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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102295

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102295

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102295
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAMBERT EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2021, Mme D A B, représentée par Me Lambert, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 717,55 euros en réparation des préjudices moral et financier subis du fait de l'illégalité de la décision du 27 avril 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a procédé à des retenues sur traitement au titre de la période du 12 au 21 mai 2021 pour absence de service fait et des agissements fautifs de l'administration qui a engagé à son égard une procédure de radiation des cadres pour abandon de poste ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon de procéder à des retenues sur salaire et d'initier une procédure d'abandon de poste sont illégales dès lors que :

- il appartenait à l'administration de saisir un médecin agréé conformément à l'article 25 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 modifié relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, aux fins de contestation de ses arrêts de travail ;

- l'expertise organisée par l'administration n'était pas impartiale ;

- elle n'avait aucune volonté de rompre le lien qui l'unit à l'employeur ;

- les fautes commises par l'administration lui ont causé un préjudice moral dès lors qu'elle a dû " batailler " au-delà du raisonnable pour démontrer la légitimité de ses arrêts de travail ainsi qu'un préjudice financier puisqu'elle a dû faire appel à une assistance juridique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- la requérant ne peut se prévaloir de la faute qui aurait été commise par l'administration par l'engagement de la procédure d'abandon de poste dès lors que la décision de radiation des cadres pour abandon de poste n'a jamais été prise et qu'elle n'établit pas avoir transmis des nouveaux éléments relatifs à son état de santé permettant de conclure qu'elle n'était pas apte à reprendre son activité ;

- Mme A B ne peut davantage se prévaloir de l'illégalité de la décision du 27 avril 2021 dès lors que cette décision a été retirée et n'a jamais été exécutée ;

- les préjudices allégués par la requérante ne sont pas établis.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 25 avril 2023, Mme A B persiste dans ses précédentes écritures.

Elle soutient en outre que :

- elle avait transmis à son employeur un élément nouveau relatif à son état de santé ;

- l'avis du comité médical est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'elle a finalement dû subir une intervention chirurgicale de sorte que l'administration ne pouvait suivre cet avis ;

- les préjudices subis ne résultent pas directement des décisions illégales qui ont été retirées mais des comportements et des actes qui lui ont causé préjudice ;

- les menaces qu'elle a subies l'ont perturbée et inquiétée puisqu'il s'agissait de la perte de son emploi.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme Zeudmi Sahraoui, rapporteure,

- les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Lambert, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, adjointe administrative principale de 2ème classe affectée au centre de détention de Joux-la-Ville, a bénéficié d'un congé de maladie ordinaire à compter du 23 septembre 2020. Le 18 février 2021, le comité médical départemental a, au vu d'une expertise du 14 janvier 2021, rendu un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie et s'est prononcé favorablement à l'octroi d'un congé de maladie ordinaire de plus de six mois à compter du 23 septembre 2020 puis à la reprise des fonctions à temps plein à l'issue de ce congé. Par deux courriers des 24 février et 8 mars 2021, le chef d'établissement a informé l'agent qu'elle devait reprendre ses fonctions au plus tard le 24 mars 2021, sous peine de l'engagement d'une procédure de radiation des cadres pour abandon de poste. Le congé de maladie de l'agent a été prolongé jusqu'au 31 mars 2021, puis Mme A B a été mise en demeure de reprendre ses fonctions à compter du 1er avril 2021. Par une décision du 27 avril 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a prononcé une retenue sur traitement compte tenu de l'absence de service fait au cours de la période du 12 au 21 avril 2021. L'administration a, une nouvelle fois, par un courrier du 11 mai 2021, mis en demeure l'agent de reprendre ses fonctions dans le délai de deux jours suivant la réception dudit courrier. Le 19 mai 2021, l'intéressée a transmis un bulletin d'hospitalisation établi par l'hôpital privé Dijon Bourgogne pour la journée du 18 mai 2021 et un nouvel avis d'arrêt de travail jusqu'au 30 juillet 2021. Par un arrêté du

20 mai 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a retiré la décision du 27 avril 2021 portant retenue sur traitement pour absence de service fait. Par un courrier du 2 juin 2021, Mme A B a été informée que, compte tenu des éléments nouveaux produits le 19 mai 2021, il était mis fin à la procédure d'abandon de poste et qu'elle était placée en congé de maladie ordinaire pour la période du 1er avril au 30 juillet 2021. Par un courrier du 11 juin 2021, Mme A B a saisi l'administration d'une demande tendant à la réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subis en raison de l'illégalité des décisions de retenue sur traitement et de l'engagement d'une procédure d'abandon de poste. Cette demande a été rejetée le 8 juillet 2021.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il court d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. L'agent qui se trouve en position de congé de maladie est regardé comme n'ayant pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, il ne peut en principe faire l'objet d'une mise en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer, dans les conditions définies au point 2 ci-dessus, son licenciement pour abandon de poste. Il en va toutefois différemment lorsque l'agent, reconnu apte à reprendre ses fonctions par le comité médical départemental, se borne, pour justifier sa non présentation ou l'absence de reprise de son service, à produire un certificat médical prescrivant un nouvel arrêt de travail sans apporter, sur l'état de santé de l'intéressé, d'éléments nouveaux par rapport aux constatations sur la base desquelles a été rendu l'avis du comité médical.

4. En premier lieu, Mme A B soutient que l'illégalité de la décision du 27 avril 2021 portant retenue sur traitement pour absence de service fait du 12 avril au 21 avril 2021 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration.

5. D'une part, la requérante soutient que la décision du 27 avril 2021 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'expertise réalisée le 14 janvier 2021, au vu de laquelle le comité médical a rendu son avis du 18 février 2021, était dépourvue de caractère sérieux et n'était pas impartiale. Toutefois, la seule circonstance que la requérante s'est vu prescrire une intervention chirurgicale au mois de mai 2021 n'est pas de nature à établir que l'expertise du 14 janvier 2021, qui avait conclu à une reprise du travail, serait irrégulière.

6. D'autre part, la circonstance que l'état de santé de la requérante a rendu nécessaire une intervention chirurgicale au mois de mai 2021 n'est pas, par elle-même, de nature à établir que l'avis du comité médical du 18 février 2021, qui a conclu à une reprise des fonctions, serait entaché d'une erreur d'appréciation. Dès lors, et en tout état de cause, la requérante ne peut se prévaloir de l'illégalité dont serait entaché cet avis pour établir que la décision du 27 avril 2021 était elle-même illégale.

7. Enfin, aux termes de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'administration dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. () / L'administration peut faire procéder à tout moment à la contre-visite du demandeur par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption du versement de sa rémunération, à cette contre-visite. / Le comité médical compétent peut être saisi, soit par l'administration, soit par l'intéressé, des conclusions du médecin agréé. ".

8. La requérante soutient qu'elle avait adressé à son employeur un nouvel avis d'arrêt de travail et qu'il appartenait à l'administration de le contester en saisissant le médecin agréé en application de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 précité. Il résulte cependant de l'instruction que, le 18 février 2021, le comité médical départemental a rendu un avis favorable à la reprise de ses fonctions par l'agent, de sorte que l'envoi d'un nouvel arrêt de travail n'était susceptible de placer régulièrement l'agent en congé de maladie que si ce certificat médical présentait des éléments nouveaux par rapport à ceux examinés par le comité médical. Si la requérante soutient qu'elle avait adressé à l'administration un arrêt de travail d'un chirurgien orthopédiste, elle se borne à produire un arrêt de travail valable jusqu'au 31 mars 2021 qui n'est pas de nature à justifier son absence du service à compter du 1er avril 2021. En outre, s'il résulte de l'instruction, notamment du courrier du 11 mai 2021, valant mise en demeure préalable à une radiation des cadres pour abandon de poste, que Mme A B avait adressé à l'administration un nouvel arrêt de travail le 29 mars 2021, valable jusqu'au 25 avril 2021, il est mentionné dans ce courrier que ce nouvel arrêt de travail ne contenait pas d'éléments nouveaux. La requérante, qui ne produit pas cet arrêt de travail, n'établit pas que celui-ci contenait des éléments nouveaux. En l'absence de tels éléments, l'administration, qui n'était pas tenue de saisir le médecin agréé d'une contre-visite en application de l'article 25 du décret du 14 mars 1986, a pu considérer, sans commettre ni erreur de droit ni erreur d'appréciation, que l'absence de Mme A B était injustifiée et prendre à son encontre une décision de retenue sur traitement au titre de la période du 12 au 21 avril 2021. Dès lors, il n'est pas établi qu'à la date à laquelle elle a été prise, cette décision, qui a ensuite été retirée par l'administration, était illégale.

9. Mme A B se prévaut également du caractère fautif des agissements de l'administration qui a engagé à son égard une procédure de radiation des cadres pour abandon de poste. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, l'administration était fondée à engager à l'égard de la requérante une telle procédure. Si la requérante fait valoir que la transmission des arrêts de travail et des courriers démontrait qu'elle n'avait aucune volonté de rompre le lien avec l'employeur, cette circonstance n'était toutefois pas de nature à faire obstacle à ce que l'administration engage une procédure de radiation des cadres pour abandon de poste dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, les arrêts de travail transmis n'apportaient aucun élément nouveau. Dès lors, en engageant à l'égard de Mme A B une procédure d'abandon de poste, qui n'a finalement pas abouti, l'administration n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, la somme sollicitée par Mme A B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

N. ZEUDMI SAHRAOUI

Le président,

Ph. NICOLET La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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