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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2103078

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2103078

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2103078
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLABETOULE ANGÉLIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2021, la société par actions simplifiée Form in Time, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Dumont, Bortolotti, Combes, Junguenet et Associés, demande au tribunal : 1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés, à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, et des pénalités correspondantes ; 2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ; 3°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015, et des pénalités correspondantes ; 4°) de la faire bénéficier du sursis de paiement, sur le fondement des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ; 5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - sa requête n'est pas tardive, dès lors qu'elle disposait d'un délai courant jusqu'au 14 juin 2021 pour présenter une réclamation contentieuse, en vertu de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19 ; - il n'apparaît pas que l'administration fiscale lui ait remis, préalablement à l'engagement de la vérification de comptabilité, un avis de vérification, conformément à l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, et une charte des droits et obligations du contribuable vérifié, dans les conditions prévues par l'article L. 10 de ce livre ; - en considérant qu'elle a déduit des frais de représentation, sans rapporter la preuve que les charges correspondantes ont été engagées conformément à son intérêt social, le service a opéré un renversement de la charge de la preuve ; - elle a effectivement présenté au service vérificateur les factures correspondant aux charges de représentation litigieuses, tandis que le service n'établit pas l'absence de caractère professionnel de ces charges ; - elle est fondée à se prévaloir du paragraphe n° 10 de la documentation administrative référencée BOI-BNC-BASE-40-60-60 et de la réponse ministérielle n° 18147 du 24 avril 1997 à la question du sénateur Authié ; - les charges de sous-traitance, qui n'ont pas été admises en déduction du bénéfice taxable par le service, correspondent à des charges d'audit comptable facturées par le cabinet ETC, dans le cadre d'un projet d'acquisition de titres de sociétés appartenant au groupe Ubitwin ; - les intérêts de retard et pénalités doivent faire l'objet d'une décharge compte tenu du caractère infondé des droits. Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2022, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête. Il soutient que la réclamation contentieuse du 17 février 2021 était tardive, tant au regard du délai prévu par l'article R. 196-1 que de celui prévu par l'article R. 196-3 du livre des procédures fiscales, sans que le contribuable puisse se prévaloir des dispositions de l'article 10 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020. Les parties ont été informées, par une lettre du 21 mars 2023, que l'affaire était susceptible, à compter du 12 avril 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative. La clôture de l'instruction a été fixée au 13 avril 2023 par ordonnance du même jour. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Irénée Hugez, - et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. La société par actions simplifiée (SAS) Orbis Consultants, devenue la SAS Form in Time, constituée en 2012 sous forme d'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée et ayant opté au 1er janvier 2015 pour l'impôt sur les sociétés, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2014 et en 2015, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements de son bénéfice taxable et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de taxe sur les véhicules de société, par une proposition de rectification en date du 1er juin 2017. Les impositions en résultant ont été mises en recouvrement le 9 août 2017, pour un montant total de 17 537 euros en droits et pénalités s'agissant de l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015, pour un montant de 13 399 euros en droits et pénalités s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, et pour un montant de 15 807 euros en droits et pénalités s'agissant de la taxe sur les véhicules de société au titre de la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015. Par une décision explicite du 5 juillet 2019, le service a partiellement admis la première réclamation préalable de la société et prononcé un dégrèvement d'un montant de 1 120 euros en droits et pénalités en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Par une ordonnance du 8 octobre 2020, le président de la deuxième chambre du tribunal administratif de Dijon a rejeté, au motif de sa tardiveté, la requête de la société dirigée contre les impositions maintenues à son encontre. Par une décision explicite, en date du 30 septembre 2021, l'administration fiscale a rejeté comme tardive la seconde réclamation contentieuse préalable de la société du 17 février 2021. La SAS Form in Time demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de taxe sur les véhicules de société restant en litige.Sur les conclusions à fin de décharge :En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition : 2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du même livre, dans sa version applicable aux avis de vérification adressés à compter du 1er janvier 2016, en vertu du B de l'article 86 de la loi du 29 décembre 2015 de finances pour 2016 : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration. ". 3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a fait parvenir un avis de vérification de comptabilité à la SAS Orbis Consultants, daté du 22 août 2016, que ce pli a effectivement été envoyé à l'adresse de la société, soit au 1 boulevard des Noyers Pompons à Sens, qu'il a été distribué par les services postaux le lendemain et que l'avis de réception de ce courrier est revêtu du tampon et de la signature du représentant de la société. En outre, cet avis de vérification de comptabilité mentionnait la possibilité de consulter la charte des droits et obligations du contribuable vérifié sur le site internet www.impots.gouv.fr ou de se faire remettre un exemplaire imprimé de ce document sur simple demande. Il n'est ni démontré ni même allégué que la société requérante aurait formulé une telle demande. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de notification régulière d'un avis de vérification de comptabilité manque en fait et doit, pour ce motif, être écarté. Enfin, le moyen tiré du bénéfice du quatrième alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, dans sa version antérieure à celle citée au point 2 du présent jugement, qui n'était pas applicable à la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la SAS Orbis Consultants, est inopérant.En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige : 4. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés en application de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Selon le 5 du même article : " Sont également déductibles les dépenses suivantes : / a. Les rémunérations directes et indirectes, y compris les remboursements de frais versés aux personnes les mieux rémunérées ; / b. Les frais de voyage et de déplacements () / f. Les frais de réception, y compris les frais de restaurant et de spectacles. / () Les dépenses ci-dessus énumérées peuvent légalement être réintégrées dans les bénéfices imposables, dans la mesure où elles sont excessives et où la preuve n'a pas été apportées qu'elles ont été engagées dans l'intérêt direct de l'entreprise. () ". 5. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. 6. La vérificatrice a remis en cause la déductibilité, dans la proposition de rectification du 1er juin 2017, au titre de l'exercice clos en 2015, d'une part, de frais de restauration, d'un montant de 6 945,40 euros au double motif de l'absence de présentation de facture ou de justificatifs et de l'absence d'engagement de ces charges dans l'intérêt direct de l'entreprise, et, d'autre part, de frais de restauration et d'hôtellerie, d'un montant de 9 076,90 euros au seul motif de l'absence d'engagement de ces charges dans l'intérêt direct de l'entreprise. La société requérante a produit, pour la première fois à l'occasion de sa réclamation contentieuse du 7 novembre 2017, des justificatifs pour un montant de 3 459 euros, correspondant à des frais de restauration. S'agissant spécifiquement de ces derniers, l'administration a maintenu son refus de leur déduction du bénéfice taxable, dans sa décision du 5 juillet 2019, au seul motif de l'absence d'engagement de ces frais dans l'intérêt de la société. Elle a notamment relevé que ni la qualité ni l'identité des convives n'étaient mentionnées, que certains des documents produits constituaient non des factures mais des devis, qu'aucun justificatif de l'objet de ces repas n'était produit et que l'agenda du dirigeant de la société, constitué d'un seul fichier de tableur modifiable, produit postérieurement aux opérations de contrôle et ne permettant aucun rapprochement avec la comptabilité, ne revêtait pas de caractère probant. 7. En premier lieu, alors qu'il appartient toujours au contribuable de justifier de la correction de l'inscription de ses charges en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité, il lui appartient en outre, lorsqu'il s'agit, comment en l'espèce, de dépenses visées au 5 de l'article 39 du code général des impôts, de démontrer qu'elles ont été engagées dans l'intérêt de son exploitation. Par suite, l'administration fiscale n'a, contrairement à ce que soutient la SAS Form in Time, pas méconnu les règles de dévolution de charge de la preuve. 8. En deuxième lieu, en se bornant, dans la présente instance, à soutenir que les frais de restauration en litige correspondraient à des " repas d'associés ", pris par M. A et son associé, dont les conversations ne pouvaient par nature se dérouler devant leurs salariés, sans même produire les factures en litige ni aucun des justificatifs produits lors de sa réclamation antérieure, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer que ces charges ont été engagées dans son intérêt et n'oppose aucune critique sérieuse aux motifs retenus par l'administration et mentionnés au point 6 du présent jugement. 9. En troisième lieu, s'agissant de la charge d'un montant de 2 000 euros, dont la déductibilité a été remise en cause par le service, il résulte de l'instruction que celle-ci correspond à une note d'honoraires du cabinet ETC, que la société requérante a produite devant l'administration fiscale. Celle-ci a relevé que cette charge correspondait à une prestation d'audit comptable réalisé au profit des sociétés Ur Formation, Ur Formation MP et Ubitwin Formation, ne présentant aucune contrepartie pour la SAS Orbis Consultants. Alors que la société requérante ne produit pas la facture dont elle se prévaut, la seule allégation selon laquelle cette prestation aurait été rendue dans le cadre d'un projet de rachat des titres de sociétés du groupe auquel appartiennent les trois sociétés précitées, qui est dépourvue de tout élément de preuve venant à son soutien, ne saurait suffire à contredire les observations réalisées par le service. Par suite, le moyen tiré du caractère déductible de cette charge doit être écarté. 10. En quatrième lieu, la société requérante n'est fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ni du paragraphe n° 10 de la documentation administrative référencée BOI-BNC-BASE-40-60-60 ni de la réponse du ministre chargé du budget, publiée au Journal officiel du Sénat du 24 avril 1997, à la question écrite n° 18147 du 17 octobre 1996 du sénateur Germain Authié, qui sont relatifs aux frais déductibles des bénéfices non commerciaux, et dans les prévisions desquels elle ne rentre donc pas. Par suite, ce moyen doit être écarté.En ce qui concerne les pénalités : 11. Le moyen tiré de la décharge des pénalités par voie de conséquence de la décharge des droits, doit être écarté, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à contester les droits en litige. 12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or en défense, ni sur la recevabilité de la requête, que la SAS Form in Time n'est fondée à demander la décharge ni de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2015, ni des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, ni en tout état de cause des rappels de taxe sur les véhicules de société mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2013 au 30 septembre 2015, ni des pénalités correspondantes. Sur les conclusions à fin de sursis de paiement : 13. Le présent jugement se prononce sur le fond des affaires. Les conclusions tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent ainsi privées d'objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer. Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : 14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SAS Form in Time demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D E C I D E : Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la SAS Form in Time à fin de sursis de paiement. Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SAS Form in Time est rejeté. Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Form in Time et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or. Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient : M. Zupan, président, Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère, M. Hugez, premier conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023. Le rapporteur, I. Hugez Le président, D. Zupan La greffière, L. Curot La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition, La greffière,2N° 2103078lc

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