jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201130 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PERBET MARGOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 avril et 4 octobre 2022, M. E F et Mme C F, représentés par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Adida et Associés, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018, et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête n'est pas tardive ;
- l'administration n'établit pas que M. F se serait livré à une activité professionnelle commerciale d'achat et de revente de tous produits, alors qu'il s'est borné à céder des éléments de son stock personnel, issu de sa précédente activité ;
- la seule circonstance qu'il y ait eu plusieurs ventes au cours des années postérieures à sa cessation d'activité ne suffit pas à conférer un caractère occulte à cette activité ;
- la mise en œuvre de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales a conduit le service vérificateur à appliquer, à tort, une prorogation du délai de reprise et une procédure d'évaluation d'office, et à le priver de garanties procédurales ;
- la majoration de 80 % pour activité occulte ne s'applique pas lorsque le contribuable cède des objets provenant du stock de son ancienne activité et de sa réserve personnelle ; il ne saurait y avoir qualification d'activité occulte, dès lors que cette activité était connue de l'administration.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 12 août et 17 octobre 2022, la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête.
Elle soutient, en l'état de ses dernières écritures, que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 16 août 2022 que cette affaire était susceptible, à compter du 3 octobre 2022, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 16 novembre 2022 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Thabard, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. E F a exercé, sous le régime de l'auto-entrepreneur, une activité de vente de métaux à Boyer en Saône-et-Loire, pendant la période du 13 mars 2014 au 31 décembre 2016. A la suite d'une vérification de comptabilité, l'administration fiscale a considéré, par une proposition de rectification en date du 17 septembre 2020, que M. Boyer avait poursuivi, après sa cessation, l'exercice d'une activité occulte de vente de métaux au cours des années 2017 et 2018, et a déterminé son bénéfice industriel et commercial suivant une procédure d'évaluation d'office. Malgré les observations du contribuable, les impositions supplémentaires en résultant ont été mises en recouvrement les 30 avril et 31 mai 2021, pour un montant en droits et pénalités de 44 896 euros au titre de l'année 2017, et de 19 547 euros au titre de l'année 2018. Par une décision explicite, en date du 18 février 2022, l'administration fiscale a rejeté la réclamation contentieuse formée le 2 août 2021. Par leur requête, M. et Mme F demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles leur foyer fiscal a été assujetti au titre des années 2017 et 2018, et des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne l'exercice d'une activité commerciale à titre professionnel :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 34 du code général des impôts : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. ". L'accomplissement à titre professionnel d'actes réputés " de commerce " par la loi commerciale est une activité commerciale au sens de l'article 34 précité. Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 110-1 du code de commerce : " La loi répute acte de commerce : / 1° tout achat de biens meubles pour les revendre, soit en nature, soit après les avoir travaillés et mis en œuvre. ".
3. L'administration a établi, par l'exercice de son droit de communication auprès de la société par actions simplifiée (SAS) Epur Centre et de la SAS Desplat, que M. F avait effectué, au bénéfice de ces sociétés, vingt-deux livraisons de métaux pendant l'année 2017 et seize livraisons pendant l'année 2018, réparties sur l'ensemble des périodes concernées, postérieurement à la date de cessation déclarée de l'activité de même nature exercée par l'intéressé. Les encaissements correspondant à ces livraisons se sont élevés à 63 393,20 euros au titre de l'année 2017 et à 28 641,66 euros au titre de l'année 2018. Ce faisant, l'administration a donc établi que M. F avait procédé au cours des années 2017 et 2018 à des ventes régulières et habituelles de matériaux dans les mêmes conditions que celles qui ont prévalu antérieurement à la déclaration de la cessation de son activité, pour son propre compte et dans un but lucratif. Si M. F soutient que les ventes en litige correspondraient à la réalisation du stock dont il disposait lors de sa cessation d'activité à la fin de l'année 2016, il n'apporte, en tout état de cause, aucun élément permettant d'établir une telle circonstance ou l'origine de ces matériaux, comme un état de stock ou des factures d'achat. Dès lors, eu égard au nombre de ventes réalisées pour son compte sur la période en cause, à leur fréquence et à leur montant global, M. F a pu être regardé, à bon droit, comme ayant accompli des actes de commerce à titre professionnel et être imposé dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux.
En ce qui concerne le caractère occulte de cette activité et de ses conséquences :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, dans leur version applicable au litige : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte ou lorsqu'il est bénéficiaire de revenus distribués par une personne morale exerçant une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 73 du même livre : " Peuvent être évalués d'office : / 1° Le bénéfice imposable des contribuables qui perçoivent des revenus provenant d'entreprises industrielles, commerciales ou artisanales, ou des revenus d'exploitations agricoles imposables selon un régime de bénéfice réel, lorsque la déclaration annuelle prévue à l'article 53 A du code général des impôts n'a pas été déposée dans le délai légal ; () / Les dispositions de l'article L. 68 sont applicables dans les cas d'évaluation d'office prévus aux 1° et 2°. ". Et aux termes de l'article L. 68 de ce livre, dans sa version applicable au litige : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : / () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du deuxième alinéa de l'article L. 169 ; () ".
6. Comme il a été dit précédemment, l'administration a établi, par l'exercice de son droit de communication auprès de la SAS Epur Centre et de la SAS Desplat, que M. F avait effectué au bénéfice de ces sociétés vingt-deux livraisons de métaux pendant l'année 2017 et seize livraisons pendant l'année 2018, réparties sur l'ensemble des périodes concernées, postérieurement à la date de cessation déclarée de l'activité de même nature exercée par l'intéressé. Les encaissements correspondant à ces livraisons se sont élevés à 63 393,20 euros au titre de l'année 2017 et à 28 641,66 euros au titre de l'année 2018. Ce faisant, l'administration a donc établi que M. F avait procédé au cours des années 2017 et 2018 à des ventes régulières et habituelles de matériaux dans les mêmes conditions que celles qui ont prévalu antérieurement à la déclaration de la cessation de son activité. Dès lors que M. F a déclaré la cessation de son activité " d'achat-revente de tous produits " auprès du registre du commerce et des sociétés à la date du 31 décembre 2016, qu'il n'a pas fait connaître son activité de vente de métaux, exercée à compter du 1er janvier 2017 auprès d'un centre de formalités des entreprises qui, contrairement à ce qui est soutenu, n'était pas connue de l'administration, et qu'il n'a déposé aucune déclaration au titre des années 2017 et 2018 relative à son activité de vente de métaux, l'administration a pu, à bon droit, le regarder comme ayant exercé cette activité de vente de métaux de manière occulte entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018, et faire application des dispositions de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales. Au demeurant, contrairement à ce que soutiennent M. et Mme F, l'administration n'a pas fait usage de l'extension du délai de reprise prévu par ces dispositions, dès lors que des rectifications n'ont été apportées au bénéfice industriel et commercial de M. F qu'au titre des années 2017 et 2018.
7. En outre, faute de dépôt de toute déclaration au titre des années 2017 et 2018, pendant lesquelles il a exercé son activité de manière occulte, et contrairement à ce que soutiennent M. et Mme F, le bénéfice imposable de M. F pouvait donc être évalué d'office en vertu des dispositions de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales, sans qu'il soit besoin de le mettre en demeure.
8. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'administration aurait privé M. F de " garanties procédurales " est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, dès lors qu'il n'est fait état d'aucune garantie procédurale précise dont il aurait été privé.
En ce qui concerne les pénalités :
9. Aux termes du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. ".
10. Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, l'administration doit être réputée apporter la preuve, qui lui incombe, de l'exercice occulte de l'activité professionnelle si le contribuable n'est pas lui-même en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ces obligations déclaratives.
11. Dès lors que, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, M. F a exercé, entre le 1er janvier 2017 et le 31 décembre 2018, une activité occulte et qu'il n'établit pas qu'il aurait commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives, dès lors qu'en tout état de cause, il n'établit pas que les métaux vendus durant cette période proviendraient du stock qu'il aurait conservé après la cessation de sa précédente activité d'achat-revente, c'est à bon droit que l'administration fiscale lui a infligé une majoration de 80 % pour activité occulte.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme F ne sont fondés à demander la décharge ni des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017 et 2018, ni des pénalités correspondantes.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme F demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à Mme C A et à la directrice régionale des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
Mme Hascoët, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026