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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102205

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102205

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102205
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP PIELBERG KOLENC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2021 et un mémoire enregistré le 28 mars 2023, M. C A, agissant en son nom propre et en qualité de gérant du groupement foncier rural (GFR) de Briffaut, représentés par la SCP KPL Avocats, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Neuvy-Grandchamp à leur verser une somme de 107 683,50 euros avec intérêts de droit à compter du 24 avril 2021 et d'ordonner la capitalisation des intérêts au 24 avril 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Neuvy-Grandchamp une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la voie passant sur le barrage de l'étang de Briffaut a été classée dans la voirie communale par délibération du conseil municipal de Neuvy-Grandchamp du 14 décembre 2009 ; il en découle que la digue servant de support à cette voie en constitue une dépendance nécessaire et un accessoire indispensable, et son entretien constitue une dépense obligatoire pour la commune ;

- l'offre de concours qu'ils ont faite reposait sur un consentement qui n'était pas libre ; ils sont fondés à demander le remboursement des sommes engagées pour la réalisation des travaux d'entretien de cette digue, qu'ils ont exécutés en se croyant à tort propriétaires de cette digue, erreur qui est imputable aux services de l'Etat et à la commune, qui leur a laissé faire en toute connaissance de cause des travaux sur l'ouvrage public appartenant à cette dernière ;

- ils sont également fondés à demander la condamnation de la commune sur le fondement de l'enrichissement sans cause dès lors qu'ils ont été amenés à réaliser des travaux de remise en état de la chaussée de la voie communale ;

- leur préjudice s'élève à la somme de 107 683,50 euros, correspondant aux coûts de maitrise d'œuvre, aux travaux et aux frais d'étude nécessaires pour obtenir l'autorisation préfectorale nécessaire .

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 décembre 2021 et 19 juillet 2023, la commune de Neuvy-Grandchamp, représentée par Me Le Meignen, demande au tribunal de rejeter la requête, à titre subsidiaire, de réduire dans de notables proportions la somme susceptible d'être mise à sa charge, et de mettre à la charge de M. A et du GFR de Briffaut une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que seul M. A est propriétaire de l'étang et que la demande préalable a été présentée seulement à son nom ;

- en tant que propriétaire de la voie et de la digue, qui en est l'accessoire, elle était seule habilitée à intervenir et à faire réaliser des travaux ;

- contrairement à ce qui est indiqué à tort dans son arrêté du 12 décembre 2019, les travaux ne font pas suite à un effondrement de la digue, qui ne présentait pas de risque ni de signe d'affaissement, les travaux entrepris ne relevant pas dès lors de l'entretien de la voirie, mais de travaux entrepris par le propriétaire de l'étang dans son seul intérêt personnel ;

- ces travaux n'ont pas été demandés par les services de l'Etat ;

- le GFR avait signé une convention par laquelle il s'engageait à avertir la commune avant d'entreprendre des travaux, obligation qu'il n'a pas respectée ;

- à titre subsidiaire, le montant du préjudice allégué est disproportionné et il y a matière à partage de responsabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A et de Me Le Meignen, représentant la commune de Neuvy-Grandchamp.

Considérant ce qui suit :

1. L'étang de Briffaut, dans la commune de Neuvy-Grandchamp, est un étang artificiel formé par un barrage, construit en 1636. L'étang a été vendu le 29 octobre 2018 par le groupement foncier rural (GFR) de Briffaut à M. C A. Le barrage supporte une voie communale, qui a été classée dans le domaine public routier de la commune par délibération du 14 décembre 2009. En octobre 2018, la sécheresse et une fuite d'eau sur le barrage ont entrainé une forte baisse du niveau des eaux, ce qui a conduit le GFR de Briffaut et M. A à entreprendre en urgence une vidange afin de sauver les poissons. Une fois cette vidange réalisée, il leur est apparu nécessaire d'entreprendre des travaux pour réparer la fuite et améliorer l'étanchéité du mur du barrage. Après avoir fait réaliser ces travaux, M. A a saisi la commune d'une demande préalable afin de se faire rembourser les frais exposés pour ces travaux. Cette demande a été renouvelée en cours d'instance par M. A agissant en son nom propre et en qualité de gérant du GFR de Briffaut. Un refus implicite leur ayant été opposé, M. A et le GFR demandent au tribunal de condamner la commune de Neuvy-Grandchamp à leur verser une somme de 107 683,50 euros en remboursement des dépenses qu'ils ont exposées pour la réfection du barrage.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, les requérants soutiennent qu'en réalisant des travaux sur ce barrage alors que celui-ci relevait du domaine public de la commune, ils ont fait une " offre de concours ", qui reposait sur un consentement qui n'était pas libre, dès lors qu'ils se sont estimés à tort propriétaires de la digue formant le barrage et sur laquelle repose la voie publique. Cette erreur aurait été provoquée par les services de la préfecture qui ont toujours qualifié le GFR de propriétaire de la digue, ainsi que par la commune de Neuvy-Grandchamp, qui leur a laissé faire en toute connaissance de cause les travaux alors qu'elle savait parfaitement que ces travaux portaient sur un ouvrage public lui appartenant et qu'elle avait l'obligation d'entretenir.

3. La commune de Neuvy-Grandchamp ne conteste ni être propriétaire de la voie communale supportée par le barrage fermant l'étang de Briffaut, voie qu'elle a classée dans son domaine public, ni que ce barrage constitue un accessoire indispensable de cette voie.

4. Il résulte toutefois de l'instruction que l'ouvrage ne présentait, avant la vidange de l'étang, aucun désordre affectant la voie communale, et que c'est une fois l'étang vidé que des signes d'érosion du mur amont du barrage et une fuite ont été mis au jour. Pour y remédier, des travaux, consistant notamment en la reprise de l'étanchéité sur tout ce mur, ont été entrepris pour permettre la remise en eau de l'étang. Ces travaux ont été engagés à la seule initiative de l'exploitant, quand bien même ils ont été autorisés par arrêté du 12 juillet 2019 du préfet de Saône-et-Loire. Il ressort également du document " préconisations de travaux " de décembre 2019, qu'à la suite de ces travaux, réalisés d'août à décembre 2019, une rehausse réalisée par l'entrepreneur a glissé, entrainant l'effondrement d'une partie du bord de la chaussée. De nouveaux travaux ont été entrepris immédiatement, et la commune a pris à cette occasion, le 12 décembre 2019, un arrêté règlementant la circulation le temps du chantier.

5. Les requérants ne sauraient dès lors utilement tirer argument de cet arrêté pour soutenir que la commune était parfaitement informée des travaux qu'ils ont fait réaliser avant l'intervention de cet arrêté. Ils ne peuvent davantage soutenir qu'ils ont été induits en erreur par les services de l'Etat qui ont désigné le GFR de Briffaut comme propriétaire de l'ouvrage dans les décisions qu'ils ont prises au titre de la police de l'eau, ces décisions n'ayant ni pour objet ni pour effet de mettre à leur charge des travaux d'entretien de la voirie communale. En tout état de cause, une faute, à la supposer même établie, des services de l'Etat, ne saurait être invoquée utilement pour rechercher la responsabilité de la commune de Neuvy-Grandchamp.

6. Il résulte ainsi de l'instruction que les travaux en litige, qui avait pour objet d'assurer l'étanchéité de l'étang et non la stabilité de la voie communale qui n'était pas menacée d'effondrement, ont été exécutés à la seule initiative des requérants, sans accord préalable de la commune et dans leur intérêt exclusif. Dans ces conditions, M. A et le GFR de Briffaut ne sont pas fondés à soutenir que la commune de Neuvy-Grandchamp aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en les incitant à entreprendre, dans le cadre d'une offre de concours, des travaux qui ne leur incombaient pas.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 2321-1 du code général des collectivités territoriales : " Sont obligatoires pour la commune les dépenses mises à sa charge par la loi. " et aux termes de l'article L. 2321-2 du même code : " Les dépenses obligatoires comprennent notamment : () 20° Les dépenses d'entretien des voies communales ; "

8. Les requérants, au soutien des conclusions indemnitaires qu'ils présentent, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'enrichissement sans cause de la commune de Neuvy-Grandchamp, font valoir qu'ils ont été amenés à réaliser des travaux de remise en état de la chaussée de la voie communale " selon les prescriptions établies par les services de la préfecture et en fonction d'études réalisées qui ont démontré que ces travaux étaient nécessaires pour la préservation de la digue qui prenait l'eau ".

9. Toutefois, comme déjà indiqué, les travaux en litige n'ont pas pour origine des désordres apparus sur la chaussée, et ne résultent pas de prescriptions imposées par les services de l'Etat, qui portent seulement sur des mesures de surveillance au titre de la police de l'eau, habituelles pour ce type d'ouvrage. La réparation de la fuite d'eau et la reprise d'étanchéité du barrage ont ainsi eu pour seul objectif de permettre la remise en eau de l'étang, et non d'entretenir ou conforter la voirie communale. En outre, aucun élément de l'instruction ne permet de conclure que le défaut d'étanchéité de la digue risquait d'avoir des conséquences sur la préservation de la voie communale, celle-ci ne s'étant, finalement, partiellement effondrée qu'à la suite et en conséquence des travaux de reprise d'étanchéité menés jusqu'en décembre 2019, désordres dont la réparation incombait au commanditaire des travaux. Il ne ressort pas, dès lors, de l'instruction, que les travaux pris en charge par les requérants auraient porté sur l'entretien de la voirie communale, ni qu'ils auraient présenté un caractère d'utilité pour la commune. En tout état de cause, M. A et le GFR de Briffaut ne sauraient obtenir, sur le terrain quasi contractuel, le remboursement de dépenses qui, ainsi que cela a été exposé, n'ont pas été engagées avec l'assentiment de la commune de Neuvy-Grandchamp.

10. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont fondés à se prévaloir ni d'" un vice du consentement " affectant leur offre de concours, ni d'un enrichissement sans cause, pour demander à la commune l'indemnisation du montant des travaux qu'ils ont exposés.

11. Leurs conclusions indemnitaires ne peuvent par suite qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Neuvy-Grandchamp, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. A et au GFR de Briffaut de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de

M. A et du GFR de Briffaut la somme que demande la commune de Neuvy-Grandchamp, au titre des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A et du GFR de Briffaut est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Neuvy-Grandchamp au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au groupement foncier rural de Briffaut et à la commune de Neuvy-Grandchamp.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

M. Irénée Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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