mercredi 21 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101510 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 4 juin 2021 sous le n° 2101510, M. A G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire, d'un montant de 18 444,69 euros, émis à son encontre le 12 mars 2021 par le président du conseil départemental de la Côte-d'Or ;
2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 18 444,69 euros ;
3°) de mettre à la charge du département de la Côte-d'Or une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. G soutient que :
- le titre exécutoire attaqué est entaché d'un vice de procédure tiré de la violation de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le titre exécutoire attaqué ne comporte pas, en méconnaissance de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, l'ensemble des mentions permettant d'identifier son auteur ;
- le titre exécutoire attaqué a méconnu les exigences spécifiques de motivation instituées par le second alinéa de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- la dette de revenu de solidarité active qui lui est réclamée est " inexistante ".
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 septembre 2021 et 15 juin 2022, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Le département soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation du titre exécutoire ont été tardivement présentées et ne sont dès lors pas recevables ;
- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 septembre 2021.
II. Par une requête, enregistrée le 29 juin 2021 sous le n° 2101724, M. A G, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la partie de la décision du 18 septembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Côte-d'Or lui a notifié un paiement indu d'aide exceptionnelle de fin d'année (AEFA) au titre de l'année 2017 d'un montant de 152,45 euros et la décision par laquelle le directeur de la CAF de la Côte-d'Or a implicitement rejeté le recours gracieux exercé contre la partie de cette décision du 18 septembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 26 septembre 2020 par laquelle la CAF de la Côte-d'Or lui a notifié un paiement indu d'AEFA pour 2018 d'un montant de 152,45 euros ;
3°) d'annuler la décision du 26 septembre 2020 par laquelle la CAF de la Côte-d'Or lui a notifié un paiement indu d'AEFA pour 2019 d'un montant de 152,45 euros ;
4°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 457,35 euros ;
5°) de mettre à la charge de la CAF de la Côte-d'Or une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. G soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure tiré de la violation des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les décisions attaquées ont méconnu le premier alinéa de l'article L. 212-1 et l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la CAF de la Côte-d'Or a méconnu les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les décisions attaquées ont méconnu l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- en estimant qu'il avait bénéficié d'un montant indu d'AEFA au titre des années 2017, 2018 et 2019, le directeur de la CAF de la Côte-d'Or a commis une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, la CAF de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
La CAF de la Côte-d'Or soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 30 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2019-1123 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. B a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. Les dossiers nos 2101510 et 2101724 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de joindre ces deux dossiers pour statuer par un seul jugement.
2. A la suite d'un signalement effectué par la caisse nationale des allocations familiales et d'un contrôle réalisé par ses services en septembre 2020, la CAF de la Côte-d'Or a notifié à M. G, le 18 septembre 2020, des paiements indus de " prestations familiales ", d'un montant total de 18 597,14 euros, correspondant, d'une part, à une dette de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 18 444,69 euros au titre de la période du 1er juillet 2017 au 31 août 2020 et, d'autre part, à une dette d'aide exceptionnelle de fin d'année (AEFA) de 152,45 euros au titre de l'année 2017. Par deux décisions du 26 septembre 2020, la CAF de la Côte-d'Or a ensuite notifié à l'intéressé deux paiements indus d'AEFA, au titre des années 2018 et 2019, d'un montant respectif de 152,45 euros et 152,45 euros.
3. Le 15 octobre 2020, M. G a exercé le recours contestant le bien-fondé de l'indu de RSA ainsi que des recours gracieux dirigés contre les décisions lui notifiant les indus d'AEFA au titre des années 2017, 2018 et 2019. Ces différents recours ont été implicitement rejetés. Le 12 mars 2021, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a ensuite émis un titre exécutoire à l'encontre de M. G, d'un montant de 18 444,69 euros, en vue de procéder au recouvrement de la dette de RSA. Le requérant doit être regardé comme demandant au juge, d'une part, d'annuler le titre exécutoire émis le 12 mars 2021 et les décisions des 18 et 26 septembre 2020 prises en matière d'AEFA ainsi que les décisions rejetant implicitement ses recours gracieux contre ces décisions et, d'autre part, de le décharger de l'obligation de payer la somme de 18 444,69 euros, correspondant à la dette de RSA, et la somme de 457,35 euros, correspondant au cumul des dettes d'AEFA.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :
En ce qui concerne le cadre juridique :
S'agissant du cadre juridique applicable au litige relatif au revenu de solidarité active :
4. D'une part, en vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.
5. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 4 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ".
7. Il résulte des dispositions analysées au point 5 et de celles citées au point 6 que si l'exercice d'un recours contentieux dirigé contre une titre exécutoire émis en vue de procéder à la récupération d'un paiement indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonné à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu que s'il a exercé le recours administratif mentionné au point 6.
S'agissant du cadre juridique applicable au litige relatif à l'aide exceptionnelle de fin d'année :
8. L'aide exceptionnelle instituée, au titre de l'année 2017, par le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017, au titre de l'année 2018, par le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 et, au titre de l'année 2019, par le décret n° 2019-1123 du 10 décembre 2019, est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole notamment pour les allocataires du revenu de solidarité active.
9. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 8 décide de récupérer un paiement indu d'aide exceptionnelle, remettant ainsi en cause un paiement déjà effectué, la personne concernée qui en conteste le bien-fondé peut directement saisir le juge. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne le litige relatif au titre exécutoire :
S'agissant des moyens relatifs à la régularité du titre exécutoire :
10. En premier lieu, il résulte de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de même par voie de conséquence que l'ampliation adressée au redevable, et qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur.
11. D'une part, le titre de recette individuel n°4322 émis le 12 mars 2021 comporte la mention du prénom, du nom et de la qualité de son auteur, Mme E C, adjointe au chef du SAEF. D'autre part, il résulte des mentions claires et concordantes figurant sur le bordereau du titre de recettes correspondant, identifié sous le n°421, que la signature de Mme C a été apposée de manière électronique. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le titre exécutoire attaqué a été pris en méconnaissance des règles analysées au point 10.
12. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du second alinéa de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Tout état exécutoire doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
13. D'autre part, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de RSA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Une telle décision doit ainsi comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, à ce titre, doit notamment indiquer la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. L'autorité compétente n'est en revanche pas tenue de faire figurer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
14. Le titre de perception émis le 12 mars 2021, d'un montant de 18 444,69 euros, et dont l'objet est " G Sead RSA 01/07/2020 au 31/08/2020 indu RSA INK001 notifié par la CAF le 18/09/2020 ", comporte une référence précise au document informant l'allocataire de sa dette de RSA dont il résulte de l'instruction, et en particulier du document " demande de recours " daté du 15 octobre 2020, qu'il a été précédemment adressé au débiteur et qu'il comportait les éléments indiqués au point 13. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que ce titre a méconnu les exigences spécifiques de motivation, mentionnées au point 12, instituées par le second alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.
15. En dernier lieu, un titre de perception émis sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales n'est pas au nombre des décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et n'a pas non plus le caractère d'une décision prise en considération de la personne. La procédure contradictoire mentionnée à l'article L. 121-1 et organisée par les articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration n'est par conséquent pas applicable avant l'édiction d'un tel acte. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est dès lors inopérant et doit être écarté pour ce motif.
S'agissant du moyen relatif au bien-fondé du titre exécutoire :
16. D'une part, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
17. D'autre part, il résulte des dispositions combinées des articles L. 262-2, R. 262-5 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles que, pour bénéficier de l'allocation de RSA, une personne doit remplir une condition de ressources et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de RSA a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
18. Tout d'abord, il résulte de l'instruction, et en particulier des rapports de contrôle établis les 15 septembre et 10 novembre 2020, dont les mentions ne sont pas sérieusement contestées, que M. G, qui a reconnu disposer d'un " abonnement internet croate ", a effectué, pour la période allant du 1er juillet 2017 au 31 août 2020, ses déclarations trimestrielles pour pouvoir prétendre au RSA par internet depuis la Croatie et que ses consommations électriques tout comme ses consommations d'eau qui ont été relevées sur la même période à l'adresse à laquelle il déclare être domicilié, place de la danse à La Roche-en-Brenil, sont très faibles voire parfois inexistantes. Ensuite, il ressort de l'analyse des opérations sur les comptes bancaires que l'intéressé détient au Crédit mutuel et qui sont mentionnés dans ces mêmes rapports que M. G n'a effectué aucun retrait entre novembre 2017 et mars 2018, entre mai et septembre 2018, entre novembre 2018 et avril 2019, entre juin et septembre 2019 et entre novembre 2019 et septembre 2020, que les lieux des seuls retraits opérés en septembre 2017, en octobre 2017, en avril 2018, en octobre 2018, en mai 2019 et en octobre 2019 n'ont pas été identifiés et qu'il n'existe sur ces relevés aucune autre opération permettant d'établir la présence de l'intéressé en France sur un ou plusieurs mois civils complets au titre de la période en litige. Par ailleurs, le maire de La Roche-en-Brenil a indiqué que la maison dans laquelle est supposé vivre l'intéressé est inoccupée depuis plusieurs années et que la famille G réside en Croatie depuis au moins trois ans. Enfin, les seuls documents que le requérant a présentés au contrôleur en octobre 2020 ne sont de nature à établir ni la fréquence ni la durée de ses séjours sur le territoire français et les différentes attestations produites par le requérant devant le juge, rédigées de manière stéréotypée et non circonstanciée, apparaissent en l'espèce dépourvues de valeur probante.
19. Il résulte de ce qui a été dit au point 18 que le requérant n'a produit aucun élément prouvant que la durée cumulée de ses séjours hors de France n'avait pas excédé trois mois en 2017, 2018, 2019 et 2020 ou établissant que la durée cumulée de sa résidence en France avait été supérieure à neuf mois pour chacune de ces quatre années et n'a pas davantage établi qu'entre juillet 2017 et août 2020, il aurait effectivement séjourné sur le territoire national pendant des périodes continues correspondant à des mois civils complets de présence en France.
20. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 16 à 19, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. G avait bénéficié d'un montant indu de RSA au titre des mois de juillet 2017 à août 2020 et en poursuivant, le 12 mars 2021, le recouvrement de la somme correspondant à cet indu.
En ce qui concerne le litige relatif à l'AEFA :
21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale () sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction () ".
22. Les décisions par lesquelles la CAF de la Côte-d'Or, qui est un organisme de sécurité sociale, a notifié à M. G les indus d'AEFA ne constituent pas des sanctions et n'étaient donc pas soumises au respect de la procédure contradictoire organisée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, et en tout état de cause, les moyens tirés de ce que le directeur de la CAF de la Côte-d'Or a méconnu le principe du respect des droits de la défense et la procédure contradictoire définie aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.
23. En deuxième lieu, en application des dispositions combinées du premier alinéa de l'article L. 212-1 et du 1° de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice sont dispensées de la signature de leur auteur et doivent seulement comporter le prénom, le nom et la qualité de celui-ci ainsi que la mention du service auquel il appartient.
24. Il résulte de l'instruction que les décisions attaquées, d'une part, comportent la mention du prénom, du nom et de la qualité de son auteur, Mme F D, directrice, ainsi que le service auquel elle appartient, la CAF de la Côte-d'Or et, d'autre part, que, ayant été notifiées à M. G par l'intermédiaire du téléservice mis en œuvre par la CAF de la Côte-d'Or, elles étaient dispensées de comporter la signature de leur auteur. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit dès lors, en tout état de cause, être écarté.
25. En troisième lieu, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application du 2° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Une telle décision doit ainsi comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, à ce titre, doit notamment indiquer la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. L'autorité compétente n'est en revanche pas tenue de faire figurer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
26. Les décisions attaquées, qui précisent notamment que M. G ne réside plus en France depuis le 1er juillet 2017 et qu'il n'était pas bénéficiaire du RSA au titre des mois de novembre ou décembre des années en litige, comportent en l'espèce l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.
27. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que les décisions attaquées auraient été prises sur le fondement d'un traitement algorithmique. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de la violation des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
28. En cinquième lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que la CAF de la Côte-d'Or aurait procédé à la récupération des indus d'AEFA en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles reste en tout état de cause sans incidence sur la légalité des décisions constatant les indus d'AEFA.
29. En dernier lieu, en vertu des articles 1er et 3 du décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017, du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 et du décret n° 2019-1123 du 10 décembre 2019, le bénéfice de l'AEFA accordée au titre des années 2017, 2018 et 2019 est réservée aux personnes qui sont allocataires du RSA respectivement au cours des mois de novembre ou décembre 2017, novembre ou décembre 2018 et novembre ou décembre 2019.
30. Compte tenu de ce qui a été dit au point 20, M. G n'avait pas le droit de bénéficier du versement du RSA au titre des mois de novembre et décembre 2017, novembre et décembre 2018 et novembre et décembre 2019. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que c'est à tort que le directeur de la CAF la Côte-d'Or lui a réclamé le remboursement des AEFA qu'il a perçues au titre des années 2017, 2018 et 2019.
31. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge présentées par M. G doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
32. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Côte-d'Or et de la CAF de la Côte-d'Or, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. G au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Les requêtes nos 2101510 et 2101724 de M. G sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au département de la Côte-d'Or et à Me Desfarges.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Côte-d'Or.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
L. BLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Nos 2101510, 21017240
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026