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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200213

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200213

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200213
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANDOT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 janvier et 10 juin 2022, la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Landot et Associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 484 414 euros en réparation des préjudices résultant, au titre des années 2017 à 2020, de l'erreur de calcul de la dotation globale de fonctionnement au titre de l'année 2016, assortie des intérêts moratoires en application de l'article 1231-6 du code civil à compter du 27 septembre 2021, et de la capitalisation de ces intérêts en application de l'article 1343-2 du même code, à compter du 27 septembre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa demande est recevable, dès lors qu'elle ne demande pas l'annulation des décisions ayant fixé le montant de la dotation de solidarité rurale et de la dotation nationale de péréquation de la commune nouvelle pour les années 2017 à 2020, mais l'indemnisation des préjudices résultant de la faute commise par l'État dans la fixation de ces dotations pour l'année 2016 ;

- en plafonnant à hauteur de 20 % la hausse du montant de la dotation nationale de péréquation et de la dotation de solidarité rurale par rapport au montant perçu l'année précédente, alors que ce mécanisme n'était pas applicable aux communes nouvelles, comme l'ont jugé le tribunal administratif de Dijon et la cour administrative d'appel de Lyon, respectivement les 16 octobre 2017 et 3 décembre 2019, l'État a commis une illégalité fautive ;

- dès lors que les montants de dotation nationale de péréquation et de dotation de solidarité rurale, calculés au titre de l'année 2016 étaient erronés, l'État a également commis une faute en refusant de tirer les conséquences de l'annulation des décisions du 13 mai 2016, par lesquelles le préfet de l'Yonne a initialement fixé la dotation de solidarité rurale et la dotation nationale de péréquation pour l'année 2016, quant à la fixation du montant de dotation globale de fonctionnement pour les années ultérieures ;

- ces fautes ont entraîné une perte de dotations, d'un montant de 1 484 414 euros, dont elle est fondée à demander à être indemnisée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 mars et 3 août 2022, le préfet de l'Yonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive, dès lors que les montants de dotation de solidarité rurale et de dotation nationale de péréquation au titre de l'année 2017 ont été notifiés les 2 et 8 juin 2017 à la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye, et que les arrêtés ayant fixé le montant de ces dotations au titre des années 2018, 2019 et 2020 ont été respectivement publiés au Journal Officiel de la République française les 1er juin 2018, 13 juin 2019 et 11 juin 2020 ;

- les moyens soulevés par la commune nouvelle requérante ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 27 janvier 2022 à la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées par une lettre du 2 mai 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 13 juin 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2022 par ordonnance du même jour.

Les parties ont été informées le 24 février 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye, dès lors que l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée, et que le délai permettant d'introduire un recours en annulation contre les décisions notifiées ou publiées les 2 et 8 juin 2017, 1er juin 2018, 13 juin 2019 et 11 juin 2020, par lesquelles ont été notifiés les montants de dotation de solidarité rurale et de dotation nationale de péréquation à la commune nouvelle, qui sont des décisions expresses, dont l'objet est purement pécuniaire, était expiré, tant à la date de la réclamation préalable du 23 septembre 2021 qu'à la date de la requête introduite le 24 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 31 mai 2018 portant notification des attributions individuelles de dotation globale de fonctionnement aux collectivités territoriales et aux établissements publics de coopération intercommunale au titre de l'exercice 2018 en application de l'article L. 1613-5-1 du code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 21 mai 2019 portant notification des attributions individuelles de dotation globale de fonctionnement aux collectivités territoriales et aux établissements publics de coopération intercommunale au titre de l'exercice 2019 en application de l'article L. 1613-5-1 du code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 26 mai 2020 portant notification des attributions individuelles de dotation globale de fonctionnement aux collectivités territoriales et aux établissements publics de coopération intercommunale au titre de l'exercice 2020 en application de l'article L. 1613-5-1 du code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B A,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. La commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye a été créée le 1er janvier 2016 par la fusion des communes de Chambeugle, Charny, Chêne-Arnoult, Chevillon, Dicy, Fontenouilles, Grandchamp, Malicorne, Marchais-Béton, Perreux, Prunoy, Saint-Denis-sur-Ouanne, Saint-Martin-sur-Ouanne et Villefranche, qui étaient toutes membres de la communauté de communes de l'Orée de Puisaye. Par un jugement, lu le 16 octobre 2017, le tribunal administratif de Dijon a notamment annulé les décisions du 13 mai 2016, par lesquelles le préfet de l'Yonne a fixé la dotation nationale de péréquation et la dotation de solidarité rurale de la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye pour l'année 2016. Par un arrêt, en date du 3 décembre 2019, devenu définitif et passé en force de chose jugée, la cour administrative d'appel de Lyon a rejeté la requête du ministre de l'intérieur dirigée contre ce jugement. Par deux arrêtés, en date du 7 octobre 2020, le préfet de l'Yonne a attribué, à la commune nouvelle, deux sommes complémentaires de montants respectifs de 132 045 et 275 916 euros, respectivement au titre de la dotation nationale de péréquation et de la dotation de solidarité urbaine, au titre de l'année 2016. Le silence de la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales a fait naître une décision implicite de rejet de la réclamation préalable, en date du 23 septembre 2021, de la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye, tendant à l'indemnisation du préjudice résultant de la minoration des dotations perçues au titre des années 2017 à 2020, en conséquence des erreurs de calcul commises dans la détermination de ces dotations au titre de l'année 2016. Par sa requête, la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 1 480 414 euros, en réparation de ses préjudices.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1613-5-1 du code général du code général des collectivités territoriales, applicable à compter du 1er janvier 2018 : " Les attributions individuelles au titre des composantes de la dotation globale de fonctionnement mentionnées aux articles L. 2334-1 et L. 3334-1 peuvent être constatées par arrêté du ministre chargé des collectivités territoriales publié au Journal officiel. Cette publication vaut notification aux collectivités territoriales et aux établissements publics de coopération intercommunale. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

4. D'une part, en application des dispositions précitées de l'article L. 1613-5-1 du code général des collectivités territoriales, les ministres respectivement de l'intérieur et de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales ont, par les arrêtés susvisés des 31 mai 2018, 21 mai 2019 et 26 mai 2020, notifié aux collectivités concernées, dont la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye, les composantes de la dotation globale de fonctionnement au titre respectivement des exercices 2018, 2019 et 2020. Chacun de ces arrêtés, publiés au Journal officiel de la République française, respectivement les 1er juin 2018, 13 juin 2019 et 11 juin 2020, mentionnait les voies et délais de recours. Il est constant que la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye n'a pas, dans le délai de deux mois qui lui était imparti à cette fin, contesté lesdits arrêtés qui, à son égard, sont devenus définitifs.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que le maire de la commune de Charny Orée de Puisaye a accusé réception, respectivement les 2 et 8 juin 2017, des notifications qui lui ont été faites par le préfet de l'Yonne des montants respectivement de la dotation nationale de péréquation et de la dotation de solidarité rurale attribuées à la commune nouvelle au titre de l'exercice 2017, et qui étaient revêtues des voies et délais de recours. Il est constant que la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye n'a pas, dans le délai de deux mois qui lui était imparti à cette fin, contesté lesdites décisions qui sont devenues définitives.

6. L'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.

7. La commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye a formé, à la date du 23 septembre 2021, une demande indemnitaire visant à la réparation du préjudice né, selon elle, d'une sous-évaluation des montants de dotation de solidarité urbaine et de dotation nationale de péréquation, déterminés par les services de l'Etat au titre de chacun des exercices 2017 à 2020. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 4 et 5 du présent jugement que, tant à la date de réception de cette réclamation qu'à la date d'introduction de la présente requête, le délai pour présenter un recours en annulation dirigé contre les décisions, dont l'objet est purement pécuniaire, par lesquelles lui ont été notifiés les montants de ces dotations au titre de chacun des exercices 2017 à 2020 était expiré. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye ayant la même portée sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées. Les conclusions tendant au versement d'intérêts et à la capitalisation de ces intérêts doivent également être rejetées par voie de conséquence.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune nouvelle de Charny Orée de Puisaye, au préfet de l'Yonne, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

I. A

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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