mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2102781 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, Mme B A, représentée par la SCP du Parc, demande au tribunal :
1°) de la décharger des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à la lecture de l'ensemble des factures, son activité s'entend de la livraison de biens mobiliers avec pose ; en cas de vente pour un prix unique, pose comprise, le fait générateur est, pour l'ensemble, constitué par la livraison ; en 2017, les ventes représentent 57 087,73 euros ; en 2018, les ventes représentent 59 556,38 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la charge de la preuve incombe à la requérante dès lors qu'elle a expressément indiqué ne pas avoir d'observations à formuler sur les rectifications proposées ;
- le vérificateur a constaté que l'activité ne correspondait pas à une activité mixte comprenant à la fois des ventes et des prestations de services mais à une activité unique de prestations de services en se fondant sur un faisceau d'indices ; la requérante n'apporte aucun élément de nature à étayer ses affirmations ; un échantillon des factures permet de confirmer que les montants présentés dans le tableau produit par la requérante ne sont pas cohérents.
Les parties ont été informées par une lettre du 27 octobre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 10 novembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023 par une ordonnance du même jour.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces produites pour Mme A en réponse à une demande du tribunal ont été enregistrées le 23 septembre 2023 et communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Hascoët,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A exerçait sous la forme d'une entreprise individuelle l'activité de conseil en décoration et confection de voilages et rideaux à Dijon pour laquelle elle s'est placée sous le régime d'imposition des micro-entreprises prévu à l'article 50-0 du code général des impôts et sous le régime de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée prévu par l'article 293 B du code général des impôts. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 à l'issue de laquelle l'administration fiscale, qui a constaté l'absence de comptabilité et reconstitué le chiffre d'affaires de l'entreprise, lui a notifié son intention de mettre à sa charge des cotisations d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée par une proposition de rectification du 24 juillet 2020 au motif notamment que l'activité de Mme A, au vu de la reconstitution de son chiffre d'affaires, relevait du régime réel simplifié de taxe sur la valeur ajoutée. Mme A a sollicité un délai supplémentaire de trente jours. Son expert-comptable a indiqué dans un courrier électronique du 24 octobre 2020 qu'elle n'avait pas d'observation à formuler sur le fond à l'exception des majorations pour manquement délibéré pour lesquelles elle souhaitait une négociation. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement le 15 décembre 2020 pour un montant total de 31 972 euros. Par une décision explicite du 14 septembre 2021, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable de Mme A, reçue le 18 janvier 2021, relative aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Par sa requête, Mme A demande au tribunal de la décharger des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne le bénéfice du régime de la franchise en base :
2. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ d'application d'un régime d'imposition.
3. Aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : / 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : / a) 82 800 € l'année civile précédente ; / b) Ou 91 000 € l'année civile précédente, lorsque le chiffre d'affaires de la pénultième année n'a pas excédé le montant mentionné au a ; / 2° Et un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : / a) 33 200 € l'année civile précédente ; / b) Ou 35 200 € l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a ".
4. Il résulte des dispositions de la directive 2006/112/CE relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, que, lorsqu'une opération économique soumise à la taxe sur la valeur ajoutée est constituée par un faisceau d'éléments et d'actes, il y a lieu de prendre en compte toutes les circonstances dans lesquelles elle se déroule aux fins de déterminer si l'on se trouve en présence de plusieurs prestations ou livraisons distinctes ou d'une prestation ou d'une livraison complexe unique. Chaque prestation ou livraison doit en principe être regardée comme distincte et indépendante. Toutefois, l'opération constituée d'une seule prestation sur le plan économique ne doit pas être artificiellement décomposée pour ne pas altérer la fonctionnalité du système de la taxe sur la valeur ajoutée. De même, dans certaines circonstances, plusieurs opérations formellement distinctes, qui pourraient être fournies et taxées séparément, doivent être regardées comme une opération unique lorsqu'elles ne sont pas indépendantes. Tel est le cas lorsque, au sein des éléments caractéristiques de l'opération en cause, certains éléments constituent la prestation principale, tandis que les autres, dès lors qu'ils ne constituent pas pour les clients, compte-tenu notamment de la valeur respective de chacune des prestations composant l'opération, une fin en soi mais le moyen de bénéficier dans de meilleures conditions de la prestation principale, doivent être regardés comme des prestations accessoires partageant le sort fiscal de celle-ci. Tel est le cas, également, lorsque plusieurs éléments fournis par l'assujetti au consommateur, envisagé comme un consommateur moyen, sont si étroitement liés qu'ils forment, objectivement, une seule opération économique indissociable, le sort fiscal de celle-ci étant alors déterminé par celui de la prestation prédominante au sein de cette opération.
5. Mme A soutient que le service a retenu à tort qu'elle exerçait exclusivement des prestations de services alors que ses ventes auraient atteint, en 2017, la somme de 57 087,73 euros et, en 2018, la somme de 59 556,38 euros. Elle ajoute qu'il ressort de ses factures que son activité correspond à des livraisons de biens mobiliers avec pose, prestations qui n'ont pas nécessairement fait l'objet de facturations distinctes.
6. D'une part, il n'est pas contesté que l'entreprise de Mme A avait pour objet social la confection sur mesure de voilages, la réfection de fauteuils, la customisation de mobilier, miroirs et luminaires, la peinture décorative murale, le " relooking d'intérieur personnalisé " et les conseils sur les matériaux, les tissus, les couleurs et les revêtements. Les opérations réalisées par Mme A consistent en la conception avec le client qu'elle conseille d'un projet de couture, de tapisserie ou de décoration, en la fourniture de tissus, peinture, supports, accessoires, en la confection ou la réalisation du projet du client selon ses besoins et exigences, et éventuellement en la pose du produit fini. Pour une commande donnée de rideau, de fauteuil ou de peinture décorative, le produit fini résulte ainsi de la combinaison de fournitures et de services, les premières étant transformées par Mme A pour créer un nouveau produit. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un accès séparé aux prestations était proposé, notamment une simple vente de tissu, de fauteuils ou de rideaux prêts à poser. Ainsi, du point de vue du consommateur moyen qui s'adresse à un décorateur tapissier pour bénéficier d'une prestation globale de conseil, de fourniture et de réalisation, les différents éléments et actes fournis par Mme A pour une commande donnée sont si étroitement liés qu'ils forment en l'espèce une prestation unique aux fins de la taxe sur la valeur ajoutée. Les factures émises par Mme A n'opèrent d'ailleurs souvent pas de distinction entre les fournitures et les prestations, ainsi que l'a relevé le service.
7. D'autre part, Il résulte des dispositions des articles 256 et 269 du code général des impôts que la fourniture d'un bien corporel et le transfert du droit d'en disposer comme un propriétaire caractérisent une livraison de biens. Toutefois, l'opération peut être qualifiée de prestation de services si, compte tenu de l'importance que les services complémentaires revêtent pour la clientèle, de leur ampleur, du temps nécessaire à leur exécution et de la part de leur coût dans le coût total, ceux-ci ne sont ni mineurs ni accessoires mais présentent un caractère prédominant par rapport à la livraison de sorte qu'ils constituent une fin en soi pour le client.
8. Il résulte de l'instruction que l'activité de Mme A consiste à concevoir et réaliser différents projets de couture, de tapisserie, de peinture, de décoration pour répondre à des besoins spécifiques exprimés par le client. Les prestations délivrées ne sont ainsi pas le résultat d'un simple travail standardisé mais requièrent un savoir-faire et une certaine créativité. Le client qui s'adresse à un tel professionnel attache une importance déterminante au savoir-faire, à la créativité et à la possibilité de faire réaliser sur-mesure un produit qui corresponde parfaitement à ses exigences. Ainsi, les services de conseil, de conception et de réalisation (couture, tapisserie, application de peinture, agencement), qui supposent d'ailleurs un temps important d'exécution, s'avèrent prépondérants pour le client moyen. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le service a inexactement qualifié les opérations en litige en considérant qu'il s'agissait de prestations de services.
9. Il en découle que le service n'a pas inexactement appliqué les dispositions de l'article 293 B du code général des impôts en retenant que le chiffre d'affaires réalisé par Mme A au titre des années 2017 et 2018 excédait les montants fixés par cet article pour les prestations de service.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées. Doivent également être rejetées par voie de conséquence les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au directeur régional des finances publiques de Bourgogne Franche-Comté et de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Nicolet, président,
Mme Pauline Hascoët, première conseillère,
M. Hamza Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
La rapporteure,
P. Hascoët
Le président,
P. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026