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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2103043

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2103043

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2103043
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHAINTRIER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 novembre 2021 et le 14 juin 2022, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) Action TP, représentée par la SELAFA Chaintrier avocats, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mise à sa charge au titre de l'exercice clos en 2015, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période courant du 1er octobre 2015 au 31 octobre 2018, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre la somme de 5 000 euros HT à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés et la taxe sur la valeur ajoutée :

- l'avis de mise en recouvrement n'est pas correctement motivé dès lors que les références aux propositions de rectifications sont erronées ; l'administration a tiré les conséquences de son erreur en matière d'impôt sur les sociétés, mais seulement partiellement ;

- la notification des propositions de rectification a été irrégulière ; il est impossible que le dirigeant ait négligé de prendre connaissance des courriers recommandés ; la société n'a pas reçu les plis ; il est impossible de vérifier que ces documents ont été adressés à la bonne adresse ; les documents produits par l'administration ne sont pas probants dès lors qu'ils ont plus de deux ans ;

- l'administration fiscale a refusé d'adresser une copie de la proposition de rectification du 20 décembre 2019 à son expert-comptable ;

- le principe d'égalité devant la loi garanti par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 est méconnu dès lors, d'une part, qu'elle a subi plusieurs vérifications de comptabilité révélatrices d'un acharnement à son encontre, d'autre part, que les contrôles systématiques sont proscrits par ce principe et les règles applicables en matière de contrôle fiscal ;

En ce qui concerne les pénalités :

- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas fondées ; la circonstance que la société a fait l'objet d'un contrôle sur pièces afférent à une période antérieure ne suffit pas à établir la mauvaise foi ; l'administration indique comme une pétition de principe que la société ne pouvait ignorer les règles légales ;

- les pénalités pour dépôt tardif ne sont pas justifiées dès lors que l'expert-comptable indique avoir déposé la liasse avant la mise en demeure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire produit par le directeur régional des finances publiques de la région Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a été enregistré le 17 juin 2022 et n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées par une lettre du 5 mai 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 30 juin 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2022 par une ordonnance du même jour.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces produites par le directeur régional des finances publiques de la région Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or en réponse à des demandes du tribunal ont été enregistrées le 12 mai 2023 et le 24 mai 2023 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ;

- le code général des impôts et le livre de procédure fiscale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée à associé unique Action TP, qui a pour activité le terrassement, le lotissement et la viabilisation de terrains, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période courant du 1er mars 2015 au 31 mars 2018, étendue au 31 octobre 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié, par une proposition de rectification du 12 décembre 2018, des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015, par une proposition de rectification du 20 novembre 2019, des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2018, et enfin, par une proposition de rectification du 20 décembre 2019, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er octobre 2015 au 31 octobre 2018 et des suppléments d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016 et 2017. La première réclamation contentieuse de la société, reçue le 23 juin 2020, a été rejetée par l'administration par une décision du 18 février 2021. Par une décision du 5 octobre 2021, l'administration fiscale a partiellement admis la deuxième réclamation contentieuse du 13 avril 2021 et a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à la charge de la société au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. La société Action TP doit être regardée comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 octobre 2018.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ".

3. Il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité a été conclue par plusieurs propositions de rectification. La proposition de rectification datée du 12 décembre 2018 relative à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 a été notifiée au siège de la SASU Action TP, sis 5 rue de l'enclume à Quetigny et présentée le 15 décembre 2018 par les services postaux. Ce courrier n'a pas été retiré et la proposition de rectification datée du 12 décembre 2018 a été remise en mains propres au représentant légal de la société le 8 janvier 2019 comme en atteste la production par l'administration fiscale de la copie de la première page de ce document portant la mention " copie remise ce jour, le 8 janvier 2019 " et une signature dont l'authenticité n'est pas critiquée par la requérante.

4. La proposition de rectification du 20 décembre 2019 relative à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période courant du 1er octobre 2015 au 31 octobre 2018 a été notifiée également au siège de la SASU Action TP, sis 5 rue de l'enclume à Quetigny. L'administration fiscale produit à cet égard tant l'avis de réception mentionnant l'adresse du destinataire que l'attestation des services postaux indiquant la date de présentation du courrier recommandé, le 24 décembre 2019. Ce courrier, qui n'a pas été retiré malgré l'avis d'instance, a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". La circonstance que les documents produits par l'administration " auraient plus de deux ans ", puisqu'ils sont contemporains de l'envoi de la proposition de rectification, ne leur retire en rien leur caractère probant pour établir les circonstances de la notification des propositions de rectification. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, l'avis de réception produit comporte de manière suffisamment lisible l'adresse de la société, y compris le numéro de rue du bâtiment accueillant le siège de la société. La société ne peut utilement se borner à soutenir qu'il est impossible que son dirigeant n'ait pas retiré le courrier. Par suite, l'administration fiscale doit être regardée comme justifiant de la notification des deux propositions de rectification à la requérante qui n'est, de ce fait, pas fondée à soutenir que la procédure serait irrégulière en raison de l'absence de notification de celles-ci.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications () ".

6. L'avis de mise en recouvrement du 14 février 2020 mentionne quatre créances. Pour la première d'un montant de 192 582 euros, il indique qu'elle concerne la taxe sur la valeur ajoutée pour la période d'octobre 2015 à octobre 2018 et fait référence à une proposition de rectification du 19 décembre 2019. Pour la deuxième, d'un montant de 10 135 euros, il indique qu'elle concerne l'impôt sur les sociétés pour la période courant du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2015 et fait référence à une proposition de rectification du 12 décembre 2018. Les deux autres créances concernent l'impôt sur les sociétés pour la période courant du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2018, créances pour lesquelles la société requérante a obtenu un dégrèvement et qui ne sont pas en litige. La société fait valoir que cet avis de mise en recouvrement est irrégulier en raison d'erreurs. S'il est vrai que les deux dernières créances mentionnent des dates erronées de propositions de rectification, ces créances ne sont pas en litige. S'agissant de la première créance, l'avis de mise en recouvrement renvoie à une proposition de rectification du 19 décembre 2019 alors que la proposition de rectification date du 20 décembre 2019. Toutefois, les autres mentions de l'avis concernant cette créance, à savoir le montant des droits, les intérêts de retard et pénalités mis à la charge de la redevable ainsi que la période d'imposition concernée, étaient exemptes d'erreur. En outre, cette créance étant la seule concernant la taxe sur la valeur ajoutée, les erreurs affectant les dates des propositions de rectification afférentes aux autres créances relatives à l'impôt sur les sociétés n'ont pas pu créer d'ambiguïté pour la société requérante. Ainsi l'erreur concernant la date de la proposition de rectification est purement matérielle et n'a pas privé l'intéressée de la possibilité de contester utilement les montants mis en recouvrement. Par ailleurs, s'agissant de la deuxième créance, la date de la proposition de rectification indiquée sur l'avis de mise en recouvrement n'est pas erronée. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de mise en recouvrement doit être écarté.

7. En troisième lieu, si la société requérante soutient que l'administration fiscale a refusé d'adresser une copie des propositions de rectification à son expert-comptable, elle n'établit pas que son expert-comptable ait formé une telle demande. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé au conseil de la société une copie des propositions de rectification en réponse à la première réclamation du 15 juin 2020.

8. En quatrième lieu, l'administration étant tenue en toutes circonstances de faire appliquer la loi fiscale, la circonstance selon laquelle le contribuable aurait fait l'objet de procédures de contrôle distinctes concernant des exercices successifs ne caractérise à elle-seule ni une violation du principe d'égalité devant la loi, ni une méconnaissance des principes de loyauté et d'impartialité du service chargé des opérations de contrôle.

Sur les pénalités :

9. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

10. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir un tel manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

11. L'administration fiscale a appliqué une pénalité de 40 % sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée au motif que la société ne pouvait ignorer que la taxe était due à l'encaissement du prix ou de l'acompte dès lors qu'elle avait déjà fait l'objet d'un précédent contrôle au cours duquel l'administration avait repris de la taxe sur la valeur ajoutée collectée et non déclarée à hauteur de 66 130 euros pour la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2014, 75 922 euros pour la période du 1er octobre 2014 au 30 septembre 2015 et 67 674 euros pour la période courant du 1er octobre 2015 au 30 juin 2016. L'administration a également relevé que les insuffisances étaient connues de la société dès lors que la taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée figurant au compte 4571200 " TVA Collectée " avait été extournée pour être créditée au compte 455800 " TVA à régulariser ". Il ressort des pièces du dossier que la société Action TP a fait l'objet d'une précédente vérification de comptabilité du 13 octobre 2016 au 17 février 2017 portant sur la période courant du 1er mars 2013 au 30 juin 2016 en matière de taxe sur la valeur ajoutée et ayant donné lieu à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée et non déclarée. En outre, la société ne conteste pas avoir inscrit dans sa comptabilité lors de la clôture annuelle des comptes le 30 septembre 2016 et le 30 septembre 2017 les sommes correspondant à la taxe sur la valeur ajoutée collectée non déclarée sur le compte " TVA à régulariser ". Compte tenu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe du manquement délibéré de la société requérante à ses obligations fiscales.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".

13. S'agissant de l'impôt sur les sociétés, si la société requérante soutient que son expert-comptable aurait adressé une déclaration de résultat avant l'expiration de la mise en demeure émanant de l'administration fiscale, elle ne produit aucune pièce permettant d'en justifier. Par suite, elle n'est pas fondée à contester la majoration de 40 % mise à sa charge en application de l'article 1728 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SASU Action TP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée à associé unique Action TP et au directeur régional des finances publiques de la région Bourgogne Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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