jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200854 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BELOUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Allo Loc 21, désormais représentée par Me Belouis, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, et des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2018, et des pénalités correspondantes ;
3°) de prononcer la décharge des amendes qui lui ont été infligées, sur le fondement des dispositions de l'article 1729 A du code général des impôts, au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration fiscale, en lui refusant de lui accorder un délai supplémentaire pour répondre à la proposition de rectification du 2 août 2019, a considéré de manière abusive qu'elle avait tacitement admis les rehaussements proposés ;
- le service ne lui a jamais communiqué les mises en demeure dont il se prévaut en matière d'impôt sur les sociétés, justifiant une taxation d'office ; la taxation d'office est irrégulière ;
- elle conteste la démonstration de gérance de fait effectuée par l'administration, dès lors que la gérante exerce pleinement ses fonctions ;
- tout au long de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, le vérificateur a constamment remis en cause les explications données et n'a pas pris en compte l'accident dont a été victime sa gérante, et le comportement de cet agent révèle une dénaturation des droits visés par la charte du contribuable ;
- dès lors qu'elle a prononcé le 6 décembre 2019 le dégrèvement de toutes les impositions mises à sa charge, l'administration avait l'obligation de reprendre la procédure ab initio et de lui notifier une nouvelle proposition de rectification ;
- l'avis de mise en recouvrement mentionne trois amendes au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, alors que deux d'entre elles ont fait l'objet de dégrèvements, et fait référence de manière imprécise aux articles 1729 A à 1729 H du code général des impôts ;
- aucun recours hiérarchique ne lui a été proposé après le dégrèvement prononcé le 6 décembre 2019 et elle n'a pas davantage bénéficié de l'interlocution ;
- malgré sa demande, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'a pas été saisie ;
- l'avis de mise en recouvrement du 15 décembre 2020 n'a pas été authentifié par la signature du comptable public ;
- l'administration ne démontre pas que sa comptabilité ne serait ni sincère ni probante ;
- la méthode de reconstitution de ses recettes ne tient pas compte des périodes d'indisponibilité des véhicules, liées à leur entretien et au report de certaines réparations importantes, en raison de l'indisponibilité de la trésorerie nécessaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 1er juin 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 11 juillet 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2022 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Allo Loc 21, dont Mme A était la gérante au titre de la période en litige, et ayant pour activité la location de tous types de véhicules sans chauffeur, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements de son bénéfice taxable et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, par une proposition de rectification en date du 2 août 2019. Les impositions en résultant ont été mises en recouvrement une première fois le 22 novembre 2019, puis dégrevées afin notamment de faire droit à la demande de recours hiérarchique de la société, et enfin mises en recouvrement le 15 décembre 2020, pour un montant total de 203 596 euros en droits et pénalités s'agissant de l'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, et pour un montant de 11 797 euros en droits et pénalités s'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2018, auxquels s'ajoutent trois amendes fiscales d'un montant total de 15 000 euros au titre de l'article 1729 D du code général des impôts. Deux de ces trois amendes ont donné lieu à un dégrèvement antérieur à l'introduction de l'instance, le 22 septembre 2021. Par une décision explicite du 7 février 2022, le service a rejeté la réclamation préalable de la société du 3 décembre 2021. Par sa requête, l'EURL Allo Loc 21 demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge et de l'amende fiscale restant en litige.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 68 du même livre, dans sa rédaction applicable au litige : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. ".
3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale, qui entend désormais fonder la taxation d'office dont a fait l'objet la société requérante sur les dispositions de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, lui a adressé trois mises en demeure de déposer ses déclarations d'impôt sur les sociétés, assorties de leurs annexes, au titre de chacun des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, que ces mises en demeure lui ont été envoyées le 8 mars 2019, et qu'elles ont été distribuées le 13 mars 2019, comme le constatent les enregistrements numériques fournis par La Poste et produits à l'instance par l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'absence des mises en demeure prévues par l'article L. 68 du livre des procédures fiscales, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la société requérante soutient que la vérificatrice aurait constamment remis en cause les explications données par sa gérante tout au long de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet et qu'elle n'aurait pas pris en compte l'accident dont a été victime sa gérante. Elle en conclut que le comportement de cet agent révèlerait une dénaturation des droits visés par la charte du contribuable.
5. Il ressort toutefois des termes mêmes de la proposition de rectification, non contestés sur ce point par la société requérante que la vérificatrice a accepté, à la demande de la société, de reporter la date de la première intervention prévue le 25 mars 2019, au 12 avril 2019, que la vérification de comptabilité s'est poursuivie, après la première intervention, dans les locaux du cabinet comptable de la société, à la demande de sa gérante, qui a donné mandat de la représenter à l'un des employés de ce cabinet, que néanmoins la première intervention au sein du cabinet comptable n'a pu avoir lieu en raison du refus de ce cabinet motivé par le non-paiement de ses factures, que la vérificatrice est intervenue sur place les 27 mai et 11 juin 2019, hors la présence de la gérante. Eu égard à l'accident dont a été victime cette gérante, la vérificatrice lui a proposé de convenir d'un rendez-vous téléphonique pour échanger sur le fonctionnement de la société. La gérante a refusé ce mode de communication et a demandé à recevoir les questions de la vérificatrice par écrit. La vérificatrice est enfin intervenue encore à deux reprises, les 19 et 25 juillet 2019 au sein du cabinet comptable, la première fois en présence de la gérante, et la seconde fois hors sa présence. Enfin, les conclusions du contrôle ont été communiquées à la gérante lors d'un appel téléphonique le 1er août 2019. Il ne résulte de l'ensemble de ces circonstances de fait ni que la vérificatrice aurait refusé de prendre en considération l'accident dont a été victime la gérante, dès lors qu'au contraire, la vérificatrice a d'abord laissé le choix à la gérante, qui au demeurant avait donné mandat de la représenter à une employée de son cabinet comptable, mandatée à cet effet, du mode de communication le plus approprié à sa situation, que cette gérante a pu également assister à l'une des interventions sur place de la vérificatrice et enfin que cette dernière a pris la peine de convenir avec elle d'un rendez-vous téléphonique pour lui présenter oralement les conclusions du contrôle. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la vérificatrice aurait refusé de prendre en considération les explications de la gérante. La seule circonstance, à la supposer même avérée, que la vérificatrice aurait apporté la contradiction aux allégations de la gérante n'est pas, par elle-même, de nature à révéler une irrégularité de la vérification. Au demeurant, la société requérante ne mentionne pas même les explications de la gérante, que la vérificatrice n'aurait pas prises en considération. Enfin, si la société soutient que le comportement de la vérificatrice révèlerait une dénaturation des droits visés par la charte du contribuable, elle ne mentionne pas davantage les garanties, prévues dans cette charte, distinctes de celles examinées dans le présent jugement, dont elle aurait été privée. Par suite, le moyen tiré du comportement de la vérificatrice, pris dans toutes ses branches, doit être écarté.
6. En troisième lieu, il résulte de ce qui a dit au point 3 du présent jugement que l'administration a régulièrement adressé à l'EURL Allo Loc 21, le 8 mars 2019, trois mises en demeure de déposer ses déclarations de résultat au titre de chacun des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 et que ces mises en demeure lui ont été régulièrement notifiées le 13 mars 2019. Il n'est pas contesté que, malgré ces trois mises en demeure, la société requérante n'a pas déposé ses déclarations de résultat au titre de chacun de ces exercices, et n'a ainsi pas régularisé sa situation dans le délai imparti par lesdites mises en demeures. Il en résulte qu'en vertu des dispositions précitées des articles L. 66 et L 68 du livre des procédures fiscales, c'est à bon droit que l'administration a pu procéder à la taxation d'office à l'impôt sur les sociétés des bénéfices de l'EURL Allo Loc 21, au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018.
7. En quatrième lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. ".
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 2 août 2019 a été envoyée par l'administration fiscale à l'unique adresse de la société connue du service, au 36 rue des Mardors à Couternon, qui était tout à la fois celle de son siège social et celle à laquelle a eu lieu le premier rendez-vous entre la vérificatrice et les représentants de cette société, sur une table de jardin, faute pour la gérante de disposer à cet endroit d'un local ou d'une installation distincte de la seule boîte aux lettres, lors de la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet, et qui est encore celle mentionnée par ladite société dans sa requête introductive. Néanmoins, il résulte également de l'instruction que le pli contenant cette proposition de rectification a été retourné à l'administration fiscale, revêtu de la mention " destinataire inconnue à l'adresse ". Alors qu'il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification, non contestés sur ce point par la société requérante, que la société partageait à cette adresse une boîte à lettres avec plusieurs particuliers et sociétés, cette société ne soutient ni même n'allègue avoir jamais effectué la moindre diligence pour informer l'administration d'un éventuel changement d'adresse, ni avoir pris les précautions nécessaires pour que son courrier lui parvienne ou soit réexpédié à une nouvelle adresse. Si ce pli, produit à l'instance par l'administration fiscale, est revêtu d'une flamme d'affranchissement mentionnant son envoi par le service le 2 août 2019, il n'y figure ni la date à laquelle a été constatée l'absence du destinataire à l'adresse indiquée, ni la date à laquelle les services postaux ont réexpédié ce pli à son expéditeur. Il résulte néanmoins de la lettre du 4 septembre 2019, adressée par la vérificatrice à la gérante de la société, qui mentionne que " les services postaux ont retourné ses plis à l'administration avec la mention destinataire inconnu à l'adresse ", que ce pli était, à cette date, revenu au sein du service, de sorte qu'il peut seulement être inféré de l'ensemble de ces constats que la proposition de rectification a été régulièrement notifiée à la société requérante, au plus tard le 3 septembre 2019.
9. Si l'EURL Allo Loc 21 soutient avoir demandé à l'administration fiscale la prorogation du délai de trente jours pour présenter des observations en réponse à la proposition de rectification, elle n'établit pas, malgré la demande en ce sens du tribunal, la date à laquelle elle a formé une telle demande, reçue par l'administration le 7 octobre 2019, en se bornant à produire une lettre, au demeurant non signée, en date du 1er octobre 2019, de sorte qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle demande aurait été formée dans le délai franc de trente jours suivant la notification de la proposition de rectification. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la garantie prévue par les dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
10. En cinquième lieu, aucune disposition du code général des impôts ne fait obstacle à ce que l'administration, après avoir reconnu l'irrégularité de la procédure de rectification suivie, à la suite notamment d'une réclamation contentieuse du contribuable, reprenne cette procédure dans le délai de reprise imparti par l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, afin de parvenir à la fixation des impositions dans des conditions régulières. Cette faculté ne lui est cependant ouverte qu'autant qu'elle a expressément constaté l'irrégularité de la première procédure en notifiant le dégrèvement des impositions précédentes et informé le contribuable de la persistance de son intention de l'imposer préalablement à la reprise de la procédure d'imposition.
11. Il est constant qu'à la suite de la première mise en recouvrement des impositions litigieuses, intervenue le 22 novembre 2019, l'administration a entendu reprendre la procédure de rectification afin de faire bénéficier le contribuable de l'interlocution et d'examiner sa demande de saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il résulte de l'instruction que l'administration a prononcé le dégrèvement des impositions litigieuses le 6 décembre 2019, que cette décision de dégrèvement a été notifiée au contribuable le 10 décembre 2019 et qu'elle l'a informée au préalable, le 4 décembre 2019, de son intention de procéder à ce dégrèvement afin de pouvoir donner suite à la demande de saisine de l'interlocuteur départemental. Contrairement à ce que fait valoir la société requérante, dès lors que la proposition de rectification du 2 août 2019 doit être regardée, comme il a été dit précédemment, comme régulièrement notifiée au plus tard le 3 septembre 2019, que cette procédure a régulièrement interrompu la prescription et que l'administration a procédé à la mise en recouvrement des impositions litigieuses dans le délai de reprise ainsi rouvert, l'administration l'ayant régulièrement informée de son intention de reprendre la procédure, n'était pas tenue de reprendre l'intégralité de la procédure et de procéder à l'envoi d'une nouvelle proposition de rectification. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales, applicable dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ".
13. D'autre part, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration. ". Dans la partie relative aux conclusions du contrôle, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans sa version applicable à la procédure en litige, que " si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. () Si, après ces contacts, des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ". Ces dispositions assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat sur les redressements envisagés avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental dans les conditions qu'elles précisent.
14. D'une part, s'agissant des rehaussements notifiés suivant une procédure de rectification contradictoire, il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que l'EURL Allo Loc 21, n'ayant présenté des observations que le 30 octobre 2019, soit après l'expiration du délai de réponse de trente jours qui lui était imparti en vertu des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, doit être réputée avoir accepté les rectifications proposées. Dès lors, en l'absence de désaccord persistant sur ces rectifications proposées suivant une procédure de rectification contradictoire, l'administration n'était tenue de faire droit ni à sa demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, ni à sa demande de recours hiérarchique, ni à sa demande de rencontre avec l'interlocuteur départemental.
15. D'autre part, s'agissant des rehaussements notifiés selon une procédure de taxation d'office, la société requérante n'est fondée à soutenir ni que l'administration l'aurait irrégulièrement privée de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, dont la consultation n'est prévue que dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, hors l'hypothèse prévue au premier alinéa de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, dans les prévisions de laquelle elle ne rentre pas, ni que le service l'aurait privée du recours hiérarchique et de rencontre avec l'interlocuteur départemental, dès lors que de telles garanties ne bénéficient qu'au contribuable relevant d'une procédure d'imposition contradictoire.
16. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit aux points 12 à 15 du présent jugement que les moyens tirés de la privation de la saisine de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, du recours hiérarchique et de la rencontre avec l'interlocuteur doivent être écartés.
En ce qui concerne l'avis de mise en recouvrement :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. / () L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est émis et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret, selon les modalités prévues aux articles L. 212-1 et L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ". Aux termes de l'article R. 256-3 du même livre : " L'avis de mise en recouvrement est rédigé en double exemplaire : / a) Le premier, dit " original ", est déposé au service compétent de la direction générale des finances publiques ou à la recette des douanes et droits indirects chargé du recouvrement ; / b) Le second, dit " ampliation ", est destiné à être notifié au redevable ou à son fondé de pouvoir. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article L. 212-2 de ce code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / () 3° Quelles que soient les modalités selon lesquelles ils sont portés à la connaissance des intéressés, () les avis de mise en recouvrement () ".
18. Il résulte des dispositions précitées que les avis de mise en recouvrement émis à compter du 1er janvier 2017 n'ont pas nécessairement à comporter la signature de leur auteur, dès lors que, par les autres mentions qu'ils comportent, ils sont conformes aux prescriptions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration.
19. Il est constant que l'avis de mise en recouvrement du 15 décembre 2020, produit par la société requérante elle-même, mentionne le prénom, le nom et la qualité du comptable public qui l'a émis, et le service auquel il appartient, le pôle recouvrement de la Côte-d'Or du centre des finances publiques de Dijon. Dès lors, l'avis de mise en recouvrement était dispensé de signature en vertu des dispositions précitées et le moyen tiré de l'absence d'authentification de cet avis par la signature du comptable public ne peut qu'être écarté.
20. En deuxième lieu, aux termes des trois premiers alinéas de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. / L'avis de mise en recouvrement mentionne également que d'autres intérêts de retard pourront être liquidés après le paiement intégral des droits. / Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications. ".
21. En l'espèce, s'agissant des amendes infligées sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts, l'avis de mise en recouvrement du 15 décembre 2020 fait expressément référence à la proposition de rectification du 2 août 2019, indique le montant des amendes recouvrées et précise qu'elles ont été établies sur le fondement des articles 1729 A à 1729 H du code général des impôts. Les seules amendes établies l'ayant été sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts, ces mentions permettaient d'identifier les amendes en cause, l'avis de recouvrement faisant explicitement référence, comme il vient d'être dit, à la proposition de rectification du 2 août 2019, informant le contribuable de l'application de ces amendes. Pour le surplus, le moyen soulevé est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de " l'erreur () dans la référence () reportée dans l'avis de mise en recouvrement " doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :
22. En premier lieu, aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. ". Aux termes du 1° du VIII de l'article A. 47 A-1 du même livre : " Conformément au deuxième alinéa du I de l'article L. 47 A, l'ensemble des données comptables et des écritures retracées dans tous les journaux comptables au titre d'un exercice est remis dans un fichier unique, dénommé fichier des écritures comptables, dans lequel les écritures sont classées par ordre chronologique de validation. Ce fichier est constitué des écritures après opérations d'inventaire, hors écritures de centralisation et hors écritures de solde des comptes de charges et de produits. Il comprend les écritures de reprise des soldes de l'exercice antérieur ; ".
23. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité et de la demande de mise en conformité du fichier des écritures comptables que la gérante de la société a remis à la vérificatrice lors de sa première intervention sur place un unique fichier des écritures comptables pour l'ensemble de la période vérifiée, s'étalant sur quatre exercices, que celle-ci a constaté l'absence de toute écriture comptable enregistrée entre le 1er août 2018 et le 31 janvier 2019, que la gérante a confirmé l'absence de clôture de chacun des exercices en méconnaissance de l'article 420-6 du plan comptable général. Il résulte encore de l'instruction, et notamment des constats dressés dans la proposition de rectification, non contestés par la société requérante, qu'aucun inventaire n'a été présenté à l'ouverture et à la clôture de chacun des exercices considérés et que la comptabilité ne comportait aucune écriture d'à-nouveau à l'ouverture de chacun des exercices en litige, aucune écriture de clôture des comptes à la clôture de chacun de ces exercices, ni aucune écriture de produits au titre de l'exercice clos en 2018. Pour l'ensemble de ces motifs, l'administration était fondée à considérer la comptabilité comme dépourvue de toute valeur probante et à en prononcer le rejet.
24. En deuxième lieu, si l'EURL Allo Loc 21 soutient que c'est à tort que l'administration a regardé M. B comme son gérant de fait, ce moyen est, en tout état de cause, sans portée utile sur le bien-fondé des impositions en litige, mises à la charge de la société.
25. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Selon l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ". Il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait tiré des conséquences en matière de rappels de taxe sur la valeur ajoutée de la reconstitution de chiffres d'affaires à laquelle elle a procédé. Dès lors, il appartient à l'EURL Allo Loc 21, qui a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office régulière, en matière d'impôt sur les sociétés, sur le fondement de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, d'apporter la preuve de l'exagération de ses bases d'imposition.
26. Pour reconstituer le chiffre d'affaires de l'EURL Allo Loc 21, l'administration a tout d'abord pris en considération le chiffre d'affaires résultant des écritures comptables passées par la société. Elle y a ajouté les charges exposées pour l'assurance, l'entretien et le fonctionnement des six véhicules particuliers que cette entreprise met à disposition de la société Action TP, son unique client, considérées comme des débours. En outre, l'administration fiscale a constaté que la société n'avait qu'un seul client, la société précitée, à la disposition de laquelle elle laisse tout au long de l'année l'ensemble des engins de chantier qu'elle lui loue. Pour ce motif, elle a considéré que la société avait commis un acte anormal de gestion en renonçant aux recettes de location non facturées. Néanmoins, par souci de réalisme économique, l'administration s'est bornée à réintégrer dans le chiffre d'affaires de la société une durée de location de trente jours pour chaque engin ayant donné lieu à réparation sans donner lieu à location ou à facturation sur le même mois. Le service a également considéré que constituait une omission de recettes la prise en location d'engins de chantier sans facturation correspondante à son unique client et a reconstitué le chiffre d'affaires correspondant en se fondant sur les factures produites à l'appui de la comptabilité et les factures fournisseurs correspondantes. Enfin, la vérificatrice a constaté qu'un tombereau d'occasion avait été acquis au prix de 32 400 euros auprès d'un autre fournisseur. Elle a considéré, l'acquisition de cet engin ne se justifiant que par l'utilisation qui en est faite par son unique client, qu'en l'absence de toute facturation de cette mise à disposition, il y avait lieu de réintégrer dans les recettes de la société un montant de location de 100 euros par jour durant 24 jours par mois tout au long des mois de décembre 2017 à septembre 2018. Ce faisant, l'administration a évalué le chiffre d'affaires de la société à 224 935 euros au titre de l'exercice clos en 2016, à 192 594 euros au titre de l'exercice clos en 2017 et à 232 553 euros au titre de l'exercice clos en 2018.
27. Pour toute contestation de cette méthode de reconstitution, l'EURL Allo Loc 21 se borne à énumérer des allégations dépourvues de toute précision, insusceptibles de constituer la preuve qui lui incombe en vertu de ce qui a été dit au point 25 du présent jugement. Ainsi, en se bornant à soutenir que la méthode de l'administration ne reposerait sur " aucune constatation logique ", " sur aucune réalité économique ", qu'elle ne serait pas légitime, que l'entretien des engins n'est pas toujours réalisé de manière systématique, eu égard à la taille des entreprises en cause et à leurs moyens financiers, que les réparations peuvent s'étaler sur une longue durée, qu'il y a lieu de tenir compte de l'importance de la remise en état nécessaire, pour en déduire que la méthode de reconstitution adoptée par l'administration serait radicalement viciée dans son principe, la société requérante n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'exagération des impositions en litige, dès lors qu'elle ne formule aucune critique précise à l'égard de la méthode de reconstitution, qu'elle ne mentionne ni la durée des réparations effectuées pendant la période en litige, ni les durées d'indisponibilité des engins qu'il y aurait lieu de prendre en considération ni les dates auxquelles, selon elle, la société n'aurait pas disposé de la trésorerie suffisante pour procéder aux réparations, ni même aucun exemple, fût-il isolé, de ces dates ou durées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
28. Il résulte de tout ce qui précède que l'EURL Allo Loc 21 n'est fondée à demander la décharge ni des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, ni des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er octobre 2015 au 31 décembre 2018, ni des pénalités correspondantes, ni de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 D du code général des impôts.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'EURL Allo Loc 21 demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Allo Loc 21 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Allo Loc 21 et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026