jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200390 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. A C, représenté par la société d'exercice libéral à forme anonyme Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 décembre 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 23 mars 2021 ayant rejeté sa demande de pension militaire d'invalidité ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui octroyer une pension militaire d'invalidité pour les infirmités " acouphènes intermittents " et " hypoacousie bilatérale " à compter du 26 avril 2019 ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- ses problèmes auditifs résultent, de manière directe et certaine, du traumatisme sonore qu'il a subi durant un exercice tactique organisé par le centre de formation initiale des militaires le 26 avril 2019, lorsqu'une grenade a été lancée à moins d'un mètre de lui ;
- la décision de la commission de recours de l'invalidité est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle se fonde sur le seul rapport du docteur B, qui n'a pas pris en compte les examens médicaux et les audiogrammes réalisés antérieurement au 30 novembre 2020, révélant la perte importante d'audition qu'il a subie.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 16 mai 2022 que l'affaire était susceptible, à compter du 27 juin 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2022 par ordonnance du même jour.
Des pièces complémentaires ont été produites les 16 mai et 4 juin 2023 à la demande du tribunal et ont été communiquées dans les conditions prévues par l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Le ministre des armées a produit un mémoire, enregistré le 9 juin 2023, portant sur les pièces précitées, qui a été communiqué dans les conditions prévues par l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C a été engagé, à compter du 7 mars 2019, dans l'armée de terre, au grade de soldat, en qualité de mécanicien au sixième régiment du matériel, en détachement à Gresswiller dans le Bas-Rhin. À l'occasion d'un exercice tactique organisé par le centre de formation initiale des militaires du rang, le 26 avril 2019, une grenade d'exercice a été lancée à moins d'un mètre de lui, alors qu'il ne portait pas de protection auditive. Malgré sa prise en charge au centre hospitalier universitaire de Nîmes pour un barotraumatisme sonore, M. C a conservé une hypoacousie bilatérale, des acouphènes, des douleurs et des maux de tête. Une déclaration initiale d'affection présumée imputable au service a été établie par le médecin en chef du dixième centre médical des armées le 2 mai 2019. M. C a été radié des cadres le 8 août 2019. Par une décision initiale, en date du 23 mars 2021, la ministre des armées a rejeté la demande de pension militaire d'invalidité de l'intéressé, formée le 12 août 2019. Par une décision, en date du 14 décembre 2021, dont M. C demande au tribunal l'annulation, la commission de recours de l'invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire, formé par le conseil de l'intéressé le 20 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2-3 de ce code : " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée. ". Aux termes de l'article L. 121-4 du même code : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. ".
3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. ". Et aux termes de l'article L. 151-6 de ce code : " La décision comportant attribution de pension est motivée. Elle fait ressortir les faits et documents ou les raisons d'ordre médical établissant que l'infirmité provient de l'une des causes mentionnées à l'article L. 121-1 ou, lorsque la pension est attribuée par présomption, le droit de l'intéressé à cette présomption. / Elle est accompagnée, en outre, d'une évaluation de l'invalidité qui doit être motivée par des raisons médicales et comporter le diagnostic de l'infirmité et sa description complète, faisant ressortir la gêne fonctionnelle et, s'il y a lieu, l'atteinte à l'état général qui justifie le pourcentage attribué. ".
4. Il résulte des dispositions citées aux points 2 et 3 que le degré d'infirmité est déterminé au jour du dépôt de la demande de l'intéressé, sans qu'il soit possible de tenir compte d'éléments d'aggravation postérieurs à cette date, et que l'administration doit se placer à la date de la demande de pension pour évaluer le degré d'invalidité entraîné par l'infirmité invoquée. Cette évaluation doit, en application des termes mêmes de l'article L. 151-6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, tenir compte de la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps par ces infirmités.
5. En outre, la pension militaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer, d'une part, les pertes de revenus et l'incidence professionnelle de l'incapacité physique et, d'autre part, le déficit fonctionnel, entendu comme l'ensemble des préjudices à caractère personnel liés à la perte de la qualité de la vie, aux douleurs permanentes et aux troubles ressentis par la victime dans ses conditions d'existence personnelles, familiales et sociales, à l'exclusion des souffrances éprouvées avant la consolidation.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le ministre des armées ne conteste pas la filiation médicale entre le barotraumatisme sonore dont a été victime M. C, à l'occasion de l'exercice d'entraînement du 26 avril 2019 et la perte d'acuité auditive et les acouphènes intermittents qui ont motivé sa demande de pension. Par suite, le moyen soulevé en ce sens est dépourvu d'objet.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que le docteur B a proposé, dans son expertise réalisée le 30 novembre 2020, de retenir un taux d'invalidité de 0 % pour l'infirmité " hypoacousie bilatérale ". Cette proposition a été confirmée par le médecin en charge des pensions militaires d'invalidité dans son avis du 4 mars 2021. La ministre des armées a ainsi retenu un taux d'invalidité de 0 % pour l'infirmité " hypoacousie bilatérale " et un taux d'invalidité inférieur au minimum indemnisable de 10 % pour l'infirmité " acouphènes intermittents ".
8. Si M. C soutient que la commission de recours de l'invalidité a commis une erreur de droit en ne tenant pas compte des audiométries réalisées d'avril à juillet 2019, qui sont contemporaines de la demande de pension, datée du 12 août 2019, et une erreur d'appréciation en retenant un taux inférieur au minimum indemnisable de 10 %, il résulte néanmoins de l'instruction que l'état de santé de M. C n'était pas consolidé au cours de la période dont il se prévaut, que les audiométries réalisées entre avril et juin 2019 ne permettent pas d'établir la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps pour les séquelles invoquées, et qu'au contraire, tant la perte auditive que les acouphènes intermittents ont été en voie d'amélioration constante jusqu'à l'expertise du docteur B, et au-delà, dès lors qu'il résulte de l'expertise ordonnée par le tribunal à la demande de l'intéressé le 25 janvier 2022 qu'à cette date, les acouphènes avaient quasiment totalement disparu et la perte auditive, établie alors à 15 décibels du côté droit et à 17,5 décibels du côté gauche, était inférieure à celle retenue par le docteur B. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que la commission de recours de l'invalidité s'est fondée principalement sur l'expertise du docteur B, alors qu'au surplus l'audiométrie réalisée le 5 juillet 2019 avait déjà donné lieu au constat d'une perte auditive de l'ordre de seulement 20 décibels de chaque côté. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions précitées que la commission de recours de l'invalidité, constatant une perte auditive bilatérale de l'ordre de 20 décibels de chacun des deux côtés, a pu retenir un taux d'invalidité pour l'infirmité " hypoacousie bilatérale " de 0 % et considérer que l'infirmité " acouphènes intermittents " ne pouvait donner lieu qu'à un taux d'invalidité inférieur au minimum indemnisable, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la gêne fonctionnelle engendrée dans le temps par cette infirmité est très faible, limitée à une perception le soir, dans le calme, avant de se coucher. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 décembre 2021, par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision qui lui a refusé l'octroi d'une pension militaire d'invalidité. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation, et par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Zupan, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
D. Zupan
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026