jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102725 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | CH 3 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 20 octobre 2021 et 15 janvier 2022, Mme B C soumet au tribunal un litige relatif à un indu d'aide personnalisée au logement (APL), d'un montant de 1 193,94 euros, qui a été mis à sa charge par la caisse d'allocations familiales (CAF) de l'Yonne.
Mme C soutient :
- qu'elle n'a " pas perçu cette somme directement " dès lors qu'elle a été déduite de ses loyers par son bailleur ;
- qu'elle n'est pas à l'origine de l'erreur qui a été commise par la CAF de l'Yonne dans le calcul de l'APL et que sa situation financière est " modeste " ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2021, la CAF de l'Yonne conclut au rejet de la requête.
La CAF de l'Yonne soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. A a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 812-1, L. 821-1, L. 823-9, L. 825-3, R. 825-2 et R. 825-3 du code de la construction et de l'habitation ainsi que des articles L. 553-2 et R. 142-1 du code de la sécurité sociale, les aides personnelles au logement, au nombre desquelles figure l'aide personnalisée au logement, sont liquidées et payées, pour le compte du fonds national d'aide au logement, c'est-à-dire au nom de l'Etat, par les organismes chargés de gérer les prestations familiales.
2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu d'aide personnelle au logement, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge, former un recours administratif préalable auprès de la commission de recours amiable de cet organisme et la décision prise par le directeur de cet organisme, après avis de cette commission, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu d'aide personnelle au logement et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le directeur de cet organisme, après avoir recueilli l'avis de la commission de recours amiable, peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.
4. Le 8 juin 2021, la CAF de l'Yonne a notifié à Mme C un paiement indu d'aide personnalisée au logement (APL), pour la période du 1er janvier 2019 au 30 juin 2021, d'un montant de 1 193,34 euros. Le 12 juillet 2021, l'intéressée a formé un recours administratif auprès de la commission de recours amiable de cet organisme en contestant le bien-fondé de cet indu. Par une décision du 20 septembre 2021, le directeur de la CAF de l'Yonne a rejeté ce recours. Mme C doit être regardée comme demandant au juge d'annuler cette décision du 20 septembre 2021 eu égard à son office rappelé au point 2.
5. En premier lieu, si, en application du 1° de l'article L. 832-1 du code de la construction et de l'habitation, l'APL est directement versée au bailleur du logement, qui la déduit du montant du loyer, un indu d'APL est en revanche nécessairement réclamé non pas au bailleur mais au locataire dès lors que celui-ci, ayant réglé un loyer minoré, est bien le bénéficiaire de cette allocation. Ainsi, Mme C ne peut pas utilement soutenir qu'elle n'a pas perçu " directement " la somme de 1 193,34 euros pour contester le bien-fondé de cet indu.
6. En second lieu, Mme C, en indiquant que sa situation financière est " modeste " et que la CAF de l'Yonne est exclusivement responsable de l'erreur qui est à l'origine de l'indu d'APL, doit être regardée comme invoquant le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par le directeur de la CAF de l'Yonne compte tenu de sa bonne foi et de la précarité de sa situation. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit aux points 2 et 3, il appartient seulement au juge de la remise gracieuse d'une dette sociale, et non au juge du bien-fondé d'une telle dette, d'apprécier la pertinence d'une telle argumentation. Or Mme C n'a pas saisi le tribunal d'un litige relatif au refus, partiel ou total, d'une remise gracieuse de dette. Le moyen ainsi invoqué par la requérante est donc inopérant et doit être écarté pour ce motif.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la caisse d'allocations familiales de l'Yonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
L. ALa greffière,
A. Roussilhe
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier0
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