jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101817 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP LANCELIN & LAMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 27 octobre 2021, M. A D, représenté par la Selarl RGW, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon à lui verser la somme de 17 788,40 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2021, en réparation des préjudices qu'il a subis ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Dijon le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- il a été victime d'une prise en charge défaillante par les équipes soignantes du CHU de Dijon dès le 27 octobre 2015 et lors des consultations ultérieures qui est à l'origine des préjudices qu'il a subis ;
- les différents préjudices qu'il a subis s'élèvent respectivement à 1 930 euros au titre de dépenses actuelles de santé, 6 000 euros au titre des honoraires de médecin-conseil, 2 358,40 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 6 000 euros au titre des souffrances endurées et 1 500 euros au titre du préjudice esthétique.
Par un mémoire, enregistré le 16 août 2021, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or demande la condamnation du CHU de Dijon à lui rembourser la somme de 237,73 euros au titre des prestations versées et la somme de 109 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre 2021 et 12 avril 2022, le CHU de Dijon, représenté par Me Lambert, conclut à la minoration des prétentions indemnitaires de M. D et de sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier soutient que :
- au vu du rapport d'expertise, il n'entend pas contester sa responsabilité ;
- s'agissant des dépenses actuelles de santé, il n'a pas d'observations particulières sur cette demande, et retient une indemnisation de 1 930 euros comme sollicité ;
- les honoraires de médecin-conseil doivent être regardés comme des frais personnels dès lors que ledit médecin n'est autre que la fille du requérant, qui a fait le voyage depuis la Guyane pour assister à la réunion d'expertise, alors que l'intéressé pouvait faire le choix d'un médecin-conseil dans la région et, en outre, le paiement de ces frais n'est pas démontré ;
- le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué au titre d'une période comprise entre la date de la fracture de la dent du patient et la date d'extraction de la dent fracturée, soit jusqu'au 12 janvier 2016, comme retenu dans le rapport de l'expert ;
- le calcul du déficit fonctionnel temporaire sur la base d'un montant de 22 euros par jour étant très excessif, compte tenu des sommes allouées par les tribunaux administratifs pour des préjudices similaires, la réparation de ce poste de préjudice doit être limitée à 924 euros ;
- compte tenu de la jurisprudence, il est proposé de retenir une indemnisation des souffrances endurées, cotées à 2/7 par l'expert, à hauteur de 1 600 euros ;
- compte tenu de la jurisprudence, il est proposé de retenir une indemnisation du préjudice esthétique temporaire, coté à 0,5/7 par l'expert, à hauteur de 200 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- et les conclusions de M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été pris en charge au centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon le 27 octobre 2015 pour des soins dentaires sur une prémolaire cariée. Deux heures après les soins, alors que l'intéressé était de retour à son domicile, la dent concernée s'est fracturée, ce qui a eu pour conséquence de rendre nécessaire une extraction dentaire, laquelle a été réalisée le 12 janvier 2016. Le 17 octobre 2019, M. D a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Dijon d'organiser une expertise afin de déterminer les conditions de sa prise en charge au sein du CHU de Dijon. Par une ordonnance n° 1902920 du 13 novembre 2019, le juge des référés a désigné le docteur C, chirurgien-dentiste, qui a rendu son rapport le 7 mars 2020. M. D demande au tribunal de condamner le CHU de Dijon à lui verser la somme de 17 788,40 euros en réparation des différents préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la mauvaise prise en charge de ses soins dentaires.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
3. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du docteur C, que la dent pour laquelle M. D a été soigné, qui était cariée, était conservable et aurait pu bénéficier d'une couronne. Toutefois, en raison d'une " fracture instrumentale " survenue au cours de soins pratiqués au sein du CHU de Dijon, qui a en l'espèce résulté d'une mauvaise prise en charge de M. D, qui n'a pas été conforme aux règles de l'art, la dent s'est fracturée et a dû être extraite. Il s'ensuit que les manquements imputables au CHU de Dijon, qui ne sont au demeurant pas contestés en défense, sont constitutifs d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
S'agissant des dépenses de santé :
4. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que M. D a exposé des frais non couverts par l'assurance maladie et par sa mutuelle, pour un montant de 1 822,50 euros, qui sont en lien direct avec les manquements fautifs imputables au CHU de Dijon.
S'agissant des frais divers :
5. Le requérant soutient qu'il a exposé des frais, pour un montant de 6 000 euros, relatifs aux honoraires d'un médecin-conseil l'ayant assisté pour les opérations d'expertise. Il résulte de l'instruction que le docteur B D, dentiste qui a assisté M. D lors des opérations d'expertise, est la fille de ce dernier et travaille et réside en Guyane. L'intéressé ne justifie pas, par la seule production d'une facture établie par sa fille et portant la mention " payée ", avoir effectivement engagé des frais pour l'assistance apportée par cette dernière lors d'opérations d'expertise. Par ailleurs, le choix de l'intéressé de faire appel à un dentiste résidant en Guyane, alors qu'il n'est nullement établi ni même allégué qu'il n'aurait pas pu être assisté, lors des opérations d'expertise, par un praticien de la région, relève de pures convenances personnelles. Les frais correspondant au déplacement et à l'hébergement du docteur B D ne sauraient ainsi, en tout état de cause, être regardés comme un préjudice indemnisable. Dans ces conditions, ce poste de préjudice doit être écarté.
S'agissant des préjudices à caractère extrapatrimonial temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
6. Le rapport de l'expert retient que M. D a subi un déficit temporaire de classe 1, soit 10 %, du 27 octobre 2015 au 12 janvier 2016, date de l'extraction de la dent. Le requérant soutient qu'il n'a retrouvé ses capacités fonctionnelles que le 1er octobre 2018, date à laquelle a été posée la couronne sur l'implant précédemment mis en place. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, et notamment pas du rapport de l'expert, que M. D, dont le déficit fonctionnel a été exclusivement lié aux douleurs provoquées par la dent fracturée, aurait conservé un déficit fonctionnel après l'extraction de cette dent le 12 janvier 2016, et ce alors même que l'expert a estimé que son état devait être regardé comme consolidé à la date du 1er octobre 2018, correspondant à la pose d'une couronne sur implant, ayant permis à l'intéressé de retrouver sa capacité masticatoire. Si M. D soutient qu'il a eu des difficultés à manipuler la commande buccale de son fauteuil roulant et a ainsi été privé de sa mobilité jusqu'au 1er octobre 2018, aucune pièce du dossier ne permet de corroborer une telle allégation, laquelle est au demeurant contredite par les conclusions de l'expert. Il y a donc lieu de retenir un déficit fonctionnel temporaire de 10% pour la période allant du 27 octobre 2015 au 12 janvier 2016, soit 77 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant à ce titre la somme de 150 euros.
Quant aux souffrances endurées :
7. Il résulte de l'instruction que M. D a enduré des souffrances, évaluées par l'expert à 2 sur une échelle de 1 à 7, dont il sera fait une juste appréciation en les évaluant à la somme de 1 850 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
8. M. D demande la prise en compte d'un préjudice esthétique temporaire, en faisant valoir que la première prémolaire qui a dû être extraite du fait des manquements du centre hospitalier est une dent visible et qu'il s'est écoulé près de deux années avant qu'une couronne ne soit posée. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment du rapport de l'expert qui a évalué ce préjudice à 0,5 sur 7, que l'intéressé n'a pas subi d'altération temporaire majeure de son apparence physique. Ce chef de préjudice doit par suite être écarté.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que les préjudices subis par M. D dont le CHU de Dijon doit assurer la réparation s'élèvent à 3 822, 50 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
10. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, M. D a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 3 822, 50 euros à compter du 24 mars 2021, date à laquelle sa demande a été reçue par le CHU de Dijon.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 que le CHU de Dijon doit être condamné à verser à M. D une somme de 3 822, 50 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2021.
Sur les droits de la CPAM de la Côte-d'Or :
12. En premier lieu, la CPAM justifie, notamment par la production d'une attestation d'imputabilité non contestée par le centre hospitalier, d'un montant total de débours à hauteur de 237,73 euros au titre des frais médicaux et pharmaceutiques exposés pour le compte de son assuré. La caisse peut, ainsi, prétendre au versement de cette somme.
13. En second lieu, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 et de ce qui vient d'être dit au pont 12, il y a lieu d'allouer à la CPAM de la Côte-d'Or la somme de 115 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens de l'instance :
14. Il y a lieu de mettre les frais de l'expertise médicale, taxés et liquidés à la somme de 1 440 euros par une ordonnance du président du tribunal administratif de Dijon du 15 juin 2020, à la charge définitive du CHU de Dijon.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Dijon une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le requérant et qui ne sont pas compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Dijon est condamné à verser à M. D la somme de 3 822,50 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2021.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Dijon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or la somme de 237, 73 euros au titre de ses débours ainsi que la somme de 115 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 440 euros, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Dijon.
Article 4 : Le centre hospitalier universitaire de Dijon versera à M. D une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au centre hospitalier universitaire de Dijon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026