vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101752 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | POTIER MURIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, M. A D, alors représenté par Me Potier, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Nevers à lui verser la somme de 766 779 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge au centre hospitalier de Nevers, ainsi qu'aux dépens.
Il soutient que :
- en raison des conditions dans lesquelles il a été pris en charge au centre hospitalier de Nevers pour une fracture occasionnée par sa chute d'un arbre, il conserve, en dépit de plusieurs interventions chirurgicales, un pied droit en équin et se trouve atteint d'une invalidité au taux de 80 % ;
- aucun scanner n'a été réalisé, ni en urgence ni après la mise en place du fixateur externe ou avant l'ablation de celui-ci pour vérifier la consolidation osseuse ;
- la prévention de l'équin et de la rétractation du tendon d'Achille doit être assurée par un système d'appareillage permanent dont il n'a pas bénéficié ;
- l'absence de soins adéquats lui a fait perdre 40 % de chances d'éviter les séquelles dont il demeure atteint ;
- les manquements sont à l'origine des préjudices dont il demande la réparation à hauteur de :
* 300 euros au titre de divers frais d'essence, de péage et de repas ;
* 70 000 euros s'agissant de son préjudice professionnel ;
* 31 950 euros s'agissant des frais de véhicule adapté ;
* 7 200 euros s'agissant des souffrances endurées ;
* 5 000 euros s'agissant de son préjudice esthétique temporaire ;
* 450 euros s'agissant de son déficit fonctionnel temporaire total ;
* 2 735 euros s'agissant de son déficit fonctionnel temporaire partiel ;
* 27 000 euros s'agissant de son déficit fonctionnel permanent ;
* 1 500 euros s'agissant de son préjudice esthétique permanent ;
* 50 000 euros s'agissant de son préjudice d'agrément ;
* 27 625 euros s'agissant de l'assistance par tierce personne avant consolidation et 543 319 euros après consolidation.
Par trois mémoires enregistrés les 7 juillet 2021, 29 avril 2022 et 16 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or conclut, dans le dernier état de ses écritures, à la condamnation du centre hospitalier de Nevers à lui verser les sommes de :
- 19 196,27 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du jugement, au titre de ses débours ;
- 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que les manquements du centre hospitalier ont fait perdre à M. D 40 % de chance d'éviter les séquelles dont il demeure atteint.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 19 janvier et 24 mai 2022, le centre hospitalier de Nevers, représenté par la SELARL du Parc, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, à l'organisation avant-dire droit d'une nouvelle expertise ;
2°) subsidiairement, à la limitation des sommes mises à sa charge à hauteur, d'une part, de 21 938,26 euros s'agissant de M. D et, d'autre part, de 7 678,51 s'agissant de la CPAM de la Côte-d'Or.
Il fait valoir que :
- à titre principal, il y a lieu d'ordonner une nouvelle expertise, compte tenu des conclusions du rapport critique de son médecin-conseil ;
- à titre subsidiaire et compte tenu du taux de perte de chance de 40 % retenu par l'expert, il y a lieu de réduire les prétentions indemnitaires de la CPAM et de M. D dans la mesure où :
* la demande de ce dernier au titre de divers frais sans éléments justificatifs devra être rejetée ;
* la prise en charge d'une tierce personne imputable doit être limitée à la période allant du 13 septembre 2015 à la date, inconnue, d'obtention de la tierce personne au titre de sa pathologie initiale de lombo-sciatalgie, de sorte que l'indemnisation due à ce titre pourra excéder 2 083,20 euros ;
* à supposer même que puisse être retenue la somme annuelle alléguée de 6 224,50 euros, les revenus de l'intéressé après l'accident s'élèvent à des sommes comprises entre 9 701,52 et 10 843,20 euros par an, de sorte que, ses revenus étant supérieurs à ceux dont il disposait avant l'accident, seule l'incidence professionnelle est indemnisable, cela à hauteur de 6 000 euros, déduction faite de toute pension d'invalidité qui serait versée par un organisme tiers payeur ;
* la nécessité pour M. D d'aménager son véhicule résulte de sa pathologie initiale ;
* les souffrances endurées, le préjudice esthétique temporaire, le préjudice esthétique permanent, le déficit fonctionnel temporaire, le déficit fonctionnel permanent et le préjudice d'agrément peuvent être évalués respectivement à 4 000 euros, 80 euros, 740 euros, 835,06 euros, 7 000 euros et 1 200 euros ;
* s'agissant des débours de la CPAM de la Côte-d'Or, les frais hospitaliers du 9 avril au 14 avril 2015, les frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport exposés avant le 13 septembre 2015 n'ont pas à être pris en compte et, subsidiairement, la somme mise à sa charge ne saurait excéder 7 678,51 euros.
Par deux mémoires enregistrés les 26 avril et 28 juillet 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Roquelle-Meyer, conclut à sa mise hors de cause.
Il fait valoir, d'une part, qu'aucune conclusion n'est dirigée contre lui et, d'autre part, que les conditions de la mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas réunies.
Vu :
- les ordonnances du 9 décembre 2016 et du 3 octobre 2018 par lesquelles, le président, puis le vice-président du tribunal ont liquidé et taxé les frais et honoraires dus à l'expert, M. C, aux sommes respectivement de 3 289,60 euros et 2 053,80 euros TTC et les ont mises à la charge du centre hospitalier de Nevers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,
- et les observations de Me Dandon, représentant le centre hospitalier de Nevers.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 septembre 2014, M. D, agriculteur alors âgé de 41 ans, a été admis au service des urgences du centre hospitalier de Nevers en raison d'une fracture du quart distal du tibia et du péroné droits, consécutive à une chute accidentelle d'un arbre. Les séquelles dont il demeure atteint l'ont conduit à solliciter l'organisation d'une expertise à laquelle le juge des référés du tribunal a fait droit par ordonnances n° 1503310 du 13 janvier 2016 et n° 1702833 du 14 décembre 2017, l'état de santé de l'intéressé n'étant pas alors consolidé. Le Pr C, expert désigné et chirurgien orthopédiste et traumatologue, a déposé son second rapport le 1er octobre 2018. M. D a, le 6 avril 2021, saisi le centre hospitalier de Nevers d'une demande indemnitaire préalable, implicitement rejetée le 6 juin suivant. Par sa requête, M. D doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner le centre hospitalier de Nevers à lui verser, en réparation de ses préjudices, non pas la somme totale de 766 779 euros à laquelle aboutissent les chiffres mentionnés en conclusion du mémoire introductif d'instance, mais une indemnité de 767 079 euros, compte tenu d'un poste de préjudice réclamé dans les développements de ce mémoire et omis dans sa partie finale.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Nevers :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. D'autre part, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public de santé a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel, déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
En ce qui concerne la faute imputable au centre hospitalier de Nevers :
4. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du Pr C, que M. D demeure atteint d'une cheville et d'un pied droits " en rotation interne vicieuse de 20° ", ainsi que d'un déficit sensitivomoteur de ce dernier. Si le requérant présentait, lors de son admission au centre hospitalier de Nevers, une fracture complexe du pilon tibial droit, associée à une fracture du péroné, ces lésions graves n'ont pas été prises en charge dans les règles de l'art, ce qui n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté par l'établissement de soins, qui n'y oppose aucun argumentaire médicalement étayé. A cet égard, à supposer même qu'en dépit de fractures fermées, un scanner n'aurait " pas sa place pour un traitement en urgence " selon les termes du rapport critique versé aux débats par le centre hospitalier, il n'est, en tout état de cause, justifié d'aucun scanner de contrôle au décours des interventions des 13, 14 septembre, 17 octobre ou encore 16 décembre 2014, pourtant " indispensable pour le bilan " du " type de fracture " dont souffrait M. D, qui a du reste, dès le 14 septembre, présenté des complications sensorielles persistantes. En outre, il n'est pas contesté que la décompression du syndrome des loges, apparu suite à la première intervention chirurgicale, n'a pas été réalisée avant la sixième heure, échéance critique au-delà de laquelle les séquelles sont conservées. M. D n'a pas non plus bénéficié d'un appareillage propre à prévenir l'apparition de la rotation vicieuse du membre inférieur droit, pas plus qu'il n'est justifié d'une correction adéquate de celle-ci, alors qu'à la date de la prise de relais par l'hôpital de Garches, en janvier 2015, l'équin était déjà, selon l'expert, quasiment irréductible. Enfin, il n'est pas davantage contesté qu'aux dates de l'ablation des broches et du fixateur externe, effectuée sans contrôle par scanner ainsi qu'il a été dit, les foyers fracturaires n'étaient pas consolidés. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, l'ensemble des manquements qui précèdent est à l'origine d'une perte de chance d'éviter les séquelles dont M. D s'est trouvé atteint à l'âge de 41 ans et qui, compte tenu de la gravité de ses lésions initiales et de la fourchette de son évaluation, allant de 30 à 40 % durant l'expertise, doit être fixée à 35%.
En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité :
Quant aux préjudices patrimoniaux :
5. En premier lieu, M. D, qui sollicite une somme de 300 euros en remboursement de frais de transport aux opérations d'expertise, concède lui-même n'en avoir conservé aucun justificatif. Cependant et dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'il s'est effectivement rendu à ces opérations, il sera fait une juste évaluation des sommes qu'il a pu exposer en lui allouant, après application du taux de perte de chance mentionné au point 4, une indemnité de 80 euros.
6. En deuxième lieu, si le requérant allègue une perte de revenus de 6 224,50 euros annuels, il ne justifie ni de son montant ni au demeurant de sa réalité, en dépit d'une demande du tribunal et des protestations du centre hospitalier, lequel fait valoir, sans être nullement contredit, que les revenus de M. D sont en réalité supérieurs à ceux dont il disposait avant l'accident. En revanche, il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé du requérant ne lui permet d'occuper que des emplois sédentaires, en position assise. En se bornant à se prévaloir d'un lieu " de résidence éloigné ", sans justifier de la moindre démarche infructueuse, M. D n'établit pas l'impossibilité alléguée d'une reconversion professionnelle. Dans ces conditions et compte tenu de l'âge du requérant ainsi que du taux de perte de chance, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle des séquelles relevées au point 4 en mettant à la charge du centre hospitalier de Nevers une indemnité de 12 250 euros.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que M. D souffre, indépendamment des manquements du centre hospitalier, de douleurs dorsales pour lesquelles il bénéficie de l'aide d'une tierce personne à raison de 7 heures hebdomadaires. Contrairement à ce qu'il soutient, l'expert estime, sans être sérieusement contredit, que l'aide dont il a besoin du fait des manquements imputables au centre hospitalier se limite à la période comprise entre le 13 septembre 2015, eu égard à la durée de consolidation habituellement observée pour les lésions traumatiques présentées lors de son admission, et " la date d'attribution par le conseil général d'une aide à raison de 7 heures par semaine pour ses lombo-sciatalgies droites ". Or, en dépit d'une demande en ce sens, M. D n'a pas justifié de la date d'octroi de l'aide départementale dont il bénéficie, de sorte qu'il ne met pas le tribunal à même d'évaluer, sur ce point, son éventuel préjudice. Par suite et dès lors qu'il n'établit pas que cette aide était postérieure au 14 septembre 2015, sa demande indemnitaire présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
8. En quatrième lieu, les frais d'achat d'un véhicule que sollicite M. D sont sans lien direct avec la faute de l'établissement public de santé. Il résulte, en revanche, de l'instruction que les dépenses liées à l'adaptation d'un véhicule au handicap de l'intéressé, qui doivent être évaluées à la somme de 550 euros selon le devis produit, sont, pour 35% seulement, directement imputables à la faute du centre hospitalier, eu égard aux séquelles qui auraient été propres à la gravité de ses lésions initiales. Ainsi, en prenant en compte un renouvellement de ces équipements tous les sept ans et en faisant application du coefficient de capitalisation viagère applicable à l'âge de M. D à la date de consolidation, soit 43 ans, au taux issu de la Gazette du Palais de 2022, de 46.985, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant le centre hospitalier de Nevers à lui verser la somme de 1 292 euros.
Quant aux préjudices extrapatrimoniaux :
9. En premier lieu, les souffrances endurées ont été évaluées par l'expert à 4,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 3 462 euros, tenant compte d'un taux de perte de chance de 35%.
10. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire, en tenant compte de sa durée, et du préjudice esthétique permanent, évalués par l'expert à respectivement 3,5 et 2 sur une échelle de 7, en allouant à M. D, après application du taux de perte de chance, les sommes de 1 000 et 700 euros, soit un total de 1 700 euros.
11. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la période du 27 septembre 2014 au 8 avril 2015 est imputable à ses lésions initiales et non aux manquements du centre hospitalier. En revanche, doit être mise à la charge de ce dernier, à hauteur de 35 %, l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de M. D, qui était total du 9 au 14 avril 2015, d'un tiers du 14 septembre au 31 décembre 2015 et d'un quart du 1er janvier au 31 décembre 2016. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant, sur la base de 16,67 euros par jour, à la somme totale de 775 euros.
12. En quatrième lieu, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent de M. D, fixé par l'expert à 24 %, en allouant à l'intéressé, âgé de 43 ans à la date de la consolidation, une somme de 14 000 euros, déterminée sur la base du référentiel d'indemnisation de l'ONIAM de 2022, après application du taux de perte de chance de 35%.
13. En dernier lieu, il résulte du rapport d'expertise que si le requérant n'est plus en mesure de s'adonner aux activités telles que le jogging ou la boxe, l'expert n'impute nullement cette impossibilité aux manquements du centre hospitalier de Nevers. Il y a lieu de considérer que ces préjudices trouvent leur cause dans la chute d'une hauteur comprise entre 2,5 et 3 mètres de haut.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander la condamnation du centre hospitalier de Nevers à lui verser la somme totale de 28 559 euros, déduction faite de l'allocation provisionnelle d'un montant de 5 000 euros octroyée par ordonnance n° 1702937 du vice-président du tribunal du 7 mars 2018.
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or :
15. En premier lieu, la CPAM justifie de ses débours, notamment par la production d'une attestation d'imputabilité, d'un montant de 8 659,20 euros s'agissant des frais d'hospitalisation du 9 au 14 avril 2015, liés à l'intervention chirurgicale du 10 avril et imputables, ainsi qu'il a été dit au point 11, en partie aux manquements du centre hospitalier de Nevers, de 2 600,81 euros s'agissant de frais médicaux pour la période allant du 14 avril 2015 au 30 décembre 2016, de frais pharmaceutiques d'un montant de 723,58 euros pour la seule période allant de fin avril 2015 au 21 décembre 2016, de frais d'appareillage de mai 2015 à juin 2016 pour un montant de 1 236,59 euros, enfin de frais de transports à hauteur de 5 976,09 euros du 9 avril 2015 au 30 décembre 2016. Par suite et dès lors qu'il résulte du rapport d'expertise que ces frais ont été exposés durant la période de responsabilité déterminée par la faute du centre hospitalier de Nevers, il y a lieu de mettre à la charge de cet établissement la somme totale de 6 718,69 euros, après application du taux de 35% fixé au point 4.
16. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement () ". Il résulte de ces dispositions que même en l'absence de demande en ce sens et même lorsque le juge ne l'a pas explicitement prévu, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts, du jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Par suite, les conclusions de la CPAM de la Côte-d'Or tendant à ce que lui soient alloués, à compter de la date du jugement, des intérêts au taux légal sur la somme que le CHU de Dijon a été condamné à lui verser sont dépourvues d'objet et doivent donc être rejetées.
17. En second lieu, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
18. La CPAM de la Côte-d'Or peut prétendre, en application des dispositions précitées, au versement de la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les dépens :
19. Les frais des deux expertises, taxés et liquidés à la somme totale de 5 343,40 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Nevers.
DECIDE :
Article 1 : Le centre hospitalier de Nevers est condamné à verser à M. D la somme de 28 559 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier de Nevers versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or, d'une part, la somme de 6 718,69 euros et d'autre part, la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 3 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme totale de 5 343,40 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Nevers.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au centre hospitalier de Nevers, à la caisse primaire d'assurance maladie de Dijon et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Copie, pour information, en sera adressée au Pr C.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :
- M. David Zupan, président,
- M. Sébastien Blacher, premier conseiller,
- Mme Karima Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
K. B
La greffière,
E. Herique
Le président,
D. Zupan
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026