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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102754

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102754

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102754
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantBELLEVILLE SOPHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2021, Mme D A agissant en sa qualité de tutrice légale de Mme C B, représentée par Me Belleville, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté sa demande d'aide sociale à l'hébergement ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 18 décembre 2020 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Côte-d'Or la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a entaché sa décision d'erreurs de droit au regard des articles L. 132-6 et L. 132-7 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 66 de règlement d'aide sociale du département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que, en méconnaissance de l'article L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, la requérante n'a pas exercé de recours administratif préalable obligatoire ;

- les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 6 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon a rejeté la demande de Mme B tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En application des dispositions combinées des articles L. 113-1, L. 131-1, L. 131-2, L. 131-4, L. 231-4, L. 231-5 et R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles, le département participe en principe aux frais d'hébergement des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans et privées de ressources suffisantes qui sont accueillies dans un établissement social ou médico-social habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale.

3. Conformément aux articles L. 134-1 et L. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, la personne qui entend contester une décision statuant sur ses droits à l'aide sociale doit, avant de saisir le juge, former un recours préalable adressé au président du conseil départemental et la décision prise à la suite de ce recours préalable, qui se substitue à la décision initiale, est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration détermine les droits d'une personne à l'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

4. Mme B, née le 5 février 1941 et qui réside au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) la Saône, à Saint-Jean-de-Losne, depuis le 18 décembre 2020, a été placée sous tutelle par un jugement du 23 février 2021 du tribunal judiciaire de Dijon et Mme A désignée en qualité de tutrice. Par une décision du 3 septembre 2021, le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a rejeté une demande d'aide sociale présentée pour le compte de Mme B. La requérante doit être regardée comme demandant au juge d'annuler cette décision en exerçant son office défini au point 3.

5. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que, le 23 juin 2021, Mme A, pour le compte de Mme B, a présenté un dossier d'aide sociale qui a été reçu par les services du département de la Côte-d'Or le 25 juin 2021 et que c'est au vu de l'examen de ce dossier que le président du conseil départemental de la Côte-d'Or a décidé, le 3 septembre 2021, de rejeter cette demande. Or, ainsi que l'indique d'ailleurs le département en défense, Mme B n'a pas exercé le recours obligatoire mentionné au point 3 contre cette décision du 3 septembre 2021.

6. Ensuite, s'il est exact que, le 18 janvier 2021, Mme B, assistée de Mme A -agissant alors en qualité de mandataire spécial-, a déposé un dossier d'aide sociale auprès du centre communal d'action sociale de la commune de Collonges-et-Premières afin de solliciter une aide, à compter du 18 décembre 2020, pour le paiement de ses frais d'hébergement de l'EHPAD, il ne résulte pas de l'instruction que le président du conseil départemental de la Côte-d'Or aurait pris connaissance de cette demande d'aide et aurait alors pris une décision, expresse ou implicite, statuant sur cette première demande.

7. Enfin, si Mme A a produit un courrier, daté du 15 mars 2021, par lequel elle indique exercer, au nom et pour le compte de Mme B, le recours préalable mentionné au point 3 contre une " décision de rejet de prise en charge au titre de l'aide sociale ", elle n'a pas produit la preuve que ce recours a bien été notifié au département de Saône-et-Loire et, en tout état de cause, n'a pas attaqué la décision par laquelle le président du conseil départemental de Saône-et-Loire aurait statué, implicitement ou expressément, sur ce recours préalable mais s'est bornée à demander l'annulation de la décision du 3 septembre 2021 qui, ainsi qu'il a été dit au point 5, n'a pas le caractère d'une décision par laquelle l'administration prend définitivement une position sur une demande à l'issue d'un recours préalable obligatoire mais constitue seulement la décision initiale statuant sur la demande d'aide présentée le 23 juin 2021.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A, pour le compte de Mme B, n'est pas recevable à attaquer directement cette décision du 3 septembre 2021. Ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sont dès lors manifestement irrecevables et peuvent ainsi être rejetées sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département de Saône-et-Loire, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A en sa qualité de tutrice de Mme C B et au département de la Côte-d'Or.

Fait à Dijon le 25 avril 2023.

Le président de la 3ème chambre,

L. Boissy

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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