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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2102878

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2102878

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2102878
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBARBEROUSSE NATACHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 novembre 2021 et 17 octobre 2023, M. C B, représenté par Me Barberousse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'établissement public Voies navigables de France (VNF) à lui verser une somme de 3 766 euros assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices causés à sa propriété dans la nuit du 23 au 24 avril 2018 ;

2°) de mettre à la charge de VNF le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- VNF est responsable des préjudices subis sur sa propriété à la suite du débordement du canal de Vinneuf dans la nuit du 23 au 24 avril 2018 ;

- il a subi un préjudice matériel de 2 266 euros et un préjudice de jouissance de 1 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, VNF conclut au rejet de la requête.

VNF soutient que :

- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que le dommage provient de la centrale hydroélectrique exploitée par la société Energies France ;

- la coupure d'électricité générale du nord du département de l'Yonne constitue un événement de force majeure devant l'exonérer de sa responsabilité ;

- l'entretien normal du barrage de Courlon doit l'exonérer de sa responsabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois,

- les conclusions de M. A,

- et les observations de Me Barberousse, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire des parcelles cadastrées ZN 29, 30 et 31, situées sur le territoire de la commune de Vinneuf, qui sont exploitées à des fins agricoles. Ces parcelles se situent le long du canal de dérivation de Vinneuf. A trois kilomètres en amont des parcelles, à Courlon, le canal est alimenté par un barrage exploité par VNF à l'endroit duquel se situe une centrale hydroélectrique exploitée par la société Energies France. Dans la nuit du 23 au 24 avril 2018, à la suite d'une panne électrique ayant conduit à l'arrêt de cette centrale, les vannes du barrage n'ont pas été actionnées et l'eau de l'Yonne s'est partiellement déversée dans le canal, lequel a débordé et a inondé les parcelles ZN 29, 30 et 31. M. B a déclaré ce sinistre auprès de son assureur et, au cours d'une réunion d'expertise amiable qui s'est tenue le 22 mai 2018, son préjudice a été évalué à 2 266 euros. La demande indemnitaire que l'intéressé a adressée à VNF a été rejetée le 31 août 2021. M. B demande au tribunal de condamner VNF à lui verser une somme de 3 766 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

2. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.

3. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que la centrale hydroélectrique exploitée par la société Energies France absorbe une partie du débit de l'Yonne. Lors de la nuit du 23 au 24 avril 2018, à la suite d'une panne électrique généralisée dans le nord du département de l'Yonne conduisant à un arrêt total de la centrale hydroélectrique, une alarme de l'usine s'est déclenchée à l'endroit de l'automate de VNF afin d'activer le système électrique de secours du barrage attenant pour activer les vannes du barrage et réguler le débit de l'Yonne. Toutefois, comme le reconnaît VNF lui-même, le système électrique de secours a été défaillant et les vannes du barrage n'ont pas pu être activées durant au moins deux heures. Il en est résulté un déversement anormal de l'Yonne dans le canal de dérivation passant sur le territoire de la commune de Vinneuf et une inondation des parcelles appartenant à M. B. Le dysfonctionnement du barrage exploité par VNF est ainsi la conséquence directe du dommage accidentel subi par M. B. L'établissement public VNF, qui a la charge de l'exploitation du barrage de Courlon, n'est dès lors pas fondé à soutenir que la responsabilité de la société Energies France doit être engagée au titre de la gestion de la centrale hydroélectrique. VNF ne peut pas davantage utilement se fonder sur des clauses d'une convention privée passée exclusivement entre le service Navigation Seine aux droits duquel vient VNF et la société Energies France.

4. Ensuite, la coupure d'électricité générale du nord du département de l'Yonne alléguée par VNF ne caractérise pas, en l'espèce, un événement de force majeure dès lors qu'un système électrique de secours opérationnel aurait pu éviter le dommage accidentel subi par le requérant.

5. Enfin, l'entretien normal de l'ouvrage public, qui n'est au demeurant pas établi, ne constitue pas une cause exonératoire de responsabilité que peut alléguer utilement l'établissement public VNF au titre des dommages que les ouvrages publics peuvent causer aux tiers.

6. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 à 5, l'établissement public VNF est responsable du dommage subi par M. B.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. En premier lieu, comme le relève le rapport de l'expert de l'assureur de M. B, non contesté, M. B a subi un préjudice matériel nécessitant, d'une part, le remplacement de la perte de pieds de betteraves correspondant à une surface de 75% de 20 ares et de 10% de 3 ares, soit un montant de 1 166 euros et, d'autre part, l'application de nouveaux traitements et des apports nutritifs sur les surfaces inondées pour un montant de 1 100 euros.

8. En second lieu, M. B n'établit pas les troubles de jouissance induits par l'impossibilité d'accès à ses parcelles inondées pour une durée de vingt-quatre heures. Ce chef de préjudice doit dès lors être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de VNF à lui verser une somme de 2 266 euros.

En ce qui concerne les intérêts et la capitalisation des intérêts :

10. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement au principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, M. B a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 2 266 euros à compter du 28 juin 2021, date à laquelle sa demande indemnitaire a été notifiée à VNF.

11. D'autre part, en application de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

12. Le 17 octobre 2023, date à laquelle la capitalisation des intérêts a été demandée, les intérêts étaient dus depuis plus d'une année. Le requérant a dès lors droit à la capitalisation des intérêts échus au 17 octobre 2023.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de VNF une somme de 1 200 euros à verser à M. B au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Voies navigables de France est condamné à verser à M. B une somme de 2 266 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 juin 2021. Les intérêts échus à la date du 17 octobre 2023 seront capitalisés à cette date pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Voies navigables de France versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à Voies navigables de France.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Boissy, président,

- Mme Desseix, première conseillère,

- Mme Bois, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La rapporteure,

C. BoisLe président,

L. BoissyLa greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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