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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101776

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101776

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101776
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET ALTRA CONSULTING (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2021, le centre hospitalier d'Auxerre, représenté par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Altra Consulting, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution de la cotisation de taxe sur les salaires, à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2018, à concurrence d'un montant de 122 687 euros ;

2°) de condamner l'Etat au versement d'intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires du secteur constitué par l'hôpital aurait dû être de 94 et non de 96 % au titre de l'année 2018, si l'on considère l'institut de formation en soins infirmiers et l'unité de soins longue durée comme des secteurs distincts du point de vue de la taxe sur la valeur ajoutée, de sorte qu'il est fondé à demander la restitution d'un montant de 122 687 euros de taxe sur les salaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 7 mars 2022, le centre hospitalier d'Auxerre, représenté par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Altra Consulting, demande désormais au tribunal :

1°) de prononcer la restitution de la cotisation de taxe sur les salaires, à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2018, à concurrence d'un montant de 207 843 euros ;

2°) de condamner l'Etat au versement d'intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient désormais que le rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires du secteur constitué par l'hôpital aurait dû être de 93 et non de 96 % au titre de l'année 2018.

Les parties ont été informées par une lettre du 7 mars 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 4 avril 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 mai 2022 par ordonnance du même jour.

Les parties ont été informées le 19 mai 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de versement d'intérêts moratoires, en l'absence de litige né et actuel sur ce point avec le comptable compétent.

Un mémoire, en réponse à ce moyen, a été présenté le 20 mai 2022 par le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or, et a été communiqué.

Un mémoire, en réponse à ce moyen, a été présenté le 30 mai 2022 par le centre hospitalier d'Auxerre, et a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier d'Auxerre, qui comprend l'hôpital à proprement parler, l'institut de formation en soins infirmiers et l'unité de soins de longue durée, a spontanément déclaré et acquitté la taxe sur les salaires au titre de l'année 2018. Par une réclamation contentieuse du 26 décembre 2019, l'établissement public a demandé à l'administration fiscale la restitution d'une partie de la taxe acquittée, considérant qu'il aurait dû prendre en compte, au titre de cette année, un rapport d'assujettissement égal à 94 % et non à 96 %. Par une décision explicite du 5 mai 2021, l'administration fiscale a rejeté cette demande, au motif que l'établissement aurait dû procéder à une sectorisation de ses activités, au moins s'agissant de l'institut de formation en soins infirmiers. Par sa requête, le centre hospitalier d'Auxerre demande la restitution de la cotisation de taxe sur les salaires à laquelle il a été assujetti, à concurrence d'un montant de 122 579 euros au titre de l'année 2018. Par une nouvelle réclamation contentieuse, en date du 23 décembre 2021, formée en cours d'instance, le centre hospitalier a demandé la prise en compte d'un rapport d'assujettissement de 93 %. Par une décision explicite du 8 février 2022, l'administration fiscale a rejeté cette réclamation. Dans un second mémoire, le centre hospitalier demande au tribunal la restitution de la cotisation de taxe sur les salaires à laquelle il a été assujetti, à concurrence d'un montant de 207 843 euros au titre de l'année 2018.

Sur les conclusions à fin de restitution :

2. Aux termes du premier alinéa du 1 de l'article 231 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés () sont soumises à une taxe égale à 4,25 % (). Cette taxe est à la charge des entreprises et organismes qui emploient ces salariés () qui paient ces rémunérations lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations. L'assiette de la taxe due par ces personnes ou organismes est constituée par une partie des rémunérations versées, déterminée en appliquant à l'ensemble de ces rémunérations le rapport existant, au titre de cette même année, entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total. Le chiffre d'affaires qui n'a pas été assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée en totalité ou sur 90 p. 100 au moins de son montant, ainsi que le chiffre d'affaires total mentionné au dénominateur du rapport s'entendent du total des recettes et autres produits, y compris ceux correspondant à des opérations qui n'entrent pas dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée. Le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée mentionné au numérateur du rapport s'entend du total des recettes et autres produits qui n'ont pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée. ".

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".

4. Le centre hospitalier requérant ayant été imposé conformément à ses déclarations, il lui incombe, en vertu des dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, d'établir l'exagération des impositions en litige.

En ce qui concerne la sectorisation :

5. Aux termes des deux premiers alinéas du I de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts : " Les opérations situées hors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et les opérations imposables doivent être comptabilisées dans des comptes distincts pour l'application du droit à déduction. / Il en va de même pour les secteurs d'activité qui ne sont pas soumis à des dispositions identiques au regard de la taxe sur la valeur ajoutée. ".

6. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier d'Auxerre ne conteste désormais plus dans sa requête, qu'il était tenu, en vertu des dispositions précitées du deuxième alinéa du I de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, de constituer trois secteurs distincts au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, constitués de l'activité de soins du centre hospitalier, de l'activité de formation de l'institut de formation en soins infirmiers et de celle de soins et d'hébergement de l'unité de soins de longue durée.

En ce qui concerne le rapport d'assujettissement à la taxe sur les salaires :

7. Lorsque les activités d'une entreprise sont, pour l'exercice de ses droits à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, réparties en plusieurs " secteurs " distincts, au sens de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, les dispositions précitées de l'article 231 de ce code doivent recevoir application à l'intérieur de chacun de ces " secteurs ", de sorte que l'assiette de la taxe sur les salaires soit, pour chacun d'eux, déterminée en appliquant au montant des rémunérations versées au personnel qui lui est spécialement affecté, le rapport qui lui est propre entre le chiffre d'affaires qui n'a pas été passible de la taxe sur la valeur ajoutée et le chiffre d'affaires total.

8. Le centre hospitalier d'Auxerre demande la prise en compte d'un rapport d'assujettissement de 93 % ou 94 % et non de 96 % pour le secteur constitué par l'activité traditionnelle de soins de l'hôpital au titre de l'année 2018. Néanmoins, en se bornant à produire dans la présente instance, un tableau récapitulatif du solde des comptes de produits et leur segmentation, par secteur, entre les produits ayant été soumis à la taxe sur la valeur ajoutée et ceux ne l'ayant pas été, et quelques commentaires sur certains de ces comptes, mentionnant au surplus que certains d'entre eux contiennent tout à la fois des produits imposables et des produits non imposables, en méconnaissance du premier alinéa du I de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, sans produire le détail des écritures de chacun des comptes de produits ni les factures correspondantes, ou en tout état de cause, à défaut, s'agissant de ces dernières, le détail des comptes de taxe sur la valeur ajoutée, ou encore le journal des écritures de produits, le centre hospitalier d'Auxerre n'établit pas, alors que la charge de la preuve lui incombe, la part des produits de l'activité hospitalière de soins passible de la taxe sur la valeur ajoutée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité ni sur le quantum du litige, les conclusions à fin de restitution présentées par le centre hospitalier d'Auxerre doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

10. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. / Lorsque les sommes consignées à titre de garanties en application des articles L. 277 et L. 279 doivent être restituées, en totalité ou en partie, la somme à rembourser est augmentée des intérêts prévus au premier alinéa. Si le contribuable a constitué des garanties autres qu'un versement en espèces, les frais qu'il a exposés lui sont remboursés dans les limites et conditions fixées par décret. ".

11. En l'absence de litige né et actuel sur ce point avec le comptable compétent, les conclusions du centre hospitalier requérant à fin de versement d'intérêts moratoires qui sont irrecevables, ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier d'Auxerre demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du centre hospitalier d'Auxerre est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier d'Auxerre et au directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

Le rapporteur,

I. A

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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