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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102850

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102850

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102850
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantCAILLE ANTONIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 novembre 2021, 15 décembre 2021, 13 juillet 2022 et 4 novembre 2022, M. A de D, représenté par Me Caille, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal :

a°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Nièvre lui a réclamé un paiement indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 11 042,34 euros au titre de la période du 1er avril 2018 au 31 mars 2020 ;

b°) d'annuler le titre exécutoire, d'un montant de 10 656,71 euros, émis à son encontre le 27 septembre 2021 par le président du conseil départemental de la Nièvre ;

c°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 10 656,71 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise gracieuse totale de sa dette de RSA.

M. de D soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que, d'une part, le titre exécutoire a été produit dans son intégralité et que, d'autre part, sa requête est motivée ;

- en émettant un titre exécutoire alors que son recours contestant le bien-fondé de l'indu avait suspendu le recouvrement forcé de la dette de RSA, le président du conseil départemental de la Nièvre a méconnu les dispositions combinées des articles L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales ;

- en estimant qu'il était redevable d'un indu de RSA au motif qu'il était en situation de concubinage, le président du conseil départemental de la Nièvre a commis une erreur d'appréciation ;

- en refusant de lui accorder une remise totale de sa dette de RSA, le président du conseil départemental de la Nièvre a commis une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 décembre 2021, 14 février 2022, 5 août 2022 et 28 décembre 2022, le département de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que :

- la requête de M. de D n'est pas recevable dès lors que, d'une part, le titre exécutoire n'a pas été produit dans son intégralité et que, d'autre part, sa requête a méconnu les exigences de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens invoqués par M. de D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. B a lu son rapport et entendu les observations de Me Caille représentant M. de D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre juridique applicable au litige :

1. En vertu des dispositions combinées des articles L. 262-1, L. 262-13, L. 262-16, L. 262-25 et L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, le revenu de solidarité active, qui a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence, de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle, est attribué par le président du conseil départemental ou, par délégation, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole, lesquelles en assurent également le service et le contrôle dans des conditions fixées par voie de convention.

2. En premier lieu, lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active, remettant ainsi en cause des paiements déjà effectués, la personne qui en conteste le bien-fondé doit, avant de saisir le juge et en application des dispositions combinées des articles L. 262-47 et R. 262-87 à R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles, former un recours administratif préalable auprès du président du conseil départemental et la décision que ce dernier prend après avoir consulté, le cas échéant, la commission de recours amiable, se substitue à la décision initiale et est seule susceptible d'être contestée devant le juge administratif. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En deuxième lieu, lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu de revenu de solidarité active et que le bénéficiaire concerné, sans contester le principe ou la quotité de l'indu mis à sa charge, présente une demande de remise gracieuse de sa dette, le président du conseil départemental peut décider d'accorder une remise totale ou de réduire le montant de la créance qu'il détient dans le cas où le débiteur est de bonne foi et que la précarité de sa situation le justifie. Lorsque l'allocataire a fait de fausses déclarations, lesquelles doivent s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives, ou s'est livré à des manœuvres frauduleuses, aucune remise de dette ne peut en revanche lui être accordée. Statuant sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une telle demande, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ".

5. Il résulte des dispositions analysées au point 2 et de celles citées au point 4 que si l'exercice d'un recours contentieux dirigé contre une titre exécutoire émis en vue de procéder à la récupération d'un paiement indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonné à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu que s'il a exercé le recours administratif mentionné au point 2.

Sur le litige soumis par M. de D :

6. A la suite de contrôles opérés au cours des années 2020 et 2021, la CAF de la Nièvre a réclamé à M. de D, le 8 avril 2021, un paiement indu de revenu de solidarité active (RSA), d'un montant total de 11 042,34 euros, au titre de la période du 1er avril 2018 au 31 mars 2020. Le 4 juin 2021, M. de D a présenté une demande de remise gracieuse de cette dette. Par une décision du 29 juillet 2021, le directeur de la CAF de la Nièvre, pour le compte du département de la Nièvre, a expressément rejeté ce recours gracieux. Le 31 août 2021, la CAF de la Nièvre a informé l'intéressé que, compte tenu des retenues opérées, le solde de sa dette de RSA s'élevait à 10 656,71 euros. Le 27 septembre 2021, le président du conseil départemental de la Nièvre a ensuite émis à l'encontre de M. de D un titre exécutoire d'un montant de 10 656,71 euros. Le requérant doit être regardé comme demandant au juge, à titre principal, d'annuler la décision du 8 avril 2021 lui notifiant l'indu de RSA, le titre exécutoire du 27 septembre 2021 et la décharge de l'obligation de payer la somme de 10 656,71 euros en exerçant son office défini au point 2 et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de sa dette de RSA au regard de son office défini au point 3.

Sur les conclusions, présentées à titre principal, relatif au bien-fondé de l'indu de RSA :

7. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que M. de D aurait exercé devant la CAF de la Nièvre ou le président du conseil départemental de la Nièvre le recours préalable mentionné au point 2 contre la décision du 8 avril 2021 lui notifiant le paiement indu de RSA en litige et dont il a pris connaissance, au plus tard, le 4 juin 2021, date à laquelle il en a demandé la remise gracieuse. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que le président du conseil départemental de la Nièvre, à la date du présent jugement, aurait pris une décision statuant sur un tel recours.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2, 5 et 7 que, d'une part, le requérant n'est pas recevable à contester directement la décision du 8 avril 2021, qui est d'ailleurs devenue définitive, et que, d'autre part, M. de D n'est pas recevable à contester le bien-fondé de cet indu de RSA à l'appui du recours dirigé contre le titre exécutoire émis le 27 septembre 2021.

9. En deuxième lieu, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération d'un indu de RSA s'attache à l'exigibilité de la créance. Il en résulte que l'exercice d'un tel recours, de même qu'une demande de remise gracieuse, fait par lui-même obstacle, aussi longtemps que ce recours est pendant devant l'administration ou devant les juges du fond, d'une part, à la possibilité pour l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active d'opérer une compensation avec les sommes dues à l'allocataire et, d'autre part, à l'émission, par le département, d'un titre exécutoire sur le fondement de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

10. Le président du conseil départemental de la Nièvre, en émettant un titre exécutoire, le 27 septembre 2021, alors qu'aucun recours contestant le bien-fondé de l'indu de RSA ou contestant le refus de remise gracieuse de cet indu n'était alors pendant devant l'administration ou devant le juge, n'a pas méconnu la règle, analysée au point 9, de l'effet suspensif des recours. Le moyen invoqué à ce titre par le requérant doit dès lors être écarté.

11. En dernier lieu, et en tout état de cause, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement revenu de solidarité active et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.

12. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête établi le 5 juin 2020, dont les mentions ne sont pas sérieusement contestées, ainsi que des lettres rédigées les 9 juillet 2020 et 4 juin 2021 et, surtout, de la déclaration sur l'honneur du 13 janvier 2020 rédigée par l'intéressé lui-même, que M. de D et Mme C ont vécu en couple à compter de mars 2015 et habité ensemble, à Cosne-cours-sur-Loire, dans une maison qu'ils ont achetée en commun en créant, à cet effet, en janvier 2018, la SCI Bopavera, dont ils détiennent à eux deux l'ensemble des parts sociales, et qu'ils ont souscrit pour cet achat un emprunt immobilier qu'ils remboursent notamment par l'intermédiaire d'un compte-joint sur lequel ils versent par ailleurs, en fonction de leurs ressources, diverses sommes afin de régler certaines charges communes liées à la maison (taxe foncière, taxe d'habitation, eau, énergie). D'autre part, en se bornant à indiquer que le caractère stable et continu de la relation du couple n'était pas " démontré ", tout en indiquant par ailleurs que " la relation affective " liant M. de D et Mme C avait connu " divers tumultes ", que les intéressés étaient fiscalement tous deux " célibataires " et disposaient également de comptes bancaires individuels, le requérant n'a produit aucun élément probant de nature à établir qu'au cours de la période en litige, les intéressés n'avaient eu pas eu une vie de couple stable et continue. M. de D et Mme C doivent ainsi être regardés comme ayant vécu en concubinage et à la même adresse au cours de la période du 1er avril 2018 au 31 mars 2020. La CAF de la Nièvre n'a dès lors pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les ressources de Mme C devaient être pris en compte pour le calcul des droits au RSA de M. de D au titre de cette période. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que c'est à tort que le directeur de la CAF de la Nièvre lui a réclamé l'indu de RSA qu'il a perçu au titre de la période en litige.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 7 à 12 que les conclusions présentées à titre principal par M. de D doivent être rejetées.

Sur les conclusions, présentées à titre subsidiaire, relatives à la remise gracieuse de l'indu de RSA :

14. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé aux aides sociales ou sur leur montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.

15. Compte tenu des renseignements contenus dans le formulaire de demande de RSA, sur lequel il est demandé au demandeur de préciser sa " situation familiale actuelle " et, notamment, d'indiquer s'il vit en couple sans être marié et pacsé ou, au contraire, s'il vit seul ou est célibataire et au caractère réitéré sur une longue période des erreurs commises dans les déclarations de M. D sur sa situation familiale, eu égard aussi à l'analyse qui a été conduite au point 12, la bonne foi du requérant n'est pas établie. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder une remise de sa dette de RSA, le directeur de la CAF de la Nièvre n'a commis aucune erreur d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 14 et 15 que les conclusions présentées à titre subsidiaire par M. de D doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. de D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A de D et au département de la Nièvre.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Nièvre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le magistrat désigné,

L. BLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier0

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