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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200388

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200388

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200388
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantGOLDWIN PARTNERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 février, 27 et 28 décembre 2022, la société civile immobilière Bel Pro, représentée par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Goldwin Partners, demande au tribunal : 1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021, dans les rôles de la commune de Nevers, à raison d'un immeuble sis 18 rue Albert Ier sur le territoire de cette commune ; 2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021, dans les rôles de la commune de Nevers, à raison d'un immeuble sis 18 rue Albert Ier sur le territoire de cette commune ; 3°) de condamner l'État aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - la décision du 9 décembre 2021 rejetant sa réclamation préalable a été prise par une autorité incompétente ; - l'immeuble en litige est délabré et en ruine en raison des importantes dégradations qu'il a subies, et ne constitue pas une propriété bâtie au sens des dispositions de l'article 1380 du code général des impôts ; - elle est fondée à solliciter le dégrèvement prévu par les dispositions de l'article 1389 du code général des impôts, dès lors que l'inexploitation de l'immeuble est indépendante de sa volonté, a une durée de plus de trois mois et affecte la totalité de l'immeuble ; - à titre subsidiaire, elle sollicite la réduction de la valeur locative cadastrale de l'immeuble litigieux, par réduction du coefficient d'état d'entretien, prévu par les dispositions de l'article 324 Q de l'annexe III au code général des impôts ; - en vertu de l'article 1498 du code général des impôts, la détermination du tarif d'imposition doit tenir compte de l'utilisation, des caractéristiques physiques, de la situation et de la consistance du bien. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 23 juin 2022 et 17 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés. Les parties ont été informées par une lettre du 7 décembre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 28 décembre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative. La clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023 par ordonnance du même jour. Le président du tribunal administratif de Dijon a désigné M. Hugez, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. B A, - et les conclusions de Mme Mélody Desseix, rapporteure publique. Considérant ce qui suit : 1. La société civile immobilière Bel Pro est propriétaire d'un immeuble, sis 18 et 18 A rue Albert Ier à Nevers dans la Nièvre, à raison duquel elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2020 et 2021. Par une décision explicite, en date du 9 décembre 2021, l'administration fiscale a rejeté sa réclamation contentieuse préalable du 10 septembre 2021. Par sa requête, la société civile immobilière Bel Pro demande au tribunal de prononcer, à titre principal la décharge, et à titre subsidiaire la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021, à raison de cet immeuble.Sur les conclusions aux fins de décharge et de réduction : 2. En premier lieu, les vices qui peuvent entacher la décision par laquelle le directeur départemental des finances publiques rejette la réclamation dont il est saisi par un contribuable sont sans influence sur la régularité ou sur le bien-fondé des impositions contestées. Le moyen tiré par la société civile immobilière Bel Pro de ce que la décision de rejet de sa réclamation à l'encontre des impositions établies au titre des années 2020 et 2021 aurait été signée par une autorité incompétente, est inopérant, et doit être, pour ce motif, écarté. 3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1415 de ce code : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". 4. Il résulte de ces dispositions qu'un immeuble devenu impropre à toute utilisation dans son ensemble ne constitue pas une propriété bâtie soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties en application de l'article 1380 du code général des impôts mais doit être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, en application de l'article 1393 du même code. 5. La société civile immobilière requérante soutient que l'immeuble en litige est délabré et en ruine. Elle produit, au soutien de son argumentation, un constat établi le 16 février 2022 par un commissaire de justice, faisant état de ce que des surfaces importantes de faux-plafonds ont été enlevées, les prises électriques ont été arrachées, les câbles électriques sectionnés, il n'y a pas d'accès à l'eau, ni de chauffage dans le bâtiment, et des fuites d'eau sont visibles à certains endroits, et une expertise réalisée par une société privée le 7 octobre 2022, ayant relevé qu'il demeure le gros œuvre et que le second œuvre est partiellement détruit, tant dans le bâtiment principal que dans les bâtiments annexes et ateliers. Toutefois, s'il résulte effectivement de l'instruction que les réseaux électriques, l'isolation et l'aménagement de l'immeuble en litige ont subi des dégradations importantes, il ne résulte pas du constat de commissaire de justice et de l'expertise produits à l'instance, au demeurant postérieurs au 1er janvier de chacune des années en litige, que le gros œuvre de l'immeuble en litige aurait subi des atteintes, le rendant impropre à toute utilisation dans son ensemble. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que ce bien était dans un état de délabrement le rendant impropre à toute utilisation industrielle ou commerciale dans son ensemble, qui le placerait en dehors du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties. 6. En troisième lieu, aux termes du I de l'article 1389 du code général des impôts : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée. ". 7. Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Le respect de cette condition exige, en principe, que le contribuable exploite lui-même l'établissement avant l'interruption de l'exploitation. Toutefois, lorsqu'un contribuable achète un immeuble dont l'exploitation à des fins industrielles ou commerciales est interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté, il peut prétendre à l'exonération prévue par les dispositions précitées s'il résulte de l'instruction qu'il a acquis cet immeuble en vue de l'exploiter lui-même à des fins industrielles et commerciales. 8. La société requérante ne conteste pas qu'elle n'a jamais exploité elle-même l'ensemble immobilier en litige et il ne résulte pas de ses seules déclarations allusives qu'elle l'aurait acquis en vue de l'exploiter elle-même à des fins industrielles ou commerciales. Dès lors, elle n'est pas fondée à solliciter l'exonération prévue par les dispositions précitées de l'article 1389 du code général des impôts. 9. En quatrième lieu, le moyen tiré du bénéfice des dispositions de l'article 324 Q de l'annexe III au code général des impôts, qui sont relatives à la détermination de la surface pondérée des locaux d'habitation, utilisée pour déterminer l'assiette de la taxe foncière sur les propriétés bâties de ces locaux, est inopérant dans le présent litige, qui ne porte pas sur l'imposition d'un immeuble à usage d'habitation. 10. En cinquième lieu, aux termes du I de l'article 1498 du code général des impôts : " La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. ". 11. Si la société requérante se prévaut des dispositions précitées du code général des impôts, elle ne sollicite ni sous-groupe, ni catégorie précis, ne conteste pas davantage ceux retenus par l'administration fiscale et se borne à solliciter une réduction d'imposition, tenant compte du " délabrement " du bien immobilier en litige, de sorte que son moyen doit être regardé comme dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. 12. Il résulte de tout ce qui précède que la société civile immobilière Bel Pro n'est fondée à demander ni la décharge ni la réduction des cotisations primitives de taxe foncière sur les propriétés bâties, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2020 et 2021, à raison de l'immeuble sis 18 et 18 A rue Albert Ier à Nevers. Sur les dépens : 13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ". 14. Il ne résulte pas de l'instruction que la société civile immobilière Bel Pro aurait exposé des dépens au sens des dispositions précitées. Ses conclusions tendant à la condamnation de l'État aux dépens ne peuvent ainsi qu'être rejetées. Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : 15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société civile immobilière Bel Pro demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.D E C I D E : Article 1er : La requête de la société civile immobilière Bel Pro est rejetée. Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Bel Pro et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or. Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023. Le magistrat désigné, I. A La greffière, T. Mateos-Jobard La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition, Le greffier,2N° 2200388

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