mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101829 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ALTRA CONSULTING (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2021, le centre hospitalier d'Auxerre, représenté par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Altra Consulting, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée, dont il s'estime titulaire, au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2018, d'un montant de 364 097,29 euros, au titre du II de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée, dont il s'estime titulaire, au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2018, d'un montant de 368 922 euros, au titre du 1 du V de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts ;
3°) de condamner l'Etat au versement d'intérêts moratoires ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, il est fondé, s'agissant des charges qui ne peuvent être affectées qu'après leur utilisation, et du seul secteur constitué par l'activité hospitalière de soins, à déterminer, catégorie de charges par catégorie de charges, en distinguant la pharmacie, la restauration, l'activité libérale de soins, et les frais généraux, un coefficient d'assujettissement fondé sur la part soumise à la taxe sur la valeur ajoutée de chacune de ces activités et à appliquer le coefficient de déduction en résultant à l'assiette correspondant à chaque activité ; il en résulte un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible supplémentaire de 1 226 086,29 euros et un montant de crédit de taxe remboursable égal à 364 097,29 euros ;
- à titre subsidiaire, il est fondé, s'agissant de ces mêmes charges, et de ce même secteur, à déterminer, sur le fondement du V de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts, un coefficient d'assujettissement global, égal en l'espèce à 0,16 ; il en résulte un montant de taxe sur la valeur ajoutée déductible supplémentaire de 1 231 099,53 euros et un montant de crédit de taxe remboursable égale à 368 922 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le centre hospitalier requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 5 janvier 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 14 février 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 18 février 2022 par ordonnance du même jour.
Les parties ont été informées le 20 mai 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de versement d'intérêts moratoires, en l'absence de litige né et actuel sur ce point avec le comptable compétent.
Un mémoire a été présenté le 23 mai 2022 par le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or en réponse à ce moyen, et a été communiqué.
Un mémoire a été présenté le 30 mai 2022 pour le centre hospitalier d'Auxerre en réponse à ce moyen, et a été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B A,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le centre hospitalier d'Auxerre, qui comprend l'hôpital à proprement parler exerçant une activité traditionnelle de soins, l'institut de formation en soins infirmiers et l'unité de soins de longue durée, a spontanément procédé à des régularisations de taxe sur la valeur ajoutée déductible sur ses déclarations des mois de novembre 2017 et novembre 2019. Il a constaté, sur la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée du mois d'avril 2020, en date du 18 mai 2020, un crédit de taxe d'un montant de 368 922 euros, et a demandé le même jour à l'administration fiscale le remboursement de ce crédit. Par une décision explicite en date du 5 mai 2021, le service a rejeté cette demande. Par sa requête, le centre hospitalier d'Auxerre demande au tribunal de prononcer le remboursement de ce crédit de taxe sur la valeur ajoutée.
Sur les conclusions à fin de remboursement :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".
3. Il est constant que le centre hospitalier requérant, qui a entendu rectifier les coefficients de déduction de la taxe sur la valeur ajoutée qu'il a appliqués, au seul secteur de soins de l'activité hospitalière, pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée initialement déduite sur ses déclarations primitives, a déclaré, respectivement sur ses déclarations de novembre 2017 et de novembre 2019, en " autre TVA à déduire " des montants complémentaires de taxe sur la valeur ajoutée déductible de 603 645 euros et de 627 266 euros relatifs respectivement aux périodes de janvier 2015 à décembre 2016, et de janvier 2017 à décembre 2018, générant ainsi un crédit de taxe, dont il a demandé le remboursement, au titre du mois de mai 2020, pour la fraction non imputée sur la taxe due. Le centre hospitalier d'Auxerre ayant été imposé conformément à ses déclarations, il lui incombe, en vertu des dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, d'établir l'exagération des impositions en litige.
En ce qui concerne la sectorisation :
4. Aux termes des deux premiers alinéas du I de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts : " Les opérations situées hors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée et les opérations imposables doivent être comptabilisées dans des comptes distincts pour l'application du droit à déduction. / Il en va de même pour les secteurs d'activité qui ne sont pas soumis à des dispositions identiques au regard de la taxe sur la valeur ajoutée. ".
5. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier d'Auxerre ne conteste désormais plus dans sa requête, qu'il était tenu, en vertu des dispositions précitées du deuxième alinéa du I de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, de constituer trois secteurs distincts au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, constitués de l'activité de soins du centre hospitalier, de l'activité de formation de l'institut de formation en soins infirmiers et de celle de soins et d'hébergement de l'unité de soins de longue durée.
En ce qui concerne la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
6. En premier lieu, aux termes du 1 du I de l'article 271 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. ". Aux termes du II de l'article 206 de l'annexe II à ce code : " Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. ".
7. En application des dispositions précitées, le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service doit être déterminé pour chaque bien ou service, et non par type ou catégorie de biens ou services. Dès lors, en se fondant sur ces seules dispositions, le centre hospitalier d'Auxerre n'est pas fondé, à se prévaloir de coefficients d'assujettissement calculés, par catégorie de charges, en distinguant les charges de pharmacie, les charges exposées pour la restauration, les charges relatives à l'activité libérale et les frais généraux, comme la proportion moyenne d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables de chacune de ces catégories de charges. En tout état de cause, en l'absence de production, devant le juge de l'impôt, de tout élément issu de sa comptabilité, le centre hospitalier d'Auxerre ne justifie aucunement ni des montants de charges dont il se prévaut, susceptibles de constituer des bases de taxe déductible, ni des différents paramètres pris en compte pour déterminer les coefficients d'assujettissement qu'il revendique. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En second lieu, aux termes des deux premiers alinéas du V de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts : " 1. L'assujetti peut, par année civile, retenir : / 1° Pour l'ensemble de ses biens et services utilisés concurremment à des opérations imposables et à des opérations non imposables, un coefficient d'assujettissement unique, sous réserve d'en justifier ; () ".
9. Si, à titre subsidiaire, le centre hospitalier d'Auxerre, demande que son coefficient d'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée des dépenses mixtes relevant pour partie des opérations situées hors champ et pour partie des opérations situées dans le champ de la taxe, soit fixé à 0,13 pour les années 2015 et 2016 et à 0,16 pour les années 2017 et 2018 en se fondant sur la ventilation des écritures passées en comptabilité entre activité hors champ de la taxe et activité dans le champ, et à supposer même qu'on puisse considérer toutes les charges de pharmacie et de restauration dont s'agit comme des biens et services utilisés concurremment à des opérations imposables et à des opérations non imposables, il n'établit, une nouvelle fois, nullement les montants énumérés et utilisés, en l'absence de toute production de document comptable et de toute explication quant à l'origine de ces montants, pour déterminer ces coefficients, et, ce faisant, n'apporte pas la preuve qui lui incombe que ces coefficients reflèteraient objectivement la part d'affectation réelle des dépenses mixtes, aux activités hors champ et dans le champ de la taxe. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, les conclusions à fin de remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont se prévaut le centre hospitalier d'Auxerre doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :
11. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés. / Lorsque les sommes consignées à titre de garanties en application des articles L. 277 et L. 279 doivent être restituées, en totalité ou en partie, la somme à rembourser est augmentée des intérêts prévus au premier alinéa. Si le contribuable a constitué des garanties autres qu'un versement en espèces, les frais qu'il a exposés lui sont remboursés dans les limites et conditions fixées par décret. ".
12. En l'absence de litige né et actuel sur ce point avec le comptable compétent, les conclusions du centre hospitalier requérant à fin de versement d'intérêts moratoires qui sont irrecevables, ne peuvent qu'en tout état de cause, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le centre hospitalier d'Auxerre demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du centre hospitalier d'Auxerre est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre hospitalier d'Auxerre et au directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
Le rapporteur,
I. A
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026