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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102867

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102867

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102867
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DU PARC CURTIL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 novembre 2021, 20 avril et 19 octobre 2022, ce dernier non communiqué, Mme A C, représentée par Me Belville, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Mâcon et la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 20 000 euros en " réparation de la perte de chance " de " prouver la faute du praticien qui serait à l'origine des dommages qu'elle a subis " ;

2°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Mâcon et de la SHAM la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- sa requête est recevable dès lors que ses demandes indemnitaires préalables ne portent pas sur les mêmes préjudices ;

- son action n'est pas prescrite ;

- à défaut de communiquer son dossier médical complet, le centre hospitalier est présumé avoir commis une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service à l'origine d'une perte de chance d'obtenir réparation des préjudices qu'elle a subis suite au décès de ses enfants le 17 mai 2010 et d'en comprendre la véritable origine ;

- elle est par suite fondée à solliciter l'indemnisation, à raison de 20 000 euros, de la perte de chance d'obtenir la réparation des préjudices qu'elle a subis suite au décès de ses deux enfants et d'en comprendre l'origine.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 mars et 19 juillet 2022, le centre hospitalier de Mâcon et la SHAM, représentés par Me Geslain, concluent au rejet de la requête.

Ils font valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et donc irrecevable ;

- à titre subsidiaire, cette requête est prescrite et à tout le moins infondée dès lors que l'expertise médicale diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux conclut à l'absence de tout manquement dans la prise en charge médicale de Mme C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C qui présentait à l'âge de 23 ans une grossesse gémellaire dont ni le suivi en consultations ni la surveillance échographique n'avaient révélé d'anomalie, a été admise le 16 mai 2010 vers 18 heures au service des urgences de la maternité du centre hospitalier de Mâcon pour des contractions à seulement 24 semaines et 4 jours d'aménorrhée alors que seuls les prématurés d'au-moins 25 semaines d'aménorrhée étaient pris en charge de manière active y compris dans les maternités dites de niveau III. En dépit de l'administration par transfusion de Tractocile, qui selon l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Bourgogne, était " le produit de référence " et " le plus efficace pour bloquer le travail dans les grossesses très précoces comme c'était le cas " pour l'intéressée, cette dernière a, le lendemain, accouché par voie basse d'une enfant mort-née de 650 grammes et d'une seconde fille de 750 grammes, décédée 1h15 plus tard, dont les autopsies ont été refusées par les parents. Bien que l'expert ait relevé l'absence de mentions médicales durant le travail le " 17 mai 2010 à 3 heures du matin " où Mme C est " redescendue en salle d'accouchement et la naissance, le 17 mai 2010 à 16 heures 44 pour le premier bébé et 17 heures 10 pour le deuxième bébé ", les informations médicales existantes au dossier lui ont permis de déterminer et d'expliquer avec précision la cause tant de l'accouchement " très prématuré " des jumelles que de leur décès, qui se sont avérées selon l'expert sans le moindre lien de causalité avec un quelconque manquement susceptible d'être imputé à l'établissement de soins.

2. A l'issue de cette expertise qu'elle a diligentée, la CCI, saisie le 25 janvier 2019 par Mme C, a, dans un avis du 9 juillet 2019, écarté la responsabilité du centre hospitalier de Mâcon et considéré, à l'instar de l'expert, que l'intéressée a été victime d'une complication aigüe d'une grossesse gémellaire monochoriale, biamniotique, qui constitue une grossesse peu fréquente parmi les grossesses gémellaires. Cette " complication brutale " et indépendante du centre hospitalier, qui s'est traduite par la constitution " d'un hydramnios aigü qui entraine une mise en travail spontané qui souvent échappe à la tocolyse ", est " survenue à un terme inférieur à 25 semaines d'aménorrhée ", de sorte que les enfants " sont malheureusement nés à un terme très précoce où aucune prise en charge active n'était possible ".

3. Néanmoins, le conseil de Mme C a saisi le centre hospitalier de Mâcon d'une " demande préalable " d'indemnisation à raison de la partie du dossier médical manquante qui serait à l'origine d'une " perte de chance d'obtenir réparation des préjudices qu'elle a subis ". Par décision du 28 juin 2021, notifiée le 6 juillet suivant, l'établissement de soins a rejeté cette demande. Par un courrier daté du 16 septembre 2021, le conseil de Mme C a réitéré sa " demande préalable " d'indemnisation à raison de la partie du dossier médical manquante. Par lettre du 13 octobre 2021, le centre hospitalier de Mâcon indiquait qu'il n'était en possession d'aucune autre pièce que celles déjà transmises. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner ce dernier, ainsi que son assureur, la Société hospitalière d'assurances mutuelles, au paiement d'une somme de 20 000 euros en " réparation de la perte de chance " de " prouver la faute du praticien qui serait à l'origine des dommages qu'elle a subis ".

Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Mâcon :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

5. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

6. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

7. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.

8. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 17 juin 2021, le conseil de Mme C a adressé une première demande indemnitaire au centre hospitalier de Mâcon tendant à la " réparation ", en raison de " l'absence de communication de dossier médical complet ", de sa " perte de chance de se voir indemnisée des véritables préjudices qu'elle a subis depuis le décès de ses jumelles le 17 mai 2010 ". Par une décision du 28 juin 2021, régulièrement notifiée au conseil de la requérante le 6 juillet 2021 comme en atteste l'accusé de réception du pli recommandé versé au dossier et mentionnant les voies et délais de recours, le centre hospitalier de Mâcon a rejeté cette demande, de sorte que le délai de recours dont disposait l'intéressée expirait au plus tard le 7 septembre 2021 à minuit.

9. Par un courrier du 16 septembre 2021, le conseil de Mme C a saisi le centre hospitalier de Mâcon d'une seconde demande indemnitaire afin d'obtenir l'indemnisation de " la perte de chance " subie en raison du même caractère incomplet de son dossier médical. Dans ces conditions, et alors que la requérante n'invoque pas d'autre fondement de responsabilité que celui invoqué dans sa première demande du 17 juin 2021 et ne saurait être regardée comme demandant réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, seraient nés, ou se seraient aggravés, ou auraient été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa première réclamation, la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le centre hospitalier de Mâcon a rejeté, à nouveau, sa demande n'a pas eu pour conséquence de rouvrir les délais de recours contre la décision de refus initiale, qui était définitive.

10. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'indemnisation " de la perte de chance " résultant de l'incomplétude de son dossier médical, enregistrées au greffe du tribunal le 4 novembre 2021, sont tardives, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Mâcon ne peut qu'être accueillie. Ces conclusions doivent donc être rejetées comme irrecevables, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, celles présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 de ce code.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au centre hospitalier de Mâcon, à la Société hospitalière d'assurances mutuelles et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-Or.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Nicolas Delespierre, président,

- Mme Mélody Desseix, première conseillère,

- Mme Karima Hunault, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

K. B

Le président,

N. Delespierre La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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