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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2103337

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2103337

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2103337
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantKOUMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 décembre 2021 et 27 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Kouma, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Dijon à lui verser la somme " forfaitaire " de 12 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis suite à sa chute, le 4 janvier 2018, au marché couvert des halles de la ville de Dijon ;

2°) de condamner la commune de Dijon aux entiers dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- alors qu'il faisait son marché sous les halles centrales de Dijon où il est habitué à faire ses courses, il est tombé en glissant sur un carrelage présentant un " effet de brillance ", ce qui lui a causé une fracture du cotyle droit ;

- le défaut d'entretien normal de l'ouvrage engage la responsabilité de la commune de Dijon dès lors qu'aucune indication n'était donnée quant à l'état du sol glissant ;

- il sollicite donc la condamnation de la commune à l'indemniser d'une somme globale de 12 000 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire et du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique et/ou psychique, évalué par l'expert de son assureur à 3 %.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 mai et 1er novembre 2022, la commune de Dijon, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la matérialité des faits n'est pas établie et l'intéressé ne détaille ni le lieu exact de la chute, ni les conditions dans lesquelles il aurait chuté, ni même la cause du caractère glissant allégué ;

- l'effet supposé de " brillance " du carrelage ne résulte d'aucun des clichés et ne suffit pas à caractériser la glissance anormale de ce revêtement ;

- aucun défaut d'entretien normal ne peut lui être reproché ;

- la chute résulte d'une faute de la victime qui connaissait parfaitement les lieux un jour de faible fréquentation ;

- subsidiairement, la réalité des préjudices n'est pas établie et leur évaluation est excessive.

Par un mémoire enregistré le 16 mars 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or conclut à la condamnation de la commune de Dijon à lui verser, d'une part, la somme de 343,75 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du jugement, en remboursement de ses frais et débours et, d'autre part, la somme de 115 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle fait valoir que le montant des prestations servies, en rapport avec les soins liés à l'accident du 4 janvier 2018, s'élève à la somme de 343,75 euros conformément au rapport d'expertise établi le 21 octobre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,

- et les observations de Me Kouma, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, âgé de 70 ans au moment des faits, déclare avoir chuté le 4 janvier 2018 sur le site du marché couvert des halles de la ville de Dijon aux environs de 10 heures. L'expert désigné par l'assureur de M. A a déposé le 21 octobre 2019 un rapport fixant la date de consolidation au 17 avril 2018. L'intéressé a alors adressé une réclamation indemnitaire à la commune de Dijon, rejetée par courrier du 11 mars 2021. M. A demande au tribunal de condamner la commune à lui verser la somme globale de 12 000 euros en indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis suite à sa chute.

Sur la responsabilité de la commune de Dijon :

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public et le dommage dont il se plaint. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. M. A impute sa chute le 4 janvier 2018, au caractère " glissant " et non signalé du sol du marché des halles centrales de Dijon alors qu'il y faisait ses courses. Ainsi, le requérant avait la qualité d'usager de l'ouvrage public constitué par le marché couvert où se serait produit l'accident.

4. Toutefois, pour établir la réalité de sa chute, le requérant se borne à produire deux attestations dont une émane de sa sœur, insuffisamment circonstanciées et établies près de deux ans après les faits. En outre, ces deux témoignages ne font nullement état d'une quelconque absence de signalisation, de sorte que les dires de M. A à cet égard, ne sont corroborés par aucun des éléments de l'instruction. L'intéressé produit, également, deux photographies, non datées, faisant apparaitre des carreaux de différentes couleurs, sans la moindre défectuosité apparente, ni indication du lieu précis de la chute ou encore de la partie du " carrelage " qu'il incrimine comme comportant, selon lui, un " effet de brillance qui dément son caractère anti-glissant ". Or, cette dernière allégation est contredite par les deux attestations produites par M. A, aux termes desquelles sa chute résulterait d'un sol, non pas structurellement mais inhabituellement " glissant ", du reste sans plus de précision, le jour de l'accident. Enfin, à supposer même que la " brillance " alléguée puisse être tenue pour établie, rien n'indique qu'elle présentait, en plein jour, un danger pour un passant fréquentant habituellement les lieux et normalement attentif, dès lors qu'il ne résulte d'aucun des éléments de l'instruction que d'autres chutes aient eu lieu au même endroit. Dans ces conditions, M. A, qui n'apporte pas la preuve d'un lien de causalité entre l'état du sol du marché des halles et le dommage dont il se plaint, n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Dijon pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

5. Les conclusions indemnitaires de M. A doivent ainsi être rejetées. Par voie de conséquence, celles présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or doivent également être rejetées.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'indemnisation, fait obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dijon la somme demandée par la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les dépens :

7. Dans la présente instance, les dépens sont inexistants. Les conclusions présentées sur ce fondement par le requérant ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dijon, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier la somme demandée par la commune de Dijon en application des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Dijon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Dijon et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Olivier Rousset, président,

- Mme Mélody Desseix, première conseillère,

- Mme Karima Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

K. B

La greffière,

E. Herique

Le président,

O. Rousset

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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