jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102377 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL PETIT & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2021 et un mémoire enregistré le 12 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Belville, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Paray-le-Monial et, dans le dernier état de ses écritures, l'Etat à lui verser la somme de 30 000 euros en réparation du préjudice causé par une décision du maire de Paray-le-Monial du 24 juin 2020 ordonnant la fermeture du restaurant qu'il exploitait sous l'enseigne Québec Burger et refusant l'autorisation de travaux nécessaire à l'ouverture de ce restaurant ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Paray-le-Monial et, dans le dernier état de ses écritures, de l'Etat, une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le maire lui a illégalement, par arrêté du 24 juin 2020 et décision du 25 juin 2020, notifiés le 31 juillet 2020, demandé de fermer son restaurant et refusé d'autoriser les travaux nécessaires, ce qui est constitutif d'une faute ;
- ces décisions se fondent sur un avis défavorable du service d'incendie et de secours
(SDIS), alors que celui-ci avait autorisé une ouverture partielle et qu'il bénéficiait de l'avis favorable de la commission accessibilité ;
- il a de nouveau sollicité les autorisations nécessaires en septembre 2020, mais le maire a tardé à répondre, avant de lui indiquer qu'il pouvait ouvrir s'il fournissait une attestation justifiant qu'il avait réalisé les travaux, puis l'a finalement autorisé à ouvrir le 30 octobre 2020 alors que l'Etat venait de décider un nouveau confinement ;
- la commune a eu ainsi un comportement fautif, qui engage sa responsabilité ;
- il a subi un préjudice lié à la perte de revenus et à l'état dépressif consécutifs à ces difficultés, qui est en lien direct avec la faute commise par la commune et qui peut être évalué à la somme de 30 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 décembre 2021 et le 10 février 2022, la commune de Paray-le-Monial, représentée par Me Petit, demande au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
EIle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car mal dirigée, la décision contestée ayant été prise par le maire au nom de l'Etat ;
- à titre subsidiaire, elle est dépourvue de bien fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- l'arrêté du 8 décembre 2014 fixant les dispositions prises pour l'application des articles R. 111-19-7 à R. 111-19-11 du code de la construction et de l'habitation et de l'article 14 du décret n° 2006-555 relatives à l'accessibilité aux personnes handicapées des établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant et des installations existantes ouvertes au public
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Masson, représentant la commune de Paray-le-Monial.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a ouvert à Paray-le-Monial un établissement de restauration rapide, sous l'enseigne Québec Burger en janvier 2020. Il a accompli les différentes démarches nécessaires, et sollicité notamment une autorisation en vue de la réalisation de travaux intérieurs visant à rendre les locaux accessibles aux personnes handicapées. Par arrêté du 24 juin 2020, le maire de Paray-le-Monial a refusé d'accorder cette autorisation, en raison de l'avis défavorable de la commission de sécurité du 5 mai 2020, et, par courrier du 25 juin 2020, il a rappelé à M. A que son établissement ne devait pas être ouvert au public et lui a demandé de le fermer tant que sa situation administrative ne serait pas régularisée et les travaux réalisés. M. A a fait une nouvelle demande d'autorisation en septembre 2020. A la suite de relances, la commune de Paray-le-Monial informait M. A que son dossier était en attente de la réunion des commissions de sécurité et d'accessibilité, mais qu'il pourrait dans l'attente ouvrir sous réserve de fournir une attestation de réalisation des travaux
" conformément à son autorisation de travaux et au rapport de la commission d'examen du 16 mars 2020 ". Le 30 octobre 2020, le maire de Paray-le-Monial a, après réception de l'attestation demandée, autorisé provisoirement la réouverture en attendant un nouvel examen par la commission de sécurité. Le 30 juin 2021, M. A a adressé une demande préalable d'indemnisation à la commune, qui l'a rejetée par courrier du 27 août 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune de Paray-le-Monial et l'Etat à l'indemniser à hauteur de
30 000 euros des préjudices résultant des illégalité et fautes commises dans le cadre de l'instruction et la délivrance de cette autorisation.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-7-3 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige " Les établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant doivent être tels que toute personne handicapée puisse y accéder, y circuler et y recevoir les informations qui y sont diffusées, dans les parties ouvertes au public. L'information destinée au public doit être diffusée par des moyens adaptés aux différents handicaps. /Des décrets en Conseil d'Etat fixent pour ces établissements, par type et par catégorie, les exigences relatives à l'accessibilité prévues à l'article L. 111-7 et aux prestations que ceux-ci doivent fournir aux personnes handicapées, ainsi que le contenu et les modalités du registre public d'accessibilité. Pour faciliter l'accessibilité, il peut être fait recours aux nouvelles technologies de la communication et à une signalétique adaptée. (). Ces décrets, pris après avis du Conseil national consultatif des personnes handicapées, précisent les dérogations exceptionnelles qui peuvent être accordées aux établissements recevant du public situés dans un cadre bâti existant après démonstration de l'impossibilité technique de procéder à la mise en accessibilité ou en raison de contraintes liées à la conservation du patrimoine architectural ou lorsqu'il y a disproportion manifeste entre les améliorations apportées par la mise en œuvre des prescriptions techniques d'accessibilité, d'une part, et leurs coûts, leurs effets sur l'usage du bâtiment et de ses abords ou la viabilité de l'exploitation de l'établissement, d'autre part. () Ces dérogations sont accordées après avis de la commission départementale consultative de la protection civile, de la sécurité et de l'accessibilité, () ". Aux termes de l'article L. 111-8 du même code : " Les travaux qui conduisent à la création, l'aménagement ou la modification d'un établissement recevant du public ne peuvent être exécutés qu'après autorisation délivrée par l'autorité administrative qui vérifie leur conformité aux règles prévues aux articles L. 111-7., L. 123-1 et L. 123-2. (). Et aux termes de l'article L.111-8-3 : " L'ouverture d'un établissement recevant du public est subordonnée à une autorisation délivrée par l'autorité administrative après contrôle du respect des dispositions de l'article L. 111-7 () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'un établissement accueillant du public dans un cadre bâti existant ne répondant pas aux exigences requises en matière d'accessibilité au public, voit son ouverture subordonnée, dans un premier temps, à la réalisation de travaux de mise en accessibilité. Ces travaux doivent faire l'objet d'une autorisation afin de vérifier leur conformité aux règles d'accessibilité du public, notamment des personnes handicapées, et de protection contre les risques d'incendie et de panique. L'autorisation d'ouverture au public de l'établissement est accordée une fois les travaux réalisés. En application des dispositions des articles R. 111-19-13 à R. 111-19-26 du code de la construction et de l'habitation, dans leur version applicable au litige, l'autorisation de construire, d'aménager ou de modifier un établissement recevant le public prévue à l'article L. 111-8 de ce code est délivrée au nom de l'Etat par le maire, lorsque les travaux nécessaires ne nécessitent pas de permis de construire. Elle est accordée après avis d'une commission dite d'accessibilité et d'une commission de sécurité.
4. Il résulte en l'espèce de l'instruction que M. A, a obtenu par décision du préfet de Saône-et-Loire une dérogation portant sur l'article 2 de l'arrêté du 8 décembre 2014 pris en application du code de la construction et de l'habitation, relatif aux cheminements extérieurs, sur avis favorable de la commission d'accessibilité. En revanche, la commission de sécurité, placée auprès du service d'incendie et de secours (SDIS), qui s'est réunie le 5 mai 2020, selon la date portée sur le rapport correspondant, a émis un avis défavorable sur la demande d'autorisation en vue de la réalisation de travaux intérieurs d'accessibilité. Contrairement à ce qui est soutenu, cet avis ne peut être regardé comme un avis favorable sous réserve d'une limitation à dix-neuf du nombre de clients accueillis, le rapport soulignant un niveau de sécurité insuffisant et des difficultés d'évacuation du public multiples. Par suite, l'unique moyen soulevé contre l'arrêté du 24 juin 2020 et la décision du 25 juin 2020 du maire de Paray-le-Monial, tiré de l'erreur de fait commise par le maire de Paray-le-Monial pour s'être à tort fondé sur un avis défavorable du service d'incendie et de secours, doit être écarté. M. A n'est dès lors pas fondé à se prévaloir d'une illégalité fautive qui entacherait les décisions litigieuses à l'appui de ses conclusions en indemnisation.
5. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le maire de Paray-le-Monial aurait induit le requérant en erreur quant à la procédure à suivre, ni tardé à traiter ses demandes d'autorisation de travaux, notamment celles présentées en septembre 2020, alors que les dispositions de l'article R. 111-19-26 fixent à quatre mois, à compter de la réception d'un dossier complet, le délai d'instruction d'une telle demande. En ce qui concerne la décision du 25 juin 2020, celle-ci ne peut être regardée, eu égard aux termes en lesquels elle est rédigée, comme une décision de fermeture de l'établissement, mais comme un rappel des obligations auxquelles l'ouverture de l'établissement était soumise. Si l'on peut s'étonner que le maire de Paray-le-Monial ait finalement accordé le 30 octobre 2020 une autorisation d'ouverture provisoire, dans l'attente de l'avis des commissions d'accessibilité et de sécurité, au vu d'une attestation sur l'honneur certifiant que les travaux avaient été réalisés, cette décision, favorable à M. A, ne peut être regardée comme lui ayant causé un préjudice, la circonstance qu'elle soit intervenue alors que le deuxième confinement venait d'être décidé relevant d'une simple coïncidence.
6. En tout état de cause, le préjudice invoqué par M. A est lié à la fermeture de son restaurant en juillet 2020, ce qui est la conséquence non du comportement de la commune ou de son maire agissant en tant qu'autorité de l'Etat, mais de la circonstance que ce local a été ouvert au public dès janvier 2020, avant l'obtention des autorisations nécessaires à cette ouverture. Par suite, le préjudice allégué n'est pas la conséquence du comportement fautif imputé à l'administration, à supposer celui-ci établi.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Paray-le-Monial ou de l'Etat, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme que demande la commune de Paray-le-Monial au titre des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Paray-le-Monial au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Paray-le-Monial.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
M. Irénée Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026