vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102349 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AARPI SATORIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 septembre 2021, 5 octobre 2022, 10 octobre 2022, 21 août 2023 et 4 septembre 2023, la société Thelem Assurances, représentée par Me Franzini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum le centre hospitalier d'Auxerre et son assureur à lui verser la somme de 97 303,46 euros assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier d'Auxerre et de son assureur le versement d'une somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Thelem Assurances soutient que :
- le centre hospitalier d'Auxerre est responsable de plein droit de l'infection nosocomiale contractée par Mme C A lors de son hospitalisation et des conséquences de celle-ci en application des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- le jugement par lequel le tribunal de grande instance de Paris a jugé que les conséquences sur Mme A de l'infection nosocomiale ne pouvaient être mises à la charge du docteur D au titre de son activité libérale est revêtu de l'autorité de la chose jugée ;
- elle est fondée à solliciter sa condamnation à lui verser les sommes mises à sa charge par le tribunal de grande instance de Paris soit une somme globale de 49 696,01 euros au titre des différents préjudices subis par Mme A, une somme de 29 263,57 euros au titre des débours de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Côte-d'Or et une somme de 1 757, 09 euros au titre des frais de l'expertise judiciaire ;
- il y a lieu d'actualiser le montant total de ces sommes pour tenir compte de l'érosion monétaire et de l'inflation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 décembre 2021, 21 octobre 2022 et 31 août 2023, le centre hospitalier d'Auxerre et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM), devenue Relyens, représentés par Me Vogel, concluent à la minoration des prétentions indemnitaires de la société requérante.
Le centre hospitalier et Relyens soutiennent que :
- ils ne contestent ni le caractère nosocomial de l'infection contractée par Mme A ni la responsabilité de plein droit de l'établissement de santé ;
- dès lors que le retard dans le diagnostic et les séquelles de cette infection sont imputables à des fautes commises par le docteur D dans le cadre de son activité libérale, il y a lieu de procéder à un partage de responsabilité entre l'établissement de santé et le médecin à hauteur de 50% ;
- si les frais de médecin conseil, d'un montant de 675 euros, ne sont pas contestés, le suivi psychologique de Mme A, qui s'élève à 2 600 euros, est lié à son accident initial et non à l'infection nosocomiale, de sorte que ces frais ne constituent pas un préjudice dont ils doivent assurer la réparation ;
- le taux horaire des frais d'assistance à tierce personne est surévalué, le montant alloué à ce titre devra être limité à 5 953,50 euros ;
- la réalité des pertes de gains professionnels n'est pas établie ;
- le montant du déficit fonctionnel temporaire devra être calculé sur la base de 13 euros par jour soit un montant total de 4 046 euros ;
- il convient de réduire la somme allouée au titre des souffrances endurées pour tenir compte des souffrances directement liées à l'accident initial, dans la limite de 2 000 euros ;
- le déficit fonctionnel permanent doit être évalué, compte tenu de l'âge de Mme A à la date de consolidation, à la somme de 5 950 euros ;
- le préjudice esthétique devra être limité à la somme de 500 euros ;
- la réalité du préjudice d'agrément n'est pas établie ;
- le préjudice sexuel est en lien avec l'accident initial et non avec l'infection nosocomiale ;
- les frais d'avocats de Mme A étant automatiquement pris en charge par la société Thelem assurances en vertu de l'exécution de son contrat, en contrepartie des cotisations versées, ils n'ouvrent pas droit à remboursement ;
- les provisions allouées par la société Thelem assurances ne correspondant pas aux sommes réclamées par la CPAM de la Côte-d'Or, la demande présentée au titre de la créance de la caisse devra être rejetée.
- la demande d'actualisation présentée par la requérante doit être rejetée dès lors que la réparation n'est pas versée sous la forme d'une rente.
Par une ordonnance du 19 septembre 2023, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix,
- les conclusions de M. B,
- et les observations de Me Roupie substituant Me Franzini représentant la société Thelem Assurances.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 août 2007, Mme A a été victime d'un accident de la circulation en qualité de passagère dans un véhicule assuré auprès de la société Thelem Assurances. Le 7 août 2007, elle a été prise en charge au sein du centre hospitalier d'Auxerre où elle a bénéficié d'une intervention chirurgicale consistant en une réduction d'une fracture déplacée de l'extrémité inférieure du radius droit. Le 23 août 2007, en raison de la persistance de ses douleurs et la suppuration des cicatrices, des prélèvements ont été réalisés qui ont mis en évidence la présence d'un staphylococcus aureus. En raison de troubles de cicatrisation après l'ablation des broches, intervenue le 24 septembre 2007, et de la persistance des douleurs et des troubles fonctionnels, une IRM a été réalisée le 25 septembre 2008 qui a mis en évidence l'existence d'une ostéite de l'extrémité inférieure du radius droit avec atteinte de la surface articulaire. Mme A a ensuite subi une troisième intervention, le 29 septembre 2009, qui a consisté à procéder à la neurolyse d'une branche du nerf radial, puis une quatrième intervention, le 21 décembre 2009, au cours de laquelle un séquestre osseux a été retiré et un curetage de la cavité d'ostéite a été pratiqué. Un prélèvement bactériologique effectué avant la dernière intervention a mis en évidence la persistance d'un staphylocoque aureus de sensibilité identique au précédent. Le 31 mai 2012, les experts désignés par le président du tribunal de grande instance de Paris, à la demande de la société Thelem Assurances, ont déposé leur rapport et ont notamment conclu au caractère nosocomial de l'infection contractée par Mme A au décours de l'intervention chirurgicale subie le 7 août 2007 au centre hospitalier d'Auxerre. Un procès-verbal de transaction définitive a été régularisé par Mme A et la société Thelem Assurances, le 24 mars 2015, d'un montant total de 64 666,97 euros. La société Thelem Assurances a par ailleurs versé à la CPAM de la Côte-d'Or les sommes de 7 691,32 euros correspondant aux débours liés à l'accident de la circulation survenu le 6 août 2007, de 1 015 euros, correspondant à l'indemnité forfaitaire de gestion, et de 29 263,57 euros correspondant à une partie des débours liés à l'infection nosocomiale.
2. Le 20 mai 2020, la société Thelem Assurances, subrogée dans les droits de la victime, a demandé au centre hospitalier d'Auxerre et à la SHAM, son assureur, de lui rembourser les indemnités versées à Mme A du fait de l'infection nosocomiale et débours de la CPAM des débours liés à cette infection. Sa demande a été implicitement rejetée. La société requérante demande au tribunal de condamner le centre hospitalier d'Auxerre et son assureur à lui verser, au principal, une somme de 97 303,46 euros.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier d'Auxerre :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise judiciaire des docteurs Brun-Buisson et Tawil, et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que des prélèvements réalisés le 23 août 2007, quatorze jours après la première intervention chirurgicale subie par Mme A, ont mis en évidence la présence d'un staphylococcus aureus. Dès lors qu'elle est apparue au décours de l'intervention chirurgicale du 7 août 2007 et qu'il n'est pas établi qu'elle aurait été présente ou en incubation au début de sa prise en charge ou qu'elle aurait une origine extérieure, une telle infection doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial.
5. En deuxième lieu, lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher devant le juge administratif la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes à réparer l'intégralité de son préjudice. L'un des coauteurs ne peut alors s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant l'existence de fautes commises par l'autre coauteur.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la victime peut demander la condamnation d'une personne publique à réparer l'intégralité de son préjudice lorsque la faute commise portait normalement en elle le dommage, alors même qu'une personne privée, agissant de façon indépendante, aurait commis une autre faute, qui portait aussi normalement en elle le dommage au moment où elle s'est produite. Il n'y a, dans cette hypothèse, pas lieu de tenir compte du partage de responsabilité entre les coauteurs, lequel n'affecte que les rapports réciproques entre ceux-ci, mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il incombe à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du coauteur personne privée devant le juge compétent, afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.
7. Il résulte de l'instruction que le diagnostic de l'infection nosocomiale contractée par Mme A a été posé tardivement par le docteur D, qui n'a pas prescrit de traitement antibiotique adapté à l'intéressée. Les experts relèvent notamment, dans leur rapport, que ce retard a probablement été responsable d'une aggravation des lésions, a accentué leurs conséquences et l'ampleur des séquelles définitives, sans pouvoir déterminer précisément dans quelle mesure ces séquelles auraient pu être évitées par une prise en charge rapide et un traitement antibiotique adapté. Le centre hospitalier d'Auxerre soutient que, dans la mesure où le retard dans le diagnostic de cette infection, à l'origine des séquelles subies par la patiente, est imputable à des fautes commises par le docteur D dans le cadre de son activité libérale, il y a lieu de procéder à un partage de responsabilité entre l'établissement de santé et le médecin. Toutefois, dès lors que l'infection initialement contractée par Mme A au centre hospitalier d'Auxerre porte en elle normalement le dommage, il n'y a pas lieu de tenir compte d'un quelconque partage de responsabilité entre le centre hospitalier et le docteur D, un tel partage n'affectant que les rapports réciproques entre ceux-ci mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il appartient seulement à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du docteur D devant le juge compétent afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.
8. Il résulte de ce qui précède que la société Thelem Assurance, subrogée dans les droits de Mme A à hauteur des sommes versées à titre transactionnel, est fondée à rechercher la responsabilité du centre hospitalier d'Auxerre à raison des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale contractée par la victime.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices subis par Mme A :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
9. En premier lieu, si la société Thelem Assurance fait valoir qu'elle a pris en charge des frais de suivi psychologique, pour un montant de 2 600 euros, il ne résulte toutefois pas de l'instruction, notamment des doléances exposées par Mme A elle-même dans le cadre de l'expertise, que les troubles psychologiques dont elle souffre, qui sont en lien avec l'accident de voiture dont elle a été victime, auraient été causés ou aggravés par la survenue de l'infection nosocomiale.
10. En deuxième lieu, si la société Thelem Assurances soutient qu'elle a droit à la prise en charge de la moitié des frais d'avocats exposés par Mme A entre la date du dépôt du rapport des experts judiciaires, le 31 mai 2012, et le procès-verbal de transaction définitif en date du 24 mars 2015, il ne résulte cependant pas de l'instruction que les frais d'avocat de Mme A liés à la durée des négociations transactionnelles entre les parties auraient une origine directe et certaine avec l'infection nosocomiale contractée par la victime.
11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a exposé des honoraires de médecin conseil dans le cadre de l'expertise judiciaire, pour un montant non contesté de 675 euros.
12. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert du 31 mai 2012, que l'état de santé de Mme A a nécessité l'aide d'une tierce personne non spécialisée à raison cinq heures hebdomadaires au cours de la période du 7 janvier 2008 au 28 septembre 2009, soit pendant 631 jours, puis de trois heures hebdomadaires du 29 septembre 2009 au 30 juin 2010, soit pendant 275 jours. Pour évaluer ce préjudice, il est tenu compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, entraînant une indemnisation calculée sur la base d'une année de 412 jours, et du taux horaire moyen de rémunération d'une personne non spécialisée, tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche et du taux horaire du salaire minimum interprofessionnel en 2008, 2009 et 2010. Il sera dès lors fait une juste appréciation du préjudice résultant de la nécessité, pour la victime, de recourir temporairement à l'aide d'une tierce personne en raison des séquelles de l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier d'Auxerre en le fixant à 7 900 euros.
13. En dernier lieu, il est certes constant que la société Thelem Assurances a indemnisé Mme A au titre de sa perte de revenus professionnels et demande la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 13 481,78 euros correspondant à la période imputable à la seule l'infection nosocomiale, soit du 7 janvier 2008 au 30 juin 2010, après déduction des indemnités journalières versées à la victime par la CPAM pour la même période.
14. Toutefois, si la société requérante soutient que Mme A venait de terminer un contrat à durée déterminée, à la fin du mois de juillet 2007 en qualité d'agent de service hospitalier en EHPAD, elle n'établit cependant pas que l'intéressée aurait ensuite conclu un contrat à durée indéterminée avec ce même établissement et il ne ressort pas des autres éléments versés au dossier qu'il existerait un lien de causalité direct et certain entre l'infection nosocomiale contractée et une perte de revenus à compter du mois de janvier 2008. Ce chef de préjudice doit par suite être écarté.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 7 janvier 2008 au 28 septembre 2009, un déficit fonctionnel temporaire total du 29 septembre 2009 au 21 janvier 2010 et un déficit fonctionnel temporaire de 25% du 22 janvier 2010 au 30 juin 2010, date à laquelle les experts ont estimé que son état était consolidé. Il sera dès lors fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par Mme A en l'évaluant, sur la base de 16 euros par jour, à la somme de 5 004 euros [(16 x 25% x 631) + (16 x 115) + (16 x 25%x160)].
16. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A a subi des souffrances physiques évaluées par les experts à 3/7, qui auraient été limitées à 1/7 en l'absence d'infection nosocomiale. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 600 euros.
17. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A, âgée de 27 ans à la date de consolidation, reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 5% par les experts. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 6 000 euros.
18. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A conserve des cicatrices pour lesquelles les experts ont évalué le préjudice esthétique permanent à 1/7, en précisant que ce préjudice aurait été limité à 0,5/7 en l'absence d'infection nosocomiale. Il sera en l'espèce fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 500 euros.
19. En cinquième lieu, si la société Thelem Assurances fait valoir que les experts ont retenu un préjudice d'agrément du fait de l'abandon d'activités qu'elle pratiquait avant l'accident dont elle a été victime, la réalité d'un tel préjudice n'est pas établie.
20. En dernier lieu, le préjudice sexuel invoqué par la société requérante n'apparaissant pas caractérisé, il n'y a pas lieu de condamner le centre hospitalier d'Auxerre à ce titre.
21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 à 20 que la société Thelem Assurances est seulement fondée à soutenir que les préjudices subis par Mme A dans les droits de laquelle elle est subrogée s'élèvent à une somme totale de 22 679 euros.
En ce qui concerne les avances versées à la CPAM de la Côte d'Or :
22. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre des pourparlers transactionnels, la société Thelem Assurances a versé à la CPAM de la Côte d'Or plusieurs provisions, pour un montant total de 37 969,89 euros, dont la somme non contestée en défense de 29 263,57 euros pour des frais afférents à l'infection nosocomiale contractée par Mme A. Par ailleurs, la CPAM de la Côte-d'Or a adressé le 6 décembre 2021 à la SHAM, assureur du centre hospitalier d'Auxerre, le montant des débours imputables à l'infection nosocomiale entre le 7 janvier 2008 et le 30 juin 2010, pour un total de 34 201, 45 euros, supérieur au montant des sommes déjà versées par la société Thelem Assurances à titre provisionnel à hauteur de 29 263, 57 euros.
23. La société Thelem Assurances est dès lors fondée à soutenir qu'elle a droit au remboursement de la somme de 29 263,57 euros qu'elle a avancée à la CPAM de la Côte-d'Or.
En ce qui concerne les frais de l'expertise judiciaire :
24. Si la société Thelem Assurances soutient qu'elle a droit à une somme de 1 757,09 euros représentant, selon elle, la moitié des frais de l'expertise qui a été ordonnée par le juge judiciaire, somme qui ne figurait d'ailleurs pas dans la demande transmise au CHU le 20 mai 2020, elle n'a cependant pas justifié, dans le cadre de la présente instance, s'être effectivement acquittée des frais de cette expertise. Ce chef de préjudice doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :
25. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement au principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, la société Thelem Assurances a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes mentionnées aux points 21 et 23 à compter du 20 mai 2020, date de réception par le centre hospitalier d'Auxerre de sa demande préalable.
26. D'autre part, en application de l'article L. 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
27. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête enregistrée au greffe du tribunal le 13 septembre 2021. A cette date, il était dû plus d'une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a seulement lieu de faire droit à cette demande à compter du 13 septembre 2021.
En ce qui concerne l'actualisation :
28. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 21, 23, 25 et 27 et en l'absence de dispositif légal sur ce point, la société Thelem Assurances n'a en tout état de cause pas droit à l'" actualisation " des sommes qui lui sont versées en vertu du présent jugement.
29. Il résulte de tout ce qui précède que la société Thelem Assurances est seulement fondée à demander la condamnation in solidum du centre hospitalier d'Auxerre et de son assureur à lui verser une somme totale de 51 942,57 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 mai 2020 et de la capitalisation des intérêts à compter du 13 septembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier d'Auxerre et de son assureur, la société Relyens, le versement à la société Thelem Assurances d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le centre hospitalier d'Auxerre et la société Relyens sont condamnés in solidum à verser à la société Thelem Assurances la somme de 51 942,57 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 20 mai 2020. Les intérêts échus à la date du 13 septembre 2021 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le centre hospitalier d'Auxerre et la société Relyens verseront solidairement à la société Thelem Assurances une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Thelem Assurance, au centre hospitalier d'Auxerre, à la société Relyens et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026