jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102651 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BARBEROUSSE NATACHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2021 et 15 avril 2024, la société Ateliers bois, représentée par Me Barberousse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune d'Avallon à lui verser une somme de 7 100 euros TTC, assortie des intérêts moratoires contractuels et de la capitalisation des intérêts, au titre du solde du lot n° 3 " charpentes métalliques " du marché ayant pour objet la réhabilitation de la piscine municipale, ainsi qu'une somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Avallon une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Ateliers bois soutient que :
- le décompte général du lot n°3 étant tacitement devenu définitif en application de l'article 13.4.4 du CCAG-T, elle a droit au paiement du solde de ce marché ;
- les pénalités de retard qui lui ont été infligées ne sont pas justifiées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la commune d'Avallon, représentée par la SELARLU Legipublic Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Ateliers bois une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Avallon soutient que les moyens invoqués par la société Ateliers bois ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la commande publique ;
- le décret n° 2018-1075 du 3 décembre 2018 portant partie réglementaire du code de la commande publique ;
- le décret n° 2019-748 du 18 juillet 2019 relatif à la facturation électronique dans la commande publique ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- les conclusions de M. A,
- les observations de Me Caille, substituant Me Barberousse, représentant la société Atelier bois,
- et les observations de Me Supplisson représentant la commune d'Avallon.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre d'une opération de réhabilitation de sa piscine municipale, la commune d'Avallon a confié à la société Ateliers bois, le 10 janvier 2019, le lot n°3 " charpentes métalliques " de cette opération pour un prix global et forfaitaire de 196 807,20 euros TTC. Le montant de ce marché a ensuite été porté à 203 047,20 euros TTC en vertu d'un avenant n° 1 du 15 avril 2020. Par une décision du 4 septembre 2020, le maître d'ouvrage a prononcé la réception des travaux du lot n° 3 à compter du 30 juillet 2020 assortie de réserves qui ont été levées le 8 décembre 2020. Un litige s'étant noué lors de l'établissement du règlement financier du marché, la société Ateliers bois demande au tribunal de condamner la commune d'Avallon à lui régler, au principal, la somme de 7 100 euros TTC au titre du solde du lot n°3.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne le cadre juridique contractuel :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 13.3, relatif la " demande de paiement finale ", du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux (CCAG-T), dans sa rédaction issue de l'arrêté du 8 septembre 2009 tel que modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 et que les parties ont entendu appliquer à leurs relations contractuelles par l'effet de l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché : " 13.3.1. Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. / Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire, établissant le montant total des sommes auquel le titulaire prétend du fait de l'exécution du marché dans son ensemble, son évaluation étant faite en tenant compte des prestations réellement exécutées. / Le projet de décompte final est établi à partir des prix initiaux du marché, comme les projets de décomptes mensuels, et comporte les mêmes parties que ceux-ci, à l'exception des approvisionnements et des avances. Ce projet est accompagné des éléments et pièces mentionnés à l'article 13.1.7 s'ils n'ont pas été précédemment fournis. / Le titulaire est lié par les indications figurant au projet de décompte final. / 13.3.2 Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3 (). 13.3.3 Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final. / En cas de rectification du projet de décompte final, le paiement est effectué sur la base provisoire des sommes admises par le maître d'œuvre. / 13.3.4. En cas de retard dans la transmission du projet de décompte final et après mise en demeure restée sans effet, le maître d'œuvre établit d'office le décompte final aux frais du titulaire. Ce décompte final est alors notifié au titulaire avec le décompte général tel que défini à l'article 13.4 ".
3. L'article 13.4 de ce CCAG-T, relatif au " Décompte général - Solde ", stipule : " 13.4.1 Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général, qui comprend : / - le décompte final ; / - l'état du solde, établi à partir du décompte final et du dernier décompte mensuel, dans les mêmes conditions que celles qui sont définies à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / - la récapitulation des acomptes mensuels et du solde. / Le montant du projet de décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation. / Le maître d'œuvre transmet le projet de décompte général au représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai compatible avec les délais de l'article 13.4.2 / 13.4.2 Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : / - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; / - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. / Si, lors de l'établissement du décompte général, les valeurs finales des index de référence ne sont pas connues, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire la révision de prix afférente au solde dans les dix jours qui suivent leur publication. La date de cette notification constitue le point de départ du délai de paiement des sommes restant dues après révision définitive des prix. / 13.4.3 Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement. / Ce décompte lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. / En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. / Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du () CCAG (). / 13.4.4 Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, composé : / - du projet de décompte final tel que transmis en application de l'article 13.3.1 ; / - du projet d'état du solde hors révision de prix définitive, établi à partir du projet de décompte final et du dernier projet de décompte mensuel, faisant ressortir les éléments définis à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / - du projet de récapitulation des acomptes mensuels et du solde hors révision de prix définitive. / Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. / Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. Le délai de paiement du solde, hors révisions de prix définitives, court à compter du lendemain de l'expiration de ce délai. / Le décompte général et définitif lie définitivement les parties, sauf en ce qui concerne les montants des révisions de prix et des intérêts moratoires afférents au solde. Le cas échéant, les révisions de prix sont calculées dans les conditions prévues à l'article 13.4.2. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le montant des révisions de prix au plus tard dix jours après la publication de l'index de référence permettant la révision du solde. La date de cette notification constitue le point de départ du délai de paiement de ce montant. / 13.4.5 Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur dans le délai de trente jours fixé à l'article 13.4.3, ou encore dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, le décompte général notifié par le représentant du pouvoir adjudicateur est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché ".
4. L'article 50 du même CCAG-T, relatif aux " règlement des différends et des litiges ", stipule que : " Le représentant du pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire. / 50.2. Lorsque le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas donné suite ou n'a pas donné une suite favorable à une demande du titulaire, le règlement définitif du différend relève des procédures fixées aux articles 50.3 à 50.6. / 50.3. Procédure contentieuse : / 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. / 50.3.2. Pour les réclamations auxquelles a donné lieu le décompte général du marché, le titulaire dispose d'un délai de six mois, à compter de la notification de la décision prise par le représentant du pouvoir adjudicateur en application de l'article 50.1.2, ou de la décision implicite de rejet conformément à l'article 50.1.3, pour porter ses réclamations devant le tribunal administratif compétent. / 50.3.3. Passé ce délai, il est considéré comme ayant accepté cette décision et toute réclamation est irrecevable () ".
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du CCAP du marché : " Le règlement des comptes se fait par des acomptes mensuels et un solde établis et réglés comme il est indiqué à l'article 13 du CCAG travaux précisé et modifié comme suit. / () Le titulaire transmet ses demandes de paiement par tout moyen permettant de donner date certaine () ". L'article 4.1.2 du même CCAP prévoit que le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux. Aux termes de l'article 4.1.3 de ce CCAP : " Les factures transmises sous forme électronique sont acceptées. / Il est préconisé de déposer les factures sous forme électronique sur le portail Chorus pro () ".
6. En dernier lieu, en application des dispositions combinées des articles L. 2192-1 à L. 2192-5 du code de la commande publique et de l'article 7 du décret n° 2019-148 du 18 juillet 2019, les titulaires de marchés encore en cours d'exécution au 22 juillet 2019 et conclus avec les collectivités territoriales transmettent leurs factures sous forme électronique et utilisent à cette fin un portail public de facturation dénommé " Chorus pro ". Aux termes de l'article R. 2192-3 du code de la commande publique : " () L'utilisation du portail public de facturation est exclusive de tout autre mode de transmission. Lorsqu'une facture lui est transmise en dehors de ce portail, la personne publique destinataire ne peut la rejeter qu'après avoir informé l'émetteur par tout moyen de l'obligation mentionnée à l'article L. 2192-1 et l'avoir invité à s'y conformer en utilisant ce portail ". Aux termes de l'article R. 2192-15 du même code : " Lorsque la demande de paiement est transmise par voie électronique en application des articles L. 2192-1 à L. 2192-3, la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur correspond :/ 1° Lorsque les factures sont transmises par échange de données informatisé, à la date à laquelle le système d'information budgétaire et comptable de l'Etat horodate l'arrivée de la facture et, pour les autres pouvoirs adjudicateurs, à la date de notification du message électronique l'informant de la mise à disposition de la facture sur le portail public de facturation mentionné à l'article L. 2192-5 ; / 2° Lorsque les factures sont transmises par le mode portail ou service, à la date de notification au pouvoir adjudicateur du message électronique l'informant de la mise à disposition de la facture sur ce portail ".
En ce qui concerne l'existence d'un décompte général définitif tacite :
7. La société requérante soutient que le décompte général du lot n°3 est tacitement devenu définitif en application de l'article 13.4.4 du CCAG-T et que, dès lors, elle a droit au paiement du solde de ce marché.
8. Il résulte notamment de l'instruction que, le 28 décembre 2020, la société Ateliers bois a déposé sur la plateforme " Chorus pro " son projet de décompte final établi en application de l'article 13-3-2 du CCAG-T. Le 1er février 2021, la société Ateliers bois a déposé sur cette même plateforme le projet de décompte général prévu par l'article 13-4-4 du CCAG-T. Le 4 février 2021, la commune d'Avallon a ensuite déposé sur cette plateforme un document intitulé " certificat de paiement d'acompte sur marché ". Le 26 février 2021, la société Ateliers bois a transmis le mémoire de réclamation mentionné aux articles 13.4.5 et 50.1 du CCAG-T. Par une décision du 2 avril 2021, la commune d'Avallon a rejeté ce mémoire de réclamation.
9. En premier lieu, si l'acheteur public, en application des dispositions citées au point 6, peut désormais imposer à son cocontractant d'utiliser le portail dénommé " Chorus pro " pour l'ensemble des éléments de facturation du marché qu'il a conclu avec lui et peut également contractuellement prévoir que ce portail sera utilisé pour ce qui concerne les documents d'exécution financière mentionnés aux points 2 à 4, les dispositions du code de la commande public relatives à l'utilisation du portail public dans le cadre de l'exécution financière d'un contrat n'ont cependant pas le caractère de règles d'ordre public auxquelles les parties à un contrat de la commande publique ne pourraient pas déroger ou aménager dans le cadre de leurs relations contractuelles.
10. D'une part, il ne résulte pas de l'analyse des clauses du marché en litige que la transmission au titulaire du marché, par le pouvoir adjudicateur, du décompte général par la voie de la plateforme " Chorus pro " aurait été interdite ou au contraire imposée. Dans ces conditions, la mise à disposition du décompte général du marché sur cette plateforme doit seulement être regardée comme l'une des modalités, parmi d'autres (lettre contre remise, lettre recommandée avec avis de réception, notification par la voie administrative etc), que la commune d'Avallon pouvait utiliser pour notifier le décompte général et qui était d'ailleurs conforme aux usages que les parties avaient librement décidé de mettre en œuvre dans le cadre de l'exécution financière du marché.
11. D'autre part, la notification au titulaire du marché, même dans des conditions irrégulières, d'un décompte général -même irrégulier-, fait obstacle à l'établissement d'un décompte général et définitif tacite à l'initiative du titulaire dans les conditions prévues par l'article 13.4.4 du CCAG-T.
12. Dès lors, et en tout état de cause, la société Ateliers bois n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait titulaire d'un décompte général définitif tacite au motif que la commune d'Avallon lui aurait bien notifié le décompte général du marché dans le délai de dix jours suivant la remise de son projet de décompte général mais dans des conditions irrégulières.
13. En second lieu, la société Ateliers bois, en présentant un mémoire de réclamation dans lequel elle a contesté l'application des pénalités de retard qui figuraient dans le document -dont elle a pris connaissance- intitulé " certificat de paiement d'acompte sur marché " et sans faire état, dans cette réclamation, des irrégularités entachant les conditions de notification de ce document ou d'autres irrégularités relatives à sa présentation ou à son contenu, a contractuellement consenti à poursuivre la procédure de règlement du marché en acceptant de voir, dans ce document, le décompte général du marché et a ainsi renoncé à se prévaloir d'irrégularités qu'il était susceptible de présenter. Dès lors, compte tenu du principe de loyauté des relations contractuelles, la société requérante ne peut plus, devant le juge du contrat, invoquer à son profit la méconnaissance, par la commune, de stipulations contractuelles pour soutenir qu'elle serait titulaire d'un décompte général tacite.
En ce qui concerne la détermination du décompte général et du solde du marché :
S'agissant du poste de réclamation relatif aux " pénalités " :
14. En premier lieu, l'article 5.3.3 du CCAP stipule que si le titulaire du marché ne se rend pas dans les bureaux du maître d'œuvre ou sur le chantier toutes les fois qu'il en est requis, il subit, sans mise en demeure préalable, une pénalité forfaitaire de 300 euros pour toute absence constatée.
15. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du maître d'œuvre du 22 mars 2021, et n'est pas sérieusement contesté que la société Ateliers bois, pourtant dûment convoquée, a été absente aux réunions de chantier qui se sont tenues les 6 mars, 10 avril, 17 avril, 6 mai, 12 juin, 19 juin, 17 juillet et 24 juillet 2019 et, en dépit du courriel que lui a transmis la maîtrise d'œuvre le 29 juillet 2019, a de nouveau été absente aux réunions qui ont eu lieu les 31 juillet, 21 août, 2 octobre, 16 octobre et 23 octobre 2019.
16. La société requérante, à qui il n'appartenait pas de se substituer au maître d'œuvre pour apprécier la nécessité de se rendre, ou non, aux réunions pour lesquelles sa présence avait été requise, n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que la commune d'Avallon lui a infligé des pénalités pour absence aux réunions de chantier d'un montant de 3 900 euros (13x300).
17. En second lieu, l'article 5.3.4 du CCAP prévoit notamment qu'en cas de non-respect dans la remise ou la diffusion de documents, le titulaire reçoit un avertissement du maître d'œuvre lui indiquant les points précis de l'infraction et le délai pour y remédier et qu'en cas de dépassement du délai qui lui est accordé, une pénalité de 200 euros par jour de retard est appliquée.
18. Si la commune d'Avallon fait valoir qu'en dépit de plusieurs rappels, la société Ateliers bois n'a pas remis au maître d'œuvre, dans le délai qui lui avait été demandé, des plans qui lui incombaient, il ne résulte toutefois pas de l'instruction, et en particulier des seules mentions figurant dans les comptes rendus de réunion versés au dossier, que le maître d'œuvre aurait adressé à la société Ateliers bois un document ayant le caractère de l'avertissement défini par l'article 5.4.4 du CCAP. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de déterminer, en l'espèce, si les documents transmis le 29 juillet 2019 ont été réellement remis avec retard, la société Ateliers bois est fondée à soutenir qu'en lui infligeant des pénalités sans lui avoir préalablement adressé un avertissement, la commune d'Avallon a méconnu les stipulations de l'article 5.3.4 du CCAP et à demander, pour ce motif, la décharge de ces pénalités.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 14 à 18 que le montant du poste " pénalités " s'élève à 3 900 euros.
S'agissant des postes du décompte général :
20. Au crédit du décompte général du marché figurent le poste " marché de base ", d'un montant de 164 006 euros HT, et le poste " avenant n° 1 " d'un montant de 5 200 euros HT. Le montant total du crédit du décompte général s'élève donc à 169 206 euros HT, soit 203 047,20 euros TTC. Au débit du décompte général figure le poste " pénalités ", d'un montant de 3 900 euros. Le décompte général du marché s'élève dès lors à la somme de 199 147,20 euros TTC.
S'agissant du solde du marché :
21. Il résulte de l'instruction et n'est d'ailleurs pas contesté que le pouvoir adjudicateur, à la date du présent jugement, a réglé à la société Ateliers bois -ou à ses sous-traitants- une somme de 195 947,20 euros TTC. Le solde du marché s'élève donc à 3 200 euros TTC (199 147,20 - 195 947,20) au profit du titulaire du lot n° 3.
En ce qui concerne les intérêts moratoires dus sur le solde du marché et la capitalisation des intérêts :
22. En premier lieu, en application des dispositions combinées des articles L. 2192-10, L. 2192-12, du premier alinéa de l'article L. 2192-13 et des articles R. 2192-10, R. 2192-12, R. 2192-14, R. 2192-31, R. 2192-32, R. 2192-33, R. 2192-34 et R. 2192-36 du code de la commande publique ainsi que des stipulations du CCAG-T et de l'article 4.3 CCAP du marché, le délai de paiement des sommes dues en principal par le pouvoir adjudicateur est de trente jours à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général signé par le titulaire du marché. Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. Les intérêts moratoires appliqués au solde sont calculés sur le montant total du solde toutes taxes comprises, diminué, le cas échéant, de la retenue de garantie, et après application, le cas échéant, des clauses de révision et de pénalisation et courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. En cas de désaccord sur le montant du solde du marché, le paiement est en principe effectué dans le délai de trente jours sur la base provisoire des sommes admises dans le décompte final et, lorsque les sommes ainsi payées sont inférieures à celles qui sont finalement dues au créancier, celui-ci a droit à des intérêts moratoires calculés sur la différence. Toutefois, lorsque le titulaire du marché présente une réclamation sur le décompte général sans avoir retourné au maître de l'ouvrage -par voie postale ou dématérialisée- un exemplaire signé du décompte général et que le désaccord est réglé selon la procédure prévue à l'article 50 du CCAG-T ou, le cas échéant, par le juge du contrat, le délai de paiement du solde du marché est réputé avoir commencé à courir à compter de la réception de cette réclamation par le maître d'ouvrage -ou, éventuellement, de la date de ce mémoire augmentée de deux jours- et le défaut de paiement du solde dans le délai de trente jours à compter de cette date ouvre ainsi droit au paiement des intérêts moratoires contractuels sur ce solde.
23. Il ne résulte pas de l'instruction que la société Ateliers bois aurait transmis à la commune d'Avallon, par voie postale ou dématérialisée, un exemplaire signé du décompte général qui lui a été notifié le 4 février 2021. Dès lors, compte tenu de la date à laquelle cette société est réputée avoir notifié au maître d'ouvrage son mémoire de réclamation, le 28 février 2021, le délai de trente jours dans lequel la commune devait procéder au paiement du solde du marché est réputé avoir commencé à courir le 28 février 2021 et expirait par conséquent le 29 mars 2021. Les intérêts moratoires ont par conséquent commencé à courir sur le solde du marché à compter du 30 mars 2021.
24. En second lieu, en application de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
25. Le 15 avril 2024, date à laquelle la capitalisation des intérêts a été demandée, les intérêts moratoires dus sur la somme de 3 200 euros avaient couru depuis plus d'une année. La société requérante a dès lors droit à la capitalisation des intérêts échus au 15 avril 2024.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement :
26. En application des dispositions combinées du troisième alinéa de l'article L. 2192-13 et à l'article R. 2192-35 du code de la commande publique, le retard de paiement du solde d'un marché donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 euros.
27. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 22 à 23, la société Ateliers bois a droit à l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.
28. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points 2 à 27 que la société Ateliers bois est seulement fondée à demander la condamnation de la commune d'Avallon à lui verser la somme de 3 200 euros TTC au titre du règlement du lot n°3 assortie des intérêts moratoires contractuels à compter du 30 mars 2021 et de la capitalisation de ces intérêts à compter du 15 avril 2024 ainsi qu'une somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Ateliers bois, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la commune d'Avallon au titre des frais que celle-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
30. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Avallon la somme que demande la société Ateliers bois au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : La commune d'Avallon est condamnée à verser à la société Ateliers bois la somme de 3 200 euros au titre du solde du marché. Cette somme sera assortie des intérêts moratoires contractuels à compter du 30 mars 2021. Les intérêts échus à la date du 15 avril 2024 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune d'Avallon est condamnée à verser à la société Ateliers bois la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.
Article 3 : Les conclusions présentées par les parties sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Ateliers bois et à la commune d'Avallon.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. Boissy
La greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026