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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102852

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102852

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102852
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantSCP GALLON & MAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 novembre 2021, Mme D F soumet au tribunal un litige l'opposant à la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Nièvre relatif à des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année.

Mme F soutient que la CAF de la Nièvre a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, la CAF de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

La CAF de la Nièvre soutient que le moyen invoqué par Mme F n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le décret n° 2019-1123 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boissy, président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. A a été entendu.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre juridique applicable au litige :

1. L'aide exceptionnelle instituée, au titre de l'année 2018, par le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 et, au titre de l'année 2019, par le décret n° 2019-1123 du 10 décembre 2019 est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole notamment pour les allocataires du revenu de solidarité active.

2. Lorsque l'un des organismes mentionnés au point 1 décide de récupérer un paiement indu d'aide exceptionnelle, remettant ainsi en cause un paiement déjà effectué, la personne concernée qui en conteste le bien-fondé peut directement saisir le juge. Statuant sur un recours dirigé contre une telle décision, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient également, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur le litige soumis par Mme F :

3. A la suite d'un contrôle opéré au cours du premier semestre de l'année 2020, la CAF de la Nièvre a réclamé à Mme F, le 15 octobre 2020, des paiements indus de revenu de solidarité active (RSA), d'allocation de logement sociale, d'allocation de soutien familial et d'aide exceptionnelle de fin d'année (AEFA), d'un montant total de 21 814,78 euros, au titre de la période du 1er octobre 2018 au 31 janvier 2020. Le 16 octobre 2020, Mme F a exercé un recours gracieux en contestant, notamment, le bien-fondé des indus d'AEFA des années 2018 et 2019, d'un montant de 228,67 euros, qui lui étaient réclamés. Par une décision du 30 septembre 2021, le directeur de la CAF de la Nièvre a rejeté ce recours gracieux. La requérante doit être regardée comme demandant au juge d'annuler la partie de la décision du 15 octobre 2021 lui notifiant des indus d'AEFA et la décision du 30 septembre 2021 en exerçant son office défini au point 2.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pris pour l'application de l'article L. 262-3 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ". Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges. Pour permettre à l'organisme chargé du versement revenu de solidarité active et déterminer ses droits, l'allocataire doit déclarer les informations relatives à sa situation familiale et, s'agissant des membres du foyer, l'ensemble des ressources qu'ils perçoivent.

5. D'autre part, en vertu des articles 1er et 3 du décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 et du décret n° 2019-1123 du 10 décembre 2019, le bénéfice de l'AEFA accordée au titre des années 2018 et 2019 est réservée aux personnes qui sont allocataires du RSA respectivement au mois de novembre ou décembre 2018 et au cours des mois de novembre ou décembre 2019.

6. En premier lieu, il résulte tout d'abord de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête établi le 5 juin 2020, dont les mentions ne sont pas contestées, que Mme F et M. G C ont eu ensemble un enfant, la jeune E, née le 20 septembre 2016, que Mme F était enceinte au cours du contrôle et que, postérieurement à la période contrôlée, un nouvel enfant, le jeune B, est né de leur union le 21 octobre 2020. Ensuite, pour la période contrôlée, M. G C a déclaré auprès de son employeur, de Pôle emploi et de la CPAM de la Nièvre la même adresse que celle à laquelle était domiciliée Mme F, au 9 rue de la revenderie à Nevers, et était titulaire, à cette même adresse, d'une ligne téléphonique. Par ailleurs, il ressort de l'analyse -à laquelle s'est livré l'agent chargé du contrôle- des opérations sur le compte bancaire que Mme F détient au Crédit agricole que cette dernière a régulièrement déposé, chaque mois, sur son compte courant des espèces pour un montant compris entre 60 euros à 500 euros. Enfin, M. G C n'a versé, de manière amiable ou contrainte, aucune pension alimentaire à Mme F au titre de l'entretien et de l'éducation de la jeune E.

7. En second lieu, en se bornant à verser au dossier un document, incomplet et pour partie illisible, intitulé " contrat de location " établie au nom M. G C et ne comportant aucune date, un contrat de location prenant effet le 1er mars 2018 pour le bien situé au 9 rue de la revenderie à Nevers et un nouveau contrat de location prenant effet le 5 septembre 2020 au nom de Mme F pour un appartement situé au 2 rue de la Chaussade, à Nevers, quelques factures libellées à son nom et des documents postérieurs à la période en litige, la requérante n'a produit aucun élément probant de nature à établir qu'au cours de la période en litige, M. G C, alors qu'il a eu un nouvel enfant avec elle, aurait effectivement vécu à une autre adresse que celle qu'il a pourtant déclarée auprès de plusieurs organismes et n'avait avec elle aucune vie de couple stable et continue.

8. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 6 et 7, Mme F et M. G C doivent être regardés comme ayant vécu en concubinage à la même adresse. La CAF de la Nièvre n'a dès lors pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les ressources de M. G C devaient être pris en compte pour le calcul des droits au RSA du couple. L'intéressée ne conteste pas avoir bénéficié, après la réintégration de l'ensemble des ressources du couple, de paiements indus de RSA concernant la période d'octobre 2018 à janvier 2020. La requérante, qui n'avait ainsi pas le droit de bénéficier du versement du RSA au titre des mois de novembre et décembre 2018 et de novembre et décembre 2019, n'est dès lors pas fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur de la CAF de la Nièvre lui a réclamé le remboursement de l'AEFA qu'elle a perçue au titre des années 2018 et 2019.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède la requête de Mme F doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la caisse d'allocations familiales de la Nièvre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

Le magistrat désigné,

L. ALa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier0

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