon mentionnée au point 4.

En ce qui concerne les intérêts :

25. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement au principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, la CPAM de la Côte-d'Or a droit aux intérêts aux taux légal afférents à la somme de 16 642,80 euros à compter du 5 mai 2022, date d'enregistrement au greffe du mémoire de la caisse dans lequel ils ont été demandés.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

26. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 visé ci-dessus, il y a lieu d'allouer à la CPAM de la Côte-d'Or la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

27. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 22 à 26, la CPAM de la Côte-d'Or est seulement fondée à demander la condamnation du CHU de Dijon à lui verser une somme de 16 642,80 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 5 mai 2022, au titre de ses débours et une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

28. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit ci-dessus, il y a lieu de mettre définitivement les frais d'expertise, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 3 050 euros TTC par une ordonnance du 17 décembre 2019 du président du tribunal administratif de Dijon, à la charge du CHU de Dijon.

En ce qui concerne les frais exposés par les parties et non compris dans les dépens :

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Dijon une somme de 1 500 euros à verser à Mme E et à M. C au titre des frais qu'ils ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Le CHU de Dijon est condamné à verser à Mme E et à M. C la somme de 14 481 euros en leur qualité d'ayants droit de G C.

Article 2 : Le CHU de Dijon est condamné à verser à Mme E la somme de 59 924,31 euros.

Article 3 : Le CHU de Dijon est condamné à verser à M. C la somme de 32 160,48 euros.

Article 4 : Le CHU de Dijon est condamné à verser à la CPAM de la Côte-d'Or la somme de 16 642,80 euros majorées des intérêts au taux légal à compter du 5 mai 2022, ainsi que la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 3 050 euros, sont définitivement mis à la charge du CHU de Dijon.

Article 6 : Le CHU de Dijon versera à Mme E et à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à M. H C, au centre hospitalier universitaire de Dijon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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