mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200924 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 6 avril 2022, Mme D A, veuve B, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Teissonnière, Topaloff, Lafforgue, Andreu Associés, demande au tribunal : 1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 566 466 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, en qualité de victime " par ricochet " du décès de son défunt mari, C B, assortie des intérêts de droit à compter du 7 décembre 2021, et de la capitalisation des intérêts échus ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige né de la carence fautive de l'Etat, qui a exposé son défunt mari aux effets des rayonnements ionisants sur les sites d'expérimentations nucléaires, qui sont à l'origine du cancer radio-induit qui a entraîné son décès ; - en l'absence de dispositif prévoyant le droit à réparation des préjudices subis par les victimes dites " par ricochet " dans la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010, elle est fondée à engager une action en responsabilité de droit commun contre l'Etat et à demander la réparation des préjudices qu'elle subit par ricochet à la suite du décès de son défunt époux C B des suites d'un cancer primitif dont le caractère radio-induit a été admis, sur le fondement de la responsabilité pour faute de l'Etat, dès lors que l'Etat doit être regardé comme responsable des conditions d'exposition des appelés et militaires placés sous son contrôle lorsqu'ils étaient affectés sur les sites d'expérimentions nucléaires ; - le lien de causalité est établi dès lors que le cancer du côlon qui a entraîné le décès de son époux est visé dans la liste des pathologies radio-induites publiée en annexe du décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 modifié, comme l'a reconnu le tribunal administratif de Dijon dans un jugement du 31 octobre 2019 ; - en tout état de cause, il est établi qu'il existe un lien direct et essentiel entre cette pathologie et l'exposition aux risques ; ce cancer est inscrit sur la liste figurant dans le décret d'application n° 2010-653, qui vise les maladies radio-induites qui ouvrent droit à réparation ; aucun antécédent médical ne figure au dossier de M. B ; - alors que M. B était en poste à bord du porte-avions Clemenceau, entre le 5 mai et le 26 novembre 1968, cinq tirs atmosphériques ont eu lieu ; ce porte-avions revenait dans le lagon de Mururoa dans les heures qui suivaient le tir ; il n'a bénéficié d'aucune protection, d'aucune formation, d'aucune information et d'une surveillance radiobiologique insuffisante de sorte que l'Etat n'a pas pris les mesures nécessaires pour le protéger contre les risques liés aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires et prévenir l'apparition de la maladie ; la France a reconnu les conséquences sanitaires des essais nucléaires français en faisant voter la loi n° 2010-2 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires ; - elle évalue son préjudice moral d'affection à la somme de 40 000 euros et son préjudice moral d'accompagnement à la somme de 20 000 euros, dès lors qu'elle a perdu son époux en 1995 à l'âge de 51 ans, qu'elle pensait vieillir à ses côtés, qu'elle a subi un traumatisme important du fait de sa maladie et de son décès, qu'elle a vécu quatre années dans l'angoisse, puis la certitude de l'issue fatale, et que la disparition de son mari a généré, outre un préjudice moral, un bouleversement de ses conditions d'existence ; - elle a subi un préjudice économique par ricochet, eu égard à la perte de revenus subie et à la diminution de la pension de réversion servie, dès lors qu'une partie de cette pension a été servie à la première épouse de M. B ; elle évalue son préjudice économique à la somme de 506 466 euros. Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Il soutient que : - à titre principal, la requête est tardive, dès lors qu'elle a été enregistrée environ onze ans après la notification de la première décision de rejet de la réclamation préalable de Mme B, et que ses préjudices personnels résultent du même fait générateur que les préjudices propres de la victime directe, dont l'étendue était connue depuis le décès de ce dernier ; - à titre subsidiaire, la créance est prescrite en vertu de l'article premier de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968, dès lors que le point de départ du délai de prescription est fixé au 1er janvier 1996 et que la créance était éteinte lorsque Mme B a adressé sa demande d'indemnisation du 20 décembre 2021 ; - les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés. Les parties ont été informées par une lettre du 2 septembre 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 3 octobre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative. La clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 par ordonnance du même jour. Un mémoire, présenté par Mme B, a été enregistré le 22 novembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ; - la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ; - la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 ; - la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020 ; - le décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 ; - la décision n° 2021-955 QPC du 10 décembre 2021 du Conseil constitutionnel ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Irénée Hugez, - les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public, - et les observations de Me Labrunie, représentant Mme B. Considérant ce qui suit : 1. M. C B, engagé dans la marine nationale, a été affecté au site d'expérimentation nucléaire du Pacifique du 5 mai au 26 novembre 1968, en qualité de chef du service artillerie du porte-avions Clémenceau, qui a participé à la campagne de tirs nucléaires atmosphériques de juillet à septembre 1968 à Mururoa. Il a été atteint d'un cancer du côlon, diagnostiqué en 1991, dont il est décédé en 1995. Mme D A, veuve B, après avoir obtenu, par un jugement n° 1703049 et 1801864 du 17 septembre 2020, une indemnisation, au titre de l'action successorale, dans le cadre du régime légal de responsabilité mis en place par la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, des préjudices de son défunt mari, a présenté une demande d'indemnisation de ses préjudices propres en qualité de victime par ricochet par une demande préalable du 20 décembre 2021. Le silence de la ministre des armées a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par sa requête, Mme B demande au tribunal de lui verser la somme de 566 466 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts de droit à compter du 7 décembre 2021, et de la capitalisation des intérêts échus. Sur les conclusions indemnitaires : 2. L'article premier de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français prévoit que : " Toute personne souffrant d'une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d'Etat conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale peut obtenir réparation intégrale de son préjudice dans les conditions prévues par la présente loi " et que " Si la personne est décédée, la demande de réparation peut être présentée par ses ayants droit. () ". L'article 2 de cette même loi définit les conditions de temps et de lieu de séjour ou de résidence que le demandeur doit remplir. Le V de l'article 4 de la loi prévoit que le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) " examine si les conditions sont réunies. Lorsqu'elles le sont, l'intéressé bénéficie d'une présomption de causalité ", en précisant, dans sa rédaction résultant du b du 2° du I de l'article 232 de la loi du 28 décembre 2018 de finances pour 2019, applicable à compter de la publication de cette loi : " à moins qu'il ne soit établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants fixée dans les conditions prévues au 3° de l'article L. 1333-2 du code de la santé publique. ". Enfin, aux termes de l'article 6 de la même loi : " L'acceptation de l'offre d'indemnisation vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil et désistement de toute action juridictionnelle en cours. Elle rend irrecevable toute autre action juridictionnelle visant à la réparation des mêmes préjudices ". 3. Il résulte de ces dispositions que les victimes directes des essais nucléaires, ou leurs ayants droit si celles-ci sont décédées, peuvent obtenir auprès du comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires la réparation intégrale des préjudices qu'elles ont subis, dès lors que sont remplies les conditions de temps, de lieu et de pathologie prévues par les articles 1er et 2 de la loi du 5 janvier 2010, sauf pour l'administration à établir que le risque attribuable aux essais nucléaires puisse être considéré comme négligeable ou, désormais, que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à une certaine limite. Ce régime d'indemnisation au titre de la solidarité nationale, qui institue au profit des victimes directes une présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires français et la survenance de la maladie, est exclusif de tout autre tendant à la réparation des mêmes préjudices. En revanche, il ne fait pas obstacle, non plus qu'aucune autre disposition législative ou réglementaire, à ce que les proches de ces victimes sollicitent une indemnisation en raison de leurs propres préjudices, selon les règles de droit commun. Il appartient ainsi à la personne qui demande pour elle-même réparation du préjudice subi en raison du décès d'un proche, à la suite d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français, d'apporter la preuve d'un lien de causalité direct entre ce décès et les essais en cause. 4. Pour démontrer le lien de causalité direct entre le décès de M. B et les essais nucléaires en cause, Mme B, qui ne saurait utilement se fonder sur les dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, se prévaut de ce que le tribunal administratif de Dijon a, par jugement du 31 octobre 2019, admis la responsabilité de l'Etat quant à son exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français, a constaté que le cancer dont il a été atteint était visé dans l'annexe du décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 d'application de la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010, et qu'il a été affecté dans une zone concernée par les essais nucléaires et à une période de contamination effective. Néanmoins, alors que cette indemnisation, comme il a été rappelé au point 3, repose sur la présomption de causalité instituée par les dispositions précitées de la loi du 25 janvier 2010, celle-ci ne peut suffire à démontrer, dans la présente instance, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'exposition aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires français et la survenance des affections cancéreuses dont M. B a souffert. La circonstance selon laquelle M. B n'aurait aucun antécédent médical ou personnel, susceptible d'expliquer le cancer dont il a souffert, qui n'est au demeurant pas établie, est également insuffisante pour démontrer l'existence du lien de causalité en litige. Eu égard au délai de latence de l'affection dont a souffert M. B, qui a été diagnostiquée vingt-trois ans après la période de sa présence en Polynésie française, les conditions d'exposition de ce dernier, notamment ses missions, ses conditions de séjour, la localisation au moment des tirs et les missions du navire sur lequel il était affecté ainsi que le résultat des relevés dosimétriques disponibles, que fait valoir le ministre des armées en défense, toutes circonstances que ne conteste pas la requérante, celle-ci n'établit pas le lien de causalité entre les préjudices dont elle demande réparation et les essais nucléaires en cause. 5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, et notamment sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre des armées, sur l'exception de prescription quadriennale soulevée par ce même ministre, sur la responsabilité de l'Etat, ni sur la matérialité et l'étendue des préjudices invoqués, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme B doivent être rejetées, y compris celles tendant au versement d'intérêts et à la capitalisation de ces intérêts. Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : 6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.D E C I D E : Article 1er : La requête de Mme B est rejetée. Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, veuve B et au ministre des armées. Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient : M. Nicolet, président, M. Hugez, premier conseiller, Mme Hascoët, première conseillère. Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023. Le rapporteur, I. Hugez Le président, Ph. Nicolet La greffière, L. Curot La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition, La greffière,2N° 2200924lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026