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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2200971

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2200971

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2200971
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP MAJNONI D'INTIGNANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 avril et 29 juillet 2022, M. D B, représenté par la société civile professionnelle Majnoni, d'Intignano, Buhagiar, Jeanniard, Pizzolato, Chatriot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la mise en demeure, tenant lieu de commandement de payer, du 19 novembre 2021, émise en vue du recouvrement d'une somme totale de 23 408,11 euros, correspondant pour 22 177,76 euros à des impositions dues par son défunt père, auxquels s'ajoutent 1 230,35 euros de frais et majorations ;

2°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or de procéder à la révision du montant de la dette mise à sa charge, dans le délai d'un mois, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision prise sur son recours administratif préalable était compétent à cet effet ;

- les sommes réclamées, correspondant à des impositions mises en recouvrement avant le 4 mars 2016, sont atteintes par la prescription, en vertu des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ; un nouveau délai de prescription a recommencé à courir à compter des deux mises en demeure du 3 septembre 2013, de sorte que l'action du comptable public est éteinte depuis le 3 septembre 2017 ; de même, son dernier règlement volontaire est intervenu le 5 juillet 2013, de sorte que l'action du comptable est éteinte depuis le 5 juillet 2017 ;

- en refusant de lui octroyer, comme il l'avait demandé, le sursis de paiement, l'administration fiscale a méconnu les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales et a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 8 juin et 1er septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 8 juin 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 1er août 2022 de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022 par ordonnance du même jour.

Les parties ont été informées le 13 mars 2023, puis le 27 mars 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen, lui-même tiré de la prescription de l'action en recouvrement, dès lors qu'un tel moyen doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoqué à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir et que, lorsque, postérieurement à la notification à un contribuable de tout acte de poursuite, quatre ans s'écoulent sans qu'intervienne aucun acte interruptif, ce contribuable est recevable à invoquer la prescription de l'action en recouvrement, acquise en vertu des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, à l'occasion du premier acte de poursuite pris à son encontre par le comptable public à l'issue de ces quatre années, à la condition qu'il forme sa contestation dans le délai de deux mois prévu à l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, et qu'en l'espèce, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement n'a pas été soulevé dans le délai de deux mois postérieur à la notification des saisies administratives à tiers détenteur du 9 juin 2021, revêtues des voies et délais de recours, qui est intervenue au plus tard le 21 juin 2021, date à laquelle M. B en a accusé réception.

La directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or a présenté des observations sur ce moyen par deux mémoires, enregistrés les 14 et 28 mars 2023, qui ont été communiqués.

M. B, représenté par la société civile professionnelle Majnoni, d'Intignano, Buhagiar, Jeanniard, Pizzolato, Chatriot, a présenté des observations sur ce moyen par un mémoire, enregistré le 23 mars 2023, qui a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C A,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Pizzolato, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B est héritier, à hauteur de trois quarts en pleine propriété, de M. E B, son père, décédé le 2 juin 2018. M. E B était redevable, d'une dette, résultant de la mise en recouvrement d'impositions en matière d'impôt sur le revenu, au titre des années 1997, 2013, 2014, 2015, 2016 et 2017, de prélèvements sociaux au titre des années 1997, 1998 et 1999, et de taxe d'habitation, au titre des années 2009, 2010, 2013, 2015, 2016 et 2018, pour un montant total, au prorata de sa quote-part successorale, de 29 783,66 euros. Par une décision explicite du 8 février 2022, l'administration fiscale a rejeté la réclamation préalable de M. B dirigée contre la mise en demeure de payer tenant lieu de commandement, en date du 19 novembre 2021, dont il a fait l'objet, pour un montant total de 23 408,11 euros. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette mise en demeure et d'enjoindre à l'administration fiscale de procéder à la révision du montant de sa dette. Il doit, ce faisant, être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme qui lui a été réclamée par cette mise en demeure en date du 19 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 281-4 du même livre : " Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception. ".

3. Les vices qui peuvent entacher la décision par laquelle le directeur régional des finances publiques rejette une réclamation relative au recouvrement d'impositions prises en charge par un comptable des finances publiques sont sans incidence sur les questions que le contribuable peut soumettre au juge de l'impôt dans le cadre défini au 2° de l'article L. 281 précité. Il suit de là que le moyen que tire M. B de ce que le fonctionnaire qui a signé la décision de rejet de sa contestation en matière de recouvrement n'aurait pas reçu une délégation régulière est inopérant et doit, pour ce motif, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Sauf dispositions contraires et sous réserve de causes suspensives ou interruptives de prescription, l'action en recouvrement des créances de toute nature dont la perception incombe aux comptables publics se prescrit par quatre ans à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi du titre exécutoire tel que défini à l'article L. 252 A. ".

5. Aux termes de l'article R. 281-3-1 du même livre : " La demande prévue à l'article R. * 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / () / c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée. ".

6. La prescription de l'action en recouvrement doit, en application du c de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, être invoquée à l'appui de la réclamation préalable adressée à l'administration compétente dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de s'en prévaloir. Lorsque, postérieurement à la notification à un contribuable de tout acte de poursuite, quatre ans s'écoulent sans qu'intervienne aucun acte interruptif, ce contribuable est recevable à invoquer la prescription de l'action en recouvrement, acquise en vertu des dispositions de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, à l'occasion du premier acte de poursuite pris à son encontre par le comptable public à l'issue de ces quatre années, à la condition qu'il forme sa contestation dans le délai de deux mois prévu à l'article

R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales.

7. D'une part, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a notifié le 9 juin 2021 deux saisies administratives à tiers détenteur, pour un montant total de 46 224,06 euros, auprès de la caisse régionale de crédit agricole mutuel de Champagne Bourgogne, dont M. B était susceptible d'être créancier, et a averti le même jour l'intéressé par des notifications, revêtues des voies et délais de recours. Si l'administration fiscale ne produit pas à l'instance la preuve de la notification de ces actes, M. B en a lui-même accusé réception le 21 juin 2021, par la lettre qu'il produit à l'instance. D'autre part, il est constant que les dettes fiscales en litige étaient toutes mentionnées, pour des montants supérieurs, dans les saisies administratives à tiers détenteur précitées. Dès lors, à supposer même comme le soutient M. B, que quatre années se soient antérieurement écoulées sans qu'intervienne aucun acte interruptif de prescription, il n'était recevable à invoquer la prescription de l'action en recouvrement, qu'au plus tard, à l'occasion de la contestation des saisies administratives à tiers détenteur précitées. Or, il résulte de l'instruction qu'aucune réclamation préalable n'a été présentée dans le délai de deux mois postérieur à la notification de ces saisies administratives à tiers détenteur. Par suite, M. B n'était plus recevable à invoquer la prescription de l'action en recouvrement par sa réclamation du 21 décembre 2021 formée, en application des dispositions de l'article R. 281-1 du livre des procédures fiscales. Dans ces conditions, le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne résulte d'aucune disposition du livre des procédures fiscales, et notamment pas de celles relatives au contentieux du recouvrement codifiées aux articles L. 281 à L. 283 et R. 281-1 à R. 283-1, que les contestations relatives au recouvrement des créances de nature fiscale auraient, par elles-mêmes, pour effet de suspendre la mise en œuvre de l'action en recouvrement, une telle suspension ne pouvant être obtenue qu'au moyen d'une demande expresse de sursis de paiement formée en application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

9. En quatrième lieu, à supposer que l'on puisse regarder M. B comme se prévalant des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, s'il résulte de ces dispositions et de celles de l'article R. 277-1 du même livre que les impositions contestées par un contribuable qui a assorti une réclamation d'assiette d'une demande régulière de sursis de paiement cessent d'être exigibles à compter de la date de cette demande, il ne résulte nullement de l'instruction que M. B aurait présenté une telle réclamation, de sorte qu'il n'est pas fondé à se prévaloir de ces dispositions.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est fondé à demander ni la décharge de l'obligation de payer la somme en procédant de la mise en demeure de payer, tenant lieu de commandement, en date du 19 novembre 2021, ni, en tout état de cause, à demander l'annulation de cette mise en demeure de payer. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause et par voie de conséquence, être également rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

I. A

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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